‹ Traité de chirurgie cérébraleChapitre 42 sur 305 · DANGERS DES Û1>ERATI0NS SUR LE CERVEAU · texte numérisé non relu

DANGERS DES Û1>ERATI0NS SUR LE CERVEAU

1*0111- les cas Iramiialiqucs, d’ail leurs, de loul temps on a dû être parfois forcé de porter dans le cerveau riiistrument tranchant, lors([ue la substance nerveuse était plus ou moins dilacérée, plus ou moins herniée. Do lout temps aussi on a vu guérir des lésions que l’on aurait voloiiliers crues au-dessus des ressources de l’art.

Dès 1867, L. Le Fort, dans son intéressant discours sur le trépan, a réuni plusieurs faits de cette espèce’, et, rappelant en outre les expériences physiologiques de Flourens, do Vulpian,- il en a conclu qu’il ne fallait pas craindre d’inciser au besoin le cerveau, pourvu qu’on n’atteignit pas les ganglions centraux ou les cavités ventriculaires.

En 1867, c’était une opinion hardie, téméraire même d’après les classiques; mais ce n’était pas une opinion absolument neuve. Déjà dans le mémoire si connu de Quesnay^ on trouve le passage suivant : « Lorsque la paralysie est accompagnée d’accidents pressants, on peut se déterminer à trépaner du coté opposé; et si l’on ne découvre rien sous le crâne ni sous les membranes du cerveau, on peut hasarder quelques petites incisions dans la substance même du cerveau, pour s’assurer s’il n’y a point dans l’écorce, et même au delà, quelque abcès qui soit la cause d’accidents. Une telle incision n’est point à redouter pour la vie du malade... Notre crainte d’ouvrir le cerveau peut être comparée à celle que les anciens avaient d’ouvrir la dure-mère; aujourd’hui, on n’hésite plus à inciser cette membrane. Peut-être que les praticiens qui nous suivront seront surpris aussi de noire timidité à ouvrir la substance du cerveau. »

Bien au contraire , les successeurs immédiats de Quesnay devinrent de plus en plus timides : cerveau, dure-mère, crâne même, devinrent l’arche sainte — devant laquelle on danse, mais à laquelle on ne touche pas. Il faut voir Gaina ; « frissonner, comme saisi d’une impression dont on n’est pas le maître, quand il a lu que M. Velpeau, lorsque la couronne de son instrument ne lui fait rien découvrir sur le cerveau, conseille de pénétrer jusqu’à

1. L. Le Eoiit, Hull. de la Soc. de chir., Paris, 1867, 2® sér., t. VIII, p. 108.

2. Quesnay, Mé)n. de l’Acad. roy. de chir., Paris, 1763, éd. in-i®, t. 1, p. 310.

1).VN(^EHS DES OIMilUTIONS SUR LE CERVEAU

la pvoroiulour d’un pouce dans cet organe, dans J espoir d y rencontrer un abcès ».

Et cependant, la vérité était dn côlé de Qnesnay, de Le l'ort. 11 y a bien longtemps déjà que, par les expériences de Flourens, nous avons appris à connaître la possibilité do soumettre l’encéphale a des exérèses étendues. Depuis, tous les biologistes ont conlirmé ces faits, dont les chirurgiens n’ont d’abord pas compris les conséquences pour les opérations sur l’ homme.

Dans ces dernières années, après ([ue l’antisepsie eût rendu les méninges abordables chirurgicalement, des expériences ont été entreprises spécialement pour déterminer quelles lésions traumati- ({ues peut supporter le cerveau. Nous citerons, par exemple, les vivisections par lesquelles Spitzka (de New-York) a fait voir que chez le chien, pourvu (|uc l’on respecte certaines régions, le cerveau supporte remarquablement toutes les ponctions, incisions, excisions, et que la plaie peut contenir sans dommage des corps étrangers, et jus([n’à de la boue ; qu’enlin le cerveau semble s’habituer aux interventions de ce genre, de moins en moins graves si on y soumet l’animal plusieurs fois de suite à intervalles variables.

Dans le mémoire de Spitzka*, on trouvera une observation humaine, celle d’un adolescent qui mourut trois mois après une opération exploratrice pour tumeur cérébrale. En trois endroits on avait enfoncé l’aiguille, et la trace n’en était plus marquée que par de petites lignes bleuâti-es.

Il est inutile d’exposer ici ce qui est relatif aux ponctions, incisions, excisions du cerveau chez l’homme ; ce serait faire double emploi avec ce <jue nous aurons à dire des abcès, des tumeurs. Une question générale mérite pourtant d’ôtre examinée. Comment se réparent ces lésions, et leur cicatrice n’est-clle pas capable de devenir à son tour, l’origine de troubles fonctionnels ?

De SG expériences sur des chiens et des lapins, Ivan.-lv. Spijarnyi“ conclut en 1889, que dans le cerveau la cicatrice se fait par

1. E.-C. Spitzka, voy. p. H2. — Voy. auspi un Iravnil récent, de Vrrzou, Arch. de phys., Paris, avril 1893, p. 26o et G78, sur l'aldalion totale en un temps d'un hémisphère cérébral cliez le chien.

2. I.-K. SpuAMNvr, Wr/dcli, 1881), n» 2, d’après Cenir. f. Chir., 1889, p. 426.

IJANGEUS DES Ûl’ÉllATlOAS SUD I.E CED VE AU

du (issu conjonctif, sans régcnéralion de snljstancc nerveuse, et ([uoi qu'en ait dit Sinitzine dans la discussion (jui a suivi cette communication au Congrès des médecins russes cette opiniou doit être admise, d’après tout ce ([uc nous ont enseigné depuis et l’expérimentation et les opérations sur riiomme. Nous devons savoir, en outre, qu’assez souvent le sujet, homme on animal, est exposé à des accidents convulsifs. Nous renvoyons à l’étude de réi)ilcpsie jacksonienne, traumatique ou spontanée, pour tout ce qui a trait aux symptômes paralytiques consécutifs à l’excision des divei’ses régions corticales.

Pour obvier à cette absence de régénération nerveuse, quelques auteurs ont tenté de faire prendre des grelfes de substance cérébrale. Malgré les essais de Salviati (de Naples), de G. Thompson on n’est arrivé à aucun résultat pi'atique.

La conclusion générale est que, s’il n'ouvre pas les ventricules, s’il ne s’attaque pas aux masses centrales, le chirurgien est en droit de soumettre le cerveau à des incisions, à des excisions importantes. Est-ce à dire, toutefois, que les interventions n’ont aucune gravité immédiate ? Il n’en est rien, et quand nous nous occuperons des tumeurs, nous verrons (jue le choc, que l’œdème aigu du cerveau (Bergmann), que des accidents de cause obscure font périr encore trop de nos opérés. Nous sommes devenus à peu près maîtres de l’hémorrhagie, de la méningo-encéphalite, mais nous devons rcéonnaître qu’au point de vue de la gravité immédiate, la chirurgie cérébrale n’a pas encore dit son dernier mot.

1. Pues, dans un mémoire analysé par les Ann. of surg., 1889, t. IX, p. 224, admet également cette régénération.

2. G. Thompson, Succession brain-grafting. New-Yoï-k wed. Journ., 28 juin 1890, t. LI, p. 701.

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