CHAPITRE VIII
l'I.O.MIi
Les empoisonnements criminels par le plomb sont rares; de même que les empoisonnements accidentels de forme aiguë. Au contraire l'intoxication lente, connue sous le nom de saturnisme, est e.xtrêmemenl répandue el frappe un nombre considérable d'individus. L'étude du plomb el de sa toxicité est dune une question qui intéresse surtout L'hygiéniste. — U esl assez rare que l'on ail à rechercher le plomb dans les viscères; mais les analyses ayant pour but de caractériser ce métal dans les boissons, dans Les matières alimentaires, dans Les objets qui servent à les préparer ou à les conserver, etc., sont des opérations très fréquentes.
Modes d'intoxication par le plomb. — Les modes d'intoxication par le plomb sont des plus variés. Ce métal esl en effel très répandu, el ses usages, soit à L'étal métallique, soil sous forme de sels, sonl innombrables : par exemple, le plomb métallique est employé pour les canalisations de sçaz, d'eau potable; dans I industrie de 1 acide sulfurique, pu m- la construction des chambres de plomb; il entre dans la composition des caractères d'imprimerie, des alliages pour la soudure, pour la fabrication du fer-blanc, pour celle de vases divers destinés à contenir et à mesurer dos Liquides alimentaires; les papiers dits papiers d'étain, destinés à envelopper des matières alimentaires, contiennent du plomb, etc. Beaucoup de composés plombiques sonl employésen médecine, par exemple la Litharge, l'acétate, le sous-acétate de plomb extrait de saturne, eau de Goulard . L'iodure de plomb, l'emplâtre simple savon de plomb : dans L'industrie, les composés plombiques ont aussi de nombreuses applications : Le carbonate de plomb ou céruse esl la plus importante des couleurs utilisées dans la peinture en bâtiments, bien qu'on tende aujourd'hui à lui substituer d'autres couleurs blanches moins dangereuses; le chromate de plomb esl aussi employé en peinture; Le minium esl utilisé en verrerie, pour la fabrication des mastics, et< .
Tous les ouvriers occupés à la fabrication et au maniement du plombe!
de ses composés sont, à dos degrés divers, sujets à l'empoisonnement chronique, au saturnisme. — En dehors de ces causes d'intoxication professionnelle, il est une foule de circonstances dans lesquelles l'homme esl exposé à absorber de petites quantités de composés plombiques, qui, à la longue, finissent par déterminer des accidents graves. A. Gautier, dans son livre sur le Plomb et le Cuiore au point de eue de Phygiène1, a signalé un grand nombre de ces causes accidentelles d'empoisonnemenl plombique; nous rappellerons les principales.
Au nombre des aliments qui contiennent quelquefois du plomb, il faut
citer d'abord la farine et le pain. La farine peul renfermer de la cérusi
duplinnl) provenanl du bouchage des trous dans les meules qui ont servi à écraser les grains. Parmi les épidémies saturnines célèbres durs à cette cause, citons celle de Saint-t reorges-sur-Eure, en 1 865, où il y eut environ 350 malades el plus de 15 morts; celles de Laval, d'Albi, de Clermontl'Hérault ».
On a observé plusieurs fois à Paris des accidents saturnins par suite de la consommation de pains cuits dans des fours qui avaient été chauffés a\ ride-, bois de démolition couverts de peinture à la céruse.
Plomb dans [eau potable. ■ — La présence du plomb dans l'eau potable esl due au séjour de l'eau dans des résen oirs de plomb, dans des poteries vernissées au plomb; au passage de l'eau dans les tuyaux de plomb; on trouve le métal toxique dans les eaux de pluie recueillies dans des citernes après écoulemeni sur fies toitures de plomb, etc.
La question du danger que présente l'emploi du plomb pour amener ou conserver les eaux potables n'est pas nouvelle; Galien a signalé les inconvénients des tuyaux de plomb; Vitruve en condamne l'usage el l'ail ressortir les dangers du dépôt plombifère qui se forme à l'intérieur d< s
tuyaux. Le plomb n'a été que rarement utilisé chez les anciens pour l'adduction et la conservation des eaux potables.
Ou sait que l'eau attaque le plomb avec plus ou moins de facilité,. selon qu'elle est plus ou moins pure. — Lorsqu'on introduit dans un flacon rempli d'eau distillée des lames de plomb bien propres, on voit se former au bout de peu de temps un trouble blanchâtre d'hydrate d'oxyde de plomb ; une partie notable de ce précipité entre en dissolution. Si l'eau distillée, outre l'air dissous, contient aussi de l'acide carbonique, il se produit, en
1 Le cuivre et le plomb dans l'alimentation et l'industrie au point île vue de l'hygiène. Paris, Baillière, 18S3.
!Nous avons donné, M. Bertrand el moi, la relation d'une épidémie saturai bservée
an\ environs de Roanne, et causée par des farines : un examen attentif nous a fait reconnaître à cette épidémie une cause assez imprévue : la présence du plomb dans les farines était due ii l'emploi d'une chaîne de godets en tôle plombée, servant a élever la farine d'un étage à l'autre, dans le moulin. Cette épidémie atteignit plus de 100 personnes. (Ann. d'hyg. et de méd. lérjale 3-, t. XIX, p. 68.)
I II \ I 1 1 : DE CHIMIE I OXIl OLOGIQUE
même temps que l'hydrate d'oxyde, du carbonate basique de plomb. L'eau de pluie attaque le plomb avec rapidité, d'où le danger du séjour de cette eau dan- les citernes garnies de plomb. Les eaux potables agissent de diverses manières selon la nature des éléments qu'elles renferment, et ce ne sont pas les eaux les plus pures qui sonl les moins dangereuses ;'i ce point de vue spécial. Ainsi, d'après Gautier, de l'eau de Seine mise en contael avec du plomb, a pris n-'.l demétal par litre, et <le l'eau de la Vanne cinquante fois davantage. La présence de sels calcaires abondants diminue notablement l'attaque du plomb; il se forme dans les tuyaux un enduit protecteur; cependant la dissolution a toujours lieu plus ou moins. — I. action de l'air facilite l'oxydation et la formation <le composés plombiques dont une partie passe en dissolution. L'attaque des toitures «h- plomb mouillées par la pluie, au contact de l'air et de l'acide carbonique, est assez rapide : les enduits blanchâtres « ] * ■ ï se forment par la dessiccation, se détachent et entrent ensuite en dissolution partielle. Beaucoup de matières organiques, sucre, alcool, urée, etc., semblent empêcher l'attaque du plomb par l'eau.
Pappenheim a étudié en détail l'action de certains sels dissous dans l'eau . sur le plomb neuf, et a cherché les raisons pour lesquelles différents auteurs sont en désaccord à ce sujet : en somme, ces actions sont très variables, car l'eau est un mélange complexe, et les réactions étudiées pour tel ou tel sel peuvent se trouver modifiées par suite de la présence simultanée de tel autre sel. même en petite quantité
En résumé, on doit considérer comme toujours plus ou moins dangereux l'usage des conduites ou des réservoirs en plomb pour les eaux potables : ■ i s'il est absolument nécessaire d'employer le plomb à de tels usages, le mieux est. pour -av.iir à quels risqueson s'expose, de procéder à des expériences directes, et de déterminer par l'analyse dans quelles proportions l'eau étudiée peut dissoudre le métal toxique.
Les différents artifices proposés pour remédier aux ii nvénients très
réels des conduites de plomb, enduits de caoutchouc, de gutta, étamage "ii sulfurât ion intérieure, n'ont qu'une efficacité douteuse. Dans le- canalisations d'eaux potables, on tend de plus en plus à remplacer le plomb par les tuyaux de fonte; cependant pour les petits branchements l'usage du plomb demeure à peu près indispensable : d'ailleurs le danger n'est vraiment grand que si l'on absorbe des eaux ayant été' en contact prolongé avec le plomb eaux dan-, le- canalisations qui n'ont pas été ouvertes depuis longtemps . On ne trouve guère de plomb dan- les eaux qui circulent régulièrement et constamment dan- les tuyaux. Consulter : Pappenheim, Die bleieren Uslensilien fur das Hausgebrauchwasser. Berlin, lNtiK;
— Reinvillier, Empoisonnement des eaux potable* par le plomb. Paris. 1870; — Meier, Chemical News, t. XXV, p. 229; — Gautier, Le Cuivre et le Plomb; — Th. Olivier ,Lead Poisoning, Edinburg and London, L891,etc. Plomb dans les aliments. — Beaucoup d'aliments peuvenl contenir habituellement ou accidentellement de petites quantités de plomb. — On en trouve flans le vin qui a séjourné dans des bouteilles où sent restés quelques-uns des grains de plomb employés pour le rinçage; des accidents dus à 1a même cause se son) produits avec d'autres liquides, bière, cidre, vinaigre. Lecontaci du plomb sera d'autant plus dangereux que le liquide est plus acide vinaigre, altération des alliages plombifères servant à la fermeture des siphons d'eaux gazeuses artificielles, etc. . Le séjour des liquides acides dans les poteries \ ernissées avec des ('-maux plombifères esl également une source d'empoisonnements assez fréquents.
En Angleterre, où l'usage de boissons alcooliques fabriquées dans les ménages avec des fruits divers rhubarbes, prunes, prunelles, groseilles qu'on laisse fermenter avec du sucre et de la levure, est très répandu; on a observé de nombreux cas d'empoisonnement saturnin à la suite de l'ingestion répétée de semblables liquides préparés dans des terrines vernissées au plomb: Campbell, par exemple, en a décrit 17 cas graves à Calne, en octobre 1866.
L'addition de litharge au vin est une pratique déjà ancienne, qui a pour but de combattre l'acidité du vin : la neutralisation par la litharge donne naissance a l'acétate de plnmb. dont la saveur sucrée contribue à masquer le mauvais goût du liquide. Dés le xv" siècle, cette falsification éminemment dangereuse était sévèrement prohibée en Allemagne. La Colique du Poitou, maladie endémique observée à partir de 1572, et qui dura soixante ou snixante-dix ans. a été attribuée, en ces derniers temps, à l'usage de vins falsiliés par ie plomb.
Les grains de plnmb de chasse existant dans le gibier mis à mariner dans des liquides acides onl causé quelques accidents.
Les étamages, qui autrefois surtout n'étaienl pas constitués de l'étain pur. onl été une source très fréquente d'intoxications saturnines.
Le passage du plomb dans les aliments conservés en présence d'étamages plombiqnes, sardines, homards, conserves de viandes, esl un fait très certain. Ainsi Gautier a trouvé les quantités suivantes de plomb dans diverses conserves alimentaires :
F'iomb par kilogramme de substance, eu milligrammes.
Petit? pois reverdis au cuivre
Haricots verts reverdis î
Sardines à l'huile ,
Sardines ii l'huile 39
Maquereaux à l'huile 4'.i
Fiomb par kilograma substance, l-ii milligrammes.
Thon à l'huile 30
Saumon conservé 30
Foie gras 11,8
Homard 27
lirs viandes de bœuflivrées au ministère do la marine en 1880 contenaient, d'après les analyses de Schtitzenberger et Boutmy. jusqu'à i- . 58 » 1 < - [il<.>iiit> par kilogramme de matière alimentaire.
On exige à présent L'emploi, pour souder les Imites de conserves, d'un ctain pur contenant au moins 99 p. 100 d'étain); de plus. 1rs étamages de la boite elle-même doivent être faits à l'étain tin. — Un procédé nouveau de fermeture a été étudié récemment : il consiste à fermer les In. îles pur des sortes d'agrafes, tout en maintenant l'occlusion complète à l'aide d'une bague de caoutchouc : malheureusement on a employé pour ce! objet du caoutchouc qui renfermait du plomb en grande quantité1: le sertissage de boites ainsi construites ne doil pas être toléré. (Dubrisay. liée, des trav. du Com. Cons. d'Hyg.. t. XXIV, p. 73.)
L'emploi de papier- plombifères pour envelopper les substances alimentaires, conserves, fruits, fromages, bonbons, etc., adonnélieu à de nombreux accidents : les papiers, dits papiers d'étain, que l'on fabrique pour ces usages, contiennent du plomb en grande quantité : on en a trouvé jusqu'à 90 p. 1001. — En dehors des papier- d'étain laminés, on emploie souvent dans le commerce des papiers d'emballage teints a\ ec des couleurs au plomb, notamment avec le ehromate.
On a signalé des empoisonnements par des pâtisseries, brioches, etc.,
additi lées de ehromate de plomb dans le but de donner à la pâte une
coloration jat Galippe. Bull, de /'.4c. de méd. , décembre 1879 . — Des
accidents ont été causés par l'emploi de pains à cacheter colorés en rouge .Marguerite, iïev. d'hygiène, I. p. 880 .
Beaucoup de toiles cirées son! recouvertes de vernis extrêmement riches en plomb.
Les teintures employées pour noircir les cheveux sont lié- souvent plombifères el ont amené d'assez nombreux accidents-.
' Voy. JaiUard et Accollas, Rev. de méd. militaire, 1*77 : Empoisonnements par des - d Roquefort enveloppés dans des feuilles de papier d'étain contenant 85 p. 10 plomb.
\ oici, d'après le Laboratoire municipal, l'analyse de quelques-uns de ces produits usités ■ ii France :
Eau de Caslille : acétate de plomb, 16,67 ; hyposulfite de soude, 101,60; — Eau des oxyde de plomb, 2,13 : hyposulfite de soude, 54,56 : glycérine, 13,51 : ammoniaque, 3,90 ; eau, 925,89 : — Kuancine": extrait sec à loo». 322,1 : glycérine, 300; oxyde de plomb
La poudre de riz est quelquefois falsifiée avec de la céruse.
Les poussières ou écailles détachées des peintures à la céruse sont une cause fréquente d'introduction du plomb dans l'économie.
Des épidémies d'intoxication saturnine ont été à plusieurs reprises observées sur des navires de guerre; souvent méconnus, attribués à des causes diverses, à des origines miasmatiques, ces accidents se produisaient spécialement sur les navires français, pendant les croisières dans les pays chauds '.
Un grand nombre d'empoisonnements accidentels ont été causés par l'emploi de médicaments à base de plomb, tels que, par exemple, l'acétate et le sous-acétate de plomb, les pommades à l'iodure ou à l'acétate, le savon de plomb ou emplâtre simple, etc.
Empoisonnement saturnin //ans l'industrie. — Des industries très diverses paient un lourd tribut à l'empoisonnement plombique. Parmi les plus frappés, il faut citer d'abord les ouvriers employés à la fabrication de la céruse, industrie éminemment meurtrière, mais à des degrés différents, selon le mode de fabrication :
Dans l'un des procédés, la réaction employée, consistant à faire a,i;ir le gaz acide carbonique sur le sous-acétate de plomb, n'expose guère l'ouvrier au contact des poussières toxiques : il n'en est pas de même dans le second procédé, dit procédé hollandais, où l'on attaque le plomb sous forme de lames roulées, placées dans des pots de grès vernissé qui contiennent du vinaigre ou de l'acide pyroligneux: ces pots sont disposés dans des couches de fumier destinées à dégager de la chaleur par suite de la fermentation, et à fournir de l'acide carbonique, qui transforme l'acétate formé en carbonate : l'opération dangereuse est le décapage de la lame de plomb et la séparation de la couche adhérente de céruse: manipulations pouvant elre. avec des précautions assez simples, rendues beaucoup moins funestes: par exemple on peut effectuer le décapage sur les lames préalablement mouillées : les autres opérations, broyage, séchage, tamisage, présentent, selon les procédés mis en œuvre, des dangers divers auxquels il est possible de remédier en partie, en pratiquant les broyages dans l'eau, en séchant et en tamisant dans des appareils métalliques parfaitement clos. Mais il s'en faut
byposulfite de sonde : — £"«» 4Wen: extrait a 100». 913..',:. : glycérine-, 298, oxyde de plomb, 16,41, etc. A défaut de plomb, d'autres teintures renferment divers métaux toxiques, cuivre, mercure, argent.
1 • Quand on s-.t it combien de plomb entre dan- la construction des navires de guerre français, on ne doil pas s'étonner d'observer les coliques de plomb plus fréquemment ■ •liez les matelots français que ■lie/ ceux des autres pays : soit dans les réservoirs pour contenir l'eau, soit dans les tonneaux pour la transporter, suit dans les revêtements du navire >"u> forme de mastic ou de peinture, -"il dans le vernis habituellement plombifère qui recouvre le- vases servant a la boisson ou a la cuisine, ce métal est plus abondamment distribué dans les navires français que dans ceux des autres pays (Oliver. l.ead poisoning, [■■
que ces précautions soient prises dans toutes les usines: on cite à cel égard des différences surprenantes: dans telle usine, 4 à 5 ouvriers sur 100 entrent a l'hôpital dans le courant d'une année pour accidents saturnins; dans telle autre, ldll ouvriers fournissent dans une année plus de 400 entrées à l'hôpital pour les mêmes motifs.
Mais le procédé radical pour supprimer les accidents saturnins si nombreux el si graves chez les cérusiers, plus nombreux encore chez les peintres, consisterait à supprimer l'emploi de la céruse el à la remplacer par une couleur inoffensive : c'est ce qu'on tend à faire, depuis bien des années déjà, par la substitution au carbonate de plomb de peintures à base d oxyde de zinc, dont l'usage se répand de plus en plus, malgré les obstacles apportées par la routine ; le blanc de zinc a de plus l'avantage de ne pa> noircir sous l'influence des vapeurs suif hydriques.
Parmi les autres succédanés delà céruse. on a préconisé dans ces derniers' temps l'emploi du sulfate de plomb, qui présente un certain intérêt : la fabrication peut en être réalisée par des procèdes simples et qui mettent les ouvriers absolument à l'abri de toute poussière plombique '. On a d'ailleurs voulu présenter le sulfate de plomb comme non toxique parce qu'il est à peu lires complètement insoluble dans l'eau; mais de même que la céruse, composé insoluble, se transforme facilement dans l'économie en produits solubles, de même le sulfate de plomb se dissout très notablement dans les liquides de l'estomac, ainsi que nous l'avons observé dans des expériences inédites2; en sorte que l'absorption continue de petites quantités de sulfate plombique ne serait sans doute pas beaucoup moins nuisible que celle de petites quantités de céruse. C'est ce qu'ont montré les expériences que nous avons pratiquées sur des animaux.
Le sulfate de plomb aurait, industriellement, l'avantage d'être moins altérable que la céruse.
' Dans les procédés mis en œuvre par la Société • The trench and american White i i ! y'ndicate », a Glasgow, on traite directemenl le minerai de plomb par oxydation, au moyen de l'air, en présence du coke ù haute température: le sulfure se transforme en sulfate : les poussières de sulfate entraînées sont recueillies ilans un condenseur spécial, lavées ù l'acide sulfuriquc dilué, séchées, etc., les opérations sonl faites, suit sous t'eau, soil dans des appareils disposés de telle sorte qu'aucune poussière ne puisse se répandre dans l'atmosphère.
- Voici les poids de sulfate de plomb crue dissolvent 100 grammes des liquides suivants :
Eau distillée 0.004
Eau salée à 1 p. 100 0.011
Eau salée à 5 p. 100 0.108
Acide chlorhydrique à I p. 100 IU7.S
Solution de pepsine à à (j. IuO avec 0.1 p. 100 d'acide
chlorhydrique 0.017
Nous avons reconnu, du reste, que l'étal physique du sulfate de plomb influe beaucoup >ui ces solubilités P. Brouardel etJ. Ogiei
La fabrication du minium est aussi malsaine que celle de la céruse.
L'empoisoi menl plombique ne paraîi pas très fréquent chez les
mineurs qui travaillent les minerais de plomb ; quelques accidents ont été signalés chez ceux qui s'occupent de la fusion des minerais, dégageanl à haute température des fumées nocives. L'empoisonnement plombique a été observé sur du bétail paissant aux environs d'usines de traitement de minerais de plomb : Freytaga trouvé 0,0027 p. 100 de plomb dans le foin de prairies voisines des forges d Altenau.
Ce sont les peintres en bâtiment qui fournissent le plus fort contingent d'intoxications saturnines; surtout en raison du très grand nombre de ces ouvriers, car le métier de cérusier est infiniment plus dangereux que celui de peintre.
On peut, dit Gautier, dans un relevé datant de 1881, compter 2 malades sur 120 ouvriers peintres, et 2 malades sur un ouvrier cérusier. Mais il y a à Paris plus de 14 000 peintres nu broyeurs, tandis qu'il n'y a guère que 120 cérusiers dans le département de la Seine.
Dans k' Traite d'hygiène indus trietie-tle N'apias, HH professions ont été relevées comme pouvant entraîner l'empoisonnement saturnin. J'en citerai encore quelques-unes, mitre celles dont il a été déjà question.
Allineurs (coupellalion, vapeurs toxiques).
Apprèteurs d'appareils à gaz (poussières détachées des tuyaux de plomb).
Blanchisseurs (maniement du linge des ouvriers cérusiers el autres).
Broyeurs de couleurs.
Chauffeurs et mécaniciens (maniement du mastic au minium, à la litharge).
Couturières, dentellières, dessinateurs en broderie ' maniement de fils chargés de couleurs plombifères, saupoudrage au blanc de plomb).
Doreurs (enduits plombifères, grattage, ponçage).
Ébénistes.
Empaqueteurs de thé, tabac, chocolat, etc. (maniement de feuilles d'étain plombifères).
Étameurs.
Fabricants d'allumettes (emploi de l'oxyde puce de plomb).
Fabricants de cuirs vernis, de toiles cirées (vernis plombifère, étalage, ponçage).
Fabricants de cartes glacées, de papiers moirés, etc.
Fabricants de mèches à briquets (au chromate de plomb).
Fabricants de céruse, litharge, minium, acétate de plomb.
Fabricants de plomb de chasse.
Ferblantiers, plombiers, fabricants de tôle plombée.
364 TRAITÉ l>K CHIMIE TOXICOLOGIQUE
Fondeurs de caractères d'imprimerie poussière toxique pendant l'ébarbage, le polissage des caractères
Fabricants de strass taillage du silicate de plomb .
Guimpières maniement de Bis il ton chargés au chromate).
Imprimeurs (caractères d'imprimerie, contenant du plomb ; poussières; habitude de tenir les caractères à la bouche : nettoyage «les casses).
Lamineurs en plomb
Menuisiers (rabotage de vieux bois peints à la céruse).
Orfèvres, bijoutiers coupellation).
Ouvriers en glaces (polissage à la potée d'étain '.
Parfumeurs (fards, cosmétiques, eaux à base de plomb).
Potiers d'étain, potiers, porcelainiers
Teinturiers (maniement de divers sels de plomb pour mordants, ou t <• intuiv. chromate de plomb, etc .
Verriers.
Vitriers mastic, grattage de bois peints à la céruse .
Cet exposé fort incomplet des modes d'intoxication par les composés
plombiques suffit pour n trer combien nombreuses sont les causes qui
concourent à taire pénétrer le métal toxique, sous les formes les plus diverses, dans l'organisme humain. L'empoisonnement saturnin nous menace pour ainsi dire constamment.
Mais, ainsi que nous l'avons dit au début, si l'importance du plomb est grande au point de vue de l'hygiène, elle l'est beaucoup moins en toxicologie proprement dite. L'empoisonnement criminel est fort rare, pour cette raison que les sels de plomb, pris à dose massive, en une seule fois, n'ont pas une toxicité bien grande. 11 \ a eu quelques suicides ou tentatives de suicide par les composés plombiques, surtout l'acétate et le sous-acétate : en somme, les expertises judiciaires sur des cadavres d'individus empoisonnés par le plomb sont peu fréquentes.
Doses toxiques. Symptômes et lésions. — L'empois icmenl aigu n'est
provoqué que par des doses considérables de sels de plomb : on a \ u des adulte- résistera l'ingestion de 25 à 30 grammes d'acétate de plomb.
Taylor rapporte, d'après Bancks, un cas dans lequel S00 personnes environ furent empoisonnées par des pains fabriqués avec de la farine où s'était mêlé accidentellement de l'acétate de plomb en poudre (30 livres pour su sacs : des accident- très graves furent constatés, mais il n'y eut pas
' La substitution partielle de l'acide métastannique a la potée d'étain ordinaire (qui
contenait 62 p. 100 de plomb), pour le polissage du cristal, permel de l'aire disparaître
urnisme chez les ouvriers tailleurs de cristal. [Guéroult, Comptes mu/us. t. CXXV,
PLOMB 3Ôo
de décès. Dans certains cas des doses assez faibles ont cependant amené la mort : Bergeron etLhole (Journal de Pharmacie et de Chimie, t. XX, p. 109. 4 e série) ont cité un empoisonnement de 26 personnes, dû à une saumure servant à conserver du beurre, saumure qui renfermait de i-y ,3 à 7?l' ,o d'acétate de plomb par litre (sous forme de chlorure) : deux personnes succombèrent; les doses contenues i In as le beurre lui-même ne pouvaient être bien grandes. Dans un cas cité par MM. Aigre el Planchon, deux cuillerées d'eau blanche onteausé la mort d'un jeune enfant Ann. d'/Ii/g.. XXIV. p. 444).
D'après Tardieu, il faudrait 3U à 00 grammes d'acétate de plomb pour provoquer la mort d'un adulte.
Dans l'empoisonnement aigu, les symptômes sont les suivants : l'ingestion d'un sel de plomb soluble qui est en général l'acétate, ou l'acétate basique extrait de Saturne . produit une saveur d'abord sucrée, puis stvpliipie et désagréable; un peu plus tard, constriction de la gorge et sensation de brûlure dans la bouche, l'œsophage el l'estomac. Les vomissements sont fréquemment observés, mais non pas toujours; les matières vomies
présentent d'ordinaire i couleur blanchâtre par suite de la précipitation
dans l'estomac du sel soluble qui se transforn n chlorure peu soluble,
ou en d'autres combinaisons plus complexes albuminates, chloro-albuminates . On observe ensuite des coliques violentes avec diarrhée el selles noires par suite de la formation du sulfure de plomb dans l'intestin.
A mesure que l'absorption du poison s'effectue, ce qui n'a pas lieu très vite, on constate le ralentissement progressif de la circulation, la faiblesse du pouls, la pâleur, le refroidissement el la paralysie des extrémités. La morl est souvent précédée de convulsions épileptiformes : elle ne survient en général qu'après trente-six heures au moins. — Lorsque l'issue n'est pas fatale, on observe, pendant ui\ temps plus ou moins long, des troubles digestifs, de l'hébétude, et plusieurs des symptômes de l'empoisonnement chronique.
Les lésions constatées à l'autopsie ne sont pas caractéristiques : l'examen du contenu de l'estomac et de l'intestin est important ; on pourra le plus souvent isoler des quantités notables de sels de plomb transformés en chlorure ou albuminate de plomb, sous forme de grains blanchâtres. La muqueuse stomacale est injectée. Le liséré saturnin des gencives n'esl pas constant dans l'empoisonnemenl aigu. — On retrouve le plomb li.xé dans les divers \ iscères : foie, reins, cerveau, el aussi dans le tissu osseux : les doses localisées dans le cerveau sont d'ordinaire assez considérables.
L empoisonnement chronique esl produit par des doses qiii ne sauraient être précisées, mais qui sont assurément for! petites. Les premiers symptômes sont la fétidité de l'haleine, l'inflammation des gencives et la produc-
tion, sur celles-ci, au bord des dents, d'un liséré de couleur ardoisée, que l'on prétend être du sulfure de plomb .' . Les dents paraissent allongées, par suite du retrait des gencives. Sm- Les muqueuses de la bouche
souvent des taches ardoisées. La peau prend une teinte jaunâtre, terreuse.
La colique dite saturnine, très douloureuse, est le symptôme le plus fréquemment observé, bien qu'il ne soit pas absolument constant; elle est accompagnée d'une constipation opiniâtre. Parmi les autres accidents figurent l'arthralgie saturnine, des paralysies du mouvemenl atteignant surtout les muscles des membres supérieurs déformations de la main . On remarque aussi parfois du tremblement des lèvres, de l aphonie, des troubles de la \ ue et du système nerveux.
Le pouls est faible el irrégulier; il descend jusqu'à lu ou 50 pulsations. L'urine est peu abondante : elle présente une réaction faiblement acide, el se colore en rouge brun par l'acide nitrique: elle laisse sur le linge detaches roses; les dépôts d'acide urique \ sont ab lants.
Le saturnisme est. chez la femme, une cause d'avortement : chezl'homme, il amène souvent l'impuissance.
La femme paraît plus exposée que l'homme aux accidents saturnins.
Al'autopsie des sujets qui ont succombé à une intoxication chronique, on trouve souvent des dégénérescences graisseuses des fibres musculaires du cœur; les reins présentent les lésions de la néphrite interstitielle; le cerveau est jaunâtre; les muscles, qui ont aussi une couleur particulière jaunâtre, sont comme rétractés et desséchés.
Propriétés des principaux composés plombiques. — Le plomb est un métal d'un gris bleuâtre, très mou, très malléable; sa densité est 11,37, son point de fusion, 325°; à très haute température, il se volatilise en s'oxydant.
Exposéà l'air humide, le plomb se couvre d'une couche mince d'oxyde hydraté, Pb OH -. En présence de l'acide carbonique, il se couvre d'une couche de carbonate de plomb. Nous avons indiqué plus haut l'action de l'eau distillée et des eaux potables chargées de sels minéraux divers.
11 est difficilement attaqué par l'acide chlorhydrique concentré. L'acide sulfurique le transforme en sulfate, qui reste dissous, et est précipité par addition d'eau ou d'alcool. L'acide nitrique de moyenne concentration attaque énergiquement le plomb et le transforme en nitrate. L'acide acétique, au contact de l'air, attaque le plomb lentement réaction sur laquelle est basée la fabrication de la céruse . L'hydrogène sulfuré en solution ne noircit pas le plomb métallique bien propre; mais il se forme du sulfure noir sur les parties oxydées ou carbonatées.
Leproloxyde de plomb amorphe, désigné sous le nom de massicot, e( obtenu par le chauffage du plomb au contact de-l'air, ou par la calcination du nitrate el du carbonate, esl une poudre jaune sale, qui peut fondre au rouge, et donner par refroidissement l'oxyde en paillettes rouge brique appelé litharge. Les deux protoxydes de plomb sont à peu près insolubles dans l'eau I p. dans 7000) : la solution a une réaction alcaline.
Le protoxyde hydraté, Pb(OH) -\ se forme quand on traite par les alcalis les sels plombiques solubles : c'est nue poudre blanche, très peusoluble, décomposable à + 130" en oxyde el eau. Un excès de potasse ou de -nulle redissoul le précipité. Un excès d'ammoniaque ne le redissoul pas.
La litharge et le massicot son! très employés dans l'industrie pour la fabrication des verres à base de plomb, des émaux, des huiles siccatives; en pharmacie on utilise la litharge sous forme d'emplâtre simple.
Le minium, Pb3Ol, esl un autre oxyde de plomb qui se for quand on
chauffe longtemps le plomb vers 300-400°; il peut être considéré comme une combinaison de protoxyde cl de bioxyde (plombate de protoxyde de plomb). Le minium esl presque insoluble dans l'eau. Il possède une belle couleur rouge; quand on le chauffe, il devient plus foncé : à une température élevée, il fournil du protoxyde el de l'oxygène. L'acide nitrique le ((('■connu ise et le transforme en bioxyde de plomb. PbO2, el sel de protoxyde. L acide acétique le dissout. Le minium esl employé dans l'industrie ; il en lie dans la composition des verres très réfringents, cristal. Ilint ; il est utilisé en peinture, sert à confectionner des mastics, etc.
Le bioxyde de plomb, soin eut appelé oxyde puce à cause de sa couleur brune, est insoluble dans l'eau ; mais il s'altère lentement lorsqu'on l'expose humide au contacl de l'air. Chauffé à l'air, il se transforme en protoxyde. Il a des propriétés oxydantes énergiques; par exemple il oxyde vivement, en l'absorbant, le ^iz acide sulfureux; il colore en bleu une solution d'induré de potassium, mêlée d'amidon, etc. L'acide acétique le dissoul sans décomposition ; l'acide chlorhydrique le décompose avec dégagement de chlore. C'est en raison des propriétés oxydantes de ce corps qu'on l'a employé dans la fabrication des allumettes.
Le sulfure de plomb naturel, PbS, porte le nom de galène ; le sulfure précipité par l'hydrogène sulfuré ou par le sulfhydrate, esl noir et insoluble dans les acides ('•tendus.
Le chlorure esl formé par l'action de l'acide chlorhvdrique ou des chlorures solubles sur les sels solubles de plomb. Il est lui-même un peu soluble dans l'eau I p. dans l.'ill, à froid), beaucoup plus soluble dans l'eau chaude I p. dans 30) et très soluble dans l'acide chlorhydrique.
L'iodure île plomb est obtenu par précipitation d'un sel de plomb soluble
au moyen de l iodure de potassium : c'est une poudre jaune très peu solublc (huis l'eau froide 0,08 p. dans KHI p. d'eau . un peu plus soluble dans l'eau bouillante 0,3 p. dans 100 p. d'eau : par refroidissement il sesépare de la solution chaude sous forme de paillettes cristallines d'un beau jaune d'or : au microscope ces paillettes apparaissent en hexagones ou triangles équilatéraux. L'iodure plombique précipité par l'iodure de potassium esl soluble dans un excès de réactif, soluble aussi dans la potasse.
Le sulfate de plomb esl blanc, très peu soluble dans l'eau 0,009 dans
loi) d'eau . encore moins soluble dans l'ai I. un peu soluble dans l'acide
sulfurique dilué; soluble dans la potasse el dans le tartrate d'ammoniaque. 11 noircit par l'hydrogène sulfuré, et jaunit en présence de l'iodure de potassium par suite de la formation d'iodure de plomb.
Le carbonate de plomb est- une poudre blanche, insoluble dans l'eau, soluble dans les acides ; le carbonate de plomb commercial, ou céiiise, a i h généra] la formule '2 PbO *:. l'b Oll \ Par la chaleur, le carbonate de plomb perd de l'acide carbonique on obtienl ainsi la mine orange : il noircil sous l'influence de l'hydrogène sulfuré.
Le nitrate de plomb PbAz!Os esi un sel bien cristallisé en octaèdres réguliers, solubles dans l'eau 18 p. dans Uni p. d'eau à -f- lu .
U acétate de plomb. ('.'11(1- -. 2Pb -f- 3Aq, esl désigné aussi sous le iiinii de sucre de Saturne ou sel de Saturne; il esl obtenu par l'action de la litharge sur l'acide acétique; il cristallise en prismes rhomboïdaux obliques, incolores, efflorescents ; 100 p. d'eau dissolvenl 66 p. d'acétate de plomb, à froid, el 200 p. à 11)0°. 11 es! également soluble dans l'alcool.
L'acétate de plomb forme divers sels basiques : le sous-acétate de plomb liquide, acétate basique de plomb, extrait, de Saturne obtenu par l'action de la litharge sur l'acétate de plomb, esl un mélange de plusieurs sels basiques, el contient surtout de l'acétate tribasique.
Le chromate de plomb, belle matière jaune employée en peinture, esl obtenu par précipitation d'un sel de plomb soluble au moyen d'un chromate alcalin. Le jaune de chrome. CrO\Pb, est de nuances \ ariables selon les conditions de sa préparation; il est insoluble dans l'eau, soluble dans l'acide nitrique, dans la potasse. Le chromate basique, CrOsPbs, constitue le rouge de chrome.
Caractères des ski. s de plomb. — Les réactions qui serviront le plus souvent à reconnaître les sels de plomb solubles sont les suivantes :
Acide sulfurique étendu ou sulfates solubles. — Précipité blanc, soluble dans la potasse et le tartrate d'ammoniaque, noircissant par le sulfhydrate.
Acide chlorhydrique. — Précipité blanc, insoluble dans l'ammoniaque.
ne noircissant pas à la lumière ne se pî'oduil pas dans les solutions étendues).
Hydrogène sulfuré el suif hydrate. — Précipité noir, insoluble dans le sulfhydrate.
Potasse. — Précipité blanc soluble dans un excès.
Ammoniaque. — Précipité blanc d'hydrate, insoluble dans un excès.
Carbonates alcalins. — Précipité blanc.
lodure de potassium. — Précipité jaune, soluble dans un excès, soluble dans la potasse; un peu soluble à chaud dans l'eau, cristallisant par refroidissement en paillettes jaunes brillantes.
Chromate de potassium. — Précipité jaune, soluble dans la potasse.
Zinc métallique. — Précipité gris de plomb métallique.
Recherche du plomb dans les organes. — Divers procédés peuvent être employés pour rechercher le plomb dans les viscères.
Certains auteurs recommandent particulièrement la destruction des matières organiques par le chlorate de potasse et l'acide chlorhydrique ; le volume de liquide est toujours assez grand, el assez acide pour que le chlorure de [>luml> formé, bien que peu soluble, reste dissous en totalité, surtout si l'on Gltre à chaud.
Mais A. Gautier estime que pour la recherche du plomb cette méthode est impraticable, parce que les sulfates qui existent dans les organes, ou ceux qui se forment pendant le traitement par suite de l'oxydation du soufre des matières abuminoïdes, transforment les sels de plomb en sulfate insoluble. Cette objection serait grave ; mais, en réalité, le sulfate de plomb formé est assez soluble dans les liquides chlorhydriques et riches en chlorures alcalins, où se produit la réaction ; de sorte qu'il n'y a pas lieu de redouter des pertes, à moins que les quantités de plomb à retrouver ne soient très grandes.
Dans le cas où l'on craindrait d'avoir un peu de plomb à l'état insoluble mélangé aux matières non détruites restant sur le filtre, il conviendrait de sécher le mélange el de le faire déflagrer par petites portions avec la soude el le carbonate d'ammoniaque ; on obtiendrait ainsi de l'azotate ou de l'azotite de plomb, parfois aussi du plombite de soude. On dissoudrait le résidu dans l'eau el on précipiterait par l'hydrogène sulfuré, en liqueur légèrement acidulée par l'acide nitrique. Toutefois ce procédé par déflagration est peu commode et expose à des pertes par volatilisation.
La méthode de destruction recommandée par Pouchet (v. p. 2'ilJi, au moyen de l'acide nitrique, puis de l'acide sulfurique en présence <\\t bisulfate de potasse, donne de très bons résultats pour la recherche du plomb : on peu) isoler le métal par l'électrolyse en plaçant la solution acide obtenue à la lin de l'opération dans une capsule de platine reliée à l'électrode négative d'une pile, tandis que la lame de platine formant l'électrode positive
est plongée dans le liquide. Le dépôt métallique foi-nu'' sur la capsule de platine est dissous dans l'acide nitrique ; dans la liqueur, après filtra tion, s'il v a lieu, et évaporation de l'excès d'acide nitrique, on recherche les réactions du plomb. Une portion connue de celte même liqueur est consacrée au dosage.
Il faut remarquer que la précipitation électrolytique du plomb est assez lente. On vérifie facilement si elle est complète en recommençant l'électrolyse après avoir séparé le dépôt formé ; l'opération est terminée si le platine formant l'électrode négative ne se ternit plus.
Dosaiik. — Le dosage à l'état de sulfate est le procédé le plus rapide et le meilleur. Le métal est d'ordinaire en solution azotique, résultant par exemple du traitement par l'acide nitrique du précipité obtenu par l'hydrogène sulfure''; quelquefois en solution chlorhydrique ; on chasse l'excès d'acide par évaporation au bain-marie; à la solution pas trop (''tendue, on ajoute un petit excès d'acide sulfurique, puis 2 à li volumes d'alcool. Le précipité est lavé par décantation, avec de l'alcool étendu de son volume d'eau, recueilli sur un filtre qu'on dessèche ensuite ; le sulfate de plomb est
calciné' dans un creuset de porcelaine. 11 faut calciner le filtre à part, et arroser les cendres qui contiennent du plomb réduit, avec un mélange d'acide sulfurique et nitrique, puis calciner de nouveau. Ce procédé est applicable chaque fois que la solution ne contient pas d'autres matières précipitables par l'alcool. 1 partie de sulfate de plomb correspond à 0,6832 de métal.
On peut souvent avoir recours à l'électrolyse ; dans une liqueur contenant de l'acide azotique, le plomb se dépose à l'état debioxyde PbOa sur le pôle positif. La précipitation se fait mieux vers -J- (>0° à -f- 'M)° ; à ces températures on évite plus sûrement le dépôt de plomb à l'état métallique. Une fois le dépôt terminé, on ne doit pas le laisser en contact avec la solution acide qui dissoudrait un peu de bioxyde de plomb ; il convient, après avoir vérifié (par des essais sur une goutte, au moyen de l'hydrogène sulfure (pie la précipitation est complète, d'enlever le liquide avec une pipette sans interrompre le courant, de le remplacer par de l'eau, et ainsi de suite jusqu'à lavage complet ; on sépare alors l'électrode positive, lame, cône, capsule ou creuset île platine, selon les cas ; on la sèche A 100° et on la
pèse (Riche) — 1 partie de bioxyde de plomb correspond à 0,8001 de métal.
Pour doser le plomb à l'état de sulfure, on l'ait passer un courant d 'hydrogène sulfuré dans la solution faiblement aride. Le sulfure est lavé, recueilli sur un filtre; le filtre est calciné à part (creuset de porcelaine). On ajoute un peu de soufre pur et l'on chauffe au rouge sombre, dans un courant d'hydrogène, jusqu'à ce que Ton obtienne un poids constant. 1 partie de sulfure correspond à 0,8661 de plomb. — Ce procédé est en somme assez compliqué. Dans les analyses toxicologiques, la précipitation à l'état de sulfure sert plutôt comme intermédiaire, et sur le produit, transformé en azotate par l'acide nitrique on effectue ordinairement le dosage à l'état île sulfate.
Séparation. — La précipitation du plomb à l'état de sulfure permet de le séparer des métaux terreux, en l'absence d'autres métaux précipitables par l'hydrogène sulfuré. Indépendamment des procédés ordinaires de séparation, pour ces derniers métaux, on peut utiliser souvent l'électrolyse ; par exemple le cuivre et le plomb sont aisément séparables et dosables dans le même essai, le cuivre se déposant à l'état métallique sur l'électrode négative, le plomb à l'état de bioxyde de plomb sur l'électrode positive.
(Restions diverses relatives a l'empoisonnement plombique. — Plomb normal. — Quelle est la signification des résultats obtenus, lorsque l'analyse
ii démontré dans des viscères la présence de quantités appréciables de plomb ? Les empoisonnements aigus sont en général causés par des doses liés élevées : si les quantités de plomb trouvées dans le tube digestif sont assez considérables, il n'y aura pas de doute sur la réalité de l'empoisonnement. Mais la constatation de très faibles doses de plomb n'a qu'un intérêt restreint : s'il y a normalement du plomb dans nos tissus, la présence de ces très faibles doses ne prouverait même pas qu'il s'agit d'un empoisonnement chronique. On a longtemps discuté pour savoir s'il existe réellement dans l'organisme du plomb faisant partie intégrante de nos tissus : il est fort peu probable qu'il en soit ainsi. Mais d'après ce qui a été dit à propos de la multiplicité des causes qui concourent à faire pénétrer en nous de petites quantités de plomb, par les poussières, par les aliments, les boissons, etc., il ne faut pas s'étonner si l'on rencontre assez fréquemment des traces de ce métal dans les viscères d'individus qui n'ont aucunement succombé à une intoxication plombique, ni aiguë, ni chronique, et qui même n'ont éprouvé aucun symptôme de saturnisme. — Devergie, qui, comme Orfila, croyait au plomb normal, a décelé dans divers organes dc^ quantités de métal assez élevées.
Estomac d'un enfant de huit ans 0,004
Intestins d'un enfant de quatorze ans 0,025
Estomac d'une femme adulte 0,02 l
Intestin — 0.030 à 0.040
i erveau — 0 006
Legrip évalue à 0,005 la dose de plomb contenue dans 1 kilogramme de Foie; on ;\ trouvé aussi du plomb dans les organes de plusieurs animaux. Les doses peuvent varier beaucoup, précisémenl parce que la présence du plomb esl due ;'» des causes accidentelles ; aussi certains observateurs ont-ils trouvé des poids beaucoup moindres; el Rabuteaua constaté l'absence totale de plomb dans les viscères d'un enfant de vingt mois.
Ainsi donc, il conviendra, pour discuter les résultats dans le cas "ù des doses faibles de plomb auronl été isolées, de recueillir tous les renseignements possibles sur les symptômes et accidents qui ont précédé la mort ; presque toujours la marche de la maladie aura présenté des caractères assez précis pour que le médecin légiste puisse y reconnaître l'empoisonnement saturnin et pose ses conclusions en conséquence, conclusions auxquelles l'analyse chimique ne ï<iit qu'apporter une confirmation sec laire.
Recherches spéi lales du plomb dans diverses analyses. — Nous indiquerons rapidement les procédés 1rs plus convenables pour la recherche et le dosage du plomb dans quelques analyses qui se présentent fréquemment dans les expertises de chimie légale.
Eaux potables. — On évapore oiin ;'> Muni centimètres cubes d'eau,
en prése d'un peu d'acide chlorhydrique, et on réduit le volume ;'>
quelques centimètres cubes : la solution filtrée, s'ilya lieu, est traitée par l'hydrogène sulfuré. S'il ne se forme pas de précipité ou de coloration brune, • > 1 1 peut être assuré de l'absence de traces appréciables de plomb et en même temps <lc cuivre autres métaux précipitables dans les mêmes conditions . Pour des r»;ii> plus précis, "ii évapore au bain-marie, dans une caj suie de | orcelaine, un volume suffisant de l'eau à étudier, o ;'i lu litres par exemple; le résidu est dissous dans un peu d'acide nitrique ; on continue à chauffer, en ajoutant au besoin de l'acide nitrique, pour détruire les matières organiques. Si celles-ci étaient trop abondantes, on les ferait disparaître en mouillant le résidu avec une solution concentrée de nitrate d'ammoniaque, évaporant à sec et chauffant ensuite jusqu'à disparition de tout le nitrate d'ammoniaque. Le résidu final contient le plomb en grande partie ù l'état de sulfate insoluble, précipité par les sulfates alcaline-terreux qui existent dans la plupart des eaux potables. On dissout ce résidu dans
L'acide azotique étendu, on filtre, et ou cherche dans le liquide les diverses réactions du plomb, par exemple celles que produisent l'acide sulfurique, l'hydrogène sulfuré, l'iodure de potassium, le chromate de potassium. Quant au sulfate de plomb insoluble, il peut être transformé en plomb métallique par calcination avec le carbonate de soude ; on peut aussi essayer directement sur le résidu la coloration jaune par l'iodure de p itassium, etc.
Poteries. — Pour rechercher le plomb dans l'émail des poteries, Buss\ ri Wurtz ont recommandé le procédé suivant Comité consultatif d'hygiène publique, janvier 1873 :
i Faire bouillir doucement pendant une demi-heure, dans les vases suspect-, du vinaigre étendu de son volume d'eau en remplaçant le liquide à mesure qu'il s'évapore et en proportionnant son volume à la capacité du vase (50 grammes de vinaigre suffiraient pour un vase d'un demi-litre] ; laisser refroidir, filtrer et ajouter à une partie de la solution incolore de l'hydrogène sulfuré dissous dans l'eau, ou y faire passerun courant dece gai. La présence du plomb sera décelée par un précipité noir ou au moins par une coloration brune. Dans une autre partie, l'iodure de potassium produira un précipité jaune d'iodure de plomb. »
Ebermayer conseille de laisser pendant douze heures, dans les vases à étudier, un mélange de I volume de vinaigre ordinaire avec i volumes d'eau ; additionner de 50 grammes de sel marin par litre ; puis de traiter par le sulfhydrate d'ammoniaque, etc. (DiugL poli/f. Joum.. t. CCXXlll. p. 98.
Un peut au— i gratter et détacher un peu d ■ l'ém ul avec un ■ p »inte de fer, chauffer les parcelles ainsi obtenues avec de l'acide aitrique et évaporer ;'i sec : "ii reprend par l'eau et dans la solution on ch irch ■ le plomb par l'hydrogène sulfuré et par l'iodure de potassium.
Etamages, poterie (F é tain. — ■ Voici comm anl on procède, au Laboratoire municipal, pour la recherche et le dosage rapide du plomb dan- les etamages, soudures des boites de conserve, etc. :
On attaque 2",o de l'alliage préalablement laminé par une quinzaine de centimètres cubes d'acide nitrique pur, dans une fiole jaugée de 250 centimètres cubes ; on chasse les vapeurs nitreuses par l'ébullition, et après avoir ajouté environ 40 centimètres cubes d'une solution très concentrée d'acétate de soude, on étend à 250 centimètres cubes et on laisse déposer l'acide stannique et antimonique s'il y en a). — On prélève 100 centimètres cubes de la liqueur claire surnageante : ces 100 centimètres cubes contiennent les métaux de 1 gramme d'alliage, moins l'étain. On y ajoute 10 centimètres cubes d'une liqueur titrée de bichromate de potasse (7sr, 13 par litre) : i centimètre cube de cette liqueur précipite à l'état de chromate de plomb
I centigramme de plomb. Quand celui-ci s'est déposé, on y ajoute dix nouveaux centimètres cubes de bichromate, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il y ait un excès de bichromate, c'est-à-dire jusqu'au moment où la liqueur surnageante devient jaune. — Le cliromate de plomb est alors séparé par til dation : pour doser le bichromate de potasse en excès, on se sert d'une liqueur contenant environ 57 grammes de sulfate de fer ammoniacal et 25 grammes d'acide sulfurique par litre. Cette liqueur étant sujette à s'altérer, il convient d'en prendre fréquemment le titre par rapport à la solution titrée de bichromate. — La solution ferreuse est versée goutte à goutte jusqu'à ce qu'une goutte d'essai, posée sur une plaque de porcelaine et traitée par une goutte de ferrocyanure de potassium très dilué, donne une coloration verte, puis bleue : c'est l'indice que le bichromate en excès est complètement réduit.
Pour un dosage plus complet, on traite l'alliage par l'acide chlorhydrique à une douce chaleur, ce qui dissout en même temps l'étain, le plomb et le cuivre, s'il yen a. On précipite le tout par l'hydrogène sulfuré. Le précipité recueilli sur un filtre est lavé avec une quantité' modérée d'eau distillée : on le traite par le sulfhydrate d'ammoniaque qui dissout le sulfure d'étain. Les sulfures de cuivre et de plomb restent sur le filtre; on les transforme en sulfates ; on traite par l'eau pour enlever le sulfate de cuivre soluble ; — le cuivre peut être dosé dans la solution ; — le sulfate de plomb insoluble est calciné au rouge sombre et pesé. — L'étain, dans la solution par le suifhydrate, est transformé en acide stannique et dosé sous cette forme.
Lilliarr/e dans lesvins. — L'addition de la Litharge aux vins, dans le bol de combattre l'acescence, esi une pratique qui doit être poursuivie avec la dernière rigueur. La recherche de la litharge dans le vin n'offre pas de difficulté'. 11 suffit de traiter par l'hydrogène sulfuré le vin préalablement décoloré par le noir animal. On recueille le sulfure de plomb formé, on le dissoul dans l'acide nitrique; après évaporation, on recherche le plomb par l'iodure de potassium. — Si la quantité de plomb dissoute esl très minime, on concentre un volume suffisant de \ in par évaporation ; au résidu on ajoute un peu d'acide nitrique et de l'azotate d'ammoniaque 2(1 à 30 grammes par litre . On évapore à sec, puis on calcine dans un creusel de porcelaine ; les matières organiques sonl ainsi éliminées, et la recherche du plomb se fait facilemen) mii- le résidu par les procédés connus.
11 est à noter que l'acide sulfurique ne précipite pas le plomb à l'étal de sulfate dans les vins : ce qui doii tenir à la solubilité du sulfate de plomb dans les tartrates que contiennent les vins (Storer et Dragendorff .