CHAPITRE PREMIER
Les empoisonnements par l'oxyde de carbone, ou, pour mieux dire, par les produits de la combustion incomplète du charbon, sont extrêmemenl fréquents; les empoisonnements criminels-sonj rares; on en peul cependant citer quelques exemples. Le suicide par asphyxie au moyen du classique réchaud de charbon esl un genre de mort toujours très en faveur, principalement en France; la justice el les experts n'ont guère à s'occuper du suicide par le charbon, Lorsque c'est un individu seul qui s'asphyxie volontairement; il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit d'un suicide à deux, où l'un des deux survit et peul être l'objet d'une action judiciaire.
■ Relativement à la fréquence des suicides par le charbon, citons les chiffres suivants ; ona compté en France :
de 1K36 à 1840. 180 suicides parle char!
1K78 à INSU. £63 —
enfin en 1891ilyena eu 848, à peu près le quinzième du nombre total des suicides '.
Le suicide par les vapeurs de charbon est tort rare en Angleterre, et peu fréquent en Allemagne ; et, enFrance, c'est presque exclusivement un mode de suicide parisien : les quatre cinquièmes ont lieu dans le département de la Seine. Ce mode de suicide est particulièrement pratiqué par les femmes. Sur le nombre total des suicidés, les femmes ne forment guère que le cinquième. Pour le suicide par le charbon, exclusivement, les suicides féminins
' Brouardel. Les Asphyxies, \>. 17. Pari-, 1S'J6.
forment les deux tiers du nombre total. La fréquence de ces suicides tient surtoul à L'opinion très répandue dans le peuple que la mort par le charbon n'est pas douloureuse.
Quanl aux accidents causés par l'oxyde de carbone, ils sonl innombrables : les pins fréquents sonl dus à l'emploi imprudent d'appareils de chauffage du genre de ceux qu'on appelle « à combustion lente ». au
mauvais foncti ment de ces appareils, à des dispositions défectueuses
des cheminées par où s'écoulent les produits de la combustion, etc. 11 est permis de croire qu'un grand nombre de morts causées par 1rs poêles mobiles passent inaperçues, et que bien des accidents non suivis de mort sont attribuables à L'inhalation prolongée de mélanges gazeux contenant de faillies proportions d'oxyde de carbone.
Parmi les autres modes d'intoxication oxycarbonique, il faut citer Les fours a chaux, qui dégagent des gaz riches en oxyde de carbone : on voit chaque année, aux em irons de Paris, des cas d'asphyxie de ce genre, chez îles malheureux < ] 1 1 i \ iennent près de ers fours chercher un peu de chaleur, et s'y endorment.
L'emploi des charbons préparés pour les chaufferettes dans les voitures a donné lieu à des accidents '.
Dans li >s incendies, L'oxyde de carbone produit par la combustion est souvent la cause directe de la mort; nous rappellerons à ce sujet L'incendie de L'Opéra-Comique, en 1887 : nous avons pu nettement constater l'oxyde de carbone dans le sang de beaucoup de cadavres non brûlés.
Aux intoxications oxycarboniques il faut rattacher celles que cause Le gaz de l'éclairage : le véritable agent toxique, dans Le mélange gazeux complexe produit par la distillation de la houille, est en effet l'oxyde de carbone.
Les empoisonnements lents sont très nombreux; aussi ils frappent particulièrement certains indh idus exposés parleur métier à respirer constamment de faibles doses de gaz toxique : on a cité les cuisiniers, les repasseuses, les fondeurs, Les mineurs, etc. L'usage du brasero, usité dans divers pays comme moyen de chauffage, peut donner lieu à des intoxications lentes, ou même rapides. La combustion sans flamme des poutres dans les vieilles constructions, combustion qui parfois dure fort longtemps sans éveiller L'attention, donne aussi naissance à de l'oxyde de carbone et amène des intoxications Lentes.
Modes de production. Propriétés générales de l'oxyde de carrone. — L'oxyde de carbone a été isolé pour l;i première fois par Priestley, quj n a
1 Voyez a ce propos l'auto-obseï «ration rapportée par le Dr Motet. Ann. d'hyg. [3) t. XX XI. p. 258.
pas bien reconnu sa nature, et a été étudié après 1801. par Cruikshank,
"\Y Ihouse, Qémenl el Desormes, ef autres, dont les travaux onl fait
voir les relations qui existent entre l'acide carbonique et l'oxyde decarbone.
Les modes de production de l'oxyde de carbone sont nombreux : ce gaz se dégage dans la combustion incomplète de (unies les variétés de charbon, ou des produits riches en carbone ; il se forme par l'action de la vapeur d'eau sur le charbon chauffé au rouge; dan.-- la décomposition par la chaleur de certaines substances organiques, soit seules, soit en présence de l'acide sulfurique. On le prépare pratiquement, en chauffant l'acide oxalique avec l'acide sulfurique, el en éliminant par la potasse l'acide carbonique simultanément formé.
I )e liai-, ces modes de produel ion , l'un des pins intéressants est la réduction de l'acide carbonique par le charbon : on sait depuis longtemps que, lorsque l'on fait passer un courant d'acide carbonique sur du charbon chauffé au rouge dans un tube de porcelaine, on obtient, si le courant est suffisamment lent, une décomposition totale du >j;;r/. carbonique qui se ehange en oxyde de carbone :
COs + c = 2 en
Lue réaction analogue se produit dans tous les foyers où le charbon brûle incomplètement : par exemple, dans un poêle mobile, à la surface de la grille, le combustible en contact avec une quantité suffisante d'oxygène se change en acide carbonique, lequel s'élevant à travers une couche de charbon échauffé, se réduit à son tour en dégageant des quantités variables d'oxyde de carbone. — Au reste la combustion du carbone et des composés carbonés, même au contact d'une grande quantité d'oxygène, produit toujours des doses appréciables d'oxyde de carbone.
La décomposition de la vapeur d'eau par le charbon chauffé au rouge,
C + H-o = en + IIJ.
qui donne naissance à un mélange d'oxyde de carbone et d'hydrogène, est encore un mode de production très intéressant ; ce gaz à l'eau éminemment dangereux axant reçu des applications industrielles considérable-.
L'oxyde de carbone est un gaz incolore: sa densité est 0,9679 par rapport à 1 ail-, 14 par rapport à l'hydrogène. Le poids du litre est 1^,254, il est liquéfiable au-dessous de son point critique — 13'.)°.oi : il bout à — 190°, et se congèleà — 207", à la pression de 0m,010. Il est fort peu
— « .1 « » 1 >l» ■ dans l'eau, el environ dis fois plus soluble dans l'alcool coefficient d'absorption dans l'eau, d'après Bunsen :
C = 0.0:ii8T4 — O.O0O8I6321 + O.OOOOIGi-'l (-'
Bien que cette solubUité soi! très faible, il y a lieu d'en tenir compte dans certaines expériences, lorsqu'on recherche des doses très petites d'oxyde de carbone.
Enflammé au contact de l'air, l'oxyde de carbone brûle avec une flamme bleue peu éclairante, beaucoup plus visible cependant que celle de l'hydrogène : dans cette combustion, il se forme de l'acide carbonique, el il ne se produil pas d'eau : ce qui distingue l'oxyde de carbone de l'hydrogène. Deux volumes d'oxyde de carbone, mêlés avec un volume d'oxygène, détonent, assez faiblement, (huis Feudiomètre en produisant deux volumes d'acide carbonique.
Il est absorbé par différents corps, notamment par les solutions de chlorure cuivreux Cu* Cl*) dans Pamnoniaque ou l'acide chlorhydrique : il forme alors avec le chlorure cuivreux une combinaison que la chaleur détruit avec dégagement d'oxyde de en ri mue pur. Il esl aus^i absorbé par le chlorure de palladium. Il produit avec 1 hémoglobine < ! u sang une combinaison : l'hémoglobine oxycarbonée, plus stable que l'hémoglobine oxygénée ordinaire. Claude Bernard a montré que lorsque du sang chargé d'oxygène est agité avec de l'oxyde de carbone, l'oxygène est mis en liberté et l'oxyde de carbone se fixe à sa place sur les globules sanguins. L'oxygène est remplacé par l'oxyde de carbonée volume égal : par exemple, dans une expérience citée par Gréhant, Hm centimètres cubes de sang ont absorbé 18cc,6 d'oxyde de carbone qui se sont substitués à 19 centimètres cubes d'oxygène. Cette propriété explique l'action toxique <lr ce gaz.
Action physiologique. Doses toxiques. — Les limites auxquelles une atmosphère renfermant de l'oxyde de carbone devient dangereuse ou mortelle à respirer ont été étudiées par divers auteurs dont 1rs résultats ne sont pas très concordants. Il y a des différences importantes selon la nature des animaux mis en expérience, selon la composition du mélange gazeux qui accompagne l'oxyde de carbone, etc.
D'après F. Leblanc, un moineau périt immédiatement dans une atmosphère contenant i p. UNI d'oxyde de carbone, en deux minutes dans uni' atmosphère à 1 p. Uni. Un chien meurt très vite dans un mélange à 3 p. 100. In milieu à I p. lim esl très rapidement mortel pour l'homme; la mort survient aussi dans une atmosphère à 1 p. 500, et, plus lentement, dans une atmosphère à 1 p. 1000. D'autres observations, que je crois plus
près de la vérité, montrent que des doses infiniment plus faibles encore peuvent devenir assez vite dangereuses (0,2-à 0,5 p. 1000. Gruber, Hempel).
Dans les expériences de Tourdes sur dos lapins, ces animaux se -.uni montrés assez résistants ; ils succombaient après sepl minutes au maximum dans de l'air contenant 1/8 d'oxyde de carbone, après vingt-trois minutes dans de l'air à 1/15 ; après trente-sept minutes dans de l'air à 1/3(1.
Voici encore à ce sujet diverses expériences de Gréhant (les Poisons de l'air. p. \M. Paris, 1890).
Moineau : atmosphère mutenant I ]i. ïiOO île ('.< i : mort en 1 h. il — I p. 400 — — 1 h. 10
1 p. 1000 — pas d'accidents en 2 h.
La dose toxique pour les moineaux serait comprise entre 1 p. 500 et I p. 450.
Pour le chien, le même auteur estime la dose toxique comprise entre 1 p. 250 et I p. 300.
Chez un lapin, il a observé des signes d'empoisonnement manifeste, suivis de guérison, dans une atmosphère renfermant 1 p. 70, respirée pendant quarante minutes; le même lapin estmorl dans une atmosphère à 1 p. 60. La dose toxique paraît être comprise, poûrîê lapin, entre I p. 60 et 1 p. "il. Gréhant a fait respirer un même mélange, à 1 p. 100, simultanément à un moineau, à un lapin, à un chien. Le moineau est mort en quatre minutes, le chien en quinze minutes, le lapin a survécu. 11 s'agit, dans toutes ers expériences, d'animaux respirant un mélange gazeux renouvelé, de composition constante, et non point confinés dans une atmosphère limitée où s'accumulent les produits de la respiration.
11 est très certain que des doses beaucoup plus faillies peuvent devenir dangereuses pour l'homme ; dans la pratique la nocuité du mélange gazeux est difficile à préciser, car elle doit dépendre dans une certaine mesure des proportions relatives de l'oxygène et des gaz toxiques. En général, dans les empoisonnements par l'oxyde de carbone, le gaz toxique est accompagné d'autres produits gazeux, surtout d'acide carbonique, qui, s'ils n'ont guère d'action réellement toxique par eux-mêmes, contribuent au moinsà diminuer la proportion d'oxygène, par suite à rendre l'atmosphère moins respirable.
Enfin, dans l'appréciation des doses toxiques, il faut faire intervenir le temps pendant lequel dure l'expérience. Si au lieu de laisser des animaux pendant une heure ou deux dans le milieu toxique, on les y abandonnait pendant des temps plus longs, on les verrait succomber dans des atmosphères qui paraissaient d'abord inoffensives.
Des expériences récentes montrent bien que la fixation de l'oxyde de
carbone dans le sang a lieu même lorsque le gaz toxique esl dilué dans un très orand excès d'air. Ainsi, il n été constaté qu'un chien respiranl dans un mélange à 1 p. io 000, pendant deux heures, a fixé dans son sang la cinquième partie de l'oxyde de carbone qui a circulé dans les poumons; pour des mélanges compris entre 1 p. 6000, et I p. 60 000, la dose fixée esl proportionnelle au temps pendant lequel l'animal a respiré Gréhant. Comptes Rendus, t. CXXY, p. 733 .
La dose toxique \ arie aussi selon les individus, selon l'étal de santé, etc. Les différences individuelles de résistance à l'oxyde de carbone sont fréquemment démontrées par les suicides à deux, où il arrive très souvent que l'un des deux asphj siés sun il.
L'influence du sexe el < 1 * ■ l'âge n'a pas été bien étudiée; on dit que les enfants périssent plus rite que les adultes, et que la mortalité esl un peu plus grande chez 11 nu.' que chez la femme.
Il se produil sou^ en) au débui de l'asphyxie un étal de -\ ncope qui constitue une ( ilition favorable, et peut sauver l'individu exposée l'empoisonnement oxycarbonique : la respiration ne se l'ait plus alors que faibleni. et l'introduction du gaz toxiqueest beaucoup plu- limitée.
Symptômesde l'empoisonnement oxycarbonique. — D'après Tourdes il \ a. dans cette intoxication, d< ux périodes : l'une d'excitation, accélération du pouls et de la respiration : l'autre de dépression, avec ralentissement de la circulation, el insensibilité. Si l'empoisonnement esl très rapide, la première phase peut faire défaut. Dans l'empoisonnement graduel, on observe de la pesanteur de tête, des> ertiges, des tremblements, de la faiblesse musculaire : bientôt les mouvements cessent, le malade tombe dan- le coma : la respiration devient stertoreuse, la face esl violacée. La mort est souvent précédée
de COm lll-iolis.
Dans les empoisonnements i moi-tel-, lorsque le- soins donnés au
malad il pule rappeler à la vie, on constate, parmi les accidents consécutifs, un tremblement général, de- bourdonnements d'oreilles, des troubles delà vue, et. 1.- plussouvent, un état d'hébétude, d'accablement, qui rappelle certains étals d'ivresse. Quelquefois, à la suite d'intoxications oxycarbonées, on a observé des] umonies, de- congestions des méninges;
deS exemple- de pal'al\-ie ollt été -i^llalé- paiJ Bourdon, lîri— alld'.
Rendu2.
La perte de la mémoire esl un accident île- plu- fréquents à la suite de l'intoxication oxycarl ée : chez certains sujets l'amnésie peut être de
1 Les paralysies toxiques. Thèse d'agrégation. Pari-. I3S0. - ■<:. mèdic. des hôpitaiu . 1882,
très longue durée1. Les troubles de la motilité sont aussi parfois très Longs à disparaître.
Pour la description des symptômes de l'empoisonnement oxycarbonique, non suivi de mort, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur à l'auto-observation publiée par Motet, que nous avons déjà signalée (Ann. (TRyg. (3 . t. XXXI, p. 258).
Dans l'intoxication lente cuisiniers, blanchisseuses, mineurs, etc.), 011 a surtout observé de l'anémie, divers troubles nerveux et troubles de la nutrition ; les symptômes de celle forme d'intoxication paraissent extrêmement variables, et le diagnostic n'est pas toujours facile. Il est permis de croire qu'un très grand nombre de ces intoxications passent inaperçues. Quand on soupçonne un empoisonnement de ce genre, rien n'est plus malaisé que d'en démontrer la réalité, c'est-à-dire de constater que l'air respiré journellement par le malade contienl de l'oxyde de carbone ; car nous ne possédons pas, en vérité, de moyens bien pratiques pour reconnaître la présence de très petites quantités d'oxyde de carbone dans l'air. (Test un sujet sur lequel nous re\ iendrons plus loin.
Elimination de l'oxyde de carbone. — Comment se l'ail l'élimination de 1 oxyde de carbone? Combien de temps dure cette élimination ? Ces deux questions difficiles ont été l'objet de nombreuses études.
Claude Bernard a admis que l'oxyde de carbone, formant avec le globule sanguin une combinaison extrêmement stable, tue, minéralisé en quelque sorte ce globule, <|ui dès lors doit mourir ou être1 éliminé de l'économie. D'autres physiologistes ont admis que l'oxyde de carbone introduit dans l'organisme se changeai! lentement en acide carbonique et qu'il disparaissait sous celle forme. Les expériences à faire pour constater l'élimination sous forme d'acide carbonique sont naturellement fort délicates, presque impossibles, à cause des erreurs multiples résultant des variations que peuvent produire diverses causes dans l'exhalation de l'acide carbonique.
( )u a songé encore à l'élimination à l'état d'acide formique onde foriniate : mais rien n'a confirmé cette hypothèse.
Gréhani est arrivée relie conclusion que l'oxyde de carbone est éliminé '•n nature. Ses expériences ont été critiquées parKreis [Pfluger's Arch., 1881 qui estime que dans l'empoisonnement partiel, chez les animaux, des traces d'oxyde de carbone persistent fort longtemps dans les poumons, et peuvent passer dans l'air expiré; il explique ainsi les résultats observés
' Voyez Briand. Amnésies toxiques, Ann. d'hyg. :; . I. XXI, p. 3o0. — Fallut. Ibid. (3), 1. XXVII, p. 2«,etc.
00 T.RAITÉ DE CHIMIE TOXICOLOGIQL'E
parGréhanl, el croil qu'une très petite quantité seulemenl du l>'uz toxique esl expulsée à l'étal d'oxyde de carbone, tandis que la majeure partie se transforme en acide carbonique.
Gréhant a repris ses expériences et maintenu ses conclusions. Voici en résumé le dispositif adopté ' : un sac de caoutchouc reçoit les produits delà respiration d'un animal intoxiqué; ces gaz sont conduits à travers des flacons laveurs à potasse, où ils perdent tout leur acide carbonique; puis ;'i lra\ ers un flacon à eau de ban te, qui doit rester claire et servir de témoin : puisa travers un tube de verre renfermant de l'oxyde de cuivre et chauffé sur une grille à analvse ; l'oxvde de carbone, s'il en existe, s'y transforme en acide carbonique; on fait passer ensuite le mélange gazeux dans de l'eau de barvte, qui absorbe l'acide carbonique formé : le carbonate de baryte esl décomposé par l'acide chlorhydrique et on mesure l'acide carbonique mi-- en liberté. Pour les précautions ;'i prendre afin d'éviter toutes causes d'erreur, nous renvoyons le lecteur au livre de ( iréhanl .
('.cl observateur a trouvé, en opéranl sur un chien partiellement empoisonné, el en recueillant en quarante-cinq minutes) lui) litres de l'air expiré, que ce volume gazeux contenail H) centimètres cubes d'oxyde de
carbone, soil I p. I
La principale objection qui ail été faite à ces expériences, c'est que peutêtre l'air expiré par les animaux contienl des substances carbonées, autres que l'oxvde di carbone, capables de fournir de l'acide carbonique (huile tube à oxyde de cuivre. Gréhant répond à celte objection, en opérant sur un animal non empoisonné el en constatant que les produits d'expiration ne fournissent pas d'acide carbonique après passage sur l'oxyde de cuivre. Quant à l'objection de Kreis à propos du gaz libre restant dans les poumons, il la réfute par des expériences laites sur un chien avec des mélanges d'oxvsrène el d'hvdroerène, et en montrant qu'au bout de trois minutes il ne reste plus d'hydrogène libre dans les voies respiratoires.
Gréhant conclu! donc que l'élimination de l'oxyde de carbone se fait en nature. Il faut bien remarquer cependant que son procédé opératoire est d'un maniement fort délicat, parce que les quantités de gaz toxique qu'il s'agit de mesurer sent nécessairement forl petites, et que bien des causes d'erreur sont à craindre, malgré toute 1 habileté de l'expérimentateur.
De Saint-Martin, dan- des essais basés sur des procédés tout différents, dont on trouvera le détail dans le volume intitulé Recherches expérimentales sur la respiration Paris, 18'.i:i, Doin), arrive aux conclusions suivantes :
a Ton- les auteurs soni d'accord pour admettre qu'il existe de l'oxyde de
1 Gréhant. Les poisons del'air.
carbone dans les produits d'expiration des animaux intoxiqués ; mais l'élimination est-elle totale ou seulement partielle?
« Les essais m vitro montrent que dans un mélange de sang oxycarboné el de sang oxygéné maintenu Longtemps à l'étuve et à 38°, à l'abri du contact de l'air, une certaine quantité d'oxyde de carbone finit par disparaître, très probablement en se transformant en acide carbonique. »
Il est légitime de penser que les choses se passent de même dans le sang d'un animal partiellement intoxiqué : l'expérience confirme cette hypothèse : en effet, lorsqu'on fait respirer à des lapins un mélange d'air et d'oxyde de carbone, en ayant soin de doser par des procédés minutieux l'oxyde de carbone exhalé, et celui qui reste dans le sang de l'animal sacrifié à la fin de l'expérience, on observe constamment un déficit, qui pour des durées de trois heures atteint un quart ou un cinquième de l'oxyde de carbone absorbé. De Saint-Martin conclut que tout l'oxyde de carbone n'est pas éliminé en nature, qu'une assez notable proportion des gaz disparaît très probablement en se transformant en acide carbonique ; que l'exhalation en nature, d'abord très active, lorsque la quantité de gaz absorbée a été considérable, décroît rapidement, et qu'enfin, à partir de la troisième heure, l'élimination se fait surtout par destruction chimique du poison.
En définitive les expériences très minutieuses de de Saint-Martin tendent à montrer qu'il y a une part de vérité dans chacune des opinions inverses soutenues à propos de l'élimination de l'oxyde de carbone.
Les avis les plus contradictoires ont été formulés à propos de la durée de L'élimination de l'oxyde de carbone. C'est um1 question qui peut présenter un certain intérêt pratique. Bien souvent, des individus empoisonnés par l'oxyde de carbone, soustraits à l'action de l'atmosphère toxique, succombent néanmoins après des intervalles assez considérables : ils ont donc le temps d'éliminer le poison, en proportion d'autant plus forte que la survie a été' plus Longue ; et l'expert ne trouvera dans leur sang que des quantités minimes d'oxyde de carbone. Divers problèmes médico-légaux peuvent être soulevés à ce sujet. D'après YYesche, deux heures suffisent pour l'élimination du poison; des limites encore plus courtes ont été indiquées, mais je ne les crois pas admissibles. Haldane, d'après des expériences sur lui-même, croit que six heures après l'intoxication, l'oxyde de carbone a entièrement disparu. Koch a trouvé le gaz toxique dix heures après. Pouchet soixante heures après, et moi-même soixante-dix heures après l'intoxication dans le sang d'individus vivants. La plupart de ces observations reposent sur des examens spectroscopiques. Or, il est assez difficile de s'entendre sur la sensibilité de ce genre d'expériences, sensibilité qui, en effet, dépend beaucoup de l'œil de l'observateur. Il me parait
68 TRAITE DE CHIMIE TOX 1C Ol.df. I<j V K
que cette étude de la durée de l'élimination pourrait être reprise avec utilité, par des méthodes plus exactes que l'examen spectroscopique.
Lksions. — Sans être tout à fait caractéristiques, les signes fournis par l'examen extérieur du cadavre ei par l'autopsie uni cependant uneimportance réelle, el l'on peu! dire que, très souvent, l'intoxication oxycarbonique est soupçonnée par le médecin-légiste an cours de l'autopsie.
Sur le cadavre, on voit de larges taches rosées, par exemple aux cuisses el an ventre; les lèvres conservent leur couleur rouge. Le sang a uni' teinte plus rutilante que le sang normal. Les muscles, les organes internes sont aussi colorés en un rouge |>lus vif. Les poumons offrent assez
soin eut nue lésion des sommets décrite par Lacassagne sous le n
d'œdème carminé. Du côté du tube digestif, il faut noter des lésions de la muqueuse gastro-intestinale, congestions, hémorragies, allant du simple piqueté jusqu'à l'épanchemenl sous-muqueux. Brouardel ei Descousl onl appelé l'attention sur l'importance de ces lésions, qui parfois ont pu être confondues avec celles que produirait un poison irritant, (les lésions apparaissent sinon toujours, du moins très fréquemment, au moins dans lajnoitié des cas (d'après des expériences que nous axons en récemment l'occasion de taire avec Brouardel et Descousl .
L'urine est quelquefois légèrement teintée en rose par du sang.
Le sang contenant de l'oxyde de carbone conserve ses globules avec leur l'orme normale : il résiste plus que le sang ordinaire à la putréfaction. Les caractères spectroscopiques de ce sang se reconnaissent encore après un temps forl long (quelquefois plusieurs mois M.
Si l'on enferme parallèlement dans des tulies scellés du sang ordinaire et du sang oxycarboné, on verra le premier changer de couleur el devenir plus foncé, beaucoup plus promptemenl que le second, qui garde assez longtemps sa teinte rouge vif. Le dépôl des globules dans le sang oxycarboné se fait plus vite que dan-, le sang ordinaire.
I >u fait de la conservation assez facile du sang owcarlioné. on a conclu, niais sans raisons bien valables, que les cadavres d'asphyxiés résistaienl
'J'ai fait dessécher du sauf; salinv d'oxyde il'.' carbone sous une cloche, sur l'acide sulfurique, a la pression ordinaire. Il'1 ce sang, examiné après quatre mois, j'ai pu extraire de l'oxyde de carbone par le vide. La réaction spectroscopique n'étail pas nettement visible.
L'exa n spectroscopique m'a permis de révéler l'oxyde de carbone dans les circonstances i rès défa \ oi ables que voici :
On avait envoyé, pour une expertise, de petits fragments des \ iscères d'un homme empoisonné par l'oxyde de carbone. L'autopsie ,avait été faite quarante et un jours après la mort, et les fragments d'organes avaient été placés dans l'alcool. En-broyant avecdu sable et de l'eau un |"-tit fragment de rai'', j'ai réussi àobtenir une solution colorée et a y constater les caractères spectroscopiques du sang oxycarboné,
mieux que d'autres à la putréfaction. Dos assertions analogues, auxquelles il n'y a pas lieu de prêter grande attention, onl été émises à propos de beaucoup d'empoisonnements.
Recherche db l'oxyde de carbone dans le sang. Examen spectroscopique. — Quelque nets que soient les signes tirés de l'autopsie, ils ne suffisent point pour établir la preuve de l'empoisonnement oxycarbonique ; il faut rechercher le gaz toxique dans le sang; ce qui peut se faire par deux procédés : l'examen spectroscopique, ou bien l'extraction des gaz du sang, suivie d'une analyse de ers gaz. Le premier de ces procédés est d'une application facile, et donne des résultats très prompts et très précis, à la condition que le sang contienne des quantités considérables d'oxyde de carbone ; le second, plus long et plus délicat, permet de retrouver de faillies doses d'oxyde de carbone, à la condition qu'on dispose d'une quantité' de sang assez grande.
Pour examiner du sang au spectroscope, on en dilue quelques gouttes dans
un peu d'eau distillée; si la solution est trouble il vaut mieux la l'aire passer une ou deux fois sur un petit filtre en papier. Cette solution est introduite dans un tube bouché, ou mieux dans une petite cuve de verre à faces parallèles, placée devant la fente d'un spectroscope voir lie,-. 6 .
Il est commode d'employer des cuves pouvant être * examinées dans les deux épaisseurs. Je me sers, pour ces essais, d'une cuve ayant 18 millimètres d'épaisseur dans un sens, et 38 millimètres dans l'autre. Un
liquide contenant 1 p. 100 de sang est d'une concentration convenable pour l'examen sous la petite épaisseur dans celte cuve. — La ligure 3 représente le modèle de cuve à faces parallèles, dit cuve de Schultze.
Fis. 3.
On voit donc que l'essai se fait avec fort peu de sang, deux à trois gouttes environ. Cette quantité peut être encore diminuée, si l'on opère sous une épaisseur plus grande, par exemple en faisant passer le faisceau lumineux dans la grande longueur de la cuve ; enfin, pour le cas où l'on ne disposerait que d'une trace de sang, on diminuerait encore le volume du liquide par l'emploi d'un petit appareil tel que celui qui est représenté dans la figure 4, et qui est formé d'un tube de verre plat, fermé aux extrémités par deux petites glaces collées avec du baume de Canada : on examine le tube dans sa longueur. Avec cet appareil, l'expérience peut se faire sur moins de 1 centimètre cube de solution sanguine à 1 p. 100.
employé, la dilution doit être toile que spectre deux bandes sombres situées
Ki<!
Quelque soit 1 l'on voie apparaître nettement dans 1 entre 1) et E, la première dans le jaune, la seconde, pins large, à droite de La précédente. Si le liquidées! trop concentré, la partie droite du spectre disparait en grande partie, les deux bandes sont trop foncées ou sont réunies en une seule; s'il est trop étendu, les bandes sont trop pâles et peu visibles. La fente du spectroscope doit être assez étroite. On cherchera par tâtonnement la largeur qui convient le mieux. Si l'on veut faire t\rs essais suivis, il e>l bon de régler définitivement la largeur de la fente, pour opérer toujours dans les mômes conditions. On arrive facilement à ce résultat en faisant tracer, sur le bouton de réglage de la fente, des divisions qui permettent, grâce à un repère, de revenir toujours à une largeur identique.
La source Lumineuse peut être quelconque : un bec de gaz, papillon ou autre, un bec Auer, conviennent parfaitement.
Pour régler le micromètre, on se sert d'une flamme contenant du sodium
lampe à alcool salé , que l'on place devant la fente; on manie ensuite la
vis de rappel du micromètre, de manière à ce que la raie jaune il)i fournie par
la flamme du sodium coïncide avec division déterminée du micromètre.
En France, on a l'habitude de placer cette raie 1 1 à la division KO du micromètre.
Pour ces observations, le spectroscope le plus convenable est le spectroscope ordinaire à un seul prisme ; les instruments à deux prismes, donnant une dispersion plus grande, font apparaître les bandes trop pâles. Pour des essais rapides, on utilise aussi parfois de petits spectroscopes de poche, à vision directe : avec ces instruments, il est commode de se servir, pour contenir la solution sanguine, de petits tubes plats fermés par un bout ; OH les fixe devant la fente avec un peu de cire molle. Ces petits speclroscopes n'ont pas de micromètre, ce qui, dans certains cas, est un inconvénient sérieux.
L'appareil étant réglé comme nous l'avons dit, si Fou examine le spectre fourni par du sang oxygéné normal, on voit donc deux bandes d'absorption, à bords estompés, dont les milieux sont à la division 84-83 pour celle de gauche, et à la division 103-104 pour celle de droite (fig. 5). Si Ton prend du sang- chargé d'oxyde de carbone, le spectre est sensiblement le même; cependant, avec un peu d'attention, on s'aperçoit que les bandes d'absorption, fournies par le sang oxycarboné, sont très légèrement déviées vers la droite.
Pour bien voir cette différence, il faut superposer les deux spectres du sang normal et oxycarboné c'est du reste une, bonne précaution, dans toutes les observations spectroscopiques, que d'avoir toujours sous les yeux un spectre
SfeO 60 .70 . 30 90' 100 110- 120 130" l»0 153 160 170 180 150
Pig. 5.
I. Spectre du saut: normal. — II. Spectre du sang normal après addition uV sulfhydrate. — III. Spectre du sang contenant de l'oxyde de carbone, avant ou après addition de sulfhydrate. — IV. Spectre 'lu =aug contenant peu d'oxyde de carbone, après addition de sulfhydrate.
de comparaison . On arrivée ce résultat au moyen d'un petit prisme triangulaire, qui peut se rabattre sur la moitié supérieure delà fente, lue des deux solutions sanguines est installée devant la moitié inférieure de la t'ente ; l'autre, latéralement, devant l'une des faces du prisme, de telle sorte que les rayons provenant d'une seconde source lumineuse t-t traversant la seconde solution sont réfractés et pénètrent dans la partie supérieure de la fente'.
1 L'1 réglage des deux sources lumineuses demande quelques tâtonnements ; pour facilitei
TltAITK DE CHIMIE TOXICOLOGIQUE
Les différences entre le spectre do sang normal el celui du sang oxycarboné sonl trop peu apparentes pour qu'on puisse pratiquement reconnaître l'oxyde de carbone par ce seul caractère.
Au contraire, il y a une différence essentielle entre les spectres des deux espèces de sang, après qu'ils ont été soumis à l'action d'un agent réducteur. En effet, la combinaison de l'oxyde de carbone avec l'hémoglobine est beaucoup plus stable que celle de l'oxygène avec le même corps. Il en résulte que certains agents capables de transformer l'oxyhémoglobine pourronl être sans
Fig. 6. — Spectroscopc.
action sur l'hémoglobine oxycarbonée ; c'est ce qui arrive lorsqu'on traite les solutions sanguines par des réducteurs, tels que le sulfhydrate d'ammoniaque, le protochlorure d'étain, l'hydrosulfite de soude, (les réactifs mis en présence du sang oxygéné ordinaire font apparaître un nouveau spectre d'absorption, celui de l ^hémoglobine réduite, caractérisé par une raie obscure qui occupe à peu près l'espace intermédiaire entre les deux raies primitives et qui est nu peu plus pâle et plus large que celles-ci. Le réactif recommandé par Stokes pour produire cette réduction était
cette installation, je sers d'une double lampe à gaz représentée figure 6. Les deux becs
son! o uverts de tubes métalliques, percés a la hauteur de la liai i h l'une fente d'un
demi-centimètre de large : on évite ainsi toute lumière inutile. La lampe A éclaire directement la moitié inférieure de ta fente : la lampe li éclaire la moitié supérieure de la fente, i h traversant le petit prisme. Cette seconde lampe |>i-ut se déplacer sur une tige C, horizontale, et mobile autour de l'axe D. Ce double mouvement rend l'installation facile.
une solution à "> p. luu de protochlorure d'étain, additionnée d'acide tartrique, puis neutralisée par L'ammoniaque. On se sert le plus souvent du sulfhydrate d'ammoniaque. Une ou deux gouttes par centimètre cube de solution sanguine diluée suffisent à produire la réduction ; toutefois cette réduction n'est pas immédiate ; c'est au bout de'une à cinq minutes que l'on voit les bandes obscures s'estomper, s'affaiblir peu ;'i peu et faire place à la bande unique de l'hémoglobine réduite fig. ■ >. Il .
On a t'ait diverses critiques à l'emploi du sulfhydrate d'ammoniaque; il altère l'hémoglobine (production dans le rouée d'une bande d'absorption caractérisant l'hydrogène sulfuré) , voirp. I30etfig. 17 , si on l'emploie en trop grande quantité. Trop (''tondu, ou en trop petite dose, il ne réduit que lentement. En réalité le sulfhydrate est presque toujours suffisant, et on l'utilise de préférence parce que c'est un réactif qu'on a toujours sous la main.
Cependant l'emploi de l'hydrosulfite de soude présente quelques avantages : mais ce réactif a L'inconvénient de ne pas se conserver.
On prépare très rapidement une solution réductrice à base d'hydrosulfite en agitant dans un flacon bien fermé de la tournure de zinc avec du bisulfite ordinaire additionné de ï ou 3 volumes d'eau. Voici d'ailleurs le mode de préparation plus complet recommandé par Schutzemberger : on mélange 50 grammes de bisulfite de soude liquide à. 30° Baume, avec 200 grammes d'eau et o ou 6 grammes de gris de zinc. On agite en refroidissant ; après une demiheure, on filtre rapidement ; on ajoute 35 grammes d'un lait de chaux au cinquième (chaux vive 100 grammes, eau 500 grammes). On agite deux minutes et on filtre : au liquide titré on ajoute 15 centimètres cubes de solution de carbonate de soude au dixième, et on filtre une dernière fois. Ce liquide, très avide d'oxygène, est réparti dans de très petits flacons que l'on remplit entièrement et que l'on conserve au frais '.
Si l'on ajoute du sulfhydrate à du sang chargé d'oxyde de carbone, le résultat est tout différent : La combinaison du gaz avec l'hémoglobine n'est pas réduite, d les deux bandes primitives persistent (fig. •">. 111 .
Tel est le caractère qui différencie essentiellement le sano- normal du sang
1 JVi l'ait quelques essais méthodiques pour c parer la valeur de s deux réactifs.
L'avantage do l'hydrosulfite est de donner une réduction plu- rapide. Mais le liquide devient un pou trouble, le spectre parait moins net qu'avec le sulfhydrate. 11 ne faut d'ailleurs pas songer à filtrer ce liquide, car an contact de l'air les bandes primitives reparaîtraient. L'inconvénient du défaut de conservation de l'hydrosulfite pourrait occasion ner de- erreurs graves entre les mains d'un observateur peu soigneux, qui n'aurait pas pris soin de' vérilier expressément -on réactif; il serait amené a conclure a la présence de l'oxyde de carbone dans du sang qui n'en contiendrait pas.
J'ai essayé aussi quelques autres agents réducteurs, l'amalgame de sodium, l'oxalate ferreux, etc. Aucun ne m'a paru présenter des avantages réels sur le sulfhydrate.
oxycarboné, el qui permel de reconnaître si i toujours, du moins dans
hi plupart des cas, l'empoisonnement par l'oxyde de carbone. Quand ce caractère si simple el si pratiquées) observé avec toute sa netteté, lorsque les deux bandes ont persisté bien réellement pendant dix minutes après l'addition du sulfliydrate, on* esl en droil de conclure àla présence de l'oxyde '!•' carbone; je ne crois pas qu'il y ail de cause d'erreur sérieuse, mais à la condition, bien entendu, que l'expérience ail un résultat très nel el que la persistance des deux bandes ne prête à aucun doute.
En effet, si la substitution de l'oxyde de carbone à l'oxygène dans le globule sanguin esl très incomplète en réalité «-lie n'est jamais totale . si l'individu qui a respiré de l'oxyde de carbone' a survécu un certain temps après avoir été soustrait à l'action du poison, c'est-à-dire >'il 8 pu, avant sa mort . éliminer une forte proportion du gaz absorbé, les résultats de l'examen spectroscopique seront quelquefois fort incertains. Le sang contiendra de l'oxyhémoglobine, qui, par le sulfliydrate, donnera la bande de l'hémoglobine réduite ; les deux bandes persistantes, due» à l'hémoglobine oxycarbonée, seronl plus ou moins effacées, noyées, dans la bande de l'hémoglobine réduite occupant l'espace intermédiaire lip/. •">. IV . Il sera dès lors difficile ou impossible de conclure avec certitude.
Sensibilité de la réaction spectroscopique. — Ceci nous amène à parler delà sensibilité de la réaction spectroscopique; c'est un sujet sur lequel il esl difficile de se mettre d'accord, parce que les yeux des différents observateurs sonl loin de présenter, dan.-- des expériences de ce genre, la même délicatesse.
Claude Bernard indique qu'un pont caractériser au spectroscope le mélange d'une partie de sang oxycarboné avec deux parties de sang normal. Kreiss Pflugers Arch., t. XXVI, 1H8 1 trouve une sensibilité beaucoup moindre, il admet que la persistance >\r> deux bandes devient déjà très difficile à observer dans un mélange à parties égales des deux espèces de sang. Il nous parait certain que la sensibilité esl plus grande que ne l'indique Kreiss.
Nous avons trouvé, Viberl et moi, que la réaction spectroscopique cessait d'être appréciable lorsque la quantité d'hémoglobine oxycarbonée était inférieure au dixième do l'hémoglobine oxygénée. Veltkamp avait déjà obtenu des résultats analogues. De Saint-Martin trouve beaucoup trop faible ce chiffre de un dixième. D'après ses expériences, il faudrait au moins de 24 à 2i'i |i. 100 de sang oxycarboné dans le liquide pour que la persistance des deux bandes apparaisse nettement. J'estime que l'on peut arrivera constater des proportions notablement moindres de sang oxycarboné-. tout en reconnaissant que la limite que nous avions d'abord indiquée esl
OXYDE 1>E CARBONE To
sans doute un peu trop liasse; chaque observateur vérifiera aisémenl luimême le degré de sensibilité auquel il atteint : il suffit de préparer une dilution sanguine, dont une partie est exactement saturée d'oxyde de carbone et mélangée en proportions variables avec la solution primitive '.
I 11 faut prendre quelques soin:, pour obtenir du sang réellement saturé d'oxyde de carbone. L'expérience célèbre de Claude Bernard, dans laquelle l'oxyde de carbone déplace l'oxygène du sang, à volume égal, ne se fait pas en réalité avec la simplicité que l'on suppose. En plaçant le sang délibriné dans un ballon vide d'air, laissant rentrer de l'oxyde de carbone, agitant fortement, taisant le vide de nouveau et laissant rentrer encore de l'oxyde de carbone, on obtient une substitution à peu près complète : voici une analyse de de Saint-Martin, portant sur les gaz extraits de 100 centimètres cubes de sang ainsi préparés :
Gaz secs à 0" et 760"".
Je citerai encore les essais suivants iJ. Ogier) :
10 centimètres cubes de sang de porc sont additionnés de 7,r.2 d'oxyde de carbone dans une éprouvette à robinet: agitation violente et contact des gaz pendant trois quarts d'heure.
Le gaz restant a la composition suivante :
CO- = 0. la
Az = 0,40.
II y a donc eu 1".7:. d'oxygène mis en liberté et 2«,55 d'oxyde de carbone absorbé. Dans un autre essai. 20 centimètres cubes de sang ont dégage- 3.7 d'oxygène et absorbé
.1.2 d'oxyde de carbone.
Ave.: 10 centimètres cubes de sang de lapin (recueilli au moment même de l'expérience), mis en contact avec !!'• ,ii d'oxyde de carbone, agité énergiquement, et laissé en contact pendant trois heures, il y a eu :
Oxygène dégagé lcc,73
Oxyde de carbone absorbé 1«,80
Dans un tout récent travail présenté au Congrès de Physiologie de Cambridge, 1898. de Saint-Martin a repris l'étude du pouvoir absorbant du sang pour l'oxygène et pour Vo de carbone : ayant dosé au moyen du spectrophotomètre l'hémoglobine contenue dans chaque échantillon de sang mis en expérience, il a déduit les pouvoirs absorbants de 1 gramme d'hémoglobine pour l'oxyde de carbone; voici les chiffres obtenus :
Hémoglobine contenu,, dan, 100« de j „, „ fi, ..
sang de bceul ;
Pouvoir absorbant pour COde 1" d'hé- ) , -n , a„ , , , , ,„
... ' l-x.70 1«,23 l''\il 1«,10
moglobine ) '
Le l'ait saillant à signaler, dit l'auteur, ■ c'est l'extrême variabilité du pouvoir absorbant de l'hémoglobine pour l'oxyde de carbone et partant pour l'oxygène, fait confirmé par iî attires détermina/ions.
■■ Si la loi île Claude Bernard sort victorieuse de ces expériences, c'est-à-dire s'il reste démontré qu'un même échantillon, soit de sang, soit d'hémoglobine, a le même pouvoir
Quel que soit le chiffre auquel on s'arrête comme limite de sensibilité du spectroscope dans la recherche de l'oxyde de carbone, on doil reconnaître que cette sensibilité esl des plus médiocres; il faul (lune renoncera étudier, ;iu moyen il u spectroscope, le sang qui ne contient qu'une Faible proportion de gaz toxique, el l'expérience m'a montré plus d'une luis, (pic si l'on se contente de l'examen spectroscopique, on peut fort bien méconnaître, dans la pratique, des intoxications oxycarboniques tout à fait certaines et ayant entraîné la morl .
Divers artifices ont été proposés pour augmenter cette sensibilité de l'examen spectroscopique; ils reviennent en définitive à opérer sur une quantité un peu grande de sang, à en chasser l'oxyde de carbone et à concentrer le gaz dans un volume faible de sang : les résultats peuvent alors devenir nets. Tel est par exemple le procédé décrit par Moitessier et Bertin-Sans Bull. Soc. Chim. (3 , t. VI, p. 663). Les auteurs ont montré
que le ferriev anure de potassium transforme fanlemeul les solutions d'hémoglobine oxycarbonée en méthémoglobine et oxyde île carbone, qui reste dissous dans la liqueur. Le mode opératoire est le suivant :
On dilue le sang â examiner, avec les deux tiers de son volume d'eau; on ajoute un excès de ferricyanure de potassium en poudre et on introduit le tout dans une carafe à fond large pouvant être chauffée au bain-marie vers 40° ; cette carafe est reliée par un tube à robinet à un petit Maçon laveur contenant quelques centimètres cubes de sang ordinaire très dilué; une cloche de 10 ou lo litres, servant de réservoir de vide, est rejointe à ce llacon laveur par un autre tube à robinet. Le vide ('tant fait dans la cloche à l'aide d'une trompe à eau, on ouvre doucement les robinets de manière à faire passer dans le petit llacon laveur les gaz provenant de la carafe et du
liquide qu'elle contient. Un répète l'opération, en faisant le vide de nouveau dans la cloche ; la solution sanguine du petit llacon laveur esl ensuite examinée au spectroscope. D'après les ailleurs, on pourrait ainsi reconnaître l'oxyde de carbone dans le sang renfermant un quinzième de son hémoadobine transformée en hémoglobine oxycarbonée. 11 semble qu'on pourrait
absorbant pour l'oxygène que pour l'oxyde de carbone, il n'es) plus douteux, contrairement aux travaux de G. Hûfner, qui ;t successivement modifié et diminué II' chiffre qu'il
proposait pour exprimer le pouvoir absorbant de I grami L'hémoglobine vis-à-vis de
t'oxyde de carbone, il n'est plus douteux, dis-je, pour moi, que ce chiffre varie très notablement, non seulement d'une espèce animale i l'autre, non seulement entre deux sujets ^l'1 la môme espèce, mais encore sur le même sujet, quelquefois d'un jour à l'autre.
■ C'est lu toute nue nouvelle étude à faire, el il ne suffit plus désormais île doser la quantilé d'hémoglobine contenue liant an sang donné, il (nul en nuire en apprécier la qualité parla détermination 'le son pouvoir absorbant. »
Il parail résulter de certains essais du même auteur que l'hémoglobine île formation récente [provenant d'un animal récemment saigné possède un pouvoir absorbant plus grand-que l'hémoglobin dinaiie.
aller même beaucoup plus loin, comme sensibilité, si l'on disposait d'une quantité de sang suffisante.
De Saint-Martin a indiqué un procédé beaucoup plus précis permettani de doser approximativement par le spectrophotomètre) l'hémoglobine oxycarbonée contenue dans 10 centimètres cubes de sang, alors même que ce sang n'en renfermerai! sous cette tonne que 1 100 de la quantité totale. Vby. Recherche sur la respiration , p. 270 et suivantes.
(".es procédés se réduisent en somme à l'extraction des gaz du sang, par le vide, et à leur concentration dans un petit volume de sang normal, servant de dissolvant et de réactii spectroscopique. Un peut toujours, en effet, par des dispositifs faciles à imaginer, extraire le gaz par le \ide voir plus loin . en éliminer l'oxygène et l'acide carbonique, y ajouter une très faible quantité de sang très dilué et, de préférence, privé d'oxygène par le vide . agiter, et examiner au spectroscope. — Mais, si l'on s'est donné la peine d'extraire les gaz, il vaut infiniment mieux en faire l'analyse par les méthodes ordinaires, analyse qui comporte en même temps un dosage exact.
Extraction de l'oxyoe de carbone dans le sang, par le L'extraction des gaz du sang el
leur analyse constituent donc le meilleur procédé pour constater et mesurer l'oxyde de carbone dans le sang.
Deux appareils peinent être employés pour celte opération :
la pompe à mercure, ou la trompe à mercure.
Le maniement de la pompe à mercure est bien connu et je ne crois pas utile de le décrire ici.
Reproduisons seulement ti<^-. 7 le dispositif du ballon destiné à contenir le sang. C'est un ballon
à long COl A, relié par un caoutchouc à vide K, au robinet à trois voies de la pompe. Un commence par y faire le vide complet et on introduit ensuite le sang, par l'intermédiaire d'un petit ajusté momentanément au tube placé au-dessus du robinet à trois dans la petite cuve à mercure qui surmonte ce robinet. En ab;