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OSTÉO-SARCOME DE LA TÈTE DE L'HUMÉRUS

Cependant, bien que le néoplasme n'ait pas encore franchi la tête de l'os, il arrive un moment où se produit un signe pathognomonique qui lève tous les doutes. Le sarcome absorbe et détruit peu à peu les tissus, de telle sorte qu'il ne reste plus bientôt qu'une lamelle osseuse périphérique, une coque très mince, que le palper fait aisément reconnaître, car elle se déprime sous le doigt. Explorez donc avec grand soin tout le pourtour du moignon de l'épaule et si, dans un point, môme très limité, vous percevez

Fig. G3. — Sarcome de la tête de l'humérus.

le signe de la crépitation parcheminée, concluez immédiatement à l'existence d'un sarcome. Je dis un sarcome, bien qu'à la rigueur un autre néoplasme, même un kyste hydatique, puissent produire un phénomène identique, mais la grande probabilité est en faveur du sarcome, et d'ailleurs vous auriez à suivre la même ligne de conduite.

Le malade se présente à votre examen au moment de la seconde période, c'est-à-dire lorsque le sarcome, ayant débordé l'os de toutes parts, forme une tumeur appréciable à l'œil et au toucher. Le moignon de l'épaule présente alors une déformation tout à fait caractéristique, et il suffit en général de l'avoir bien observée

592 AFFECTIONS CHIRURGICALES DIJ MEMRRE SUPÉRIEUR.

une seule fois pour établir d'emblée le diagnostic (fig. 63). C'est une tumeur lisse, régulière, arrondie, nellement limilée aumolgnon de l'épaule. Cette tumeur ne se continue pas avec le reste du bras par une sorte de plan incliné en fuseau, non, elle se termine brusquement; immédiatement au-dessous d'elle le bras présente sa conformation et sa physionomie normales. L'ensemble de l'épaule offre l'apect d'un gigot.

Les praticiens commettent cependant encore souvent, à cette période, une grosse et funeste erreur de diagnostic. Cela provient de ce que la tumeur est dans tous ses points absolument fluctuante, et l'on conclut à une collection de liquide: mais si l'on vient à pratiquer une ponction (et c'est la conduite habituelle), il s'écoule du sang pur et, au lieu de s'affaisser, la tumeur ne fait plutôt que s'accroître. Dans le dernier cas soumis à mon examen, un praticien avait répété (je n'ai jamais pu en comprendre la raison) un certain nombre de fois cette ponction et avait réduit la malade à un degré extrême d'anémie. La suppression de ce traitement absurde ramena une santé générale relativement bonne, ce qui eut pour résultat de ranimer l'espoir de la malade et de sa famille, à ce point que la seule opération rationnelle fut ajournée et la malheureuse jeune femme ne tarda pas à succomber.

Ce genre de tumeur s'accompagne quelquefois d'un développement considérable de vaisseaux à son intérieur, et l'on observe alors un bruit de souffle et des battements pouvant faire croire à un anévrysme; mais l'erreur n'est pas de longue durée, car s'il y a des battements, il n'existe ni soulèvement, ni mouvement d'expansion; le bruit de souffle est beaucoup moins intense et d'ailleurs la marche de ces deux affections est tout à fait différente.

Au bout d'un certain temps, si la maladie est abandonnée à ellemême, un nouvel accident se produit et d'une manière à peu près constante : c'est la fracture spontanée de l'humérus dans le point précis où se termine la tumeur. Jusqu'alors les mouvements du bras avaient été relativement faciles. Cette fracture se produit sans occasionner de douleur. D'ailleurs le symptôme douleur, assez violent pendant la première période, s'atténue beaucoup, ce qui fait croire aux malades que leur état tend plutôt à s'améliorer.

Bref, le sarcome continue à s'accroître ; il devient énorme, quelquefois plus gros que le tronc lui-môme; de grosses veines

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