‹ Traité de chirurgie clinique [electronic resource]Chapitre 90 sur 153 · CORPS ÉTRANGERS DU PHARYNX ET DE L'ŒSOPHAGE. B · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DU PHARYNX ET DE L'ŒSOPHAGE. B

le diagnostic de « paludisme avec adénopathie sterno-mastoïdienne droite symptomalique » (1). . , , .,

La première question à résoudre est donc celle-ci : existe-t-il réellement un corps étranger dans l'œsophage? En effet, si le diagnostic s'imposait en quelque sorte au moment de l'accident, il n'en est pas de même plus tard et le chirurgien peut être très hésitant. La paroi œsophagienne forme parfois une sorte de diverticulum qui loge le corps étranger ; une pièce de monnaie, un os, peuvent se placer de champ et laisser passer facilement les aliments ; en voici un second exemple. Une petite fille de huit ans avait avalé un sou ; la mère en avait recherché avec un soin facile à comprendre la présence dans les matières fécales et ne l'avait pas trouvé ; un mois se passa et la santé de l'enfant était satisfaisante, mais la déglutition ne se faisait pas aussi bien qu'avant l'accident. Noël Gueneau de Mussy me demanda de voir cette enfant, et je lui fis part de mon opinion sur la possibilité du séjour du sou dans l'œsophage, malgré l'absence de signes

(!) Le nommé Henri Isidore, âgé de trente-huit ans, entra le 20 novembre 1888 à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Christophe, avec des symptômes fébriles et un léger conQement du cou. Le malade racontait que tous les ans, à pareille époque, il Itait pris d'accès quotidiens de fièvre palustre, et M. G. Sée rattacha les accidents actuels à cette même cause, mais le gonflement du cou prenant un caractère phlegmoneux, le malade fut envoyé dans mon service le 23 novembre.

Le cou était tuméfié à droite d'une manière uniforme; il existait une coloration rouge sombre bronzé, et, en appliquant la main, je sentis une fine crépitation emphysémateuse. Mon esprit se porta donc tout de suite vers une affection des voies aériennes, mais le malade nous apprit, ce qu'il n'avait pas encore dit, n'y attachant sans doute pas d'importance, que cinq jours avant son entrée à l'hôpital, c està-dire le 15 novembre, il avait avalé un os en prenant rapidement une tasse de bouillon. H avait ressenti immédiatement une douleur très aiguë dans le dos entre les deux épaules, et la déglutition était devenue extrêmement pénible. Mais la douleur avait disparu peu à peu, et deux jours après il ne restait plus qu'une dysphagie légère, les corps liquides et solides passant assez facilement.

Voici d'aiHeurs les notes prises au lit du malade ;

2.3 novembre. - Fièvre intense 39o,5. Dyspnée légère, déglutition assez facile, rougeur diffuse à teinte rouge cuivrée, rappelant la couleur de l'érysipèle bronze des alcooliques, occupant les régions sus -hyoïdienne, sous-hyoïdienne et sus-c laviculaire latérales droites. Empâtement sous-jacent, œdème à la pression des doigts. Emphysème sous-cutanc léger. On porte le diagnostic de : plaie de l œsophage et probablement de la trachée avec phlegmon infectieux.

24 novembre. - La fièvre continue, délire léger, dyspnée toxique, pas de fluctuation, aucune indication à intervenir.

25 novembre. — Augmentation des accidents précédents. — Mort.

A l'autopsie nous trouvâmes un os ayant la forme et occupant le siège représentés sur la figure 55. L'œsophage était atteint de trois larges perforations. OEsophagite et péri-œsophagite, surtout latérale droite et antérieure, trachée et appareil pleuropulinonaire intacts.

positifs, et de mes craintes de voir, à un moment donné, évoluer des accidents graves. Il ne fallait pas songer à explorer l'œsophage de celte petite fille sans anestliésie. Je l'endormis et traversai l'œsophage du haut en bas avec le bout arrondi de l'instrument de de Graefe. Je ne rencontrai pas de résistance appréciable, mais, quarante-huit heures après, la mère m'apporta le sou. Il était évidemment dans l'œsophage et je l'avais repoussé dans l'estomac.

Pour résoudre la question posée plus haut, le seul moyen, et encore ne réussit-il pas toujours, est donc l'exploration de l'oesophage, avec ou sans chloroforme, suivant qu'il s'agit d'un enfant ou d'un adulte. M. Collin a construit dans ce but un instrument muni d'un résonateur qui rend le contact extrêmement sensible.

Si on ne trouve rien, il faut se résoudre à abandonner les choses à la nature ; mais si l'on sent le corps, il en faut tenter l'extraction, soit avec le panier de de Graefe, soit avec la longue pince courbe très ingénieuse de Mathieu. C'est alors, surtout si l'on échouait par les moyens précédents, que l'on pourrait mettre à profit le procédé imaginé par M. le Gautier (de Genève). Il consiste à introduire dans l'œsophage un ballon de caoutchouc vide jusqu'au niveau du corps étranger et à le remplir d'air quand il est en place. On dilate ainsi l'œsophage, et il est possible que le corps, dont les pointes sont enfoncées dans les parois de cet organe, se dégage et tombe dans l'estomac.

Page 1