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LES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES

Historique. — U fut pendant longtemps admis, à peu près sans conteste, que le cerveau formait une masse où il était impossible d’isoler des parties douées de fonctions spéciales, et dans ce centre diffus de la volonté, de l’intelligence, des mouvements commandés, des perceptions, on soutenait — et Flourens crut avoir démontré péremptoirement celte doctrine — que l’écorce grise était inexcitable.

La doctrine des localisations avait cependant quelques timides adeptes ', et, sans parler des théories inadmissibles de Gall et Spurzheim, Bouilland par exemple, avait cherché à soutenir que la perte de la parole accompagnait les seules hémiplégies droites et relevait de lésions du lobe frontal gauche. Les choses en étaient là lorsque, en 1861 , P. Broca % créant la méthode anatomo-pathologique pour déterminer les localisations cérébi’ales, avança avec des

d. L'un de nous (Gaz. hebd. de méd. et dur., l'iiris, 1892, p. 333) a traduit un passage fort remarquable, qui lui a été coininuniqué par le professeur Farabeuf. Il est de Joseph B.v.\DEn (Obseru. medicæ, incisionibus cadauerum anatomici illuslralæ, H62 ; publié dans le Thésaurus disserlalionum, etc., de E. S.ANnironT, Lngd. Batav., 1778, t. 111, p. 29). Cet auteur, qui a su lirer un parti remarquable de la méthode anatomo-pathologique, en arrive à se demander si o la région du cerveau qui siège sous le pariétal commande à la mobilité et à la sensibilité du membre supérieur du côté

2. P. BnocA, Bull, de la Sac. d'Anlltrop., Paris, 18 avril 1801, l>’o série, I. Il,

opposé. »

Tribune médicale, 1869, pp. 254 et 265; Bull, de la Soc. d’Anlhrop.. 1875 f. X, p. 531; Bull, de l’Acad. de méd., 1877, p. 508.

2“ sér., 1. Il, pp. 330, 398; Bull, de la

BHOCA ET MAUHIIAC.

LOCALISATIONS CÉUÉimALES, HISTOIUQUE

réserves d^abord, puis affirma que le pied de la troisième frontale gauclie était le centre du langage articulé ; el, en 1863, il écrivait :

lout permet de prévoir que la troisième circonvolution frontale pourra prendre le nom de circonvolution du langage, et, dès lors, il sera bâillement probable que chaque circonvolution est all'ectée à des fonctions particulières. »

Pendant plusieurs années, presque tous les biologistes et médecins accueillirent avec méfiance ' cette découverte révolutionnaire, et il fallut une dizaine d’années pour qu’ils se décidassent à se mettre enfin, eux aussi, à la besogne, à apporter à leur tour leur contingent de faits expérimentaux et cliniques. C’est alors que Fritsch et Hitzig en Allemagne, Ferrier en Angleterre, Carville et Diîret en France étudièrent les effets de l’excitation électrique de | l’écorce cérébrale et virent que le dogme de Flourens — l’inexci- j tabilité de la substance grise — était parfaitement erroné : on y jl avait cru faute simplement de l’avoir vérifié. 1

Sur l’homme, cette méthode expérimentale était inapplicable; I Amidon (de New-York) essaya d’électriser les circonvolutions à 1 travers la boîte crânienne , et personne ne s’étonnera de son J insuccès; quant aux électrisations directes pratiquées en Amé-J rique par Bartholow, en Italie par Sciamana, on ne saurait morale- * ment les approuver. Depuis quelques années, il est vrai, certains ) chii’urgiens, opérant pour épilepsie jacksonnienne, ont électrisé lesi circonvolutions cérébrales mises à nu, pour déterminer avec précision le point où ils devaient agir. Ces faits, dont nous aurons à apprécier ultérieurement la valeur clinique et thérapeutique, ont permis de corroborer certaines localisations établies par l’expérimentation sur les animaux. Mais toujours ils resteront l’exception, | et c’est par la méthode anatomo-pathologique que l’on étudie I presque exclusivement les localisations cérébrales chez l’homme : I c’est cette méthode dont P. Broca montra le premier les pi*(î- I cieuses ressources et, dans cette voie, il fut suivi, à long inters I

1, CiiAucoT, Gaz. hebd., 1863, p. 174. Depuis cette époque, Charcot — qui d'ailleurs .1. n’a pas tardé à se rallier à la doctrine de Droca — a constaté que le fait qu'il avait:!, cru contradictoire est au contraire confirmatif de la localisation de Broca. ^oy. fc BEHN.\nn, De l’aphasie. T/i. de doct., Paris, 1884-1886, ii'’ 8;i, p. 216.

LOCALISATIONS CÉHÉimALLS

valle, par Charcot et scs élèves en France, pai- Tiirck, Notlinagel, Wernicke, etc.,

C’est grâce à ces recherches (}u’a été établie, malgré les attaques de Brown-Séquard, de Goltz, de Schill, la doctrine des localisations cérébrales. Nous n’entrerons pas dans le détail des objections et des théories des physiologistes que nous venons de citer. Pour nous autres chirurgiens, en elVet, les explications doctrinales ont une importance médiocre : c’est à l’étude des faits que nous devons avant tout nous attacher. Or, il nous est démontré par l’expérience clinique que notre diagnostic est rarement en défaut, et que notre couronne de trépan est rarement placée en mauvais lieu lorsque nous nous fions aux localisations cérébrales, telles qu’elles ont été déterminées par les méthodes précédemment exposées.

Que l’on agisse expérimentalement par excitation ou ablation de l’écorce saine, ou que l’on étudie les faits humains et qu’après une observation clinique minutieuse on trouve à l’autopsie une lésion destructive ou irritante bien limitée, dans un cas comme dans l’autre on arrive vite à une première constatation : dans la majeure partie de son étendue, l’écorce reste indilférente aux excitations et c’est seulement à la partie postérieure du lobe frontal, aux deux circonvolutions ascendantes, à une partie du lobe pariétal qu’appartiennent des propriétés motrices. De là une division première en zones latentes et zone motrice. Mais si cette zone latente ne réagit pas aux excitations, on certains points sa destruction s’accompagne de troubles très localisés, d’ordre sensoriel il est vrai, et depuis que nos modes d’investigation ont été perfectionnés nous sommes arrivés à diminuer progressivement l’étendue de la zone latente au profit des zones sensorielles’^ .

Passons successivement en revue ce que nous savons sur les localisations motrices et sensorielles.

1. Pour le chirurgien, il esl inlére.ssanl de signaler les atrophies corticales consécutives aux amputations. Voy. à ce sujet, Cii.\ncoT cl Pitres, Arch. clin, de lîordeau.r, 1894. p. 414. On y Iniiivcra résumées 117 observai ions.

2. Pour I étude des foyers cérébraux laleiit.s, centraux ou corticaux, voy. Sciimid, üeber latente Hirnherde. Arch. f. Palh. An. und P/njs., lierlin, 1893, t. C.XXXIV. f. 1, p. 70.

Fig. 34. — Los localisations de la face externe.

Agraphie

Aphasie motrice . .

Aphasies sensorielles

Aiidition

Bouche

Cécité verbale . . .

Coude

Cou-de-pied

Cuisse

Doigts

Epaule

Facial inférieur. . . , — supérieur . . .

Genou

Goût.^

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