‹ Traité de chirurgie cérébraleChapitre 85 sur 305 · ÏRAITEME.M’ DES AB(’,ÈS PUOKONUS DU CERVEAU · texte numérisé non relu

ÏRAITEME.M’ DES AB(’,ÈS PUOKONUS DU CERVEAU

l’eiicépliale, et le trépané, amélioré d’abord par l’opération, guéri même en apparence pendant plus ou moins longtemps, est parfois • repris d’accidents épileptiformes plus ou moins tôt mortels, sans que pourtant l’abcès ait récidivé : on peut citer à ce propos une observation de Gussenbauer \

Un homme, assez bien remis d’un coup de revolver au front, fut trépané sur la cicatrice, au bout de quelques semaines pour des phénomènes faisant soupçonner un abcès. L’abcès fut trouvé, incisé, drainé, et le sujet guérit; mais au bout de six mois revinrent la céphalalgie fixe, le nystagmus, les accès épileptiformes limités au facial et au membre supérieur droit. Ils se renouvelèrent à intervalles variables, et finalement le malade mourut. Or, l’autopsie ne révéla pas trace d’abcès dans le cerveau; la cicatrice, en apparence parfaite, avait seule causé la mort, par un mécanisme encore bien obscur. Ce sujet, guéri de sou abcès, a succombé à l’épilepsie traumatique dont nous allons parler dans un instant.

Il résulte de tout cela qu’il est à peu près impossible de porter un jugement sur le pourcentage des succès et des insuccès. Des tableaux statistiques ont été dressés par Bluhm, par Laurent, par Gallez, par Delvoie, mais ils ne sont pas concordants, puisque Delvoie trouve 14 morts sur 33 cas et Gallez 4 sur 17 ^ On ne saurait en être surpris : ces discordances sont le pain quotidien des statistiques « en mosaïque », dressées avec les faits épars publiés dans divers journaux. Quant au résultat thérapeutique, quelle créance accorder aux observations relatées quelques jours après la cicatrisation, alors que des récidives et même des accidents mortels sont parfois observés au bout de plusieurs semaines, ou même au bout do plusieurs mois? Les seules statistiques probantes sont les statistiques intégrales d’un chirurgien qui observe ses malades pendant longtemps : les documents de ce genre font absolument défaut pour le sujet qui nous occupe, et nous nous abstiendrons de dresser une statistique de plus, en ajoutant aux faits réunis par les auteurs que nous venons de citer ceux qui avaient échappé à leurs

1. Güssenbaueh, Prag. med. Woch., 1885, ü° 1, p. I, et 1886, ii® 35, p. 329.

2. Voyez Gallez, loc. cit., p. 297; Delvoie, loc. cil., p. 214.

ACCIDENTS CÉDÉBRAUX TRAUMATIQUES TERTIAIRES

invesligations ou qui ont dlé publiés depuis la mise au jour de leurs mémoires.

La seule conclusion à tirer de cette discussion est que dans le traitement chirurgical des abcès traumatiques du cerveau, on doit s’attendre à d’assez nombreux échecs immédiats et surtout tardifs. Mais il y a des succès indéniables, et dès lors l’indication opératoire est indiscutable, puisqu’on s’attaque à une lésion fatalement mortelle si elle est abandonnée à elle-même.

D. — Hernie du cerveau.

C’est parmi les complications secondaires ou infectieuses des plaies de tête que nous parlons des encéphalocèles acquises*, car, ainsi que nous avons eu l’occasion de le dire déjà en passant, ces hernies cérébrales traumatiques sont presque toujours, sinon toujours, liées à l’encéphalite, souvent avec abcès de l’écorce sousjacente. En parcourant les observations que nous avons soit résumées, soit simplement citées dans les paragraphes précédents, on verra que c’est une complication relativement fréquente des abcès du cerveau avant ou après l’opération.

Lorsque cette complication survient, certains chirurgiens ont traité la tumeur par la ligature, la cautérisation, l’excision. Mais i la plupart du temps il a suffi, l’abcès ayant été ouvert, d’appliqu er ' un pansement antiseptique et un peu compressif.

Ces quelques mots suffisent pour une lésion, moins fréquente 1 aujourd’hui qu’autrefois, dont la thérapeutique n^'a rien de bien

■' spécial.

§ III. — Accidents tertiaires.

Lorsqu’un sujet a subi, avec ou sans plaie, avec ou sans fracture une lésion traumatique du crâne et du cerveau, les chirurgiens

1. On trouvera de nombreux renseignements sur ce sujet dans une thèse déjà ancienne due à Lewis A. Ledeau, Gontr. à l’ét. de l'encéphalocèle acquise. Thèse de docl., Paris, 1875, n® 160. Pour la bibliographie des opérations modernes, consultez CiiirAui.T, Chirurgie opér. du si/st. nerv., Paris, 1894, t. I, p. 318.

ACCIDENTS TIIAUMATIQÜES TERTIAIUES

ont su, de toute antiquité', qu’il reste exposé, môme après guérison apparente, à des accidents tardifs et plus ou moins graves. Ces faits sont à distinguer de ceux où l’on voit simplement persister, immuables, aggravés ou atténués, les phénomènes qri s’étaient installés dès la première heure.

Soit un sujet chez lequel un enfoncement crânien a causé une monoplégie : souvent cette paralysie s’amendera, mais souvent aussi elle persistera, et même au lieu de rester flasque s’accompagilora parfois de contracture, par dégénération descendante de la partie du faisceau pyramidal correspondant à la zone corticale détruite. C’est là, en somme, la persistance d’un symptôme primitif et les indications thérapeutiques sont les mômes que pour le trépan primitif, avec d’autant moins de chances de succès, il est vrai, qu’on intervient plus tard.

Mais chez d’autres malades, des symptômes nouveaux surviennent, soit de bonne heure, le sujet n’ayant pour ainsi dire pas le temps de se rétablir, soit après une période plus ou moins longue de santé apparente.

Cette période de silence, que l’on a vue durer des années, peut exister même lorsqu’il y a une lésion grossière telle qu’un enfoncement, un corps étranger.

Il faut remarquer, cependant, que si quelquefois le calme est absolu, bien souvent un examen attentif décèle quelques troubles légers, de la céphalalgie principalement. Puis à un moment donné, les accidents s’affirment.

Parfois, leur évolution est brusque, mais d’ordinaire elle est progressive : peu à peu les troubles s’accentuent, les crises convulsives, par exemple, deviennent plus fréquentes, plus intenses, plus étendues.

Ces troubles peuvent frapper les fonctions motrices, sensorielles

1. Parmi les auteurs anciens qui ont traité avec succès par la trépanation des accidents tardifs consécutifs à des traumas crâniens, nous citerons : P. de Mauchettis, Sylloge observ. medico-chir. rariarum, Amstelod., 1665, obs. VH, p. 16 (épilepsie, guérison). — Scui.tet, L’arcenal de la chir. de feu ScuUet, trad. Deboze, Lyon, 1673, p. 5, table II (paralysie et vertiges, guérison). — Mauquest de la Motte, Traité compl. de chir., 3° éd., par Sabatier, Paris. 1771, t. I, p. 343 (Epilepsie cessant tant que la brèche resta ouverte; récidive légère après la guérison de la plaie).

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