CHAPITRE X
Les composés mercuriels sont, pour la plupart, des toxiques violents. Cependant les statistiques n'enregistrent qu'un nombre assez restreint d'empoisonnements criminels pur les sels de mercure, probablement à cause de la sa\ cul' très désagréable de ces composés, qui en rend l'administration difficile. Parmi les empoisonneurs célèbres quionl fail usage du bichlorure de mercure, ou sublimé corrosif, il l'a 1 1 1 citer surtout la marquise de Brinvilliers et Sainte-Croix, qui paraissent s'être servis souvent d'un mélange de sublimé et d'acide arsénieux. Les intoxications mercurielles non criminelles sont fort nombreuses : le sublimé est assez souvent employé comme moyen de suicide; des accidents multiples ont été causés par l'absorption du sublimé pris pour un autre médicament, par l'emploi inconsidéré de ce même sel comme antiseptique, <>u comme désinfectant, ou même comme agent thérapeutique. Des empoisonnements mortels à forme aiguë ou subaiguë ont été constatés à la suite d'applications sur des plaies de poudres ou pommades mercurielles, de lotions nu sublimé, de cautérisations par le nitrate acide de mercure, etc. Des intoxications accidentelles sont causées quelquefois par le calomel, non toxique par lui-même, mais i|ui devient dangereux lorsqu'il se trouve dans l'estomac en présence de certains corps \ ov. |). il) i .
Les cas d'intoxication chronique professionnelle sont fréquents; on les observe chez les ouvriers qui manient le mercure métallique, pour la fabrication des thermomètres baromètres et autres instruments. L'absorption dos vapeurs mercurielles est particulièrement à redouter dans la dorure au trempé, la fabrication des glaces, et surtout dans l'extraction du mercure en métallurgie1. Le nitrate de mercure employé dans la cha-
' •• En 1756, ilil Rabuteau (Traité de Toxicologie, p. C43), -m- 516 ouvriers 'le l'usine d'Idria, 122 furenl atteints. Les animaux qui paissenl dans le voisinage d'Idria el les poissons '1'- la rivière d'Iderza devienncnl souffrants sous l'influence des vapeurs mercurielles qui -Vu dégagent.
pellerie pour L'opération du sécrétage, esl aussi d'un maniemenl dangereux1.
Le fulminate de mercure a causé quelques empoisonnements chroniques '.
Propriétés m mercure et des principaux composés mercuriels. — Le mercure métallique esl liquide à la température ordinaire ; il se solidifie g iô"; sa densité à 0" est 13,59; il bout à -f 360°. Sa tension de vapeur est très faible aux températures ordinaires; cependant on peut sons difficulté constater que le mercure émet des vapeurs sensibles, même à froid ; il suffit de suspendre à peu de distance, au-dessus d'un bain de mercure, une feuille d'or, qui peu à peu blanchi! par suite de la production d'un amalgame. Le mercure est très pou altérable à la température ordinaire ; il s'oxyde lentement et donne de l'oxyde rouge, à une température voisine de son point d'ébullition. Il n'est pas attaqué par les acides sulfurique ei chlorhydrique à froid : à chaud, il fournit, avec le premier, de l'acide sulfureux et se transforme en sulfate. L'acide nitrique le dissout facilement avec production de vapeurs nitreuses. Il esl attaqué aux températures ordinaires parle soufre, le chlore, l'iode, lise combine avec beaucoup de métaux pour donner des amalgames.
Le mercure métallique à l'état de vapeur esl un poison dangereux, agissant lentement et produisant de graves intoxications chroniques. Le mercure très divisé a aussi une action ré'lle; le l'ail est démontré par l'emploi que l'on l'ait en thérapeutique de préparations telles que l'onguent napolitain, où le mercure se trouve à un état de division extrême. Le mercure liquide, en raison de son inaltérabilité' ossez grande, peut être introduit sans grand inconvénient dans le tube digestif: ainsi, on l'a administré' à doses massives, dans le traitement des obstructions intestinales.
Oxydes de mercure. — L'oxyde mercureax, Hg-< ►, esl une poudre brunnoir produite par l'action de la potasse sur les sels mercureux. Il se décompose facilement vers 1U0° en mercure métallique *e1 oxyde mercurique.
' Los ouvriers adonnés à la fabrication des chapeaux de feutre et les chapeliers euxmêmes ont souvent des accidents d'hydrargyrisme. D'après des dosages de Finot, un chapeau de feutre contient environ 1 "2 gramme de rcure : on s'explique donc les Mangers que présente l'inhalation des poussières de feutre. — Le mercure esl retenu par le
poil, malgré 1rs lavages, par suite de la formation d'un i iposé insoluble <lc la kératine
avec l'oxyde de mercure ; un peut liltrer du nitrate de mercure étendu sur du poil : la liqueur passe exempte de mercure. (Voyez : Jungfleisch. Ann. cThyg. ci de méd. lég., t. XXVIII, p. 490.)
3 Un curieux cas d'intoxication mercurielle a été signalé chez deux personnes qui tenaient a Paris un établissement de tir très fréquenté, où l'on tirait chaque juin- 3 000 à 5 000 balles. Les vapeurs provenant de l'explosion des cartouches, pénétrant dans la chambre où couchaient ces deux personnes, ont déterminé chez elles des symptômes non douteux d'hydrargyrisme (Marie et Londe).
390 TRAITE DE CHIMIE T0XIC0L0GIQUE
U oxyde mercurique [précipité per se , précipité rouge . HgO, est une poudre jaune quand il est obtenu par précipitation des sels mercuriques au moyen de 1 ; » potasse; rouge quand il >•>! préparé par calcination de l'azotate mercurique. La chaleur décompose, vers — 100°, les deux oxydes mercuriques. Tous deux sont attaquables par les acides, et peuvent entrer facilement en combinaison; aussi ils constituent des poisons violents. L'oxyde jaune est plus actif que l'oxyde rouge. Iles! très légèrement soluble dans l'eau, à laquelle il communique une faible réaction alcaline : l'eau agitée avec île l'oxyde de mercure a des propriétés antiseptiques réelles '.
L'oxyde rouge de mercure est employé en médecine dans le traitement de certaines plaies: il entre dans la composition de plusieurs | imades.
Sulfures de mercure. — Le sulfure de mercure, Hg2S, est un corps in— table qui se forme lorsqu'on précipite par l'hydrogène sulfuré les solutions des sels mercureux; il se transforme très rapidement en sulfure HgS et mercure trèsdh i-é. — Le sulfure mercurique, HgS, existe dans la nature sous forme de cinabre, de couleur rouée foncé : le précipité obtenu par l'hydrogène sulfuré avec les solutions des sels mercuriques est noir: on obtient encore le sulfure mercurique à l'état de poudre noire, en broyant du mercure avec du soufre et de l'eau; le sulfure noir se transforme en sulfure rouge, au contact des sulfures alcalins ; le produit ainsi obtenu est le vermillon. En raison de leur très grande insolubilité dan- l'eau et les liquides acides, les sulfures de mercure ne sont pas toxiques.
Chlorure mercureux. — Le chlorure mercureux, Hg*Cl! calomel, mercure doux , est un compost'- important que l'on obtient en traitant par l'aride chlorhydrique une solution d'un sel mercureux nitrate . ou en chauffant un mélange intime de mercure métallique et de bichlorure HgCl2. Lecalomel est une poudre blanche, sans odeur, sans saveur, sublimable vers 456". Il est presque complètement insoluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool et dans l'éther. La lumière, l'eau à 100°. le décomposent lentement en mercure et bichlorure ; cette décomposition a lieu aussi en présence de l'acide chlorhydrique étendu et des chlorures alcalins. L'ammoniaque colore en noir le calomel, en donnant un compost'- complexe. HgJQJ. 2AzH*, du chlorure d'ammonium et du mercure métallique. La potasse le change en oxyde mercureux.
Le calomel est fort employé en médecine, comme purgatif, comme vermifuge, comme antisyphilitique : il entre dans la composition de nombreuses
'On conseille, par exemple, pour empêcher la fermentation des solutions d'amidon utili-ées dan> le- laboratoires, J'y ajouter quelques sruins d'oxyde de mercure; la très failli-- quantité qui se dissout -ulïit en effet pour prévenir le développement < I < • - moisissures.
pommades. On l'administre à L'intérieur à la dose de I 2 gramme à I gramme; c'est donc un agent peu toxique. Le protochlorure obtenu par précipitation, appelé quelquefois précipité blanc '. est plus actif que le calomel ordinaire, et n'est plus guère employé que pour l'usage externe. Malgrésa toxicité faible, le calomel a causé des empoisonnements, à cause de sa tendance à se transformer, dans certaines cin stances, en sublimé corrosif ou bichlorure, lequel est extrêmement vénéneux (p. 404).
Bichlorure de mercure, chlorure mercurique, HgCP. — Ce sel, le plus important des composés mercuriels, est appelé communément sublimé corrosif, (".'est un corps connu depuis fort longtemps : Geber, au vmc siècle, en indique la préparation. Paracelse a aussi décrit le sublimé et la manière de l'obtenir. — Le chlorure mercurique se produit dans diverses circonstances : par l'action du chlore en excès sur le mercure, par dissolution de l'oxyde mercurique dans l'acide chlorhydrique ; par le dédoublement du calomel, etc. On le prépare industriellement par distillation du sulfate de mercure avec du sel marin et du peroxyde de manganèse.
Le bichlorure obtenu par sublimation est sou-- forme de masses blanches, translucides, cristallines; les cristaux obtenus pur sublimation sont des octaèdres : ceux qui se déposent des solutions aqueuses sont des prisme-, orthorhombiques. Le sublimé fond vers -j- 265° et distille vers + 295°. Il esl soluble dans l'eau ; d'après Poggiale, 100 p. d'eau à -f- 10° dissolvent G p.«57 île sublimé; à -f 20°, 7 p. 39 ; à -(- 100°, 53 p. %. Sa solubilité dans l'eau est augmentée par la présence des chlorures alcalins. L'alcool le dissout encore plus facilement 40 p. dans 100, à froid; 60 p. à chaud . Il est soluble dans l'éther : ce dissolvant l'enlève aux solutions aqueuses.
La saveur du sublimé est styptique, -^u-n-. très désagréable.
La solution aqueuse du bichlorure est neutre L'acide sulfureux le réduit à L'état de calomel; il en est de même pour beaucoup d'agents réducteurs acide phosphoreux, sucre, acide tartrique ; d'autres réducteurs, tels que le protochlorure d'étain, l'acide hypophosphoreux, agissent plus énergiquement et précipitent du mercure métallique. Le zinc, le cuivre, le cadmium, le nickel précipitent le mercure métallique des solutions de sublimé ; La potasse donne un précipité jaune, etc. voy. les Caractères des selsmercuriques, p. 397 .
Le sublimé est un corps très employé comme antiseptique, soit pour les usages industriels, conservation du bois, de diverses matières animales, pièces d'histoire naturelle, etc. ; soit pour les usages médicaux ou hygiéniques ; c'est ainsi qu'on pratique la désinfection des locaux habités par des
' Il ne faut pas confondre ce précipité blanc avec le corps désigné parfois aussi sous ce nom, et qui est obtenu par l'action de l'ammoniaque sur le bichlorure.
malades contagieux, à l'aide d'une solution aqueuse très étendue de sublimé, qu'on pulvérise sur les murs, tentures, etc. L'usage «lu sublimé pour aseptiser les instruments chirurgicaux, les pansements, etc. , est maintenant très répandu. ( l'est en effet un bactéricide extrêmement puissant. — En médecine/on le prescrit ;'i doses faibles, quelques milligrammes. La préparation de sublimé la plus connue est la ligueur de van Swieten qui est formée de
Sublimé 1 gramme
Eau distillée 900 —
Alcool 100 —
et qui contient donc I MHiO de son poids de sublimé. Les paquets de sublimé destinés à être dissous pour les usages antiseptiques contiennent un mélange de o.2-"> de sublimé et de 1 gramme d'acide tartrique ; à la' solution on ajoute une goutte de sulfate d'indigo pour prévenir les erreurs.
Biiodure de mercure. — Le biiodurede mercure ou iodure mercurique, HgP, est le précipité formé par l'action d'un iodure alcalin sur une solution de bichlorure de mercure. Il se forme aussi par l'action directe de l'iode en excès sur le mercure. ( l'est une belle matière rouge, soluble dans KIT) p. d'eau froide, plus soluble en présence des acides chlorhydrique ou iodhydrique, des sels ammoniacaux', des chlorures alcalins et de divers sels mercuriques. 11 se dissout avec une très grande facilité dans l'induré de potassium. Les iodomercurates, notamment celui de potassium (solution d'iodure de mercure dans l'iodure de potassium, réactif de Mayer), ont des applications importantes en toxicologie pour la recherche des alcaloïdes. Il est soluble aussi dans l'alcool. L'iodure de mercure se présente sous deux formes distinctes : tantôt en octaèdres quadratiques, rouges : tantôt en prismes orthorhombiques, jaunes ; cette dernière modification est très instable. L'iodure rouge fond à -f- 238° en donnant un liquide jaune foncé; si l'on continuée chauffer, il se sublime des cristaux d'iodure jaune ; mais celui-ci repasse à l'étal d'iodure rouge, avec le temps, ou immédiatement sous l'influence d'un frottement. Ces diverses propriétés intéressantes sont souvenl appliquées dans la recherche toxicologique du mercure.
L'iodure mercurique est employé en médecine. Les solutions même 1res étendues ont des propriétés antiseptiques très énergiques. A l'intérieur, on l'a administré à des doses de 5 à 25 milligrammes. C'est un poison violent, tout à l'ait comparable au sublimé.
L' 'iodure mercureux, Hgl, <|ui a aussi des usages médicaux, obtenu par précipitation des sels mercureux en présence de l'iodure de potassium, est
une poudre verdàtre, à peu près insoluble dans l'eau ei facilement dédoublable en iodure mercurique el mercure. 11 fond à -j- 290° el donne un liquide brun : il es! sublimable, même à des températures plus basses.
Le sulfate mercureux, S04Hgs, est une poudre cristalline blanche soluble dans 500 fois xiii poids d'eau froide. Le sulfate mercurique, SO'Hg, obtenu par l'action do l'acide sulfurique à chaud sur le mercure, esl blanc, cristallin, peu soluble dans l'eau, qui le décompose à chaud en acide sulfurique el en un sulfate basique jaune insoluble HgSO4. 2HgO : c'est le turbith minéral, qui a été employé en médecine.
L'azotate mercureux, (Az03)2Hg9 -f- 211-0, constitue des prismes transparents, clinorhombiques, fusibles à -\- 70". 1res solubles dans l'eau chaude. En présence d'une 1res grande quantité d'eau il se dédouble en sel acide et sel basique : ce dernier, jaune, insoluble, esl le corps désigné sous le nom de turbith nitreux, Az03)s.Hg2.Hg20 + H20. Vazolate mercurique, difficile à obtenir à l'état de pureté, AzO3 2Hg, a aussi nue grande tendance à former des sels basiques. Le nitrate acide de mercure, employé en médecine pour le traitement de certaines plaies, est un liquide extrêmement caustique, très dense; on l'obtient en dissolvant 100 grammes de mercure dans 200 grammes d'acide nitrique à 35°, et évaporant la solution jusqu'à ce qu'elle soit réduite aux trois quarts du volume primitif. Le nitrate de mercure est un corps doublement dangereux, en raison de ses propriétés caustiques et de son action toxique comme sel mercuriel.
Le cyanure de mercure est encore un poison des plus actifs. Il est mortel à la dose de 2 décigrammes environ; mais c'est plutôt un poison eyanhydrique qu'un poison mercuriel. Il cristallise en prismes clinorhombiques, solubles dans S p. d'eau froide, insolubles dans l'ai 1 ; il esl
décomposable par la chaleur en cyanogène et mercure. Il forme un grand nombre de sels doubles.
Le sulfocyanure de mercure, utilisé comme jouet sou^ le nom de serpents de Pharaon, est obtenu par la précipitation du nitrate mercurique parle sulfocyanure de potassium. C'esl une poudre blanche fort peu soluble dans l'eau, douée de propriétés émétiques très vives; administré' à des animaux tels que les chiens, ce sel est éliminé en presque totalité par les vomissements et ne produit pas d'effets toxiques très graves. 11 n'en est pas de même chez les animaux qui ne vomissent pas, lapins, chiens avec ligature de l'œsophage. (Ouchinsky, Ann. d'hyg. el de méd. lég. 3 . t. XXIX, p4347. Travaux du lab.de Toxicologie. Les serpents de Pharaon, mal préparés, ont cependant causé des accidents 1 .
' Brouardel ri Ogier. Empoisonnement par le sulfoi yanure de mercure [Ann. d'hyg. (3), t. xxix. p. :;:.2!.
Les produits de la combustion des seepeats de Pharaon pourraient aussi
présenter giiplqur Éneer -'ils étaient inhalés en trop forte proportion
acide sulfureux, vapeurs mercurielles, traces de composés cyanhj driques .
Empoisonnrment mercuriel. - - Les effets des composés mercuriels el les doses toxiques varienl beaucoup selon la nature du sel ingéré : les uns, sels solubles, tels < 1 1 1 • ■ le sublimé, exerçanl une action toxique des plus intenses; 1rs autres, insolubles, ;'i peu près inoffensifs, sinon à doses élevées, tels que le calomel, par exemple.
Dans la description sommaire des symptômes observés dans l'empoisonnement aigu, e'esl surtoul le bichlorure de mercure que nous aurons en vue, comme le plus répandu el le plus importa.nl des composés mercuriques.
Le sublimé peut donner la mort à des doses de 2 à 5 décigrammes.
Dans l'empoisonnemenl aigu par ingestion de sublimé ou d'un autre sel mercurique soluble, les premiers symptômes apparaissent très rapidement : ce sonl d'abord une saveur métallique très désagréable, une sensation de brûlure dans la bouche et la gorge, s'étendani ensuite jusqu'à l'épigastre, puis des vomissements el dès déjections alvines fréquentes el parfois sanguinolentes. Le pouls est faillie; la respiration anxieuse: l'anurie complète ou presque complète : l'haleine répand une odeur fétide très spéciale : la salivation est abondante; un gonflement général envahil les lèvres, les joues, la langue el la gorge ' ; les dénis sont ébranlées ; après ces premiers symptômes, il y a parfois une période de rémission, un relèvement du punis et des fonctions respiratoires. Puis sun ienl la période terminale : redoublement de faiblesse, diminution du punis, syncopes, refroidissemenl des extrémités, etc.; l'intelligence rôle intacte. Dans cette forme subaiguë, la mort arrive après vingt-quatre ou trente-six heures. — Tous ces symptômes sont assez caractéristiques pour que, si le médecin a suivi le malade avec attention, le diagnostic de l'empoisonnemenl mercuriel puisse être pose'' avec une probabilité très grande : l'analyse chimique complète ensuite la démonstration.
Dans d'autres tonnes moins rapides de l'empoisonnemenl mercuriel, formes subaiguës, où la mort n'arrive qu'après huit, dix et quinze jours, les symptômes sont souvenl à peu près les mêmes, el se succèdenl dans le même ordre, mais avec moins d'intensité : constriction de la gorge, toux et expectorations sanguinolentes, coliques el selles sanguinolentes très douloureuses; anurie presque complète el albuminurie fréquente-; inflam-
' Dan- les intoxications consécutives à l'emploi du Mililimé comme agent anti*c»lii|ue, par exemple dans les accouchements, la stomatite el la gingivite sont rarement observées, contrairement à ce qui a lieu dans l'empoisonnement par voie stomacale. (Butte. Ami. iThyg. [3 . t. XVII. p. 167.
mation de la bouche, tuméfaction dos gencives, de 1 ; » luette, ie'JMivafdales, fétidité de l'haleine et salivation abondante ; après quelque temps, cinq à as jours par exemple, il y a aussi une période de rémission apparente, puis une faiblesse et une prostration croissantes.
Dans l'empoisonnement chronique, dont la durée est quelquefois très longue, on observe d'abord le gonflement des gencives, l'inflammation générale de la houelie, la salivation abondante, la fétidité de l'haleine, la chute des dents et des cheveux. Dans les cas graves, ces premiers symptômes sont suivis d'un affaiblissement de l'intelligence et des forées musculaires, de l'œdème des membres inférieurs et d'une cachexie progressive. Un autre symptôme, qu'on observe surtout dans les intoxications anciennes, est l'apparition d'un tremblement particulier : les membres supérieurs sont atteints les premiers. Les mouvements des lèvres et de la langue sont aussi altérés.
La phtisie, l'avortement paraissent fréquents chez les malades atteints d'intoxication mereurielle chronique.
L'élimination du mercure se fait surtout par le tube digestif et les reins ; elle a lieu aussi par la salive: cette élimination est toujours lente; on retrouve facilement le mercure dans les organes d'indn idus qui n'ont succombé qu'après quinze jours de maladie '.
A l'autopsie, on remarque surtout une inflammation généralisée du tube digestif : la muqueuse de la bouche et de l'œsophage est rouge, ou menu' ulcérée; dans l'estomac, on trouve des colorations rouges plus ou moins marquées, des suffusions sanguines, ecchymoses, ulcérations; la perforation de l'organe a été rarement observée. L'intestin est affecté d'altérations analogues; on y remarque souvent des ulcérations jaune verdâtre. Il est à noter que l'inflammation du tube digestif se produit aussi lorsque le poison n'a pas été introduit par la voie stomacale ; on l'a constatée dans des intoxications consécutives à l'application du nitrate de mercure à l'extérieur (Vidal). Les ulcérations du colon se retrouvent aussi dans les intoxications résultant de l'emploi du sublimé pour les usages chirurgicaux, ou dans les accouchements Butte. Ami. d'IJyg. (3), t. XML p. 1(>7 .
' Cbez les individus qui uni été soumis à un tiaitiiueiit mereuriel prolnnyé. l'élimination est encore beaucoup plus lente. Ainsi Vadja et Paschkis estiment qu'un peut encore retrouver le métal dans l'urine treize ans après la cessation du traitement : que l'élimination subit fréquemment îles temps d'arrêt, et que sa rapidité est d'autant plus grande que les composés absorbés sont plus solubles.
Les vapeurs mercurielles introduites par les poumons passent dans l'urine où le métal -i- retrouve à l'état libre. Les sels mercuriques eux-mêmes sont réduits à l'état métallique. (Voir, à ce sujet, d'intéressantes expériences de .V. Hoffmann. Recherches qualitatives el quantitatives du mercure après inspiration et absorption des vapeurs mercurielles. Thèse de l'Université de Lausanne, 1897.) Telle est aus>i l'opinion de L. Jullien (Maladies vénériennes, Paris, I8861 et de plusieurs auteurs.
:ex,
Mais dans ces cas la stomatite el la gingivite sonl rarement observées.
Le foie el les reins présentent ordinairement, dans les intoxications
subaiffuës, les sismes de la dégénérescence graisseuse : le foie a un aspecl