‹ Traité de chirurgie clinique [electronic resource]Chapitre 44 sur 153 · TUMEURS DE L'ORBITE. 20S · texte numérisé non relu

TUMEURS DE L'ORBITE. 20S

assez obscure. Cette variété est bien spéciale à la région qui nous occupe. En voici un cas dont je crois devoir présenter an résumé.

Un jeune garçon de dix-neuf ans entre dans mon service le 15 novembre 1887. Il est atteint de microphthalmie du côté droit. L'œil présente environ la moitié du volume de celui du côté opposé.

Vers l'âge de sept ans, le globe de l'œil présenta une certaine tendance à se porter en haut, et à neuf ans la paupière inférieurr; était plus saillante que celle du côté opposé. Il survint bientôt un léger degré d'ectropion avec une blépliarite glandulo-ciliaire. Ces phénomènes s'accrurent progressivement ; l'œil se porta plus en haut et la cornée finit par être complètement cachée derrière la paupière supérieure. La saillie de la paupière inférieure augmenta de plus en plus ; il en fut de même de l'ectropion ainsi que de la blépharite, et c'est seulement pour ces derniers accidents devenus très gênants que le malade vint consulter, car il n'éprouvait aucune douleur. A ce moment, tous les mouvements de l'œil sont possibles, sauf celui d'abaissement. La vision affaiblie (le malade ne peut lire de cet œil) existe cependant à un certam degré. Le fond de l'œil , examiné par M. Galezowski, est normal.

En explorant l'angle interne de l'orbite, on constate derrière la paupière restée souple et mobile la présence d'une tumeur qui remplit cet angle et empiète sur la paroi inférieure. Cette tumeur est lisse, régulière, ferme, rénitente, sans battements ni souffle, mdolente à la pression ; le malade n'accuse pas non plus de dou^ leurs spontanées. Elle est absolument fixe, paraît adhérer à la paroi interne de l'orbite et si loin que porte le doigt, il n'en peut atteindre la hmite postérieure. La tumeur semble présenter le volume d une grosse noisette. C'est évidemment un kyste congé mial avec microphthalmie. .Te pratiquai l'ablation de la tumeur le -1 novembre et je pus constater quelle était disposée ainsi que le représente le schéma ci-contre (fig. 14).

C'était bien en effet un kyste ; mais, au lieu d'adhérer à la paroi mterne de 1 orbite, ainsi que je pensais, il était rattaché à la ^clérot.que par un court pédicule que je coupai avec des ciseaux sans intéresser le globe. L'aspect du kyste rappelait exactement celui de la sclérotique elle-même.

Je ne crois pas devoir discuter ici les diverses hypothèses émises par les auteurs pour expliquer le mode de production de ces

2(»l) AFFKCTIONS CHIHURfïUlALF.S UK I/APPAREIL DE LA VISION.

kysLus. 11 me paraît dvidciiL qu'il convient de les rattacher au tléveloppement du globe de l'œil. Or, que nous enseigne à ccl égard rcmbryogénie? Pendant la période embryonnaire, la sclérotique présente à sa partie inférieure et interne (c'est-à-dire exactement dans le point où se développent les kystes) une fente pailaquelle s'engage le derme dans la vésicuje oculaire primitive, derrière le cristal lin, pour constituer le corps vitré. La fente scléroticalc se ferme ensuite; mais quelquefois aussi elle cède sous l'iniluence probable de la pression intra-oculaire, de manière à donner nais-

Fig. 14. — Kyste congénital de l'orbite avec microphthalmie.

sance h un slaphylome sclérotical congénital. N'est-il pas extrêmement vraisemblable, sinon certain, que les kystes de cette variété sont une conséquence de ce slaphylome sclérotical, se développant peu à peu jusqu'à former une véritable poche en continuité avec la sclérotique, comme celle que j'ai rencontrée chez mon malade? Est-il surprenant qu\ine semblable malformation s'accompagne de microphthalmie, ou même d anophthalmie. suivant que la tumeur prend dans l'orbite un développement plus ou moins grand et plus ou moins rapide?

Tumeurs du nerf optique. — De même que les kystes congénitaux de l'orbite avec microphthalmie, les tumeurs primitives du nerf optique constituent une affection rare et d'un diagnostic assez difficile. Ayant eu occasion d'en observer un cas bien (ype, j'en présenterai ici l'analyse (l'observation complète se trouve dans la Gazcltc des Iwpilaux du 17 février i887).

ÏUMEUHS DE L-OnnlTE. 207

Un homme âgé de quarante et im ans, instituteur en Normandie, entra dans mon service le 1" décembre 1886.

Dix-huit mois auparavant, il avait commencé à ressentir des douleurs assez vives dans l'œil gauche; rœil était devenu un peu proéminent, et des troubles de la vision étaient apparus : Quand il lisait, les lettres lui paraissaient entourées d'une auréole rouge, et les douleurs devenaient plus intenses. Notez que ces trois phénomènes : douleurs orbitaires et circumorbitaires — exophthalmie — troubles de la vision, apparurent simulUmément.

Ces accidents persistèrent pendant quatre mois; survint une rémission de huit mois, après laquelle les mêmes phénomènes reparurent plus intenses pour ne plus cesser et aller en s'aggravant.

Voici Tétat du malade à son entrée dans mon service.

L'œil gauche fait une saillie considérable; il est presqu'enlièrement sorti de l'orbite. Mais c'est bien une exophthalmie simple, parce que le globe lui-même n'a pas augmenté de volume : il n'existe pas d'épanchement intra-oculaire, et l'examen ophthalmoscopique a révélé à M. Galezowski (qui m'avait adressé le malade) l'existence d'une névrite optique sans aucune autre altération.

L exophthalmie est directe. L'œil n'a subi aucune déviation. Les mouvements du globe, quoiqu'un peu restreints, sont tous conserves.

La cécité est absolue; la lumière, même intense, ne détermine aucune sensation.

Le malade souflVe beaucoup; il passe des nuits terribles. Les douleurs semblent siéger au fond de l'orbite d'où elles irradient vers le crâne. iciuiuui

L'œil droit est normal ; la vision est intacte: mais timpression d^ cu^n. urrur^u. sur ee, œil sain pro.o.ue <les douLs très molentes dan^s lœ,l gcmche, à tel point que, pour éviter ces douleurs, le malade tient l'œil droit fermé (1).

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