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TKAUMATISMES DU CREUX DE L'AISSELLE

Ces blessures se traduisent tout de suite par l'apparition d'un épanchement énorme de sang qui soulève la paroi antérieure et refoule la base de la région.

Est-ce la veine ou l'artère qui a été blessée? Il n'est pas toujours facile de le savoir. Si la masse sanguine est soulevée par des battements, si le pouls radial a disparu, nul doute que la lésion porte sur l'artère; mais ces signes sont loin d'être constants, même dans la blessure de l'artère, sans compter qu'il pourrait s'agir d'une grosse collatérale, comme la thoracique inférieure, par exemple. J'ai déjà fait remarquer (p. 30) que les collections sanguines résultant de la blessure d'une artère et désignées en pathologie sous le nom d'anévrysme diffus primitif ne présentent en général ni battement ni souffle ; d'autre part, une blessure incomplète de l'axillaire pourrait laisser passer assez de sang pour produire le pouls radial. Si ce pouls était plus faible que celui du côté opposé, cela pourrait tenir à la compression du vaisseau par l'épanchement sanguin. On peut donc affirmer qu'un gros vaisseau a été intéressé, mais il est souvent impossible de dire quel est ce vaisseau.

Le diagnostic serait plus facile si l'accident résultait d'une traction violente exercée sur le bras, ainsi qu'on l'observe, par exemple, pendant la réduction de certaines luxations anciennes de l'épaule, car l'expérience a démontré que c'est ordinairement l'artère qui cède dans ce cas.

Quoi qu'il en soit, vous voici en présence d'une plaie vasculaire de l'aisselle se traduisant par un vaste épanchement sanguin : qu'allez- vous faire?

Deux circonstances se présentent : ou bien la plaie cutanée est large : elle a été produite, je suppose, par un couteau, par une corne de bœuf, etc., et tout, en s'infîltrant dans la couche cellulograisseuse de l'aisselle, si bien disposée à cet effet, le sang s'écoule à l'extérieur, ou bien la plaie est très étroite et ne donne lieu à aucun écoulement sanguin.

Dans le premier cas, la conduite est toute tracée : faites comprimer aussi bien que possible l'artère sous-clavière sur la pre^ mière côte au-dessus de la clavicule ; agrandissez la plaie avec le bistouri, si cela est nécessaire, et allez à la recherche du vaisseau qui donne. Liez les deux bouts, ou bien appliquez sur l'artère une pince à forcipressure, c'est la seule conduite rationnelle. Ne perdez surtout pas le temps à recourir aux demi-mesures, telles

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que la compression, le perchlorure de fer, etc. ; avec un peu de patience vous finirez par arriver au but.

Le second cas est beaucoup plus embarrassant : il existe une plaie très étroite qui ne donne pas de sang, ou môme il n'existe pas de plaie, à la suite d'une déchirure, par exemple.

L'intervention rapide ne s'impose pas comme dans le cas précédent, puisque le blessé ne court pas un danger de mort immédiate. Les exemples sont rares, sans doute, d'une grosse artère se cicatrisant à la suite d'une plaie, d'une rupture par arrachement ou ulcération de la paroi, mais enfin ils existent et j'en ai observé un exemple précisément sur l'artère axillaire, avec MM. Cazin et Houzel (de Boulogne-sur-Mer). 11 est donc permis, il est donc sage même de temporiser, mais voici ce qui se passe d'habitude : le foyer sanguin se distend de plus en plus, si le sang continue à s'échapper de l'artère et envahit les régions voisines ; ou bien le foyer s'enliamme, la peau rougit, se distend et menace de se rompre. 11 faut alors évidemment agir.

Trois partis se présentent : 1° aller dans l'aisselle à la recherche du vaisseau divisé; 2° faire la ligature à distance au-dessus de la plaie artérielle ; 3° désarticuler l'épaule.

11 est difficile, impossible même de dire au praticien celui des trois partis qu'il doit prendre, car sa conduite dépend de l'étendue de la lésion. Le meilleur, le plus rationnel des trois, est évidemment le premier. Fendre l'aisselle, la déblayer des caillots qui l'encombrent et pénétrer jusqu'au vaisseau intéressé est une excellente opération qui sauvera à peu près certainement les jours du blessé en conservant le membre : mais est-elle toujours praticable? Malheureusement non, en raison de la tuméfaction des parties, et quelquefois de l'état de faiblesse du sujet qui ne supporterait pas une pareille recherche toujours extrêmement longue ; et l'on conçoit vraiment qu'un chirurgien hésite à entreprendre une opération qui n'aboutira peut-être qu'à lui laisser le blessé entre les mains. Donc, si la recherche dans l'aisselle de l'artère divisée paraît présenter de trop grandes difficultés pour une cause quelconque (épaisseur du foyer, siège de la blessure dans un point trop élevé, anémie du sujet), il faut songer au second parti, c'est-à-dire à la ligature au-dessus de la plaie, et, dans ce cas, la meilleure est la liga ture de l'artère sous-clavicrc en dehors des scalènes (je renvoie le lecteur à mon Traitr d'anatomie^ page4.^5, 7"^ édition, pour le procédéqu'il convientde suivre).

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