CHAPITRE X
GLUCOSIDES ET POISONS NON A.LCALOÏDIQUES
t in sail que 1rs glucosides son! des corps qui, sousl'influence des acides, des alcalis, ou de certains ferments solubles, se dédoublent en donnant divers produits, parmi lesquels le glucose. Plusieurs glucosides sont des poisons très actifs : par exemple, la digitaline, la cantharidine.
DIGITALE, DIGITALINE, ETC.
L;i variété la plus commune de digitale, Digitalis purpurea, est une plante à belles fleurs roses, en forme de doigt de gant, disposées d'un même côtéà l'extrémité de la tige. — Le fruit esl une petite capsule ovoïde, bivalve; les semences sont très petites et de forme oblongue. La tige esl simple, cylindrique, blanchâtre ou rougeâtre, haute de 60 centimètres à 1 mètre. Les feuilles sont ovales, oblongues, crénelées, brunâtres à la face supérieure, blanchâtres au-dessotfs; elles ont jusqu'à 2"> centimètres de longueur sur 10 à 12 de large; elles diminuent de grandeur du bas au haut de la tige. La racine esl pourvue de fibrilles.
Les principes actifs extraitsde la digitale sonl nombreux et peur la plupart mal connus. La digitaline a été découverte en 1844 par Homolle et Quévenne. En dehors delà digitaline cristallisée, qui est très bien définie, on a trouvé dans la digitale des substances de la classe des glucosides, portant les nom- les plus variés : digitine, digitoxine, digitonine, digitaline. sans parler de produits de dédoublement encore plus mal étudiés que les précédents : digitaliréline, paradigitalétine. digitorésine, digitonéine, etc. Les diverses sortes de digitalines ont des propriétés chimiques et physiologiques très différentes; aussi est-il prudent, lorsqu'on parle de digitaline, de bien spécifier de quelle sorte de produit il s'agit, et. au besoin, de la désigner par le nom du fabricant ou de l'auteur du procédé d'extraction.
Les empoisonnements criminels par la digitale ou la digitaline ne sont
pas fréquents : en France. <>n cite surtout l'affaire Couty de la Pommerais
mort de .M",e de Pauw voy. p. 730 ; les préparations pharmaceu-
tiques de digitale ou de digitaline oni causé de nombreux accidents. Les extraits, teintures el poudres sont <lr> médicaments précieux, mais infidèles, parce que les doses de principes actifs qu'ils renferment peuvent varier dans de larges limites. — Des intoxications ont eu lieu à la suite de l'emploi de la digitale comme abortif : on ;i cité aussi des cas de morl chez des individus qui avaient absorbé des quantités exagérées de digitale pour déterminer des désordres cardiaques en vue de se faire exempter du ser- \ ii-t • militaire.
D'après Xativelle, toutes les parties de la plante renferment les mêmes principes actifs, ;'i l'exception des semences, desquelles un ne peu! extraire de digitaline cristallisée, mais qui contiennent surtoul de la digitaline amorphe. La digitale, conservée sans précautions, ou trop longtemps, perd beaucoup de ses propriétés actives.
Les principales préparations pharmaceutiques de digitale sont : la poudre de feuilles, prescrite en pilules aux doses de •"> à 30 centigrammes : la teinture alcoolique I ;"i 2 grammes), la teinture éthérée, l'extrail aqueux
1 à 2 décigrammes , l'extrait ;d< lique •"> à in centigrammes . La die,i-
taline cristallisée esl emplovée à très petites doses-, 1 à 2 milligrammes par exemple.
Les effets de la digitale ei de la digitaline s'accumulent, eî) sorte que I absorption quotidienne de petites quantités de ces poisons ne peul être longtemps continuée.
Des doses de I à 2 grammes de poudre de feuilles de digitale peuveni produire des accidents très graves, sinon mortels. On connaît des cas de mort causés par l'ingestion de 2^,5 de cette poudre; 5 grammes de teinture de digitale ont produil un empoisonnemenl très violent ; 2a grammes de la même teinture ont amené la morl. (les doses toxiques varienl beaucoup, selon la quantité pins ou moins grande de principe actif existanl dans les préparations. Un considère la digitaline cristallisée comme environ mille lois |iln> toxique que la poudre de feuilles ; d'après celle donnée, 0sr,0025 à n-'.unH de digitaline cristallisée pourraient constituer une dose mortelle. La digitaline amorphe esl généralement considérée comme moins toxique que la digitaline cristallisée.
Lafon (Ann. d'Hi/g. et de Mnl. légale. (3), t. XVI. p. 426) a fait de nombreuses expériences sur les chiens, relativement a la toxicité des diverses marques de digitaline ; il est difficile d'empoisonner les chiens, par voie stomacale, avec la digitaline, parce que des doses même faibles amènent des vomissements qui éliminent la presque totalité du poison : il faut donc irir à la ligature de l'œsophage. Par voie hypodermique. Lafon a trouvé : 1° que les digitalines cristallisées [de Nativelle, de Ouquesnel, d'Homolle
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etQuevenne,'de Mialhe) possèdent à peu prés le même pouvoir toxique. La dose, suffisante pour tuer un chien de 12 à la kilogrammes, est de 2 à 3 centigrammes ; — 2° que la digitaline française chloroformique du Codex, la digitaline Homolle et Quévenne ont à peu près le même pouvoir toxique que les précédentes ; — 3° que le produit vendu en Allemagne sous le nom de ditjitoxine et considéré comme renfermant les principes les plus actifs de la digitale a sensiblement aussi la même toxicité '.
Action de la dit/haie et de la digitaline. — Ingéréesà doses thérapeutiques, les préparations de digitale el de digitaline amènent de l'anorexie, des vomissements el de la diarrhée, si l'on en continue l'usage trop longtemps, par exemple pendant une semaine. Si les doses sont plus fortes, ces accidents apparaissent plus rapidement, l'n à deux jours après l'ingestion des doses thérapeutiques, on observe le ralentissemenl du pouls ; le cœur ne bal plus que 50, 40 ou même 30 fois par minute, selon les quantités ingérées : les battements sonl énergiques ; si l'on étudie lé tracé' sphygmographique, on constate de petits battements intermédiaires, correspondant à de petites systoles intercalées entre les grandes. — La tension artérielle est augmentée el la sécrétion urinaire devient plus active.
A dose toxique, la digitale produit une excitation assez vive, puis des nausées, des coliques el des vomissements douloureux ; les battements du cœur sont rapides, les petites pulsations devenant plus intenses. Vers la lin, les contractions cardiaques se ralentissent, la tension artérielle et la sécrétion urinaire diminuent également. La respiration est profonde , le corps couvert de sueurs froides; il y a des troubles divers de la vision ; l'intelligence reste en général intacte. Enfin la mort survient par arrêt du cœur ; elle est quelquefois précédée de convulsions. — La terminaison fatale a lieu après des temps très variables (1, 5, Kl et même 13 jours). Dans les cas non mortels, la guérison est lente, et les troubles de la vue, du cœur, du tube digestif persistent pendant longtemps.
Les lésions laissées dans les organes par l'empoisonnement digitalique in1 sont pas caractéristiques.
L'élimination de la digitaline ne parait pas se faire par l'urine ; c'est ce qui résulte des expériences de Homolle et Quévenne et d'autres observaleurs. Lafon n'a pu caractériser la digitaline dans les urines, réunies pendant cinq jours, d'un malade prenant chaque jour une macération de 40 centigrammes de feuilles de digitale. Cet alcaloïde parait se décomposer très vite dans l'économie ; c'est ce qui résulte par exemple des expériences de Lafon [/oc. cit., p. 436) dont voici le résumé : Dans les intoxications lentes par voie stomacale (expériences sur des chiens), on ne retrouve la digita-
' TV. du Lab. de Toxicologie.
line ni dans L'urine, ni dans le sang, ni dans le foie, les reins, la rate, le pou h. le cerveau; on la caractérise assez facilement dans les vomissements, dans le contenu de l'estomac el de l'intestin. — On lu retrouvedans 1rs reins, le foie, la rate, lorsque l'intoxication a été faite a dose massive, lu centigrammes par exemple, el lorsqu'il n'y a pas eu de déperdition du poison par les vomissements. — Le même auteur n'a pas réussi à retrom er dans les organes la digitaline administrée par voie hypodermique, sinon en opérant sur les muscles voisins de la région où a été pratiquée l'injection. Dans les intoxications intraveineuses, le poison a été retrouvé dans le foie, les reins, la rate, le sang, mais seulement lorsque la recherche a été faite promptemenl après l'injection, dix ou vingt minutes par exemple1.
( in voit d'après ce qui précède que la recherche de la digitaline dans les cas d'empoisonnement sera toujours difficile ; à humus de circonstances très spéciales, ce n'est guère que dans les vomissements et dans le contenu du tube digestif que l'on aura quelque chance de retrouver le poison.
Propriétés de la dii/ita/inr cristallisée. — On attribue à la digitaline la formule C28H48Ou. (Cette formule est d'ailleurs fort mal cm e. , Elle ci-islal-
lise en fines aiguilles blanches, parfois groupées en houppes; sa réaction est m 'ii Ire — Sa saveur est 1res amère la sensation d'amertume ne se développe que lentement, en raison de la faible solubilité : plus rapidement si l'on ajoute un peu d'alcool). — L'eau, même à chaud, ne dissout que des traces de digitaline ; elle est soluble dans le chloroforme d'où le nom de digitaline chloroformique <lu Codex et l'emploi que l'on fait de ce dissolvant | r en vérifier la pureté). Elle est soluble dans 12 parties d'alcool
à 90°, à la température ordinaire, |>lus soluble dans l'alcool bouillant : la solubilité est moindre dans l'alcool absolu. L'éther la dissout mal.
Extraction. — Pour rechercher la digitaline dans les viscères, on peut employer la méthode deStas-Otto; on devra la retrouver dans les résidus de l'épuisement par l'éther en solution acide. Malheureusement, les résidus éthérés de l'épuisement en solution acide sont presque toujours mélangés de beaucoup d'impuretés, de sorte qujd n'est guère prudent d'essayer les réactions de la digitaline, sans avoir procédé à une purification préalable. La digitaline en solution acide ne se dissout pas dans le pétrole léger; on aura donc des résultats meilleurs en épuisant d'abord la solution acide obtenue connue dans la méthode de Stas) par le pétrole léger <|iii élimine beaucoup d'impuretés, puis par l'éther, ou mieux par la benzine, qui dissolvent la digitaline et la fournissent alors suffisamment pure pour être soumise aux réactifs caractéristiques.
' Tr. du Lab. de To.i néologie.
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Pour des recherches spéciales de digitaline, voici le procédé d'extraction recommandé par Lafon (/or. cit.). Après division des matières suspectes, on leur ajoute deux fois leur volume d'alcool à 8(1°. On laisse digérer vers -f- o(l°, |)t'iidaiil quatre heures environ; en agitant souvent, on filtre et on lave la masse restée sur le filtre avec <le l'alcool dilué à 60°; les liqueurs hydroalcooliques sont réunies, évaporées au bain-marie jusqu'à disparition à peu près complète de l'alcool ; s'il y a un précipité trop abon- daiil. le résidu aqueux esl filtré grossièremenl sur du coton de verre. On ajoute à la liqueur du sous-acétate de plomb en excès ; on filtre et on traite le liquide par l'aride sulfurique étendu jusqu'5 précipitation complète du sulfate de plomb: la liqueur filtrée est enfin épuisée par le chloroforme, qui dissout la digitaline.
Réactions. — La digitaline cristallisée est colorée en vert jaune assez intense par V acide chlorhydriqae .
Uacide sulfurique concentré produit une solution colorée en lu-un ooir ou brun vert.
L'acide sulfurique et te brome (solution de brunie dans l'acide sulfurique concentré) est un réactif indiqué comme donnant avec la digitaline une coloration muge ou rouge violacé, passant ouvert par addition d'eau. A notre avis, cette coloration est attribuable à une impureté; on ne l'observe pas souvent avec les digitalines cristallisées présentant les apparences d'un produit pur. Cependant, dans une recherche toxicologique la réaction de l'acide sulfurique brome doit toujours être essayée, et peut fournir des renseignements utiles.
Lafon Comptes rendus, juin 1885; Ann. d'Hyg. et de Méd. léy. •î . I . XV, p. '>'2~ a indiqué une bonne réaction de la digitaline, ou du moins de certaines marques de digitaline : on chauffe doucement le produit, sur un verre de montre, avec quelques gouttes d'un mélange d'acide sulfurique et alcool à poids égaux); lorsque le mélange a pris une teinte brun clair, on ajoute une goutte de perchlorure de fer en solution (''tendue; il se produit alors une belle coloration verte, ou vert bleuâtre, assez, persistante. Cette réaction parait être spéciale aux digitalines les plus pures et les plus actives. On l'obtient par exemple', avec les digitalines françaises de Nativelle, Duquesnel, Mialhe, Homolle et Ouévenne, etc.
11 v a de grandes différences entre l'action dr^ réactifs sur les diverses sorte de digitalines; le tableau suivant, donne'' par Lafon, indique les différences pour les trois réactifs principaux, acide sulfurique brome, acide chlorhydrique, acide sulfurique — alcool — perchlorure de fer. 11 contient