‹ Traité de chimie toxicologiqueChapitre 63 sur 185 · A KS F.M · texte numérisé non relu

A KS F.M

renfermer de l'arsenic accidentellement, être imprégnées en certains points d'eaux résiduaires pro\ enant d'usines où l'on manie de grandes quantités de composés arsenicaux.

Dans le plus grand nombre des cas, il n esl pas utile de rechercher par l'analyse si réellement la terre esi arsenicale ; mais il importe de vérifier si les » ;n i \ de pluie, ayant lavé cette terre, onl pu apporter au cadavre des traces décomposés arsenicaux. Ces) seulemenl lorsque les débris de viscères recueillis seraienl mélangés à <le la ter-re, de telle sorte qu'il fû.1 impossible d'éliminer celle-ci complètement, — circonstance qui, à la vérité, ne se produil presque jamais, — c esl dans ce cas que l'expert devrait faire une analvse exacte de la terre pour déterminer si elle contient des éléments arsenicaux. — Mais on se contente le plus souvent de soumettre la terre à un lavage prolongé avec île l'eau distillée, d'évaporer le liquide obtenu, <le dissoudre le résidu dans I acide sulfurique et de l'examiner dans l'appareil de Marsh. — Cette manière de faire me paraît très suffisante; si cependant on veut pousser la minutie plus loin, on pourra épuiser la ferre par de I eau bouillante, et ensuite par de l'eau acidulée. — On recommande d'examiner la terre prise au-dessus et au-dessous du cercueil : l'arsenic trouvé dans la terre du dessous pourrait provenir du eada\ re lui-même ; celle supposition sérail vraisemblable si l'analyse avait montré que la terre du dessus ne contenait pas d'arsenic.

D'après les études de Garnier et Schlagdenhaufen [Ann. (/'/u/</. et de mrd. léff. 3), t. XYll, p. 30 . l'arséniate de fer qui existe dans certains terrains, dans les Vosges par exemple, en quantités variables et souvent très abondantes, est très légèrement soluble dans l'eau bouillante, mais n'est aucunement entraîné par l'eau à la température ordinaire; bien plus, le-- expériences des mêmes auteurs ont montré que de faibles épaisseurs de terre absorbent et insolubilisent des quantités importantes de composés arsenicaux solubles versés sur celle terre.

Dans certains cimetières établis dans des sols argileux, on trouve souvent les cercueils reposant dans l'eau, ou même entièrement remplis d'eau ; les jointures imparfaites des cercueils les plus communs peuvent devenir étanches par suite du lent dépôt de fines particules argileuses. amenées par les eaux superficielles. 11 faut alors analyser celte eau qui baigne le cadavre ; le plus ordinairement, même si le terrain est arsenical, on ne trouvera pas d'arsenic dans l'eau; niais il se peut aussi que de l'arsenic trouvé dans l'eau provienne du contact avec des parties de cadavre contenant réellement de l'arsenic ; on discutera cette question en analysant comparativement de l'eau prise à la même profondeur, dans le même sol, à peu de dislance.

La présence possible de l'arsenic dans les terres de cimetière par suite

316 TRAITE DE CHIMIE TOX ICOLOGIQUE

de rinfiltration d'eaux résiduaires d'usines est une question qui < 1< >i t attirer l'attention de l'expert. Dans plus d'une industrie chimique, l'usage <!<■ l'acide sulfurique arsenical peut produire des vapeurs renfermanl dr l'arsenic, par exemple sous forme de chlorure, lesquelles se condensent à l'air, retombent sur le sol cl sonl entraînées par les pluies. Certaines industries rejettenl (1rs eaux résiduaires assez riches en composés arsenicaux pour empoisonner des puits el contaminer des nappes souterraines; on connaîl par exemple le cas* étudié par Braconnot, du puits d'une maison de .\'iinr\ empoisonné par les eaux d'une fabrique de verl de Schweinfurth ; celui <le la fabrique de Pierre-Bénite, à Lyon, où la nappe souterraine élu il assez souillée d'arsenic (provenant de la fabrication de la fuchsine avec l'acide arsénique , pour que l'usage de I eau d un puits ail amené un accident mortel. D'autres cas analogues ont été signalés près de diverses fabriques de couleurs d'aniline. Hugounenq, qui insiste avec raison sur ces liiiis i Traité des poisons, p. 143), indique encore parmi les causes nombreuses qui provoquent l'introduction de l'arsenic dans les terrains., I emploi des phosphates et superphosphates comme engrais, qui renferment souvent des doses ('nonnes d'arsenic (0,29 et plus par kilogramme), ce qui peul correspondre annuellement à une centaine de grammes de substance toxique par hectare.

Les cas (Lins lesquels on trouve, dans la terre qui environne le cercueil, de l'arsenic pouvant avoir été porté jusqu'au cadavre seul en réalité fort rares ; et même alors, il n'est pas impossible d'établir la réalité d'une intoxication arsenicale, si les dosages fournissent des indications précises sur le mode de répartition du poison dans les viscères.

On n invoqué aussi comme cause de pénétration de l'arsenic dans les cadavres le contact de ceux-ci avec les mixtures conservatrices, ajoutées dans le cercueil ; d n'est pas difficile de vérifier si ces mixtures contiennent nu min de l'arsenic; elles sont en général composées de sciure de Nuis imprégnée de diverses matières, telles que l'acide phénique brut, l'essence de mirbane ; celles que j'ai eu l'occasion d'examiner ne fournissaient point d'arsenic, après destruction de la matière organique et essai à l'appareil de .Marsh.

Certains cercueils sent tapissés à l'intérieur d'une feuille de caoutchouc vulcanisé ; lorsqu'on fait analyse de ce caoutchouc, on y trouve des quantités importantes d'arsenic ; mais il est bien facile de vérifier que cet arsenic n'a pu pénétrer dans le cadavre. Dans des cas de ce genre j'ai constaté que de semblables feuilles de caoutchouc, hivers à l'eau, n'abandonnent a i-r dissolvant aucun composé arsenical.

Quelquefois, dans les exhumations, l'autopsie est faite dans le cercueil lui-

\RSENIC 311

même (ce qu'il faul éviter autant que 'possible. On doil en pareil cas éviter que des parcelles de peinture détachées des parois se mêlent aux viscères '.

Le passage dans les viscères d'arsenic provenanl d'objets divers contenus dans le cercueil, oreillers, couronnes, vêtements, etc., est généralement bien invraisemblable: l'expert devra cependant discuter la possibilité de telles causes d'erreur.

L'arsenic existant dans un cadavre, à la suite d'un empoisonnement . peut-il disparaître ? — Cette question n'est pas encore bien éclaircie ; on dit qu'il 4<' forme, dans des cadavres arsenicaux, de petites quantités d'hydrogène arsénié : une partie <lii poison disparaîtrait ainsi à l'état gazeux. Giglioli a montré que des moisissures peuvent contribuera la transformation de certains composés arsenicaux en hydrure d'arsenic gazeux-.

En tout cas, cette transformation, si elle se produit réellement dans le cadavre, doit être fort lente et incomplète : car on a de nombreux exemples de recherche d'arsenic axant donné des résultats [positifs après plusieurs années d'inhumation.

L'arsenic du cadavre peut-il être enlevé partiellement dans certaines circonstances par les eaux d'infiltration ? On suppose que l'arsenic fixé par. les organes se transforme peu à peu en arsénite d'ammoniaque soluble; mais le fait n'est pas démontré. Certains auteurs au contraire pensent que, pendant la putréfaction, le poison se transforme en sulfure d'arsenic, e'est-àdire en un composé insoluble.) En somme, cette disparition de l'arsenic ne semble guère pouvoir se produire que dans îles circonstances rares, par «les phénomènes de dialyse, lorsque le cadavre baigne longtemps dans l'eau, ainsi qu'il arrive parfois dans les suis argileux.

Sous quelle forme le poison arsenical a-t-il été ingéré"? — C'est une question à laquelle l'expert ne peut que rarement répondre. L'acide arsénieux est le composé arsenical le plus employé dans les empoisonnements, pour des raisons que nous avons déjà indiquées. Nous avons dit aussi

'Frésénius cite une observation de ce genre : des traces d'arsenic trouvées dans le cadavre d'un enl'anl provenaient de petites quantités de peinture à l'oxyde de fer, accidentellement mélangées ;m v débris.

- Gosio (Azione ili alcune muffe sut composti fissi Warsenico ; Rome, 1892) a trouve que le développement de certaines moisissures (mucor mucedo, aspergillus glaucus, en particulier), ;iu contact des composés arsenicaux peut amener la production de vapeurs arsenicales. L'action de es moisissures n'est pas la même sur les divers composés arse nicaux ; l'acide arsénieux, les arséniates ajcalins sont i > 1 n - facilement décomposés '|ti.' l'arséniats de cuivre : la présence de matières hydrocarbonées (amidon, glucose] facilite la décomposition. — L'auteur explique la décomposition < I n papier de tenture à l'arséniate de cuivre, parles moisissures développées ?ui la colle adhérente au papier.

318 i H Ml r DE CHIMIE TOXIl OLOGIQUE

qu'en raison de la lente solubilité de ce corps, il n'est pas rare d'en retrouver dans 1<' tube digestif de petites quantités non dissoutes : rien n'esl plus facile alors que de préciser qu'il s'agit bien d'acide arsénieu.x el non d'un autre composé. De même on pourrait reconnaître dans le tube digestif la présence de l'orpiment, ilu verl de Schweinfurth. grâce à leur couleur, à leur insolubilité, el vérifier ensuite leurs caractères. L'arséniale de soude, composé souvenl employé, est facilement soluble, el il est d'ordinaire ingéré sous forme de solution : dans le cas où la dose sérail considérable, il ne serait pas impossible de constater directement les caractères des arséniates précipité par le nitrate d'argenl sur la solution aqueuse provenant de la filtration du contenu de l'estomac ou de matières vomies. — Mais en dehors de ces circonstances spéciales, l'analyse ne révèle pas La nature du composé arsenical ingéré.

La quantité d'arsenic retrouvée />»r C analyse est-elle suffisante pour expliquer la mort :' — Le rôle «lu chimiste-experl se borne à 1m délcrmrnation qualitative cl quantitative de l'arsenic existant dans les diverses parties du cadavre : très souvent, dans 1rs empoisonnements aigus nu subaigus, la dose retrouvée est supérieure à la dose mortelle : <>n est alors en droit de répondre à la question posée:* Les quantités d'arsenic retrouvées dans li1 cadavr rrespondenl à une dose de composé arsenical qui

pouvait entraîner la mort. » Nous ili- ai- : qui pouvait, car l'ingestion d'une dose même 1res considérable d'acide arsénieux n'esl pas nécessairement suivir de mort. Quant à In discussion des symptômes observés avanl la mort et des lésions constatées à l'autopsie, c'est au médecin légiste qu'il appartient de l'entreprendre, el de compléter ainsi la démonstration. Nous avons indiqué que dans les cas d'empoisonnement lent, cette discussion médicale des symptômes acquierl une très grande importance el qu'ell est -•ii\ cnl forl délicate.

Page 1