‹ Traité de chimie toxicologiqueChapitre 150 sur 185 · b'- symptômes observés pendant La maladie à laquelle a · texte numérisé non relu

b'- symptômes observés pendant La maladie à laquelle a

succombé M" R ainsi <|iie 1rs résultat? de L'autopsie, ne présentent

aucune contradiction avec l'hypothèse d'un empoisonnement par la eolchicine.

L'analyse chimique des viscères fournit les réactions chimiques indiquées comme caractérisant la colchicine.

Les expériences physiologiques n'ont donné aucun résultat continuât if ou intîrmalif.

Il serait donc Logique de conclure en faveur de l'hypothèse d'un empoisonnement par la colchicine.

Mais Les symptômes, Les lésions, la physiologie de l'empoisonnement par cet alcaloïde sont encore peu étudies: il n'est pas impossible que L'avenir révèle l'existence d'un alcaloïde, encore inconnu, pouvant avoir les réactions chimiques de la colchicine.

Dans ces conditions, nous devons conclure avec une grande réserve et dire :

Les données fournies par L'observation des symptômes, par l'autopsie, par l'analyse chimique, sont eu concordance avec cette hypothèse que la mort de

M R a ete causée par une intoxication résultant de L'ingestion d'une

certaine quantité de colchicine : mais nous ne pouvons affirmer scientifiquement, avec entière certitude, que cette hypothèse soit exacte.

Examen de V ordonnance fabriquée frauduleusement par le sieur R... —

La dose de colchicine prescrite est-elle de nature à avoir cause la mort? L'ordonnance est ainsi formulée :

Colchicine-cristal. 1 "ranime en 4 paquets.

Eu mettre un paquet par litre de limonade. Eu boire trois verres par jour.

Appliquer un cataplasme de farine de lin tous les soirs.

Signé : un nom peu lisible, analogue à Guillaume.

Si cette ordonnance a été l'aile dans un Lut criminel, la formule inscrite pouvait être destinée à permettre au pharmacien de' délivrer 1 gramme de colchicine. et cette substance une bus obtenue, le destinataire restait libre d'en user en une fois, ou en plusieurs.

Si la dose totale 1 gramme était administrée en une fois, certainement cette dose était toxique.

Si l'administration de la colchicine était faite selon la formule inscrite, on ne devait absorber par jour qu'un peu plus de la moitié, ou Les trois quarts d'un paquet. La contenance d'un verre varie de 200 à250 grammes : trois verres représentent de 600 à 700 grammes : si un litre contenait i'.'> centigrammes de colchicine, chaque verre contenait donc de o à <i centigrammes.

D'après les auteurs, d'après les expériences que nous avons faites sur des animaux, une do>e de 4 à o centigrammes pour l'homme adulte serait déjà fort dangereuse; sinon mortelle : 10 centigramme? causeraient certainement

I i; VITE DE ' IIIMIi: T0XIC0L0G1QUE

ri. Or, d'après la prescription de l'ordonnance si celle-ci a étéexécutée suivanl son texte), on devait prendre en un jour 15 ù 18 centigrammes de colchicine.

Conclusion. — En se plaçant par conséquent dans l'hypothèse la plus favorable, celle dans laquelle la colchicine aurait été administrée ainsi que le prescrivait l'ordonnance, la dose de substance ingérée aurait été mortelle pour un homme adulte.

Réponse à celle question : •< Par >a nature même la colchicine n'échappet-elk' pas à l'analyse chimique '.' N'est-elle pas ainsi un agent particulièrement dangereux d'empoisonnement criminel ? »

La recherche chimique de la colchicine, quoique délicat nme toutes les

recherches de ce genre, ne présente pas plus de difficultés que celle de la plupart des alcaloïdes. D'ailleurs ce poison semble, d'après les recherches de Daumenberg, résister à la putréfaction; c'est encore là une condition favorable pour la recherche chimique.

Mais, d'autre part, l'expérimentation physiologique, avec la colchicine, ne . fournit pas. dans l'état actuel de la science, des résultats caractéristiques. F'e plus, comme la colchicine s'élimine principalement dans l'urine : — cunme il en disparait d'ailleurs une grande quantité par les déjections alvines et stomacales : déjections dont la dose est considérable, puisque la mort ne survient que longtemps après l'ingestion; — comme, en raison même de ces diverses causes d'élimination, la colchicine ne se localise guère dans les organes, par suite la recherche du poison dans ces organes devient fort difficile, — il en résulte que la démonstration absolue de l'existence de la colchicine dans un cada\re présente en réalité des difficultés particulières, surtout dans le cas qui est le cas actuel où l'on ne peut faire porter les recherches chimiques ni sur l'urine ni sur les déjections.

L'autre question qui nous est posée :

« La colchicine n'est-elle pas un agent particulièrement dangereux d'empoisonnement criminel? » peut être envisagée de deux façons différentes :

1° Parmi les alcaloïdes toxiques, la colchicine n'est pas un des plus violents : sa toxicité se dose par centigrammes et non par milligrammes. Elle n'est donc pas comparable sous ce rapport à des poisons tels que la digitaline, l'atropine, l'aconitine. la strychnine. 11 y a donc des corps plus toxiques que la colchicine : mais elle est néanmoins classée parmi les poisons énergiques.

-1 Les effets toxiques de la colchicine ne se manifestent le plus souvent qu'au bout d'un temps assez long plusieurs heure- âpre- l'ingestion). Les symptômes de l'empoisonnement n'offrent rien de bien remarquable; l'interprétation de la valeur de ces symptômes est difficile.

A ce second point de vue, la colchicine doit être considérée comme un

- ut particulièrement dangereux d'intoxication criminelle.

i "NTRE-EXPERTISE

M. le juge d'instruction nous commit de nouveau, avec MU. Vulpian et Schiilzenberger, dan- les conditions que fait connaître l'ordonnance.

Attendu que, etc., etc.

Commettons MM. Brouardel, Pouchet, Ogîer, Sehiïtzenberger, àla demande de 1 inculpé, et M. Vulpian. à l'effet de contrôler par de nouvelles expériences les résultats delà première expertise et de répondre aux questions qui avaient été posées.

Toutes les vérifications que l'expert ou son représentant jugeront nécessaire; devront être faites.

Dans le cas où un désaccord se produirait, les opinions personnelles de chaque expert devront être énoncées dans le rapport.

Serment préalablement prêté, nous avons rempli cette mission ainsi qu'il suit :

Les restes des organes de la dame R... non employés dans la première expertise faite par MM. Brouardel, Pouchet et Ogier. mit été conservés au Laboratoire de toxicologie.

Ces organes sont enfermés dans des bocaux scellés et cachetés. Les scellés sont intacts.

La première expertise concluait à la non-existence dans les viscères examinés d'une substance minérale toxique.

Elle signalait, par contre, des traces d'un corps offrant les réactions connues de la colchicine. Mais, d'une part, les réactions chimique- très fugaces et peu nombreuses de la colchicine sont par elles-mêmes trop peu probantes pour qu'on puisse affirmer scientifiquement l'existence de ce pois

D'autre part, l'expérimentation physiologique, -ans être en désaccord avec l'hypothèse d'un empoisonnement par la colchicine, ne fournit pas de résultai- bien caractéristiques el n'apporte à celte hypothèse aucune confirmation précise.

Les premiers experts n'ont donc pu formuler leur conclusion qu'avec une grande réserve, en disant :

« Les données fournies par l'observation des symptômes, par l'autopsie, par l'analyse chimique, sont en concordance avec cette hypothèse que la mort de M" Et... a été causée par une intoxication résultant de l'ingestion d'une certaine dose de colchicine. Mais nous ne pouvons affirmer scientifiquement, avec une entière certitude, que cette hypothèse suit exacte. »

En raison de ces conclusions, il nous a paru que dans celle' seconde expertise il importail surtout de chercher à caractériser la présence de la colchicine dans la partie des organes restée à mitre disposition ; de reproduire les réactions chimiques de la colchicine déjà effectuées en nous plaçant dans de meilleures conditions de quantité de matières premières employées : d'ajouter, si possible, d'autres réactions à celles déjà essayées : de soumettre

les] i ions à une critique expérimentale approfondie, afin d'écarter toute cause d'erreur dans l'appréciation des résultats : enfin de faire de nouvelles expériences sur les effets toxiques de la colchicine, en réservanl une larg pari à l'expérimentation physiologique exécutée avec les résidus extraits du cadavre.

Nous avons donc négligé toute recherche relative aux poisons pour lesquels la première expertise avail donné des résultats franchement négatifs, el nous avons consacré la totalité des restes des viscères de La femme Et... aux expériences dirigées en vue de la recherche de la colchicine.

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