I AS C H I S C H . C A N NABI N E . ETC
On fabrique avec le chanvre indien Cannabis indica des préparations narcotiques, employées en Orient, et connues sous le nom de haschisch. Le chanvre ordinaire de nos pays Cannabis sativa contient aussi, mais en moindre quantité, les principes actifs auxquels le haschisch doit ses propriétés.
L'action toxique du chanvre peut être constatée lorsqu'on marche, par
une température élevée, à travers un terrain [liante de chanvre : on
éprouve souvent des éblouissements, des vertiges, et une sorte <le stupeur.
On attribue ces effets à la volatilisation, sous l'action du soleil, de l'huile
-- utielle (|ue contient la plante.
On >ait que la pratique du rouissage, — ou macération du chanvre dans des ruisseaux pour faciliter l'extraction des fibres, — a pour effet d'empoisonner et de dépeupler rapidement les cours d'eau, où ne vivent plus que de rares mollusque-..
Les accidents qu'on observe fréquemment chez les batteurs de chanvre atteignent surtout l'appareil respiratoire et doivent être attribués aux poussières que soulève le travail du chanvre, et non aux principes toxiques de la plante.
Les modes d'utilisation du chanvre, en Orient, comme narcotique, sont nombreux. Le haschisch désigne à proprement parler les sommités fleuries du Cannabis indica. La préparation la [dus usitée porte le nom de Daicamesk; dans ce produit les principes des feuille-. ,i des inflorescences sont retenus par une substance grasse, généralemenl du beurre; on y ajoute
1 Vbii : Haraack et Schmiedeberg. Chem. Cenlralb., t. VII, )j. 554 : — Vigier. Bull, de Thér., t. CVI, p. 563. — Schmiedeberg et Kopp. Deut. Chem. Ges., 1870, p. 281.
■ Voir : Hnsemann. Die Plansenstoffe, ISsi. p. 295. — Schmiedeberg et Harnack, Chem. Cenlralb. 1875, p. 629.
des condiments divers muscade, essence); on fabrique également des sortes de bonbons très sucrés, contenant les principes actifs du chanvre. L'assis, employé en Egypte, esl obtenu par le broyage des feuilles avec l'eau : le gunjah n'est autre que la plante desséchée, et se fume comme le tabac : le charras est surtout constitué par la matière gluante résineuse qui exsude des feuilles et des sommités; le bang est une infusion faite avec les graines encore \ ertes.
C'est par l'ingestion des pâtes telles que le dawamesk que les Orientaux se procurent l'ivresse spéciale du haschisch, ivresse dont les effets sont, à coup sûr, beaucoup plus redoutables que ceux de la fumée d'opium. 11 existe au Caire, dans l'Arabie, dans l'Inde, des établissements analogues aux fumeries d'opium, où se réunissenl les amateurs de haschisch.
L'action des préparations de chanvre indien est des plus remarquables. Chez les personnes non habituées, on observe d'abord assez souvent de 1 oppression, des nausées, parfois des vomissements, à peu prés comme il arrive avec le tabac, chez les débutants. Puis survient une accélération de la circulation, et un état de délire très particulier qui dure trois ou quatre heures, souvent agréable, mais non pas toujours. L'individu soumis à l'influence du haschisch n'a plus la notion du temps, ni celle de la pesanteur; il croit que ses jambes ne touchent pas la terre; ses sensations sent exagérées. Après la période d'excitation survient un sommeil calme. Des doses trop élevées, amènent un délire furieux, suivi promptement d'un sommeil profond, analogue à celui que produit le chloroforme : on a utilisé en Chine le haschisch comme anesthésique pour les opérations chirurgicales. Les excès répétés de haschisch produisent les effets les plus funestes, un état d hébétude habituel, un affaiblissement progressif des forces musculaires; l'appétit disparait: le malade devient cachectique et meurt.
Le haschisch, ou plutôt les préparations de chanvre ont été essayées en médecine, avec des succès divers : surtout la teinture de chanvre '1 gramme de chanvre, 5 grammes d'alcool .
Il n est pas facile île déterminer les doses toxiques du haschisch sous se- diverses formes; les produits sont extrêmement variables : certaines préparations de haschisch peuvent être prises à la dose de 'M) grammes environ, mais d'autres sont beaucoup plus toxiques. Le produit désigné sous le nom de haschischme agit à la dose de M à Kl centigrammes. La tétano-cannabine de Hay paraît être une substance très active.
Nos connaissances chimiques sur le haschisch ne sont pas encore très avancées.
Personne a indiqué dans le chanvre la présence de deux hydrocarbures, ou huiles essentielles, hcannabène, C18H!0, et Y hydro-cannabène ; et d'une
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matière résineuse appelée cannabine, de couleur verte, de saveur acre, soluble dans l'alcool et l'éther, fort peu définie. La haschischine est aussi un extrait résineux, qui n'est pas mieux connu (Gastinel . Préobraschensky dit avoir trouvé dans le haschisch une quantité appréciable de nicotine. On v a signalé un corps dénommé cannabinone (Richter).
Les meilleurs travaux sur ce sujet sont dus à Hay (American Journ. of PÀar»ï.,1883) qui a réussi à isoler du chanvre indien un alcaloïde remarquable, pour lequel il propose le nom de tétano-cannabine , rappelant son action physiologique principale, qui est de déterminer, lorsqu'on l'injecte sous la peau d'une grenouille , des contractions tétaniques intenses. La tétanocannabine est tort peu abondante dans le chanvre. Nous ne connaissons pas sa formule. (Test un corps cristallisé, incolore, soluble dans l'eau, dans l'alcool, dans l'éther, dans le chloroforme. Il précipite par les réactifs généraux. Il ne donne pas de coloration violette avec le bichromate et l'acide sulfurique (différence avec la strychnine).
D'après Masing, le haschisch épuisé en milieu acide par la benzine, le pétrole, le chloroforme, l'alcool amylique, n'abandonne aucun corps alcaloïdique. Par l'alcool amylique en solution alcaline, on a obtenu uni' substance alcaloïdique produisant avec le réactif de Frôhde une couleur rouge violacé' : caractère qui jusqu'à un certain point rapprocherait ce corps de la morphine, avec laquelle la confusion n'est cependant pas possible.
Jahns (Arch. de Pharm. (3), t. XXV, p. 479) arrive à la conclusion que le seul alcaloïde contenu dans le chanvre indien est la choline.
Le cannabène (Personne) est un liquide incolore, bouillant à -\- 235°-240°; l'acide sulfurique le dissout en rouge ; l'acide ebromique l'attaque violemment en produisant des acides acétique et valérianique. L'action physiologique du cannabène est très marquée ; l'ingestion de petites quantités de cet hydrocarbure, ou simplement l'inhalation de ses vapeurs produit des hallucinations, de rabattement, des syncopes.
Barlow, Spivey et Easterfield [Chem. Soc., t. LXIX, p. 339. — Bull. Soi-. Chint., t. XVI, p. 14X2) ont étudié le charas et en ont extrait un terpène bouillant entre 160° — 180°, un sesquiterpène bouillant à 2.*>8° — 2:V.y ; un carbure saturé solide C29Heo fusible à 113" — 64°; une huile rouge le cannabinol, bouillant à 265° sous 20 mm. de pression, dont la formule est C'rPHD2. Cette dernière substance qui se concrète par le refroidissement en une niasse demi-solide, insoluble dans l'eau, mais soluble dans la plupart des dissolvants organiques, est très stable et résiste à l'action de la plupart des réactifs. Elle est très active au point de vue physiologique. On la rencontre dans plusieurs préparations de chanvre indien.