ABCÈS CHRONIQUES ET LATENTS
Observation XXIII. Mastoïdite chronique avec abcès . Abcès cérébralméconnu .
Mort. (A. Broca, Bull, de la Soc. anat. 1894, p. 5(51).
René Chevr..., âgé de treize ans et demi, est né de parents bien portants; il a un frère en bonne santé; mais ses trois sœurs sont mortes en bas âge.
L’enfant a eu, à l’âge de quatre ans, une méningite (?), puis la rougeole. Il y a trois ans, se déclarèrent dans l’oreille gauche des douleurs assez violentes, bientôt suivies d’otorrhée; peu de jours après, survint un gonflement rétro-auriculaire qui, rapidement, acquit le volume d'une noix, fut traité par des applications de cataplasmes et finalement s’ouvrit spontanément. Au bout de six à sept jours, l’écoulement était tari, l’orifice se cicatrisait et les douleurs cessaient. Mais cinq à six mois plus tard, mêmes accidents, même abcès, même traitement, même résultat. Pendant six mois environ, tout sembla de nouveau aller bien; puis, il y a deux ans, une rechute, toujours identique, eut lieu.
Depuis deux ans, l’enfant paraissait entièrement guéri, lorsqu’il y a quinze jours, survinrent de nouvelles douleurs, plus vives qu’aux crises précédentes, accompagnées de céphalalgie violente et d’insomnie complète; il y a cinq jours commença à la région mastoïdienne un gonflement qui grossit peu à peu.
Durant toutes ces périodes d’état ou de sommeil de la lésion mastoïdienne, l’oreille n’a jamais cessé de couler; d’ailleurs, sauf des injections d’eau tiède, rien n’a été fait pour tenter de tarir cette suppuration.
A l’entrée, il existe à la région mastoïdienne, à la hauteur du conduit auditif, une tuméfaction fluctuante, grosse comme une petite noix; à son sommet est une cicatrice. Le pavillon de l’oreille est un peu porté en avant, mais le sillon rétro-auriculaire n’est pas effacé ; pas d’empâtement des parties molles.
Le 14 janvier 1894, je fais une incision dans le pli rétro-auriculaire avec débridement transversal postérieur passant par la poche fluctuante. Un point dénudé, situé en arrière du méat et près de lui, est eflondré à la curette, et j’arrive ainsi dans l’antre, plein de fongosités et de pus. Je vois alors qu’il sort du pus par le canal de l’antre, qui est ouvert sur le protecteur de Stacke, et dans la caisse je trouve des fongosités, du pus caséeux et un reste de l’enclume. Après curettage, je fends longitudinalement le conduit membraneux complètement décollé etje l’étale en suturant ses angles aux deux bords de l’incision cutanée. Tamponnement à la gaze iodoformée. Au cours de cette opération, je n’ai trouvé, sur la paroi supérieure du canal de l’antre et de la caisse, ucun point friable sous la curette.
AUCÈS liNGÉPHALlQUES D’OUIGINE AUUICUEAIRE
Un échantillon de pus a été prélevé, et M. Pérou, interne des hôpitaux, y a trouvé le pneumocoque.
Le lendemain, ilî janvier, rien d’anormal dans l’état de l’opéré. T. m. 37”, 1 ; s. 38“,1.
Le 10, la plaie est pansée. Elle est en très bon état: aucune réaction inllammatoire, pas de pus ; T. m. 37“,2 ; s. 39 degrés.
Le 17. L’enfant a des vomissements. T. m. 38 degrés; s. 39®, 2.
Le 18. Les vomi.ssements sont fréquents, et, de plus, il existe par intervalles des douleurs de tête très aiguës. Rien d'anormal du côté de la plaie. T. m. 37“,0; s. 38 degrés.
Le 19. Mêmes symptômes. En outre, vertiges fréquents, pendant lesquels l’enfant croit tomber de son lit. ï. m. 37®, 4; s. 38®. 2.
Les jours suivants, les symptômes ont été exactement les mêmes,
sauf que la fièvre tomba et que la température n’oscilla plus que de 37 degrés à 37®,7.
Le 23. Dans la matinée, une syncope. Pouls, à 46.
Le 26. Les vomissements ont un peu diminué, mais il y a toujours des vertiges. Pouls à 34, avec quelques périodes irrégulières où il bat plus vite. Une syncope dans la matinée.
Le 27 matin. P. -48. Le 29. P. 60.
Le 30. Prostration; le malade ne répond pas volontiers, il respire péniblement, la bouche ouverte; langue sèche, dents fuligineuses, boutons d’herpès sur les lèvres ;■ pupille droite très dilatée.
Le 31. Coma. Le pouls varie de 50 à 60, avec faux-pas du cœur. T. 36®,9. Dans la journée, ascension thermique brusque, jusqu’à 41®, o, et mort une demi-heure après.
Autopsie. — Un abcès cérébral du volume d’un petit œuf de poule occupe le lobe temporo-sphénoïdal. 11 est entouré d’une membrane violacée, de 2 millimètres d’épaisseur environ, et contient un pus vert, visqueux, très épais. Tout autour de lui, la substance cérébrale est ferme et paraît saine, sauf en un point, en ai’rière, où elle est un peu rouge et ramollie. A la face inférieure, la membrane limitante n est séparée des méninges que par une couche corticale extrêmement mince, si bien qu’en un point elle est transparente. 11 n’existe d’ailleurs en cet endroit aucune perforation.