Jaboulay, Arch. prov. de chir,, 1893, p. 174, obs. XXIV
4. Saccui, Gaz. degl. Osped., l"’ décembre 1892 ; d’après yoMcn. of. nerv. and. ment, dis., 1893, t. XVI 11, n» 10, p. 694.
BROCA ET .VAUBRAC.
TRÉPANATION SIMPLE POUR ÉPILEPSIE PARTIELLE
Observation XXXI. — Epilepsie jacicsomenne. 1 répanation. Amélioration.
(A. Broca, inédite)
Dem... Jules, six ans, entré le 10 novembre 1893 à l’hôpital Trousseau, salle Denonvilliers.
Antécédents héréditaires. — Le père, âgé de trente-neuf ans, est actuellement bien portant, quoique très nerveux et probablement alcoolique. Il a contracté en Afrique des fièvres intermittentes, dont il n’a eu qu’un accès depuis son retour en France. La mère est bien portante; 8 grossesses, sans fausse couche; à la 3® il y a eu de l’hydramnios, mais l’enfant est venue à terme et est morte de rougeole à onze mois; trois autres enfants (les 2®, 4® et 6®) sont morts à quatorze mois (bronchites), à vingt-deux mois (tuberculose probable), à deux ans et demi (méningite). Quatre enfants sont vivants, et trois se portent bien.
Antécédents personnels. — L’enfant est le septième de la série; il est né à terme, a été élevé au sein, a marché à quatorze mois, a toujours été vigoureux et a seulement eu à trois ans la rougeole, puis la coqueluche.
Il y a trois ans et demi, il a fait, en jouant dans un escalier, une chute de la hauteur d’un étage, d’où une petite plaie vers la protubérance occipitale externe, un peu à droite de la ligne médiane. Cette plaie se cicatrisa rapidement, et peu après la mère remarqua à certains moments, surtout pendant les colères, des mouvements convulsifs du côté gauche. Ces crises revenaient d’abord une ou deux fois par jour. On ne s’en occupa qu’au bout de quelque temps, et alors l’enfant fut soumis, sans succès, à la médication bromurée. Peu à peu les crises se rapprochèrent, survinrent cinq à six fois par jour, souvent sans causes occasionnelles.
Actuellement^ les crises qui ont eu lieu sous nos yeux se caractérisent de la façon suivante. Brusquement la tête s’incline en avant et à gauche, avec un peu de rotation à gauche, le faciès prend une expression stupide, la commissure labiale se dévie à droite, les yeux ne subissent pas de mouvements, les pupilles se dilatent mais restent égales, les paupières sont largement ouvertes. En même temps que la tête s’incline, le bras et la jambe gauches sont projetés en avant. Ces mouvements de la tête et des membres se répètent cinq à six fois de suite avec intervalles de vingt à vingt-cinq secondes. Pendant ces crises, l’enfant garde l’aspect hébété; il ne perd pas toujours connaissance.
L’intelligence est très médiocre, l’enfant n’a jamais rien pu apprendre.
Il est d’ailleurs bien conformé de partout.
Inefficacité complète du traitement antisyphilitique essayé pendant six semaines.
Pendant le séjour à l’hôpital, avant l’opération, l’enfant restant au lit.
TUÉPANATION SIMPLE POUR ÉPILEPSIE PARTIELLE
très calme, on n’a observé que quatre crises : les 20, 24, 28 et 29 novembre.
Opération. — Le 29 novembre 1895, incision cruciale de la partie inféro-antérieure de la zone motrice droite, déterminée par le procédé P. Broca-Cliampionnière. Je fis au trépan une ouverture qu’à la pincegouge j’agrandis jusqu’à lui donner o centimètres de diamètre environ. Rien d’anormal à l’os, ni à la dure-mère. Celte dernière ayant été incisée, je vis le cerveau tout à fait sain, en apparence souple, et battant bien. Je suturai la dure-mère, puis la peau, après interposition d’un petit drain.
Les suites opératoires furent des plus simples. Les deuxième et troisième jours, il fallut changer les pièces extérieures du pansement, imbibées de liquide céphalorachidien; à partir du troisième jour, cet écoulement cessa,
Au huitième jour, fils et drain furent retirés; la réunion immédiate était parfaite. Les deuxième et troisième jours, la température s’éleva à 38°,o et 38'’,!. Tout le reste du temps, elle fut absolument normale, et le 26 décembre, l’enfant quittait l’hôpital, opératoirement guéri.
Pendant son séjour à l’hôpital après l’opération, il n’eut que trois crises, les 30 novembre, 2 et S décembre. Son faciès sembla s’éveiller un peu.
Le 13 yanaze?’ 1896, l’enfant nous est ramené. Son état général est très bon, et son état intellectuel semble en voie d’amélioration. Il est beaucoup moins poltron. 11 a pu apprendre à compter jusqu’à 30, parle mieux, reconnaît les gens qu’il a vus, retrouve son domicile dans la rue : sa mère trouve évident que sa mémoire se développe. Mais les colères sont aussi fréquentes, sinon plus, et elles provoquent des crises. Mais il n’y a pas plus d’une crise par jour, au lieu de cinq à six; les mouvements convulsifs se limitent au bras et n’atteignent plus la jambe: pendant la crise, l’enfant répond aux questions, sent si on lui pince le bras et ne perd plus connaissance.
Localement, rien de spécial. Large orifice dans lequel on sent battre le cerveau.
Pour notre part, donc, nous restons sur la réserve et nous ne sommes pas très disposés à systématiser l’excision des centres. Nous sommes loin, cependant, de réprouver l’opinion adverse : nous attendons seulement un complément d’instruction. Peut-être apprendrons-nous un jour ou l’autre à diagnostiquer les cas où, le centre étant sûrement malade, son excision est à pratiquer. Jusqu’à présent, nous ne connaissons, dans ce sens, que l’opinion de
ÉPILEPSIE ESSENTIELLE GÉNÉHAl.lSÉE
Keen et Mills*. D’après ces auteurs, il y aurait, à rélcclrisation, une différence en Ire un centre cortical sain ou malade, môme lorsque, dans ce dernier cas, il n’y aurait aucune altération appréciable à l’œil nu. Si on faradise un centre sain, on ne provoquerait de mouvements que dans les muscles correspondants; les mouvements cessent dès qu’on retire les électrodes. Dans les cas où il y avait une lésion évidente, Keen a provoqué, au contraire, une attaque épileptique semblable à celle dont souffrait le sujet, et après incision de la partie malade, il n’en était plus de môme. Peutêtre y a-t-il là, demande Keen, un indice pour déterminer si, dans une épilepsie locale où l’écorce paraît normale, il faut ou non procéder à l’excision du centre. Ces recherches méritent d’ôtre poursuivies, car elles sont susceptibles de conduire à des déductions pratiques du plus haut intérêt ; mais les conclusions de Keen ne sont pas encore indiscutablement établies’.
Epilepsie généralisée. — Les trépanations entreprises pour épilepsie jacksonienne et restées purement exploratrices, sans même avoir été complétées par l’excision des centres, ont donc fourni, dans bon nombre de cas, sinon des guérisons complètes, malheureusement rares, au moins des améliorations importantes. Or nous savons — et c’est le moment de nous en souvenir — que tous les intermédiaires étiologiques, anatomiques et cliniques existent entre les épilepsies partielles et généralisées, symptomatiques et idiopathiques.
Cela étant, n’était-il pas logique de revenir à la trépanation pour traiter l’épilepsie vraie et généralisée? Pourquoi ne serait-elle pas améliorée tout comme certaines épilepsies jacksoniennes où aucune lésion n’a été trouvée dans l’écorce?
De revenir à la trépanation, disons-nous. Car si, de nos jours, c’est après les succès fournis par l’épilepsie jacksonienne qu’on a opéré pour épilepsie généralisée, le traitement du « mal sacré » par la trépanation est loin d’ôtre une nouveauté. C’est de la thé-
\. Mills et Keen, Jacksonian epilepsy, etc., Am. Journ. of lhe med. sc., décembre 1891, t. CH, p. 587. Voy. aussi Keen, ibid., p. 229.
2. Nous rappellerons que la première électrisation corticale sur l’homme est due à Bartolow {.4m. Journ. of med. sc , 1874, t. LXVH, p. 305), chez un sujet dont la voûte crânienne était détruite par un cancroide.
RÉSULTATS DES TRAUMAS CRANIENS ACCIDENTELS
rapeutique ancienne, préhistorique môme sans doute et traditionnelle de tout temps, comme nous le voyons encore de nos jours, chez certaines peuplades sauvages. Mais de tout temps aussi, les médecins n’ont pas lardé à y renoncer, en présence des insuccès.
Quelques faits remarquables peuvent ôtre toutefois cités. Nous ne mentionnerons que pour mémoire les faits anciens, celui de M. Donatus’, par exemple, où un jeune seigneur italien, venant en France pour se faire soigner d’une épilepsie incurable, fut attaqué par des brigands et reçut au crâne un coup de poignard auquel il dut la guérison. A cette époque, en effet, le diagnostic des diverses épilepsies était encore dans l’enfance et on peut se demander, entre autres hypothèses, si ce jeune seigneur n’était pas tout simplement un hystérique. Des faits analogues sont dus à Fabrice d’Aquapendente, à Tursan’.
On peut refuser, à bon droit, toute valeur probante à ces observations anciennes \ mais de nos jours, on a recueilli des observations analogues, où la guérison a été due à un trauma crânien accidentel; par exemple, nous rappellerons celle que Girard a communiquée en 1891 au Congrès français de chirurgie. 11 s’agit d’une femme, épileptique héréditaire, qui, dans son délire comitial, se tira un coup de revolver à la tempe. La malade étant comateuse, aphasique et hémiplégique, M. Girard la trépana, enleva des esquilles et le projectile. Rapidement, les vertiges, les absences, la manie propulsive, le délire lypémaniaque avec tendance au suicide disparurent, et, en 1892, dix-huit mois après l’opération, la malade pouvait ôtre considérée comme définitivement guérie de toutes les manifestations épileptiques qu’elle avait présentées autrefois®.
2. M. Don.vtüs, Med. hislor. mirab., Venetiis, 1588, lib. II, ch. iv, f» 53.
3. Ces deux derniers malades ont été trépanés au niveau d’une fracture du crâne.
4. Jacouso.x (voy. p. 159) cite un cas do Watson où dans une chute un épileptique se fit un épanchement de la méningée moyenne, pour lequel il subit une trépanation et fut guéri.
5. GinARD (Congr. franç. de chir., 1891, t. V, p. 116). Femme de vingt-neuf ans ; 9 frères ou sœurs dont le dernier (onze ans) est épileptique. Début à quatorze ans (frayeur) et depuis crises fréquentes (de 1 à 6 par semaine) ; mariée à dix-sept ans ; 6 enfants, dont 5 sont morts à la suite de crises épileptiques; au commencement de