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CHAPITRE III

Les composés antimoniaux, dont le plus importani est Vémétique, n'ont été que rarement appliqués à des empoisonnements criminels. Cependant l'étude de l'antimoine est importante en toxicologie : l'émétique est un médicament vomitif, très employé pour combattre divers empoisonnements; il arrive donc assez souvent que l'on retrouve dans 1rs viscères et les matières vomies des quantités notables d'antimoine. 11 importe de savoir distinguer ce corps de l'arsenic donl il se rapproche par un bon nombre de ses propriétés. — L'emploi <!<■ doses exagérées d'émétique a occasionné quelques morts accidentelles.

L'antimoine et les médicaments antimoniaux sont loin d'avoir aujourd'hui l'importance qu'ils présentaienl autrefois. Lps anciens, Dioscoride, Galien, etc., se sont servi des préparations antimoniales pour l'usage externe, comme cosmétiques, et dans 1> traitement île-- ulcérations ri plaies. Au svie siècle, les médicaments antimoniaux sonl recommandés par Pnraeelse comme propres à guérir tous les maux. Le pamphlet célèbre, d'un auteur inconnu Triumphwagen des antimonii, puis le livre de Louis île Launay, en 1654, contribuèrent à exalter 1rs vertus de l'antimoine, la huitième merveille du monde : certains, au contraire, jugeaient ers médicaments si dangereux, qu'en 1656, la Faculté obtint du Parlement un arrêt interdisant l'emploi de l'antimoine. — La découverte de l'émétique, tartrate d'antimoine el de potasse, parail dater de 1620 Cornachinus ou de 1631 Adrien de Mvnsieht : l'usage de ce médicament souleva les controverses les plus vives. Renaudot CAntimoine justifié et CAntimoine triomphant . .la 'ques Perreau le Rabat-joie de Cantimoine . Guy Patin, furent au nombre des combattants les plus passionnés dans cette discussion célèbre. Peu à peu. les médicaments antimoniaux prirent définitivement place dans la thérapeutique.

Principaux composés de l'antimoine. — Xàantimoine métallique a été autrefois utilisé comme purgatif, sous le nom de pilules perpétuelles ,*on

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Fabriquai! aussi avec l'antimoine métallique des vases nu bouteilles où l'on faisait séjourner pendant quelques heures du vin qui acquérail des propriétés purgatives.

Le chlorure d'antimoine, vulgairement nommé beurre d'antimoine, esl un agent caustique fort énergique qui n'est plus guère en usage, sinon dans la médecine vétérinaire; il serl pour le bronzage des métaux. La poudre d'Algaroth esl l'oxychlorure d'antimoine, vomitif très violent, aujourd'hui abandonné. Le protoxyde d'antimoine ou fleurs argentines d'antimoine, le biméta-antimoniate de potassium oxyde blanc d'antimoine, antimoine diaphorélique lavé . le soufre don' pentasulfure . l'oxysulFure kermès minéral et d'autres composés sulFurés verre d 'antimoine, foie d'antimoine, crocus metallorum, etc. . sont des médicaments rarement utilisés de nos jours.

Uémétique et le kermès onl seuls conservé de l'importance en thérapeutique.

Effets physiologiques. — Les effets physiologiques des préparations d'antimoine sonl des plus variés selon la nature de ces préparations el leur mode d'administration. Certains antimoniaux, le lartre stibié entre autres, possèdent une action irritante et révulsive, utilisée dans le traitement de plusieurs affections : cette action irritante esl rendue manifeste par l'apparition de pustules spéciales ecthyma stibié . ressemblant à celles de la variole el que l'on observe généralement dans les empoisonnements lents par l'émétique.

L'action vomitive esl la plus connue; les selssolubles la possèdent Inus; le tartre stibié a gardé le nom à'émétique, parce qu'il esl en effet le médicament émétique par excellence. — Des effets purgatifs -mil obtenus par l'administration de composés solubles à 1res faibles doses. Enfin les antimoniaux ont une influence sur les sécrétions, qui sont activées, sur la circulation el la respiration, qui sonl ralenties.

L;i diversité de ces effets esl facile à constater avec l'émétique. L'action irritante de ce corps sur les muqueuses esl des plus marquées : ingéré ;'i dose faible, par exemple I centigramme, il détermine des nausées; a ou In centigrammes produisent les vomissements; tandis que l'ingestion <lc doses pareilles, mais dans un grand étal «le dilution solutions au I 10000 nu au I 20000 .m' produit qu'une action purgative.

Li - effets de l'émétique en injection intraveineuse ou hypodermique ne sniit pas très différents des précédents, mais ils se produisent avec plus de lenteur.

L'empoisonnement par l'émétique se manifeste -nus les deux formes lente "ii aiguë. Dan- l'intoxication lente les phénomènes «pii frappent le

ANTIMOINE gai

plus L'attention, outre 1rs symptômes ordinaires el peu caractéristiqi -. vomissements, diarrhée et autres troubles de l'appareil digestif, sonl la dépression considérable de l'énergie musculaire, le ralentissement de la circulation, la faiblesse du pouls, l'abaissement de la température, et enfin l'apparition des pustules d'ecthyma stibié sur le il"-, les membres, les parties génitales. La sécrétion urinaireesl augmentée.

Dans l'intoxication aiguë, les symptômes sont à peu près les mêmes : saveur métallique, .sensation de brûlure à l'œsophage, à l'estomac : vomissements abondants et diarrhée; puis, l'action dépressive, caractérisée par la faiblesse du pouls, le ralentissement de la respiration, la cyanose des extrémités; la morl survient quelques heures après l'ingestion, parfois seulement au bout de quelques jours. Dans ces cas de terminaison lente, on observe encore l'apparition des pustules spéciales.

On a remarqué que l'ensemble des troubles produits par l'intoxication antimoniale aiguë rappelle par plus d'un point ceux que détermine le choléra, d'où le nom quelquefois employé de choléra stibié, pour désigner ces accidents.

L'autopsie révèle des lésions de congestion plus ou moins banales; on trouve les pustules d'ecthyma un peu partout dans le tube digestif et des signes divers d'inflammation dans l'intestin ; le foie est volumineux, présente de lastéatose; les poumons s,,nt parfois congestionnés.

Doses toxiques. — Les doses capable- de produire l'empoisonnement' aigu sont infiniment variables;' il ne saurait en être autrement, en raison des propriétés vomitives si intenses de l'émétique; une dose très forte. éliminée presque totalement par les premier- vomissements, pourra produire des effets qui ne paraîtront pu- plus intenses que ceux déterminés par une dose beaucoup plus petite. Sans fixer de chiffre précis, nous pouvons admettre que des poids de 50 centigrammes à 1 gramme constituent des doses dangereuses. Même, Taylor admet comme dangereuses des quantités beaucoup moindres u?r.10 à Or, 12 . D'après ce que nous avons dit plus haut, les effets varieront beaucoup selon le mode d'administration du poison. — 11 faut encore observer que l'émétique est un de ces médicaments auxquels on s'habitue, et que, par suite de l'accoutumance à des doses petite- ,-t souvent répétées, on arrive à supporter en une fois des doses élevées, telles que Os^ouà 1 gramme. Chez certains malades pneumonie, chorée . il existe aussi une tolérance particulière. Les enfants ont une sensibilité spéciale pour l'émétique l.

1 Ciechanowski, dans des expériences sur dos lapins, a trouvé, pour dos • mortelle, 5 à 6..Ï milligrammes d'émétique par 100 grammes d'animal, le poison étant introduit dans l'estomac. L"- lapins supportent a—>.-z bien les doses faibles journellement administrées,

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Parmi tes anlimoniaux autres que rémétique, lels que le kermès, Le trisulfure d'antimoine, etc., les uns -ont des substances insolubles donl 1 ; i transformation ne se fail que difficilemenl dans le tube digestif, el <|ui ae sont dune guère aptes à produire des intoxications aiguës. Il es! vraisemblable que nombre des empoisonnements jadis attribués aux antimoniaux

par tes détracteurs de ces média uts, doivenl être attribués à l'arsenic que

contenaient de- produits insuffisamment purifiés. — Les accidents que peul causer le chlorure d'antimoine sont surtout de l'ordre de ceux que déterminent les agents caustiques > n général.

Localisation, élimination de l'antimoine, — L'antimoine esl éliminé par l'urine, pas toujours très rapidement ; Millon et Laveran ont constaté une sorte d'intermittence dans l'élimination par le rein, chez des malades i|iii avaient pris lu centigrammes, et même jusqu'à 30 centigrammes d'émétique. La recherche «lu poison dans l'urine ne doit donc jamais être négligée; mais cependant l'absence d'antimoine dans ce liquide ne permettrait pas de conclure «[""il n'y a pas eu de composé antimonial ingéré. D'après Flandin et Danger, le foie localise de grandes quantités d'antimoine, et c'est surtout dans cet organe qu'il convient de rechercher le métal toxique. On le trouve aussi dans la rate et dans les reins; les poumons n'en contiennent que des traces sauf dans l'empoisonnement par l'hydrogène antimonié . Bien entendu, l'étude des déjections alvines ou stomacales, du contenu de l'estomac et de l'intestin est toujours très nécessaire, el c'est surtout dans les vomissements que l'on retrouvera la plus grande partie du poison.

Rappelons encore, à propos de la localisation, les expériences suivantes de Millon et Laveran, sur les animaux : chez un chien qui a absorbé en dix jour- des aliments contenant on tout '.5 grammes d'émétique, on a trouvé l'antimoine dan- le foie, l'intestin, les muscles, le cerveau; chez un autre chien traité de la même manière, on a trouvé l'antimoine dans les os; chez un troisième chien qui avait pris 3 grammes d'émétique en dix jours et qui fut sacrifié trois mois el demi après, l'antimoine >'était localisé dans la graisse, au moins en grande partie.

Dans ces expériences, comme dan- la plupart des études sur la localisation des poisons, leschiffres précis font défaut : et il en est forcément ainsi dès qu'on s'adresse à un poison un peu actif': les animaux non peuvent supporter de grandes quantités, el lés doses à retrouver dans les organes sont trop petites pour être appréciées exactement à la balance; non- ver-

par exemple le cinquième ou lesixièmede lit <\"-<- mortelle; ils peuvent i - - ilnsi de

quatre u sept semaines et finissent par absorber une il"-'- 'li\ t"i? plu:- élevée que la '1"-.'

telle. 'Travaux du Laboratoire de Toxicologie. Ann. d'Hygiène (3), t. XL. p. 128.)

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