PLAIES DES DOIGTS
méthode italienne, c'est-à-dire prendre un lambeau sur une autre partie du corps.
Les traumatismes des doigts consistent en plaies, entorses, fractures et luxations. Nous e'tudierons ensuite les affections inllammaloires, qui se re'sument presque toutes en un mot : le panaris. Après avoir passé en revue les lésions organiques, nous terminerons ce chapitre par l'étude des difformités, qui jouent un rôle important dans la pathologie des doigts.
Plaies des doigts. —Les plaies des doigts sont presque constamment des plaies contuses (je ne parle pas des petites plaies que l'on observe chaque jour, mais seulement de celles qui nécessitent l'intervention du chirurgien). Cependant un instrument tranchant peut entailler un doigt et môme en détacher complètement l'extrémité. Dans ce dernier cas il est indiqué de réappliquer immédiatement le bout coupé en le fixant avec des bandelettes de diachylon. Il est possible de réussir.
Je répéterai ici ce que j'ai dit plus haut à propos de la main : N'amputez jamais d'emblée un doigt atteint de plaie contuse, et sous cette désignation je n'entends pas seulement lacontusion de& parties molles, mais encore les fractures, le broiement des os, qui les accompagnent si souvent. C'est dans le cas seulement où le doigt ne tiendra plus que par un lambeau de peau ou de tendons qu'il faudrait le séparer d'un coup de ciseaux ; mais ne vous laissez jamais aller à la tentation de régulariser une plaie contuse, si mâchée soit-elle. Laissez les choses s'arranger d'elles-mêmes : des fragments de doigt se détacheront, et vous aiderez plus tard à ce détachement, si c'est utile ; en agissant ainsi vous pourrez conserver au blessé quelques centimètres de plus, ce qui est souvent inappréciable.
Si la plaie est limitée à l'extrémité des doigts, vous pourrez employeravec avantage le pansement dit par occlusion de Cliassaignac, consistant à la recouvrir d'un certain nombre (une vingtaine environ) de petites bandelettes de diachylon imbriquées l'une sur l'autre. Le pansement restera en place le plus longtemps possible.
Si la plaie est très étendue, après l'avoir lavée à la solution phéniquée forte, vous la recouvrirez d'un pansement antiseptique.
Le pansement ouaté de M. Alphonse Guérin convient très bien à ce cas particulier, si la plaie n'a pas besoin, pour une cause quelconque, d'une surveillance particulière.
Les doigts, en particulier le pouce, sont souvent atteints à'entorse\ cette affection ne mérite que d'être mentionnée.
Je signalerai à ce propos une lésion qui s'en rapproche : l'arrachement du tendon extenseur à son insertion à la troisième phalange. Le doigt est mobile dans son ensemble, mais la troisième phalange reste légèrement fléchie et ne peut se mettre au niveau des autres dans l'extension. Il faut conseiller de maintenir le doigt étendu pendant quelque temps, fixé sur une attelle.
Les fractures des doigts sont rares, j'entends les fractures simples et non celles qui accompagnent si souvent les plaies contuses. Elles ne présentent d'ailleurs rien de spécial à noter. Je ferai seulement remarquer qu'une fracture de l'extrémité supérieure de la première phalange serait facilement méconnue, en raison du voisinage de l'articulation métacarpo-phalangienne, qui trompe sur la mobilité anormale.
Luxation des doigts. — Il est très rare d'observer la luxation de l'articulation métacarpo-phalangienne des quatre derniers doigts; celle du pouce au contraire est relativement commune.
Les luxations de la troisième phalange sur la seconde et de la seconde sur la troisième se rencontrent assez souvent, et comme l'accident se produit en général dans une chute sur la main étendue, la luxation est à peu près toujours en arrière, c'està-dire que la phalange luxée fait saillie sur le dos du doigt. Celte saillie est plus ou moins appréciable suivant que la luxation est complète ou incomplète, et dans ce dernier cas elle est souvent si peu marquée qu'elle peut passer inaperçue. Indépendamment de ce relief, il existe une douleur assez vive avec impossibilité de mouvoir le doigt. Un mouvement brusque de traction et de flexion permet le plus souvent de réduire facilement la luxation.
Il n'en est pas de même de celle du pouce, dont l'étude est fort intéressante.
La luxaiion du pouce présente ce caractère remarquable d'offrir dans certains cas une résistance mécanique invincible à la réduction, d'être irréductible. Pendant longtemps on a pu invoquer comme cause la constriction exercée autour de la tôle du
LUXATION DU POUCE. ' 687
métacarpien par les muscles de l'éminence the'nar faisant office de sangle, mais cette théorie ne peut subsister depuis que nous avons à notre dispositiou le chloroforme, qui anéantit la puissance musculaire. Il faut en rechercher la cause dans les nouveaux rapports qu'affectent avec le métacarpien les os sésamoïdes, ainsi que le ligament glénoïdien, et nous devons à M. Farabeuf d'avoir jeté une vive lumière sur cette question, de l'avoir, je pense, définitivement fixée.
La luxation du pouce se fait à peu près constamment en arrière,
ig- 77. — Articulation métacarpo-phalangienne du pouce à l'état normal.