‹ Traité de chimie toxicologiqueChapitre 17 sur 185 · VIDE · texte numérisé non relu

VIDE

Fis.

Extraction du gaz ilu sans;

entonnoir voies // .

tissant le

TRAITÉ DE CHIMIE T0XIC0L0GIQ1 F.

récipienl mobile de mercure el ouvrant avec précaution le robinet dans l,i position b . mi lait arriver le sang' dans le ballon ; l'entonnoir est lavé avec un peu d'eau que l'on introduit également dans le ballon ; un a -ni n île fermer le robinet à temps pour ne pas laisser entrer d'air. On fait alors le vide, le ballon ('■tant chauffé au bain-marie, entre 50° et 60°, et on recueille

le gaa comme à l'ordinaire sur la petite cuve. Pour é\ iter le passage dans la

pompe d'une trop grande quantité de vapeur d'eau, il est bon de recouvrir

le col du ballon d'un réfrigérant do Liobio- dans lequel on l'ait circuler un courant d'eau froide.

FiK. S.

L'inconvénient principal do la trompe à mercure est la nécessité de tourner fréquemment le robinet à trois voies qui, au boni d'un certain nombre de manœuvres, n'est plus étanche et laisse rentrer de petites quan-

tités d'air extérieur. On y remédie en entourant ce robinetd'une sorte de pocheoud'entonnoir en caoutchouc, que l'on remput d'eau ; mais la manœuvre du robinet n'est

alors plus très facile.

La figure 8 représente une disposition analogue à la précédente, et que j'ai longtemps employée pour les extractions de gaz. Dans la pompe à mercure, la petite émette qui surmonte le robinet à trois voies esl supprimée et remplacée par une petite cuve de fonte, reliée au robinet par un tube capillaire, et munie d'un orifice de trop-plein par où se déverse l'excès de mercure : cette petite cuve rend le maniement de l'appareil infiniment plus pratique. A est le ballon destiné' à contenir le sang : on l'y introduit tout l'appareil étant vide d'air) par l'entonnoir rodé à robinet IJ, qui se termine par un gros tube descendant jusqu'au tond du ballon. (', e>t un robinet que l'on terme de temps à autre, s'il se l'ait une trop grande quantité de mousse dans le ballon, ce qui est un accident fréquent. (On l'évite dans une

Fig. 9. — Trompe à mercure et dispositif pour l'extraction tles gaz i!u ;ani

certaine mesure en introduisant avec le sang quelques gouttes d'huile.) Pour condenser la plus grande partie delà vapeurdeau, on sesertsoit d'un réfrigérant, comme relui de la lij^. 7, soil d'un tube en l , comme celui qui esl indiqué dans l'appareil décrit plus loin (fig. 9).

Gréhant ;i trouvé que le dégagement d'oxyde de carbone esl incomplet et excessivement lent sous l'action du vide seul, même lorsqu'on élève un peu la température ; pour rendre l'extraction totale et rapide, il ajoute au sang une solution de sel marin dans l'acide acétique cristallisable ; on introduit cette solution dans le ballon, comme on a fait pour le sang luimême ; l'hémoglobine est transformée en hématine et l'oxyde de carbone mis en liberté est aisément extrait parla manœuvre de la pompe. De Saint- Martin, pour arriver au même but, ajoute une solution saturée d'acide tartrique «huis Tenu : le dégagement d'oxyde de carbone est également complet, el remploi de l'acide tartrique est beaucoup plus pratique que celui de l'acide acétique qui a l'inconvénient de distiller en grande quantité et de gêner le fonctionnement de la pompe.

La trompe à mercure me paraît de beaucoup préférable à la pompe à mercure, pour le genre d'opérations dont il s'agit.

Le principal défaut de la trompe de Sprengel était la lenteur de son fonctionnement, et l'obligation de remonter à chaque instant le mercure écoulé : on sait aujourd'hui faire remonter ce mercure par des dispositifs très simples el qui n'exigent presque pas de surveillance; aussi la trompe à mercure est-elle devenue un instrument très pratique.

Voici le dispositif que j'ai adopté :

La trompe à mercure représentée sur lafigure '.lest à deux chutes; les tubes d'écoulement A et 13 sont de diamètre.-, un peu différents ; le plus large fait un vide plus rapide, le plus étroit l'ait un vide plus absolu : ils peuvent fonctionner simultanément. Toutefois, pour les expériences qui nous occupent, une trompe à une seule chute peut fort bien suffire1.

Le récipient (1 étant partiellement rempli de mercure, on ouvre le robinet D, et le mercure s'écoule par un tube intérieur jusque vers le fond du tubeE. Les trace> d'air qui pourraient être entraînées remontentà travers le mercure qui remplit partiellement le tube E. L'écoulement du mercure

est réglé par les robinets FF'. Le mercure remonte de là par les tubes étroits G et G' et s'écoule en Bel II. emprisonnant dans sa chute des chapelets de bulles gazeuses provenant de l'espace I et du reste de l'appareil.

'L'ébranlement moléculaire produit par les chutes répétées du mercure dans le vide amène souvent la rupture du tube de chute, qui -■■ fend .1 une hauteur de 76 centimètres environ au-dessus du niveau du mercure. Cet inconvénient esl très bien évité par l emploi » 1<- tubes de chute en cristal mince : "n les protège par un tube extérieur soudé aux extrémités h formant une soi te de gaine autour des tubes minces ii lhabaud).

Ce gaz es1 recueilli suc la cuve J, dans des éprouvettes. Le- éprouvettes à robinet, de forme très basse, son! commodes: le robinet permel un remplissage facile sur la cuve même, par aspiration.

Le vide est terminé lorsqu'on ne voit plu-, passer aucune bulle de gaz : à ce moment la chute des gouttes de mercure dans les tubes de chute produit le bruit sec du marteau d'eau.

Pour abréger la durée de l'expérience, on se sert, au début, d'une trompe à eau, qui enlève en peu d'instants la plus grande partie de l'air contenu dans les appareils ; on continue ensuite avec la trompe à mercure. Sur notre figure, cette trompe à eau est supposée reliée au robinet à trois voies K ; elle sert non seulement à faire le vide au début, mais aussi, ci un nie on va le voir, à faire remonter le mercure.

L'ingénieuse disposition imaginée par A. Verneuil pour ramener le mercure écoulé au réservoir (i est représentée en L M N. Le tube L a 4 millimètres de diamètre intérieur. A son extrémité inférieure, à 1 ou '2 centimètres au-dessus du niveau du mercure de la cuve, dans lequel ce tube plonge, il porte un très petit orifice 0 ; comme cet orifice serait toujours trop gros, on le masque plu-- ou moins en le recouvrant partiellement d'une petite bague de caoutchouc. Le haut de ce même tube est relié par un caoutchouc à l'ampoule M soudée à. un tube dont l'extrémité inférieure plonge dans le récipient du mercure C, et dont le haut communique avec la trompe à eau par le tube NX. Le robinet K étant placé dans la position de la figure, le vide se fait dans le tube, le mercure monte plus ou moins 20 à 30 centimètres environ) dans le tube M. M; il monte aussi dans le tube L.L: mais, en même temps, de l'air est aspiré par l'orifice 0 dont on règle convenablement la grandeur avec la bague de caoutchouc) : il en résulte que le mercure montant delà cuve est entremêlé de bulles d'air violemment aspirées: il ne se forme point de colonne continue, mais seulement des chapelets de gouttes de mercure qui sont emmenées avec une grande rapidité vers l'ampoule M d'où elles retombent dans le récipient C. La hauteur à laquelle le mercure remonte ainsi peut atteindre facilement 2 mètres à 2"\ 50 ; ce petit appareil résout donc très pratiquement ce problème en apparence paradoxal de faire monter, par le vide, du mercure à une hauteur plus grande que 76 centimètres. Les quantités de mercure qui sont ainsi aspirées par une trompe à eau ordinaire sont beaucoup plus que suffisantes pour compenser l'écoulement par les tubes de chute II, H'.

A la trompe à mercure est relié, en P, l'appareil où se fera l'extraction du gaz : après divers tâtonnements, je me suis arrêté à la forme suivante : Q est un ballon de la forme déjà indiquée lie-. 8. d'une capacité de 300 centimètres cubes. 11 est surmonté d'un entonnoir à robinet, avec tube plongeant jusqu'au fond. Ce ballon peut être chauffe au bain-marie,

vers 50o-60°. Le sang esl introduit dans L'appareil, où L'on a préalablemeni l'ait le vide, par l'entonnoir 11. Le volume de sang à employer varie de SO à 100 centimètres cubes; mais on peu! évidemment, s'il Le faut, employer des quantités moindres.

Après avoir fait entrer le sang par une manœuvre prudente du robinet, on introduit <1<' même un volume égal <lc solution d'acide tartrique saturée. S'il se forme une mousse trop abondante, on ferme |><>nr quelque temps le robinet S. Le tube en U qui suif Le robinet, auquel il es! relié par un rodage, sert à condenser la plus grande partie de la vapeur d'eau entraînée ; la figure indique suffisamment son fonctionnement ; il est entouré d'un manchon où l'on met de l'eau et des morceaux de glace. Au delà de ce tube est un appareil desséchant à boules de verre imprégnées d'acide sulfurique, du modèle indiqué par Dupré (réservoir d'aride sulfurique permettant, par le jeu d'une boule pleine de mercure, de renouveler l'acide trop hydraté qui recouvre les perles de verre, à la lin de l'expérience, sans qu'il soit nécessaire de démonter l'appareil) .

Toutes les jonctions des diverses parties de cet appareil sont laites soi.t

pardes rodages, soitpar de petits tubes de plomb mastiqués à la cire (mastic Golaz). L'emploi de petits colliers à gorge ]', ]•', pendus hermétiques par une bague de caoutchouc serrée entre les deux parties du collier, rend l'appareil beaucoup plus maniable et moins fragile. De semblables colliers sont représentés dans la figure 10. 11 esl préférable, dans les appareils de ce genre, de proscrire complètement les jointures avec tulies de caoutchouc à vide, qui sont rarement hermétiques.

Fis. 10.

Analyse ni" gaz extrait. — L'extraction est terminée lorsque la chute du mercure n'entraîne plus de bulles gazeuses. Il l'uni maintenant procéder à l'analyse. Quand on ne recherche que l'oxyde de carbone cl qu'on n'a pas besoin de connaître la proprtion des autres gaz, dont le plus abondant est l'acide carbonique (surtout avec les échantillons de sang déjà fortement putréfié), on se débarrasse tout d'abord de l'acide carbonique, de l'oxygène et de l'hydrogène sulfuré en introduisant dans l'éprouvette, dès Le début de L'extraction, deux ou trois pastilles de potasse, un fragment d'acide pyrogallique fondu, ou de l'acide pyrogallique comprimé et très peu d'eau. Le gaz restant, dont le volume est d'ordinaire fort petit, n'est plus composé que d'azote et d'oxyde de carbone. On caractérise ce dernier connue nous le dirons plus loin.

Je supposerai maintenant qu'on veuille faire l'analyse complète du o-az extrait, lequel peut contenir : de L'hydrogène sulfuré, de l'acide carbonique, de l'oxygène, de l'oxyde de carbone, de l'azote. Ou transporte l'éprouvette sur une cuve à mercure el on procède au dosage de chacun de ces gaz. dans l'ordre où ils viennent d'être énumérés. A cet effet, on mesure le volume total du gaz recueilli, et on en prélève une portion de 10 à 20 centimètres cubes environ] que l'on mesure également. Les mesures se font dans des tubes gradués pouvant contenir 2o à 30 centimètres cubes, divisés en dixièmes de centimètre cube. Le gaz est d'abord traité par un petit fragment de sulfate de cuivre solide humecté' d'eau, qui noircit s'il v a de l'hydrogène sulfuré : bien que le noircissement soit presque toujours visible, pour peu que le sang soit putréfié, la dose d'hydrogène sulfuré est petite et difficilement mesurable, si l'on n'a pas recours à des appareils de précision. — On élimine le sulfate de cuivre par transvasement dans une autre éprouvelte. et on introduit un peu de solution de potasse très concentrée, à l'aide d'une pipette courbe : on agite et la lecture du nouveau volume donne la proportion d'acide carbonique. — On fait passer dans le tube de l'acide pyrogallique ' qui, se combinant avec la potasse, absorbe l'oxygène : une agitation assez énergique est nécessaire. Une nouvelle lecture donne la proportion d'oxygène. — On sépare le gaz restant du pyrogallate, soit par un transvasement direct, soit mieux avec une pipette à gaz v. p. 85 . On traite le résidu par une petite quantité de solution chlorhydrique de

' L'ackle pyrogallique fondu, puis coule dans un.- petite lingotière, et cassé eu menus Fragments, est commode pour ces manipulations. Il est facile de fondre l'acide pyrogallique dans une capsule de porcelaine ; il y a toujours un fort dégagement de vapeurs qu'il faut éviter de respirer.

J'emploie aussi l'acide pyrogallique solide, et divers autres réactifs pulvérulents u-ilédans l'analyse des gaz, ^>u- forme de petites pastilles énergiquement comprimées, préparées dans les appareil.- spéciaux qui servent pour la fabrication des comprimés en pharmacie.

Nous préférons en général l'emploi du pyrogallate pour absorber l'oxygène à celui de l'hydrosulûte de soude ijui a l'inconvénient de ne pas se conserver : il est vrai que divers auteur.- (Calvert, Cloëz, Boussingaulti ont indiqué que le pyrogallate ayant absorbé de l'oxygène dégage de l'oxyde de carbone, ce qui sciait dans nos expériences une cause d'erreur des plus graves. En réalité, moyennant certaines précautions, cette cause d'erreur n'est pas a craindre, il >ullit, pour réduire au minimum la quantité d'oxyde de carbone dégagé, de se servir d'une solution de pyrogallate très concentrée, contenant un excès de potasse et assez de pyrogallol pour absorber quatre ou cinq t'ois plus d'oxygène que n'en renferme le mélange gazeux : telles sont les conditions indiquées par Berthelot dans un récent travail au sujet de l'action de l'oxygène sur le pyrogallate [Comptes rendus, t. CXXVI. p. 1071). Il convient encore d'opérer l'absorption aussi rapidement que possible. Le dégagement d'oxyde de carbone devient alors tout à l'ait négligeable. Il faut remarquer de plus que cette production d'oxyde de carbone est en rapport avec la quantité d'oxygène absorbé; que les échantillons de sang, sur lesquels on opère dans les expertises, sont presque toujours putréfiés et ne contiennent par suite que fort peu d'oxygène, circonstance qui tend à rendre encore plus petite la cause d'erreur signalée. Pour la recherche de très petites quantités d'oxyde de carbone dan? de grands volumes d'air, il vaut mieux rejeter l'emploi du pyrogallate.

chlorure cuivreux ' , qui absorbe immédiatement l'oxyde de carbone. Avanl de faire la dernière lecture, il faut séparer le gaz du liquide et éliminer par un peu de potasse les \ apeurs chlorhydriques que le réactif euh reux a laissées dans le gaz et qui en augmentent le volume. La différence des deux lectures avanl el après l'action du réactif cuivreux donne le volume de l'oxyde de carbone.

11 esl assez facile de transvaser séparément dans une éprouvette sur le mercure la petite quantité de réactif qui a servi à l'absorption de l'oxyde de carbone ; en \ introduisant un excès de potasse, on précipite de l'oxvde de cun re, et l'oxyde de carbone se dégagea l'état de pureté : on peut alors le faire passer dans une autre éprouvette et constater qu'il brûle avec une flamme bleue : on a ainsi la certitude complète de la présence de l'oxyde de carbone dans le sang examiné. Avec un peu d'habitude, on arrivée recueillir et à faire brûler des volumes qui ne dépassent pas 0,c,2 à 0™.M : il faut évidemment employer dans ces opérations des éprouvettes fort petites (fragments de tubes à gaz, bouchés à une extrémité).

L'oxyde de cari e peut encore être dosé par la méthode eudiométrique;

au mélange d'azote et d'oxyde de carbone on ajoute de l'oxygène, eu quantité suffisante pour une combustion totale, mais pas en trop grand excès. On introduit le mélange dans un eudiomètre (l'eudiomètre décrit par ruban est le meilleur des instruments de ce genre lUdl. de la Soc. c/iim.. t. XXXV. p. iS2 ; on fait passer l'étincelle, on lit le nouveau volume ; on l'ait ensuite, comme vérification, une nouvelle lecture, après absorption de l'aeide carbonique par la potasse. La réaction

eu + o = en-

2 vol. 1 vol. - vol.

montre que le volume de l'oxyde de carbone est égal au double de la contraction et égal au volume de l'acide carbonique produit.

Mais les méthodes eudiomélriques ne sont, en général, pas reeoniniandables : les combustions ne se l'ont pas aussi simplement que l'indiquent les formules; en particulier, pour les mélanges d'azote et d'oxyde de carbone, si l'o.w de de carbone est trop peu abondant dans le mélange, on peut craindre que la combustion soit incomplète: de plus, eu présence de

1 On prépare la solution il'' chlorure cuivreux, en chauffant 'lu cuivre métallique avec de l'acide chlorhydrique H quelques ^"ullrs d'acide citrique. Le liquide uoir obtenu esl introduit dans des (laçons remplis jusqu'au col de tournure .1.- cuivre et bien bouchés. Il s'y décolore peu à pou. — On peut aussi réduire 'les solutions 'le bichlorure de cuivre par le cuivre métallique. — Le réactif 'loit être clair et fournir avec l'eau un abondant précipité blanc de chlorure cuivreux. D absorbe environ 20 a 25 fois -"n volume d'oxyde carbone; il absorbe au>>i l'oxygène \- volumes). Pour renouveler la provision de réactif, il n'y a 'juà remplir les vides du flacon avec de l'acide chlorhydrique ordinaire.

l'azote, que nous ne savons pas éliminer pratiquement, il y a souvent formation de vapeurs nitreuses. Quand on le peut, il y a toujours avantage à employer les réactifs absorbants. Le chlorure cuivreux a cet avant que j'ai indiqué plus haut, de permettre la régénération de l'oxyde de carbone absorbé, la constatation de sa combustibilité, etc!

Appareils i>k mesure. — ■ Lorsqu'on veut taire une analyse tout à fait précise d'un mélange gazeux tel que celui qui nous occupe, il faut recourir ;'i îles appareils spéciaux permettant des mesures plus exactes que celles que l'on obtient par de simples lectures directes sur la cuve à mercure : dans les études toxicol'>giqu<'> sur l'oxyde de carbone, il est quelquefois utile de recourir à ces méthodes précises, lorsqu'il s'agit, par exemple de constater de très petites doses d'oxyde de carbone dans un mélange gazeux. tel que l'air, ou les gaz extraits du sang.

Beaucoup d'instruments de mesures ont été indiqués'. Je décrirai ici rapidement les méthodes et appareils que j'emploie d'habitude, et qui sont applicables à l'analyse d'un mélange gazeux quelconque. Ce sont en résumé des modifications ou simplifications des méthodes de Doyère.

L'ensemble des appareils comprend essentiellement : une cuve-laboratoire, une cuve-mesureur, une série de pipettes pour les réactifs et les transvasements ; plusieurs manipulations se font en outre sur la cuve à mercure ordinaire.

La cuve laboratoire représentée figure 11, est toute semblable à celle de l'appareil de Doyère.

Pour les pipettes destinées à contenir les réactifs, j'ai adopté la pipette Salet, le plus pratique de tous les instruments de ce genre ; ces pipettes permettent de séparer très exactement le gaz du réactif liquide, opération qui était en vérité fort délicate avec les pipettes de Doyère. et exigeait une habileté peu commune. J'ai fait subir à la pipette Salet une petite modification qui en rend le fonctionnement encore plus facile: cette modification consiste dans l'addition d'une crémaillère qui fait monter de 10 centimètres environ tout le corps de la pipette (fig. Il): on verra plus loin l'utilité de cette disposition. Il faut autant de pipettes que de réactifs. Dans le cas qui nous occupe, ce nombre est de trois (potasse, pyrogallate. chlorure cuivreux : il esl commode de disposer d'une quatrième pipette contenant de l'acide sulfurique pour le séchage du gaz. La potasse doit être en solution très concentrée ; le pyrogallate également. — Pour introduire le réactif dans la pipette, on remplit celle-ci de mercure : on fait passer le bec dans la cuve laboratoire, sur laquelle se trouve une petite éprouvette où l'on a introduit d'avance le réactif. Cette éprouvette est placée au-dessus du bec effilé de la pipette ; à l'aide de la

' VoirJ. Ogier. Analyse de gaz, dans l'Encyclopédie chimique. Paris, Dunod. 1885.

crémaillère A on soulève celle-ci jusqu'au sommet de la petite éprouvette ; on abaisse la boule B, et on ouvre le robinet R : la diminution de pression fait passer le liquide dans la boule D ; on abaisse la crémaillère, et, ouvrant (■mure un peu le robinet R, on laisse rentrer un peu de mercure dans le tube capillaire EFG.

Fie. 11.

Les mêmes manipulations servent à mettre en contact le gaz et le réactif. Le gaz contenu dans une petite éprouvette basse est amené sur la cuve laboratoire ; on y introduit la pipette dont on fait remonter le bec, à l'aide de la crémaillère, jusqu'au sommet de l'éprouvette ; on aspire alors le gaz, par l'abaissement delà boule B: on agite quelque temps : l'absorption est terminée lorsque, le robinet R étant fermé, il n'arrive plus de gouttelettes de mercure au haut de la boule D. Pour faire repasser le gaz dans l'éprouvette, on remonte la boule B, et ouvrant le robinet R avec beaucoup de précaution, on laisse repasser le gaz lentement dans l'éprouvette : en surveillant avec attention l'arrivée du réactif, qui chasse le gaz devant lui et monte peu à peu vers le bec de la pipette, on arrive à fermer le robinet juste à temps pour ne

oxydi: in: carbone

laisser passer dans l'éprouvette aucune goutte de liquide ; au surplus, la séparation d'une goutte ou deux de liquide se ferait sans difficulté sur la cuve à mercure par un unique transvasement dans une autre éprouvette. Pour les mesures précises, il faut recommander de ne mettre dans les

Fis. 12.

pipettes que de petites quantités de réactifs et se rappeler que l'insolubilité des gaz dans ces réactifs n'est jamais absolue.

La cuve-mesureur rappelle par ses dispositions celle de l'appareil de Doyère ; mais j'ai trouvé qu'il était préférable d'effectuer les transvasements en dehors de l'appareil, et d'amener dans le mesureur les tubes contenant le gaz tout prêt pour la lecture. Cette modification entraîne la suppression de

ss

la fente latérale qui, dans l'appareil Doyère, servait à introduire le bec des pipettes pour le faire passer dans le tube gradué. Notre appareil esl donc en résujné une cuve à mercure avec partie profonde, surmontée d'une cuve à eau li.u'. 12). La hauteur esl telle qu'on peut immerger complètement dans le mercure des tubes de -7 centimètres de long on centimètres cubes en dixièmes). Des tubes avec partie supérieure plus étroite rendent souvent des services pour la lecture de volumes très petits. Le régulateur imaginé par Doyère, qui constitue la partie la plus originale de son appareil, esl une sorte de thermomètre à air, représenté dans les figures I- et 13. Le remplissage de ce régulateur étail assez délicat; je l'ai simplifié par l'adjonction de deux robinets en A et 15 lig. 12). U suflit d'ouvrir ces deux robinets, de plonger le tube dans une grande cuve pleine d'eau à peu près à la température de la pièce où l'on opérera, et de fermer le-* deux robinets smis l'eau : le système se trouve ainsi convenablement rempli. Cin sait que les indications de ce régulateur permettent de l'aire, dans les mêmes conditions. de pression, toutes les lectures d'une analyse, quelle qu'en soit la durée, et qu' ls que soient les changements de température et de pression barométrique. On supprime ainsi nombre de corrections. En effet, l'instrument étant plongé dans l'eau de la cuve-mesureur, on note, au moment de la première lecture, la hauteur à laquelle s'arrête l'eau, le long de l'échelle divisée en D : supposons que ce soit au chiffre 25; si dans le temps qui s'écoule entre cette première lecture et les suivantes, la pression barométrique diminue, le volume d'air contenu dans la boule augmentera, et la colonne s'élèvera: même résultat si la température de l'eau s'élève : mais on pourra très simplement rétablir la pression primitive de l'air dans la boule E. en ajoutant une certaine quantité d'eau dans lacuve, ce qui augmentera la pression exercée en C sur l'eau du tube et. par suite, sur le gaz à mesurer. Si la pression a augmenté ou si la température abaisse, le gaz s'est contracté, la colonne a baissé : pour la ramener au point 2o, on diminuera la pression en évacuant une certaine quantité de l'eau de la cuve : c'est à cel objet qu'est destine le siphon à robinets (fig. 12). Si les variations -oui grandes, on aura parfois avantage a réchauffer ou à refroidir l'eau de la cuve par addition d'eau tiède ou d'eau froide. On doit donc, en définitive, faire toutes les mesures dans le tube gradué après avoir eu soin de ramener l'air dans la boule E au volume qu'il occupait lors de la première lecture.

Fig. 13.

• Les dispositions pour le transport du tube gradué dans la cuve-mesureur cuiller de fer à longue tige, pince P pour' le serrage du tube, crémaillères C pour le mouvement d'ascension et de descente du tube T. etc.) sont à peu près identiques à celles de l'appareil de Doyère.

Les précautions très minutieuses indiquées par Doyère pour lire les volumes gazeux m'ont paru pouvoir être de beaucoup simpliliées. Dans l'analyse des gaz, les erreurs provenant de l'action même des réactifs sont souvent telles, qu'il est bien inutile, sauf en des cas très spéciaux, de chercher à faire les lectures de volumes avec une précision exagérée.

Dans l'appareil dont nous parlons, les lectures se font au moyen d'une petite lunette A, mobile le long d'une tige B. jouant le rôle d'une simple loupe : on l'oriente sur les divisions du tube, qui pour la lecture est rapproché de la paroi de glace de la cuve. A l'aide de cette lunette, on arrive facilement à partager l'intervalle de chaque division du tube en dix parties, c'est-à-dire à lire à peu près le centième de centimètre cube. 11 est plus commode de lire le bas du ménisque que le sommet; pour faire cette lecture il faut que le niveau du mercure dans le tube dépasse un peu le niveau dans la cuve. On soulève donc le tube à chaque lecture pour établir cette différence de niveau, qui peut être quelconque, mais qui doit toujours être la même dans tout le cours d'une analyse : on adopte par exemple le chiffre de cinq divisions lues sur la graduation du tube. Ces manœuvres sont très simples, grâce aux mouvements de la crémaillère.

En somme, l'analyse d'un mélange d'oxygène, d'acide carbonique, d'oxyde de carbone et d'azote à l'aide de ces dispositifs nécessiterait les opération* suivantes, dont la durée est d'environ une heure :

Dessiccation du gaz avec une trace d'acide sulfurique. Mesure du volume total. Corrections de température et de pression. Prélèvement d'un échantillon du gaz. 15 à 20 centimètres cubes environ, qu'on introduit dans le tube gradué en dixièmes. Transport sur la cuve mesureur à l'aide de la cuiller de fer à longue lige : lecture exacte du volume : transport sur la cuve ordinaire: transvasement dans une petite éprouvette : transport de celle-ci sur la cuve-laboratoire ; introduction du gaz dans la pipette à potasse, absorption de l'acide carbonique, passage du gaz de la pipette dans l' éprouvette ; transport sur la cuve à mercure, transvasement dans le tube gradué: transport sur la cuve mesureur et lecture exacte, le thermorégulateur étant ramené au même état que lors de la première lecture. Même série d'opérations pour l'absorption de l'oxygène par le pyrogallate. puis pour l'absorption de l'oxyde de carbone par le chlorure cuivreux. Après l'action du chlorure cuivreux, ne pas oublier d'éliminer par la potasse les traces de gaz chlorhydrique laissées par le réactif. La potasse et le pyrogallate doivent être en solutions très concentrée*.

('.aises d'erreur dans l'analyse des gaz du sang. Existe-t-ii. normalement de l'oxyde df. carbone dans i.F. sang? — Cette question très intéres-

saute n été soulevée récemment à propos d'un travail de Desgrez et Nicloux, au sujet de la décomposition du chloroforme dans L'organisme.

Comptes rendus, t. CXXY, p. (.I7:<. Ces auteurs estiment que le chloroforme, employé comme anesthésique , se transforme partiellement (huis l'économie en oxyde de carbone : on trouve en effet de petites quantités d'oxyde de carbone dans le sang d'animaux anesthésiés, environ S centimètres cubes par litre de sang; mais ce chiffre, basé sur des mesures faites au grisoumètre, pourrait bien être notablement trop fort. L. de Saint-Martin

Comptes rendus, I. CXXV, p. 1037 a montré, d'autre part, que le sang il animaux \ ivant dans les \ illes et non soumis à l'influence du chloroforme

sang de bœuf recueilli à Paris . contient normalement une proportion très faillit' d'oxyde de carbone; soii environ 0ll'.7 par litre de sang : il résulte d'ailleurs d'expériences précises du môme auteur que cet oxyde de carbone préexiste bien dans le sang el qu'il n'est pas formé, pendant l'extraction, par l'action de l'acide acide tartrique ajoute'' pour obtenir l'élimination complète «lu gaz combiné. Existe-t-il aussi, toujours ou accidentellement, de 1 oxyde de carbone dans le sang d'animaux vivant en dehors des villes. el respirant un air purPC'esl une question qui n'est pas encore bien élucidée.

Yoy. Nicloux, Comptes rendus, t. CXXVI, p. 1526.

Au point de vue des expertises relatives à l'intoxication oxvcarbonique, ces expériences nous conduisent à des conclusions intéressantes : on voit que nous ne devrons pas conclure à l'intoxication lorsque les doses d'oxyde de carbone retrouvées dans le sang seront lies minimes, par exemple lorsqu'elles ne dépasseront pas 0co.l ou occ,2 pour 100 centimètres cubes de sang : à la vérité le-- doses -oui presque toujours beaucoup plu- fortes dans l'intoxication oxycarbonique, el la cause d'erreur dont mais parlons n'esl guère à craindre. Cependant, dans le cas où l'individu empoisonné aurait survécu pendant un temps assezlong, et aurait, avant sa mort, éliminé la plus grande partie des gaz toxiques, il pourrait arriver que l'analyse des gaz du sano- donnât des chiffres d'oxyde de carbone analogues à ceux qu'on trouve dans le sang normal. Les conclusions seraient alors difficiles à formuler '.

Autres caractères du sang oxvcarboné. — En dehors de l'essai spectroscopique et de L'anal} se des gaz dissous, le sang oxvcarboné peut être distingué du sang ordinaire par divers caractères que je résumerai brièvement : ils ont beaucoup moins d'importance pratique que l'essai spectroscopique

ordinaire.

'J'ai obtenu dans des analyses faites -m le sang d'individus réellement asphyxiés par l'oxyde de carbone des chiffres '|ui n'étaient guère supérieurs a ceux que nous citions plus haut : n ...'» a 0«,3 pour 100 centimètres cubes de >ang.

Quand on (ail bouillir du sang oxycarboné, additionné d'eau, on obtient un précipité rouge Inique. — avec le sang ordinaire, on a un précipité grisbrun.

D'après Preyer, le sang oxycarboné n'est pas réduit quand on y ajoute du cyanure de potassium 3 ou i gouttes de sang. 12 à 13 centimètres cubes d'eau, ."» centimètres cubes d'une solution de cyanure par moitié . et qu'on chauffe à 39° pendant cinq minutes. Dans les mêmes circonstances, avec le sang normal, on voit disparaître les deux bandes de l'oxyhémoglobine.

Zaleski indique que le sang oxycarboné mélangé avec son volume d'eau el quelques gouttes d'une solution de sulfate de cuivre au tiers, donne un précipité rouge brique. Le sang ordinaire fournit un précipité de teinte plus grise.

Le sang ordinaire, additionné de soude, puis d'une solution dechlorure de calcium, prend une teinte brune. Le sang oxycarboné, dans les mêmes conditions, présente une belle coloration rouge carmin Eulenberg .

On obtient encore des différences analogues avec d'autres sels métalliques : chlorhydrate d'ammoniaque, chlorure de sodium, de baryum, de plomb, protochlorure d'étain, bichlorure de mercure; en présence de ces sels, le sang oxycarboné additionné au préalable de soude caustique prend des colorations plus rouges que le >aiiu- ordinaire qui devient rouge brun sale,

Fur. li. — Spectre de la méthénioglobine.

gris-brun, etc. Quelques-unes de ces réactions sont d'une assez grande netteté.

Suivant Weyl et von Anrep, on distingue le sang oxycarboné du sang normal par ce fait qu'il se transforme plu- lentement en méthénioglobine sous l'inflence de divers agents oxydants chlorate de potasse, permanganate de potasse : l'examen spectroscopique peut révéler cette différence. La figure 14 représente le spectre delà méthénioglobine v. aussi p. 122 .

Moitessier et Bertin-Sans ont étudié cette même question iliull. de la Soc. chim. (3), t. Y, p. 256). Ils ont constaté que la méthénioglobine préparée en faisant agir du ferricyanure de potassium sur des solutions ?-anguines saturées d'oxyde de carbone, fournit, sous l'influence du sulfhydrate, le speetre

de l'hémoglobine oxycarbonée. Si l'on fait passer dans la solution un cour an I de gaz inerte, ou si on la soumet à l'action du vide, cette solution fournira avec le sulfhydrate le spectre de l'hémoglobine réduite. En traitant la méthémoglobine oxygénée par l'oxyde de carbone, on a une solution qui présente les niéines caractères. On conclut de ces essais que les solutions de méthémoglobine oxycarbonée renferment simplement de la méthémoglobine et de l'oxyde de carbone dissous. Si le sulfhydrate fait apparaître le spectre de l'hémoglobine oxycarbonée, c'est que La méthémoglobine se transforme en hémoglobine, qui se combine avec l'oxyde de carbone dissous.

Questions diverses relatives a l'empoisonnement paii l'oxyde i>k carbone. — Recherche de l'oxyde de carbone dans l'air. — En dehors de la recherche de l'oxyde de carbone dans le sang- des individus qui ont succombé à l'asphyxie, divers problèmes sont souvent posés aux experts chimistes au sujet des conditions dans lesquelles l'empoisonnement s'est produit.

La recherche et le dosage de l'oxyde de carbone dans l'atmosphère d'une pièce où a en lieu un empoisonnement ou un commencement d'empoisonnement est fort difficile lorsque les doses de gaz toxique sont très minimes, et c'est là le cas ordinaire.

Comme procédé qualitatif, l'expérimentation sur des animaux donne soin eut des résultats très nets. On introduit dans l'atmosphère suspecte des cages renfermant des animaux, cobayes, lapins, plus spécialement des oiseaux, qui, comme nous l'avons vu, sont très sensibles à l'intoxication oxycarbonée.

Lorsque les animaux meurent, la recherche spectroscopique de l'oxyde de carbone dans leur sang démontre la présence du gaz toxique dans l'atmosphère incriminée. L'examen spectroscopique peut fournil- aussi des renseignements utiles, même lorsque les animaux n'ont pas succombé' ; il faut, dansée cas, les sacrifier dès qu'on les retire de l'atmosphère toxique, afin de ne pas laisser se produire l'élimination du gaz parles voies respiratoires.

L'emploi du chlorure de palladium a été proposé par Fodor et parGruber, et plus récemment par Potain et Drouin, pour la recherche et le dosage de l'oxyde de carbone dans l'air; le procédé est aussi applicable à la recherche (huis le sang. Si l'on agite, en présence d'un peu de sang dilué, un assez grand volume de l'air à analyser (10 ou 20 litres par exemple), le gaz toxique est fixé par l'hémoglobine : on chauffe alors la solution sanguine pendant trois ou quatre heures dans mi billion traversé par un courant d'air (on purifie cet air des traces d'oxyde de carbone qu'il pourrait accidentellement renfermer, en le faisant passer à travers du chlorure de palladium) . L'air entraîne peu à peu l'oxyde de carbone combiné au sang; on leçon-

iluit à travers des barboteurs renfermant du chlorure de palladium en solution bien neutre; le chlorure de palladium est réduit; le précipité peut être recueilli et dosé : cette méthode, que jen'ose recommander, permettrait de doser l'oxvde de carbone dans de l'air < jn L n'en renfermerait que 1/20(100 Gruber, Arch.f. Hygiène, 1X83, t. I. p. 143 ; Revue d'Hyg. et de Pol. sanitaire, 1884, t. VI, p. 307 . Hiinefeldt indique une sensibilité beaucoup moindre. Il faut avoir soin, dans de tels essais, d'éliminer, s'il y a lieu, les traces d'ammoniaque ou d'hydrogène sulfuré qui pourraient se trouver dans l'air, el qui produiraient un précipité noir dans le chlorure de palladium : cette purification se ferait facilement par des lavages dan-, de l'acide sulfurique et dans une solution d'acétate de plomb. Divers hydrocarbures, par exemple ceux du gaz de l'éclairage, réduisent ainsi la solution palladique ; leur élimination préalable est assez difficile.

L'acide chromique en solution transforme l'oxyde de carbone en acide carbonique : on peut baser sur celte réaction un procédé de recherche dans l'air; cette méthode ne parait ni plus facile ni plus avantageuse que la précédente.

L'analyse directe des mélanges gazeux, dans des appareils précis comme ceux que nous avons décrits, ne peut guère donner de résultats sérieux que si la dose d'oxyde de carbone u'est pas trop inférieure à 1 p. 100, ou 1 p. 200. Dans cesmesures, l'oxyde de carbone peut être dosé par combustion eudiométrique ; mais la combustion de très petites quantités de ce gaz en présence d'un grand excès d'azote, est difficile : il est aécessaire d'ajouter du gaz de la pile, ce qui est une cause d'erreur, etc. En résumé la combustion eudiométrique ne parait avoir aucun avantage pratique sur l'absorption par le chlorure cuivreux.

A côté des méthodes eudiométriques, il faut citer les appareils généralement désignés sous le nom de grisoumèlres, dans lesquels le gaz combustible est brûlé sous l'influence d'un fil de platine maintenu au rouge par un courant électrique. Ces appareils peuvent servir au dosage de l'oxyde de carbone dans l'air. Le grisoumètre, inventé par Coquillion, et destiné principalement au dosage du gaz des marais dans l'air des mines (Comptes rendus, t. LXXX1V. p. 458 et 150S), a été modifié par Gréhant (les Gaz du sang. Encyclopédie des Aide-Mémoire, Parisj. Voici le dispositif adopté par ce savant fig. lo) :

Une ampoule cylindrique A est reliée à un tube vertical BB long de 45 centimètres, et d'un diamètre extérieur de 7 millimètres. Ce tube est gradué en divisions d'égal volume. L'ampoule est traversée par une spirale de fil de platine. A la partie supérieure est mastiqué un robinet pointeau en laiton R. A la partie inférieure du tube étroit se trouve un robinet ordinaire H'. La figure fait comprendre comment on peut immerger le système dans l'eau

d'une cuve profonde, et manœuvrer du dehors le robinet inférieur ; l'eau de la cuve est constamment renouvelée : sa température est donnée par un thermomètre sensible. Par des manœuvres faciles à imaginer, on procède d'abord au jaugeage de l'ampoule jusqu'au zéro des divisions. Pour faire passer le mélange gazeux dans le grisoumètre, on emploie une

Kg. 15.

petite chiche tubulée à robinet de laiton, d'abord remplie d'eau, où l'on introduit le gaz à étudier. On relie le robinet de cette cloche au robinet pointeau du grisoumètre par un bout de caoutchouc épais, très étroit et rempli d'eau. Le grisoumètre est lui-même rempli d'eau jusqu'au sommet du robinet R. Quand on ouvre les trois robinets, il se produit une aspiration qui fait passer le gaz de la cloche dans l'ampoule. Le volume du mélange gazeux doit être assez grand pour remplir l'ampoule et quelques-

unes des divisions du tube gradué. On ferme le robinet pointeau R, le robinet inférieur R' restant ouvert, et cm fait la lecture exacte du volume après avoir laissé quelque temps l'appareil immergé. Le robinet inférieur est ensuite fermé.

Pour porter au rouge le til de platine, on fait passer un courant électrique fourni par un accumulateur : soit avec un commutateur à main, soit à l'aide d'un interrupteur mû par un petit moteur, on interrompt et on laisse passer le courant une cinquantaine de fois. On ouvre enfin le robinet inférieur el on procède à la lecture, après avoir laissé l'appareil reprendre la température de l'eau. La graduation de l'instrument est purement empirique : ainsi. on est obligé de faire d'abord des essais pour déterminer à combien de divisions du tube gradué s'élève la diminution de volume produite par la combustion d'un centimètre cube d'oxyde de carbone (7 div. 6, dans l'appareil décrit par Gréhant). Si l'on veut étudier d'autres gaz, le formènepar exemple, il faut procéder à des mesures analogues avec des mélanges d'air et de formène en proportions connues.

Au point de vue de la sensibilité, on observera que 1 dixième de centimètre cube d'oxyde de carbone peut être décelé et approximativement mesuré dans le grisoumètre : d'après le volume de l'ampoule, qui est voisin de 30 centimètres cubes, la méthode permettrait donc d'analyser des mélanges à 1 p. 300. Cette sensibilité n'est pas encore suffisante. — Une autre difficulté de la méthode est la nécessité d'éliminer absolument toute trace de composé carboné autre que l'oxyde de carbone. — Enfin, la dissolution des gaz dans l'eau, principalement celle de l'acide carbonique, me parait être une cause d'erreur non négligeable, si l'on n'opère pas dans des conditions rigoureusement comparables.

J'ai signalé déjà le dosage de petites quantités d'oxvde de carbone dans l'air, au moyen de la combustion par l'oxyde de cuivre. Ce procédé peut être très précis, puisqu'il suffira, si la proportion d'oxyde de carbone es) très faible, d'employer une plus grande quantité de gaz. L'inconvénient esl encore ici l'obligation d'éliminer toute trace de composés carbonés, s'il en existe dans l'air : opération à peu près impossible. Il faudrait par exemple renoncer à chercher par ce procédé l'oxyde de carbone dans de l'air qui contiendrait de faibles doses de gaz d'éclairage, ce qui est un cas fréquent. Les appareils nécessaires à de semblables combustions sont en outre fort encombrants et dune installation malaisée, en dehors d'un laboratoire voir p. 66).

Le chlorure cuivreux peut servir à la recherche de très petites quantités d'oxyde de carbone dans l'air, et c'est, je crois, la meilleure méthode que l'on puisse conseiller; mais il faut observer certaines précautions. Comme l'a fait remarquer de Saint-Martin, l'absorption, parle chlorure cuivreux, de très petites doses de CO dilué dans beaucoup d'air, ne se fait pas aussi

9G TRAITE DE CHIMIE TOX ICO LOGIQUE

simplement qu'on le suppose : tandis qu'il es! facile, avec un petit fragment de potasse, d'éliminer tout l'acide carbonique contenu dans un grand volume d'air, l'absorption d'une trace d'oxyde de carbone «Nuis un grand \ olume de gaz étranger, par le réactif euh reux, est très incomplète : il faut renouveler plusieurs fois l'action du réactif et en employer des quantités assez fortes. On peut si' servir, comme le conseille de Saint-Martin, d'un ballon à robinet I. lui) on 1.200 centimètres cubes), où l'on a fait le vide et dans lequel on laisse rentrer d'abord ">0 centimètres cubes de solution cuivreuse, puis l'air à anaW ser ; après avoir agité vigoureusement , on rem erse le ballon el on le relie par un bout de caoulcbouc à vide avec un récipient complètement vide d'air et disposé en vue de l'extraction des gaz par la trompe de Sprengel : par le simple jeu des robinets des deux ballons, on l'ait passer le liquide cuivreux dans le ballon vide ; puis on renouvelle l'opération en faisant rentrer dans le premier ballon une nouvelle dose de chlorure cuivreux; on recommence encore trois fois la série de ces opérations : les liquides cuivreux réunis, chauffés au bain-marie, son! soumis à l'action du vide de la trompe à mercure. 11 faut interposer, sur le trajet des gaz extraits, delà potasse pour absorber les vapeurs chlorhydriques dégagées par le réactif. Dans le mélange gazeux de très petit volume, recueilli Mil' la petite cuve de la trompe à mercure, l'oxyde de carbone se trouve en proportions convenables pour être constaté et dosé sans difficulté.

J'emploie des dispositions analogues, en opérant parfois avec des \ olumes d'air beaucoup plus grands : cet air est recueilli sur place dans des séries de flacons à robinets rodés, d'une capacité de i- litres et vides d'air (avoir soin d'essayer, avant de faire faire les rodages, si les flacons choisis résistent bien au vide). J'introduis dans les Maçons de l'hydrosulfite de soude en solution concentrée, pour absorber d'abord l'oxygène et l'acide carbonique; puis l'air du flacon est déplacé très lentement par un écoulement de mercure et traverse par bulles très petites un barboteur contenant d'assez grandes quantités de chlorure cuivreux. Il y a avantage à faire passer deux fois le même gaz dans le barboteur. — Les tubes en serpentins, deWinkler, sont fort commodes pour ces absorptions difficiles. Si la dose d'oxyde de carbone est très petite, on doit opérer de même sur un second et un troisième flacon. On extrait ensuite par la trompe de Sprengel les gaz dissous dans le chlorure cuivreux et on en fait l'analyse par une méthode précise, en se servant toujours du chlorure cuivreux comme

absorbant de l'oxyde de carbone.

Procédés basés sur la réduction de l'acide iodique. — La réduction de l'acide iodique par l'oxyde de carbone a été appliquée par plusieurs

expérimentateurs au dosage de ee gaz dans divers mélanges, el notamment dans l'air '.

La réduction de l'acide iodique anhydre par L'oxyde de carbone

5G0 + [203 = 5COa + 1-

se fait facilement et totalementà-f-60°, même si le gaz est dilué clans 20.000 fois son volume d'air pur ; elle a Lieu aussi, mais plus lentement, à -f- 15° ;

,' s températures la pluparl des gaz tiydrocarbonés n'agissent pas sur

l'acide iodique (l'acétylène cependanl réduit très notablement l'acide iodique à -)- 60° .

Pour faire de cette réaction un procédé de dosage, on peut mesurer l'acide carbonique formé, selon la méthode très exacte préconisée par Muntz et Aubin (v. p. 110), pour le dosage exact de l'acide carbonique dans l'air, c'està-dire recevoir l'acide carbonique dans un tube à potasse (potasse décarbonatée par digestion avec la baryte), dans lequel on fait pénétrer ultérieurement de l'acide sulfurique de manière à mettre le gaz en liberté : celui-ci est enfin recueilli par une pompe à vide, et mesuré par absorption avec la potasse. — A. Gautier préfère condenser les vapeurs d'iode surdu cuivre réduit ; la disposition de l'appareil est la suivante : l'air est d'abord filtre dans un tube étroit garni de coton de verre, puis lavé dans de la lessive de potasse; il passe ensuite sur une colonne de baryte hydratée, et se sèche sur de l'acide phosphorique anhydre; il est ainsi privé de poussières, de gaz acides et de vapeur d'eau. Le courant gazeux circule ensuite dans un système de deux tubes relies entre eux par un rodage, placés dans une étuve à 1 00-105° ; le premier de ces tubes, du diamètre d'un gros tube à gaz, long de 25 à 30 centimètres, est rempli d'anhydride iodique; le second contient une colonne de 18 centimètres de cuivre réduit pulvérulent (réduire l'oxyde dans l'hydrogène pur ; à la fin de l'opération remplacer l'hydrogène par de l'acide carbonique, pendant le refroidissement, afin d'éviter la condensation d'un peu d'hydrogène dans le cuivre). La pesée du tube à cuivre donne le poids de l'iode fixé, par suite le volume d'oxyde de carbone existant dans l'air étudié. On opère sur des volumes d'air de 100 à 200 litres. — On doit tenir compte de la présence possible dans l'air d'hydrocarbures agissant sur l'acide iodique et fournissant de l'iode. A. Gautier a montré comment on peut éviter cette cause d'erreur, en déterminant l'eau formée, l'oxygène perdu par l'acide iodique et le poids d'acide carbonique dégagé (pesée de tubes à acide iodique anhydre, pesée de tubes à acide phosphorique servant à condenser la vapeur d'eau, de tubes à baryte servant à condenser l'acide carbonique) ; un calcul simple permet de connaître la part des gaz hydrocarbonés dans la

1 Hélier. Thèse de lu Faculté des science*. Paris, 1896; — Nicloux, Comptes rendus, I. CXXVI, p. 746 — Gautier, Comptes rendus, t. CXXVI, p. 793 et 1299.

réduction de l'acide iodique. (Gautier. Comptes rendus, t. GXXVI, p. 1299 : — voir aussi, même recueil, t. CXXVI, p. 87, 793, 93S.)

Ces méthodes très délicates permettent de constater qu'il existe normalement dans l'air des villes de faillies traces d'oxyde de carbone, ce qui était à prévoir quelques millionièmes, I- millionièmes est, le chiffre le plus élevé cité dans les expériences préliminaires de A. Gautier

Malgré la sensibilité très grande à laquelle on peut atteindre par de semblables procédés, je préfère ceux qui sont basés sur l'absorption par le chlorure cuivreux, parce quil est possi ble avec ce réactif de régénérer l'oxyde de carbone tixé, de le faire brûler, etc., en un mot de noir le gaz cherché, et de constater sa nature avec une absolue certitude. Je ferai la même observation à propos des méthodes fondées sur l'emploi du chlorure de palladium. Voir à ce sujet un travail récent de Potain et Drouin. Comptes rendus, t. CXXVI, p. 938. — Les autres produits qui pourraient être employés pour des essais de dosage de l'oxyde de carbone dans l'air, nitrate d'argent ammoniacal, permanganate alcalin, acide chromique, chlorure d'or, ue semblent pas devoir donner des résultats satisfaisants. (Gautier- Comptes rendus, t. CXXVI, p. S73.

On voit par ce qui précède que la recherche quantitative de très faibles proportions d'oxyde de carbone dans l'air esl une opération toujours assez délicate.

Poêles moiui.es et appareils a combustion lente. — Comme exemple

d'analyses demélanges gazeux contenant de l'oxyde de carb< voici des

chiffres trouvés par de Saint-Martin el Dujardin-Beaumetz dan- les gaz dégagés par un poêle système Choubersky.

Les tableaux ci-contre indiquenl des variations considérables dan- la composition des gaz issus des poêles mobiles, selon leur mode de fonctionnement.

On remarquera que l'oxyde de carbone est, en somme, peu abondant dans ces gaz; il l'est encore bien moins dans l'atmosphère des pièces où ces gaz se répandent el causent des accidents; l'agent toxique est alors mélangé à d'énormes quantités d'air : non- insistons sur ce point pour montrer l'utilité des analyses minutieuses dans l'étude des questions de ce genre.

Les poêles mobiles sont dangereux à divers titres, el le déversement de leurs produits de combustion dan- les pièces habitées se fait par bien des procédés différents. Tantôt, c'est le couvercle <|ui. enfoncé dan- une rainure circulaire pleine de sable, ne produit qu'u bturation imparfaite

et laisse aux gaz une issue directe : tantôt, pour une raison quelconque

changements de température, de pression, etc. . le tirage, d'abord bien

établi, devient médiocre ou nul, et Les gaz refluent dans la chambre par la grille du poêle. Nous avons vu, dans une expertise récente, des accidents très graves, causés par l'imprudence d'un ouvrier qui avait installé un appareil à combustion lente devant une cheminée dont la trappe était complètement fermée : malgré le tirage presque nul, l'appareil avait fort bien brûlé et déversé ses iraz dans la chambre.

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