MALADIES UU PLANCHER DE LA BOUCHE
doit porter sur toute l'épaisseur des bords, afin de pouvoir opposer entre eux des surfaces d'une certaine largeur; la lèvre droite de la division doit être avivée de la main gauche et réciproquement. On se servira d'une longue pince à griffes pour saisir le voile et d'un bistouri à lame mince et étroite. Je conseille de faire l'avivement de bas en haut, afin de ne pas être gêné par le sang.
La suture est le temps difficile de la staphylorrhaphie, et l'on a imaginé un certain nombre de procédés, surtout pour passer le fil d'arrière en avant dans la lèvre droite de la division, mais aujourd'hui nous nous servons d'une aiguille à manche analogue à celle de Reverdin, et nous traversons les deux lèvres du môme coup, comme dans une suture ordinaire. Ce temps opératoire se trouve ainsi beaucoup simplifié.
On emploiera des fils métalliques fins ou des fils de soie en nombi'e nécessairement variable, assez rapprochés les uns des autres. Lorsque tous les fils sont passés, faites le rapprochement des bords de la division et assurez-vous que la coaptation s'effectue sans effort, sans tiraillement, sans tension trop prononcée. Il ne reste plus alors, après avoir attendu que les surfaces saignantes soient sèches, qu'à fixer chacun des points de suture en procédant d'avant en arrière.
Si l'on constate que les lèvres de la division se rapprochent difficilement, et que le voile soit alors fortement tendu, il est indispensable de pratiquer sur les parties latérales, et de chaque côté, une incision libératrice parallèle à la division. On incise avec le bistouri couche par couche jusqu'à ce que le rapprochement s'effectue sans effort; c'est la seule règle qu'il soit, à mon sens, utile de formuler quant à la profondeur à donner aux incisions latérales.
Le malade sera nourri à la cuiller ou au biberon avec des aliments liquides pendant les trois ou quatre premiers jours, et les fils seront enlevés le cinquième ou le sixième jour.
MALADIES DU PLANCtîER DE LA BOUCHE.
Le plancher de la bouche peut se décomposer en deux parties dont l'une contient la langue et l'autre la glande sublinguale. J'étudierai tour à tour les maladies de ces deux régions.
MALADIES Mi \.\ HOUCIIIi; ET DK SES DÉPENDANCES.
Maladies de la langue.
l^^^ lésions traumatiquesA^ la langue : plaies, contusions, corps étrangers, sont rares et ne présentent rien de spécial Les morsures sont plus communes, chez les épileptiques, par exemple • on ferait au besoin une suture, si un lambeau était détaché. Je n'ai rien à dire des brûlures.
La langue est susceptible de se tuméfier dans le cas de (jlo: site, et la tuméfaction se développe avec une extrême rapidité. C'est ce que nous voyons souvent à la suite de l'emploi du thermocautère, dans la stomatite mercurielle, etc. ; l'application d'une substance septique sur la langue produit le même effet; un individu qui avait sottement parié de manger un crapaud vit sa langue prendre un développement énorme et succomba asphyxié. Un malade présenta, dans mon service, une glossite due à une gangrène cachectique du plancher de la bouche.
Quelle- que soit la cause du gonflement, les malades éprouvent une gêne considérable de la déglutition, de la phonation, mais surtout de la respiration, à ce point qu'ils peuvent succomber à l'asphyxie. S'il existait un phlegmon du plancher de la bouche ou de la région sus-hyoïdienne, il faudrait pratiquer sans retard un large débridement. Si le gonflement ne porte que sur la langue et devient menaçant, faites une incision profonde sur la face dorsale et, si la situation ne s'améliore pas, ayez recours à la trachéotomie.
Je rapprocherai de cette affection celle beaucoup plus rare décrite sous le nom de macroglossie et qui est congénitale, ou plutôt qui se développe dans les premières années de l'existence. La langue peut prendre un volume tel qu'elle n'est plus contenue dans la bouche et pend au dehors. On devine aisément les troubles multiples qui en résultent. Si la vie de l'enfant était compromise, il faudrait nécessairement agir et retrancher la partie excédente de l'organe, bien que cette opération présente de graves dangers, surtout à cause de l'hémorrhagie possible. La méthode de diérèse que je préférerais serait l'excision avec le bistouri ou les ciseaux d'une portion de langue préalablement cernée avec de longues
pinces hémostatiques laissées en place pendant vingt-quatre heures après l'opération. Le thermo-cautère fournit sans doute, s'il est hien dirigé, une hémostase primitive suffisante, sinon complète, mais il expose beaucoup à l'hémorrhagie secondaire lors de la chute des eschares ; l'écraseur linéaire serait préférable.
Laglossite peut se terminer par la production d'un abcès développé au sein des fibres musculaires de la langue. Cet abcès diffère de ceux observés dans les autres régions en ce qu'il présente une consistance ferme qui le fait ressembler à une tumeur solide ; la fluctuation y est fort difficile à percevoir, et c'est en se basant surtout sur le mode de développement et la marche de l'afPection que l'on en pourra établir le diagnostic. L'ouverture au bistouri est le seul traitement convenable.
Lésions organiques de la langue. — Les lésions organiques de la langue se manifestent sous deux formes distinctes : à l'état de tumeur non ulcérée, à l'état d'ulcération.
Les tumeurs de la langue peuvent être divisées cliniquement en deux groupes : les tumeiirs rares et les tumeurs communes.
Le groupe de tumeurs rares comprend : les anévrysmes, les angiomes, les kystes, les lipomes et les fibromes. Ce sont du m'oins celles qui ont été, jusqu'à ce jour, rencontrées dans l'épaisseurde la langue. On voit qu'elles peuvent être elles-mêmes subdivisées en solides et en liquides.
Les tumeurs communes sont le syphilome et l'épi théliome.
Le syphilome lingual peut être diffus; il existe alors une induration plus ou moins étendue de l'organe, occupant soit les couches superficielles, soit les couches profondes ; c'est une sorte de sclérose de la langue. Il peut être circonscrit et se présenter sous la forme d'une gomme.
L'épithéliome est tantôt superficiet et revêt l'aspect d'unpapillomc ; tantôt il est situé profondément dans l'épaisseur de la langue, il est interstitiel.
La gomme et l'épithéliome ne tardent pas à aboutir à l'ulcération.
Les ulcérations de la langue sont d'origine traumatiquo tuberculeuse, syphilitique, ou épithéliale.
346 MALADIES DE LA llûCCIIii KT DK SKS DÉPENDANCES.
Je crois- devoir résumer ces diverses notions dans le tableau synoptique suivant.
Anévrysmc... <