RÉACTIFS 1>ES ALCALOÏDES
Nous donnons ici la préparation et le mode d'emploi des réactifs les plus usité''-. Ces réactifs sont <lc deux ordres : les uns sont spéciaux à un alcaloïde ou à un petit nombre d'alcaloïdes : les autres, 'lit- réactif* généraux, sont ceux qui produisent avec tous les alcaloïdes ou avec un grand nombre d'entre eux, des actions chimiques à peu près identiques, ou du moins analogues. L'utilité de ces réactifs généraux est donc assez restreinte, puisqu'ils ne servent guère qu'à constater la présence ou l'absence d'un corps alcaloïdique dont il- ne précisent point la nature. 11 est bien rare, ainsi que nniis l'avons déjà fait observer, que dan- des expériences exécutées surdes \ iscères toujours plus ou moins putréfiés, on puisse arrivera éliminer en totalité les ptomaïnes ou alcaloïdes normalement produits par la putréfaction : par suite, les réactifs généraux indiquent à peu prés toujours la présence d'un alcaloïde, sans qu'on soit en droit d'en tirer aucune conclusion sur la probabilité d'un empoisonnement. 11 est donc l>ien inutile de sacrifier à des essais donnant des résultats aussi vagues une notable proportion des résidus dont on dispose, résidus toujours fort peu abondants. Au contraire, dans l'examen de substances où la présence des ptomaïnes n'est pas à craindre, — aliment-, médicaments, etc., — l'emploi de ces réactifs pourra rendre île grands services; il- indiqueront en effet si la recherche des alcaloïdes doit être poursuivie ou laissée de côté.
Réactifs généraux. — lodure de potassium induré. — Ce réactif, appelé .m— i R. de Bouchardat, R de Wagner, parait être le plus sensible des réactifs généraux.
On peut se servir de la solution d'iode dan- l'induré, à 12-r.7 par litre, employée dans les laboratoires pour les dosages vokimétriques, ou d'une solution plus étendue.
Ainsi que l'a t'ait observer Tanret Bull. Soc. Chim. 3 . t. XI, p. 3 . les précipités obtenus avec ce réactif sont plus ou moins solubles dan- l'induré
de potassium; il convient donc d'éviter un excès inutile de ce sel : on obtiendra les meilleurs résultats en saturanl d'iode une solution d^iodure de potassium.
Toutes 1rs solutions des alcaloïdes donnent avec ce réactif des précipités bruns; les colorations de ces précipités ne son! pas huit à fait identiques; mais les différences ne sont pas assez importantes pour servir a caractériser l'alcaloïde. Ainsi, avec la caféine, le précipité est d'un brun-noir verdâtre ; avec la nicotine très pure, lorsque le réactif n'est pas en excès, le précipité est jaune; pour les autres alcaloïdes, la couleur varie du rougebrun ordinaire (quinine, atropine) à la teinte kermès, qui est la plus fréquente. Pour faire ces précipitations on amène généralement l'alcaloïde à l'état de dissolution dans l'acide chlorhydrique étendu : par exemple, on opère sur quelques gouttes de la solution concentrée des alcaloïdes dans l'éther (obtenue par la méthode de Stas) , que l'on évapore dans un verre de montre contenant environ un demi-centimètre cube d'acide chlorhydrique dilué au I 2IK On ajoute ensuite le réactif. Les précipités sont très volumineux et facilement \ isibles.
On doit éviter la présence de l'alcool, dans lequel les précipités sont solubles .
Les solutions d'iode dans l'acide iodhydrique pourraient être employées de la même manière. Quant à la teinture d'iode, qui précipite aussi de nombreuses solutions alcaloïdiques, elle est surtout intéressante comme réactif particulier de la narcéine, avec laquelle elle fournil une coloration bleue.
Iodure double de mercure et de potassium. — Ce réactif a été étudié par Planta, Delfs, Carpené, Gossa, Mayer. 11 porte communément le nom de réactif de Mayer. Un le prépare en dissolvant I3sr,546 de biehlorure de mercure, et i8ër,8 d'iodure de potassium dans de l'eau en quantité suffisante pour faire un litre.
Tanrel a observé que les iodhydrargyrates d'alcaloïdes sont plus ou moins solubles dans l'iodure de potassium : le réactif iodô-mercurique sera donc d'autant plus sensible qu'il contiendra moins d'iodure alcalin. Ainsi le réactif préparé selon la formule de Valser, c'est-à-dire en saturant d'iodure de mercure une solution d'iodure de potassium à 10 p. KM), est plus sensible que celui obtenu par la formule de Mayer, qui contient Hgl.KI + Ivt [Bull. Soc. Chim. (3), t. Il, p. 3.).
Les précipités que produit ce réactif dans les solutions des alcaloïdes sont blancs, blanc-jaunâtre ou jaune citron clair. La sensibilité est très grande; ainsi, d'après Mayer, le réactif donne un précipité facile à voir flans les solutions :
de morphine, à 1/2500 ;
de strychine, à I '150000 ;
REACTIFS 1»KS A.LC \ LOIDES 521
de brucine el de narcotine, au I ">oiinii ;
de quinine, à I L25000 :
de cinchonine, à I 75000 :
d'atropine, à I 7000 :
denicotine, à I 25000;
de conieine, à I 800.
Les précipités sonl tantôt amorphes, tantôt cristallins ; certains
deviennent cristallins avec le temps. Plusieurs cristallisent dans l'al< I:
peut-être une étude attentive de ces formes cristallines pourrait-elle être de quelque utilité et permettre certaines distinctions assez précises. Quelques alcaloïdes eu solutions ('tendues ne sont pas précipités par le réactif de Maver caféine, théobromine, solanine, etc. .
Mayer a proposé l'emploi de ce réactif pour le dosage volumétrique des alcaloïdes : on verse le réactif, à l'aide d'une burette, dans la solution de l'alcaloïde, jusqu'à ce qu'une goutte du liquide clair précipite par une solution d'un alcaloïde. D'après Mayer et Dragendorff, chaque centimètre, cubede la solution précipite les quantités suivantes d'alcaloïde :
Strychnine 0?',0 167 soit 1/20000 d'équivalenl
Brucine '. . 0,0233 — 1 20000 —
Quinine 0;0108 — I 00000 —
Cinchonine 0,0102 -- I 60000 —
Quinidine 0,0120 -- 1 60000 —
Atropine 0,019o — 1 201)00
\. -mutine 0,0268 — 1 20000 —
Vératrine 0.0269 — 1 10000
Morphine 0,0200 - 1 30000
Narcotine 0,0213 — 1 20000 —
Nicotine 0,0040 — 1 40000
Conieine 0.0012 — ! 20000
Le dosage n'est guère pratique que si la solution d'alcaloïde est bien pure. — Au lieu de s'en rapporter au tableau précédent, il sera toujours préférable de déterminer le titre du réactif par un essai sur une solution connue de l'alcaloïde que l'on doit déterminer.
L'iodure de potassium ioduré peut être employé au dosage des alcaloïdes, dans les mêmes conditions que le réactif de Maver. Pour l'un comme pour l'autre de ces réactifs, la difficulté consiste à bien voir le terme de la précipitation. Le mieux est de filtrer constamment les solutions, après qu'on y a ajouté le réactif, et de continuer la précipitation sur le liquide clair, tant que l'addition de réactif produit un précipité, ou bien jusqu'au moment où une goutte de liquide clair précipite par uni' solution d'un alcaloïde. La liltration s'opère assez bien avec certains alcaloïdes, qui