I. Il n'existe sur le cadavre aucune l race il i violences
II. L'autopsie e( l'examen des organes ne révèlent pas la cause de la mort. L'état de dégénérescence graisseuse donl le cœur était atteint pouvait exposer M. de K... à la mort subite par syncope : mais rien m1 nous autorise à afiirmer que cette syncope sesoil i llemenl produite.
III. L'analyse chimique n'a décelé la présence d'aucune -ni slance toxique dans les viscères : aucun des résultats obtenus ni' permel de conclure que la mort a él us i par un empoisonnement.
Le 4 janvier ls:' I
Deuxième rapport, par MM. Schutzen berger, Bhouardel, Richard ière
Ooier el VlLLlERS.
Nous soussignés,
Paul Schiitzenberger , membre de l'Institut, professeur au Collège de France :
Paul Brouardel, doyen île la Faculté de Paris, professeur ilr médecine légale, membre de l'Institut ;
Henri Richardière, médecin des bôpitaux :
Jules Ogier, docteur es sciences, chef du Laboratoire de toxicologie :
Antoine Villiers. professeur agrégé de toxicologie à l'Ecole d>* pharmacie de Paris ;
Experts près le tribunal de la Seine,
Commis par uni- ordonnance de M. Franqueville, juge d'instruction au tribunal de première instance de la Seine, en date du 28 décembre 1892, ordonnance ainsi conçue :
Attendu qu'il y a tien de rechercher les causes île la mort du baron Jacques de H..., décédé à Paris le 20 novembre 1892 ;
i Vu la lettre île MM. Brouardel et Ogier, experts déjà commis, lettre en date à Paris du "2"; décembre 1*92, dans laquelle ils déclarent que la moitié des viscères a été conservée en vue d'une expertise nouvelle ;
Commettons M. Schiitzenberger Pauli. membre de l'Institut, professeur au Collège de Fiance :
M. Villiers, professeur agrégé de toxicologie à l'Ecole de pharmacie de Paris ;
M. lîrouardel, doyen de la Faculié de médecine de Paris, professeur de médecine légale, membre de l'Institut ;
M. Ogier, docteur es sciences, chef du Laboratoire de toxicolo.
M. le D' Richardière, médecin des hôpitaux, expert légiste;
A l'effet de procéder aux nouvelles analyses et expériences qui leur paraîtront
--aires pour rechercher les causes de la mort du baron Jacques de R. . >
786 TRAITE DE I H IMIE TOX IC0L0C1QI E
Sermenl préalablement prêté, nous avons procédé ainsi qu'il suit, afin de remplir la mission à nous confiée :
Les portions de viscères mises de côté lors de la première expertise, en vue d'une expertise nouvelle, élaienl contenues dans des bocaux perlant intact le cachet du Laboratoire de toxicologie, où elles avaient été conservées.
La recherche des poisons minéraux ayant été exécutée d'une manière rigoureuse dans une première expertise el ayant donné des résultats absolument négatifs, nous n'avons pas cru devoir consacrer une partie des viscères restants à une nouvelle recherche de ces poisons minéraux.
La première expertise n'ayanl pas non plus permis de déceler la présenci des poisons volatils ou facilement altérables, tels que l'aride cyanhydrique, le phosphore, le chloroforme, nous n'avons pas jugé utile de recommencer des ensuis qui n'auraient pu être faits que par des procédés identiques à ceux déjà employés, mais dans des conditions beaucoup plus désavantageuses, vu l'altération plus grande des organes.
Nous avons pensé qu'il était préférable de concentrer nos efforts dans la recherche des poisons végétaux alcaloïdes, glucosides, etc.), el d'yconsacrer la plus grande partie des viscères, de manière à pouvoir contrôler les résultats de la première expertise par des recherches effectuées sur des quantités plus considérables que celles employées dans le premier cas. ,,
Nous avons employé pour celle recherche les quantités suivantes de vis-
i ères :
Poii i -' i inmi -
Reins 150 —
Haie ' 64 —
Poumons 395 —
l stomac t lii —
Contenu de L'estomac -''> cent. euh.
Intestin 815 g animes
i lontenu de l'intestin 30 —
Cerveau 635 —
Total -1 T'J'.i —
Le reste a été conservé dans les bocaux qui ont été tenues et scellés de
nouveau.
Méthode employée. — La méthode employée dans la premier,' expertise pour la recherche des alcaloïdes avait été la méthode de Stas, avec quelques modifications légères, dont la principale consiste à distiller dans le vide, à liasse température, la [dus grande partie des liqueurs alcooliques, ce qui, en laissant au procédé toute sa rigueur, abrège de beaucoup les opérations.
La méthode de Stas nous a paru être celle qu'il convenait le mieux d'employer à nouveau, en l'absence de renseignements d'aucune sorte sur la nature du poison que l'on avait à rechercher. Elle est fondée, en effet, sur l'emploi de l'éther, qui est le dissolvant le plus général des poisons végétaux. Elle a, de plus, l'avantage d'éviter l'altération de ces derniers pendant le cours des recherches.
Cependant, nous avons pensé qu'il était utile, vu le résultat négatif obtenu précédemment, de ne pas soumettre les viscèresà un traitement absolument identique, et nous avons adopté deux modifications à la méthode de Stas.
La première, proposée par Otto, permet de séparer par l'éther. dans un premier traitement effectué en ligueur acide, les glucosides plus ou moins altérables sous l'action des alcalis, les corps à fonction acide, et un très petit nombre d'alcaloïdes, en même temps qu'elle débarrasse de toute trace de matière grasse le liquide dans lequel on a à rechercher ultérieurement le plus grand nombre des poisons alcaloïdiques.
La seconde est relative à la purification des alcaloïdes, qui ont pu être enlevés, en liqueur alcaline, par l'éther.
Voici, du reste, le détail de n<is opérations :
De même que dans la première expertise, le;- matières ont été amenées à l'état de pulpe, au moyen d'un hache-viande, puis elles ont été mises en présence d'environ deux litres d'alcool à 9o-, Légèrement acidulé par l'acide lartrique. à une température comprise entre — 40° et — 50°, pendant vingtquatre heures.
Au bout de ce temps, le liquide a été séparé par tiltration et expression du résidu solide, et les matières grasses ont été séparées par décantation.
La majeure partie de l'alcool a été ensuite éliminée par une distillation dans le vide, effectuée aune température ne dépassant pas 35°; et la liqueur, ainsi réduite au quart environ de son volume primitif, a été évaporée jusqu'à consistance sirupeuse, dans le vide, sous des cloches, au-dessus de l'acide sulfurique. Le résidu a été repris par L'alcool, que L'on a ajouté tant qu'une nouvelle addition de ce liquide a produit un précipité. La liqueur a été séparée du précipité par tiltration et concentrée par une nouvelle distillation dans le vide vers 3o°, puis évaporée a sec dans le vide, au-dessus de l'acide sulfurique. à la température ordinaire. On a traité trois fois encore le résidu de la même manière, en employant de l'alcool absolu pour ers derniers traitements. Après ces diverses opérations, le dernier résidu était à peu près
complètement soluble dans l'alcool absolu, et la purification par l'ali I
était ainsi poussée aussi loin qu'il était possible.
Le dernier résidu alcoolique a été dissous dans l'eau, et on ;( distillé partiellement dans le vide la liqueur aqueuse acide ainsi obtenue afin de la débarrasser de toute trace d'alcool. Fuis on l'a épuisée avec de l'éther soigneusement lavé a l'eau. L'éther provenant du traitement de la liqueur acide a été filtré et évaporé. On a ainsi obtenu un très faible résidu paraissant principalement formé de matière grasse. Ce résidu a été redissous dans l'eau, séparé de la matière grasse par tiltration et mis de côté pour être étudié ultérieurement.
Ce premier traitement par l'éther une fois effectué, la liqueur acide a été sursaturée par un excès de bicarbonate de potasse, et épuisée par L'éther Lavé. Ce dernier a été liltré et agité avec i à o centimètres euhes d'eau légèrement acidulée par l'acide sulfurique. On a constaté qu'après ce traitement,
788 l i: \ I IK DE CHIMIE T0XIC0L0G1QUE
le résidu de l'évaporation de cet élher ne renfermait pas la moindre trace de produil susceptible de donner naissance à un précipité par les réactifs généraux des alcaloïdes. L'eau acidulée a été ensuite sursaturée par le bicarbonate de potasse el épuisée par une nouvelle quantité d'éther pur que l'on a décanté, filtré, réduit par distillation à un petit volume, el réparti enfin dans une série <le verres de montre dans lesquels l'évaporation a été terminée. Le résidu ainsi obtenu a été extrêmemenl faible, sans être cependant toul à fail nul.
On a constaté que le liquide aqueux, séparé de l'éther par décantation, et agité avec du chloroforme, ne cédait à ce dissolvant aucune trace de morphine, alcaloïde peu soluble dans l'éther, el qui par suite aurait pu ne pas être entraîné par ce dernier. Le résidu de l'évaporation du chloroforme n'a en effel donné aucune coloration par le sulfomolybdate de soude, ni par le perchlorure de fer. — Ce résidu, dissous dans l'eau, précipitai! par l'iodure de potassium ioduré ; mais le même l'ail peut être observé dans le traitement de viscères plus ou moins altérés par la putréfaction el renfermant des ptomaïnesque l'éther n'enlève que très difficilement aux solutions aqueuses. Nous avons constaté d'ailleurs que la dissolution aqueuse de ce résidu, injectée sous la peau d'une grenouille, ne déterminait aucun trouble physiologique appréciable.
Les deux résidus obtenus par l'évaporation de l'éther provenant du traitement de la liqueur acide et de la liqueur alcaline onl été étudiés au point de vue de leurs caractères chimiques et de leurs propriétés physiologiques. Nous allons rendre compte ici des résultats obtenus :
I Kesidu provenant du traitement de la liqueur alcaline. Essais chimiques. — Une fraction du résidu, dissoute dans une goutte d'eau légèrement acidulée, a été additionnée d'une goutte AHodure de potassium ioduré. et dans un deuxième essai d'une goutté d'iodure double de mercure el de OOtassium. Os deux réactifs donnent avec les alcaloïdes, le premier un précipité brun, le second un précipite'1 blanc jaunâtre ou jaune. Il ne s'est produit dans les deux cas qu'un trouble extrêmemenl léger, qui peut être regardé comme du même ordre que celui que l'on observe toujours lorsque l'on opère sur des viscères plus ou moins altérés. La production de ce trouble peut être attribuée à des ptomaïnes résultant de la putréfaction, et n'implique pas la présence d'alcaloïdes proprement dits. Dans tous les cas. la faiblesse du précipité obtenu indique que si ces derniers sont contenus dans le résidu, ce n'est que dans des proportions extrêmement faibles.
L'acide picrique ne produit pas de précipité- caractéristique même après concentration par évaporation.
L'acide azotique, de densité- 1.4. ne détermine qu'une légère coloration jaune. Ce caractère exclut la présence de la colchicine coloration violette), <lc- la brucine coloration rouge . ■ — Après évaporation à sec au bain-marie et addition de potasse alcoolique, on n'a qu'une coloration jaune orangé, pareille à (-elle que l'on peut obtenir dans le cas de résidus renfermant des
traces de ptomaïnes, et différant absolument de la coloration violette qui est fournie dans ces conditions par l'atropine.
Le sulfomolybdate de soude réactif de Fronde ne donne aucun résultat, ce qui exclut la morphine, avec laquelle on obtient une coloration lilas.
Le sulfosélénile d'ammoniaque (réactif de Lafon) ne donne qu'une très légère coloration lu-une : pas de coloration verte (codéine).
Sulfovanadale. — Légère coloration verte, déjà signalée dans la première expertise. Cette coloration est produite par les ptomaïnes el aussi par la colchicine : mais cette dernière est absolument exclue par le résultat négatif obtenu avec l'acide azotique. — On n'observe nullement la coloration violette qui est donnée si nettement par des traces de strychnine.
Acide sulfurique. — Aucune réaction, nia froid ni à chaud. La vératrine donne une coloration jaune : la narcotine, à chaud, une coloration rouge, puis violacée.
Acide sulfurique el sucre. — Aucune coloration. (La vératrine dans i es conditions donne une coloration verte.)
Une partie du résidu chauffée avec un mélange d'acide sulfurique et d'alcool. puis additionnée de perchlorure de fer, ne se colore pasen vert digitaline cristallisée .
L'acide sulfurique brome ne détermine pas de coloration rouge (réaction d'un produit toxique de la digitale, autre que la digitaline cristallisée).
La pulasse alcoolique, à chaud, ne donne pas lieu à un dégagement d'un produit éthéré, d'une odeur spéciale (cocaïne).
Ces résultats indiquent qu'il n'existe pas, dans le résidu de l'évaporation de l'éther provenant de la liqueur alcaline, de quantité appréciable de strychnine, brucine, colchicine, vératrine, atropine, morphine, codéine, narcotine, digitaline, cocaïne, el concordent avec ceux obtenus dans la première expertise.
I>e même, les réactions douteuses qui ont été indiquées pour l'aconitine ont été encore une foisessayées et n'ont donné aucun résultat.
L'acide sulfurique a légèrement jauni le résidu, sans le colorer en violet, ainsi qu'on peut l'observer avec certaines espèces d'aconitine.
L'acide phosphorique de densité 1,8 n'a donné aucune coloration.
Essais physiologiques. — Une portion du résidu déposée sur la langue n'a déterminé aucune sensation particulière (aconitine, cocaïne . Nous avons pratiqué en outre les expériences suivantes : I Une fraction du résidu égale au dixième du produit total a été injectée sous la peau d'une grenouille, après avoir été délayée dans l'eau. Le tracé' graphique des contractions du muscle gastro-cnémien, sous l'influence d'une excitation électrique, n'a montré aucun ralentissement dans la courbe de contraction vératrine . — La même grenouille n'a pas présenté de convulsion-, tétaniques indiquant la présence de strychnine ou de brucine. Aucun fait anormal n'a pu être noté.
in Une deuxième grenouille reçoil une injection semblable. Vers la huitième minute, on observe une augmentation de l'amplitude des pulsations. .Mais cette augmentation n'esl que d'un vingtième environ, c'est-à-dire de l'ordre des erreurs qui résultent îles imperfections de l'appareil enregistreur, el absolument négligeable. Du reste elle ne persiste pas : vers la onzième minute, l'amplitude diminue el redevient égale à ce qu'elle était au début, puis elle devient même un peu plus faible. On n'a donc ici aucune indication de l'aconitine, qui détermine, au boul d'un quart d'heure environ, une exagération très marquée de l'amplitude des mouvements du cœur, la période d'amplitude étant précédée par une période d'ataxie.
Le nombre des battements du cœur est resté le même pendant tout le temps de l'expérience.
En résumé, les deux tracés obtenus dans ces deux premières expériences sont tout à fait normaux, el paraissent exclure l'hypothèse de la présence de l'aconitine et des puisons cardiaques.
3° La même quantité du même résidu a été injectée sous la peau d'un cobaye. L'animal est resté très vif, et a continué' à manger sans qu'aucun symptôme anormal ail pu être constaté.
2° Résidu provenant du traitement de la ligueur acide. — Essais chimiques. — Le traitement de la liqueur acide par l'éther permet d'isoler des glucosidcs, des produits à fonction aride, ou des anhydrides acides, et aussi un petit nombre d'alcaloïdes dont les sels sont plus ou moins dissociés par l'eau.
Une fraction du résidu obtenu par l'évaporation de l'éther, dissous dans l'eau, n'a donné aucun précipité ni aucun trouble par les réactifs généraux des alcaloïdes : iodure de potassium ioduré, iodure de mercure et de potassium. Ce nouveau résidu ne renferme donc pas d'alcaloïdes.
L'acide azotique ne détermine qu'une coloration jaune et non violette ci ilchicine).
Une partie du résidu, chauffée avec un mélange d'acide suif urique et d'alcool, puis additionnée de perchlorure de fer, ne se colore pas en vert : avec ["acide sulfurique brome, il ne se produit pas de coloration rouge digitaline).
Une portion du résidu, évaporée à sec. délayée dans une goutte d'huile d'amandes douces, n'a déterminé aucune éruption ni démangeaison après une application sur l'avant-bras, au bout d'une journée (cantharidine).
Essais physiologiques. — 1° Une portion du résidu, un dixième environ du poids total, est injectée sous la peau d'un cobaye. On constate seulement une diminution dans le nombre des pulsations du cœur ; ce nombre est réduit du quart environ au bout de trois à quatre minutes; il redevient normal après trois quarts d'heure, et il ne se produit aucun autre symptôme.
2° Une grenouille, disposée en vue de l'enregistrement des battements du cœur, reçoit une injection sous-cutanée du même résidu, en proportion moitié moindre. Il se produit ici une modification très marquée. Trois minutes
après L'injection, le nombre des pulsations cardiaques diminue dans une très forte proportion : cependant l'amplitude de ces pulsations ne varie pas. mais elles Unissent par devenir extrêmement rares et le cœur cesse même complètement di' battre, en restant en diastole. Cependant ranimai n'est pas mort, et une fois détaché de l'appareil, il continne à se mouvoir, le coeur restant immobile. 3° A ti ii d'obtenir un tracé graphique plus facile à étudier, on recommence
Fig. M.
le même essai sur une autre grenouille, en diminuant beaucoup la dose injectée. La seringue est vidée, de même que le verre qui renferme le liquide. Le tout est rincé avec environ 1 centimètre cube d'eau, que l'on injecte. Le poids du résidu introduit sous la peau de l'animal peut être ici évalué à la deux centième partie du poids total environ. On observe encore cependant un ralentissement très marqué : trois minutes après l'injection, le nombre des pulsations cardiaques est diminué dans la proportion de o à 1. Mais cette période d'arrêt momentané du cœur est courte, et à la minute suivante le cœur recommence à battre comme avant l'injection. (Voir le tracé ligure 84. La première ligne en bas donne le nombre des pulsations avant, l'injection.) i'1 11 semble donc que l'on soit ici eu présence d'un poison cardiaque, produisant sur le cœur une action rapide et énergique.
Nous avons pensé qu'il était utile de chercher tout d'abord si, en soumet-
THAITK DE CHIMIE l'OXK'.OLOGIQUE
tant au même traitement des viscères provenant d'individus non empoisonnés, on ne pourrail pas isoler des produits doués de propriétés physiologiques semblables, el nous avons opéré sur des viscères conservés à la Morgue depuis plusieurs mois el provenant :
En premier lieu, d'une femme morte le3 aoûl 1892, l'autopsie, Faite ln>is jours après, ayant indique une congestion pulmonaire el méningo-encéphalite :
lui second lieu, d'un homme mort le 15 avril IX'ii. à la suite de blessure, diabète, érysipèle. Autopsie faite le I8avril 1892.
Ces viscères avaient été conservés au froid depuis l'autopsie.
« > r i prélève une partie du foie, des reins, de la rate, de l'estomac, de l'intestin, des poumons : poids total, 1 780 < l i 750 grammes.
Après les avoir hachés et mis en digestion vers -t- 50° avec de l'alcool acidulé par l'acide tartrique, on sépare le liquide alcoolique el on le distille dans levide vers h 35 : le résidu est repris plusieurs fois par l'alcool absolu, puis après évaporation complète de l'alcool dans le vide, redissous dans l'eau; et la solution acide est épuisée par l'éther lavé. Enfin l'élher est 1 i anté, distillé el le résidu esl dissous dans un petit volume d'eau.
Fi" -
l 'r cette solution injectée sous la peau d'une grenouille détermine exactement, dans les deux cas. le même effet que celui observé plus haut.
Le tracé (fig. 85 montre les arrêts momentanés du cœur produits par une dilution extrêmement grande du produit obtenu avec les viscères du premier cadavre. La première ligne en lias représente le tracé normal. On voit à partir de la quatrième minute 3e ligne en haut les pulsations devenir très ra ris. (oui en conservant leur amplitude ; puis elles recommencent à se reproduire régulièrement, exactement comme dans la troisième expérience.
Le tracé fig. 86 correspond à une dissolution plus concentrée obtenue avec les viscères du second cadavre. L'effet produit est le même que dans la deuxième expérience.
VNNEXKS
Dans li"- deux cas, lorsque la dose injectée esl suffisante, le cœur reste encore immobile en diastole, la grenouille continuant à vivre.
L'étude des tracés munir. ■ aussi qu'au moment du ralentissement la ligne qui sépare deux pulsations consécutives n'est pas horizontale, mai- va
Fi". 8C.
en remontant, pendant que le cœur se remplit lentement. Le tracé lig 86) qui représente le-, expériences laites sur les viscères du baron de R..., présente encore le même caractère.
On voil donc que les résultats obtenus avec le résidu provenant du traitement de la liqueur aride ne donnent en aucune façon un indice d'empoisonr nement, puisque l'on peut obtenir des résultats absolument semblables avec des résidus provenant de cadavres quelconques, traités de la même manière. avec les mêmes réactifs.
Nous nous sommes assurés c[ite les réactifs employés, l'étber d'une pari. l'acide tartrique de l'autre, ne produisaient pas d'effet analogue: 100 centimètres cubes de l'étber dont nous avions fait usage ont été lavés à l'eau. puis évaporés à sec. Le résidu, à peu près insignifiant, ayant été délayé dans l'eau et injecté sous la peau dune grenouille, on a obtenu un tracé' absolument régulier. L'acide tartrique a été essayé de même, el n'a pas modifié le tracé du cœur d'une manière sensible, même pour une concentration plus grande que celle correspondant à la petite quantité qui aurait pu, dans les épuisements, passer en dissolution dans l'éther.
Ces résultats paraissent donc devoir être attribués à une substance produite par la putréfaction, ou préexistant dans les organes, mais différant des ptomaïnes, qui fournissent un précipité par les réactifs généraux des alcaloïdes. Quelle que suit la valeur de cette interprétation, les phénomènes observés ne donnent aucun indice d'empoisonnement.
• ' Nous nous. sommes assurés que les poisons cardiaques du groupe des
TKAITE DE CIII.MII'. TOXICOLOGIQUE
glucosides produisaient un effel différent de celui observé, et nous reproduisons ci-joinl :
Le tracé obtenu avec la digitaline (fig. 87 ; première ligne en bas, tracé
Fis. s:
Fis. 88.
normal) : les [misa lions sont ralenties, mais il n'y a pas d'interruption comme plus haut ;
Le tracé correspondant àlastrophantine fig. 88 ; les battements deviennent de plus en plus faibles, sans que le nombre en diminue, et sans qu'il se produise d'interruption :
Les tracés correspondant à l'ouabaïne et à la tanghinine i fig. Ni1 et (J0 . qui sont semblables au précédent.
Avec ces (mis derniers poisons, on observe bien, il est vrai, un des phénomènes produits avec les résidus cadavériques : le cœur s'arrête complètement pendant que l'animal continue à vivre; mais on constate <I<-s différences essentielles : le coeur s'arrête toujours en systole et non en diastole ; et, surtout, on n'observe jamais les interruptions très prolongées indiquées par les tracés dans le eas des résidus cadavériques.
En résumé :
Pour les raisons indiquées plus haut, nous nous sommes exclusivemenl
livrés à la recherche des poisons végétaux, el nous avons consacré à cette recherche la presque totalité des viscères restants.
Nous n'avons obtenu que îles résultais négatifs.
Dans la première expertise, on avail trouvé dans l'exagération ilr l'amplitude des mouvements du coeur, à la suite de l'injection d'une portion du
Fig.
résidu ù une grenouille, un indice qui aurait pu l'aire supposer l'existence de l'aconitine dans les viscères, niais qui n'avait pas été confirmé par les autres essais. Cet indice même a l'ait défaut dans la seconde expertise.
Nous croyons devoir l'aire ici les mêmes réserves que celles qui ont été présentées dans le premier rapport, à propos des difficultés que l'on éprouve à retrouver des poisons ingérés à des doses extrêmement faibles, surtout quand il s'agit de poisons altérables.
Conclusions. — Les résultais de la deuxième expertise confirment ceux de la première, et les expériences chimiques el physiologiques ne permettent de déceler la présence d'aucun poison végétal.