ENFONCEMENTS CHANIENS SANS PLAIE
Les jours suivants, il se forma a l’œil droit un chémosis notable, moins intense que celui de gauche toutefois.
Le 17 avril,!’, m.37 degrés ; s. 37'’,ti ; à 1 heure de l’après-midi débuta un délire, bien vite violent, qui s’était un peu calmé Je 18. A cette date sortit parla plaie un liquide rougeâtre, un peu purulent, et un drain fut mis, T. 39",7 ; à midi, nouvelle poussée de délire violent, puis le coma commença vers 3 heures du soir. Dans la nuil, trois vomissements. T. 40 degrés.
Le 19 matin, coma^slertor, insensibilité absolue. Un battement notable soulève la paupière supérieure, et vers l’angle externe on entend un souffle. La pupille est difl’use et étranglée, avec des veines tortueuses et très gonflées. Mort dans la journée. T. 40 degrés.
A l’autopsie, méningite suppurée; la balle a creusé un sillon sous le cerveau, a ouvert les deux orbites et les fosses nasales. Elle est logée dans le cerveau au-dessus de l’orbite droite. Épanchement sanguin abondant de l’orbite gauche.
Observation YL — Coup de revolver à la tempe (A. Broca).
B... Arthur, douze ans, est apporté le 10 mars 1884 à l’hôpital Trousseau, salle Denonvilliers n° 13, dans le service de M. Lannelongue, dont j’étais alors l’interne; la veille, à 8 h. 1/2 du matin, il s'était tiré un coup de revolver à la tempe droite ; un médecin appelé immédiatement explore la plaie et constate la perforation du temporal. Balle de 7 millimètres. Il n’y a pas eu de perte de connaissance. Ecoulement sanguin notable par la plaie, le conduit auditif et les fosses nasales.
A l’entrée^ plaie à la partie antérieui*e de la tempe, juste derrière l’apophyse orbitaire extenie, ecchymose des paupières à droite; vision abolie de ce côté. Il existe une paralysie du droit supérieur; pas de mydriase. L’œil du côté opposé est absolument normal. Indolence parfaite, aucun trouble cérébral.
A partir du 12 mars, la vision de l’œil gauche commença à se rétablir. Elle était normale le 16 mars.
Le 17 mars, épistaxis.
Le 8 mai, exeat, entièrement guéri, sans aucun trouble cérébral.
2“ Enfoncement sans plaie. — S’il existe un enfoncement sans plaie, les chirurgiens se sont de tout temps divisés en abstentionnistes et interventionnistes. Et il est intéressant de faire remarquer que, dans la doctrine hippocratique, les partisans du trépan préventif se refusaient à trépaner précisément lorsqii’il y avait
accidents immédiats UU’ILS PHOVÜOUENT
enfoncement*, la nature ayant fait, disaient-ils, la besogne du chirurgien. Do nos jours, la proposition a été renvei’sée, et s’il reste des adeptes du trépan préventif, c’est presque uniquement pour les enfoncements crâniens.
Les enfoncements sans plaie ne font pas redouter les complications septiques dont il a été question dans le paragraphe précédent. Mais ils font subir à l’écorce sous-jacente une compression localisée^ capable d’aboutir à l’atrophie, à la sclérose cicatricielle de cette région, à la dégénération des libres blanches correspondantes*. C’est donc du cerveau que vient le danger et c’est de sa soulfrance que résultent les indications opéraloires : comme l’a maintes fois déclaré Lucas-Championnière, il faut intervenir avant que les lésions ne soient devenues définitives.
Cette souffrance se manifeste immédiatement lorsque l’enfoncement s’attaque à une zone à laquelle sont dévolues des fonctions spéciales et actuellement connues: si bien môme — et nous avons cité à ce propos une observation de Ch. Féré relative au pli courbe — que certains enfoncements bien limités ont servi à édifier la doctrine des localisations cérébrales. C’est dans ces conditions que l’on peut observer des sujets atteints de convulsions localisées revêtant les caractères de l’épilepsie jacksonienne, d’une monoplégie, d’aphasie, d’hémianopiek A l’époque où le trépan était dangereux, on démontrait que ces blessés récupéraient souvent la. fonction perdue : et il est exact qu’ils la récupèrent quelquefois. Mais aujourd’hui tout le monde est d’accord pour reconnaitre que nous ne sommes plus en droit d’attendre cette guérison problématique : un enfoncement avec paralysie localisée — motrice ou sensorielle — est une indication opératoire formelle, et après trépanation la guérison est à peu près constante.
1. IIippocnATE, Des plaies de tôte. Œuvres complètes, éd. Liltré, Paris, 1841, t. III, P- 211. s 9.
2. Langlet, Uv. mêd. du Nord-Est, Ileims, 1877, p. 8ü, a publié l’observation d’un homme autopsié à quarante ans après avoir reçu à sept ans un coup de croc à la région pariétale moyenne. De là une liéiiiiplégic avec contracture. Pour plus de détails, voyez le paragraphe consacré aux accidents tertiaires consécutifs aux lésions traumatiques du crâne, pp. 213 et suiv.