SONORES OU OREILLE INTERNE
L'oreille interne comprend le labyrinthe, composé lui-même de trois parties : le vestibule, les canaux demi-circulaires et le limaçon. Dans ces cavités se trouvent : un liquide, une fine poussière calcaire ou otolithe et la terminaison du nerf auditif. 11 comprend, en outre, le conduit auditif interne renfermant deux nerfs : le facial et l'auditif (Voy. fig. 5).
Entre l'oreille moyenne et le labyrinthe se trouvent les membranes des deux fenêtres ovale et ronde, qui, aiiatomiquemeut, appartiennent aussi bien à l'une qu'à l'autre de ces deux régions, au même titre que la membrane du tympan appartient à la caisse et au conduit auditif externe. Aussi, comprend-on que les lésions de la caisse retentissent souvent sur le labyrinthe et donnent lieu à des symptômes qui sont d'ordre labyrinthique, tels que bourdonnements et vertiges, ainsi que nous l'avons souvent fait remarquer dans les chapitres précédents.
Le diagnostic dos maladies de Toreille interne est peu avancé, et le traitement moins encore : raison de plus pour s'efforcer de débrouiller ce chaos et d'apporter un peu d'ordre dans leur étude.
Je ne ferai que mentionner les traumatismes de Toreille interne. La profondeur du siège qu'elle occupe la met généralement à l'abri des blessures directes. Il n'en est pas de môme des blessures indirectes, qui sont aussi communes que les fractures elles-mêmes du rocher; mais on conçoit qu'elles jouent alors un rôle secondaire, et le clinicien ne les recherche que comme symptôme de l'affection principale. Elles ne fournissent, d'ailleurs, aucune indication thérapeutique spéciale.
La surdité peut aussi succéder aune forte commotion du crâne, et il me paraît bien difficile de rattacher l'accident à sa véritable cause : s'il est dû, par exemple, à une lésion du labyrinthe ou à celle des centres moteurs corticaux.
Une maladie de l'oreille interne dont le diagnostic est, en général, assez facile, c'est la maladie de MemêrCy appelée ainsi du nom de l'auteur qui, le premier, l'a bien décrite, et surtout l'a rattachée à sa véritable cause, c'est-à-dire à une altération des canaux demicirculaires. Jusqu'à Ménière, les sujets étaient considérés comme frappés d'une congestion cérébrale. Voici, en effet, les phénomènes que présentent les malades :
Tantôt, ils perdent connaissance et tombent; le sentiment revient rapidement et il ne reste plus que de la surdité et des bourdonnements ; d'autres fois, ce sont seulement des vertiges, une tendance à tomber qui les forcent à s'arrêter dans la rue, à se cramponnera un objet quelconque; ce sont encore des nausées, des vomissements. Les malades ont comme le mal de mer et la position horizontale ne fait pas toujoui's disparaître l'état vertigineux.
En les interrogeant avec soin, on apprend que cet état est toujours précédé, accompagné, ou suivi de troubles de l'ouïe : surdité et bourdonnements. Il n'est donc pas difficile, pour peu qu'on y songe, de distinguer le vertigo ab aurelœsa du vertigo a stomacho Ixso, et aussi d'une congestion du cerveau. Il faut encore reconnaître s'il s'agit d'une maladie de Ménière ou bien d'une des affections assez nombreuses de l'oreille qui, ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut, déterminent une augmentation de pression intralabyrinthique, et, par conséquent, des accidents analogues.
C'est par exclusion^ en éliminant successivement chacune des maladies, que le diagnostic réel devra être établi.
On pourra recourir comme traitement aux révulsifs derrière Toreillo ; on a aussi recommandé l'emploi du sulfate de quinine à la dose de 1 gramme par jour; du salicylate de soude à la dose de 2 grammes, mais sans résultat bien évident. Je préfère donner le sulfate de quinine à la dose de 10 centigrammes par jour et le prolonger assez longtemps.
Voltolini a pensé qu'un certain nombre d'enfants considérés comme atteints de méningite avaient une otite labyrinthique aiguë, qui donnerait lieu à des accidents analogues à ceux de la méningite. Lorsqu'un sujet est sourd-muet, et que les parents font remonter l'affection à des convulsions de l'enfance, il est très possible qu'il s'agisse de la maladie de Voltolini, mais la démonstration n'en est pas encore suffisamment complète. D'ailleurs on conçoit que ces recherches, très intéressantes au point de vue pathogénique, ne modifient pas sensiblement les indications thérapeutiques.
Indépendamment de la maladie de Ménière (surdité et vertiges) et de la maladie de Voltolini, certains malades sont atteints d'otite nerveuse, dont le siège est dans le labyrinthe et que j'appelle otite labyrinthique^ parce qu'il est difficile de savoir quelle est la partie du labyrinthe affectée.
C'est surtout avec la sclérose de la caisse que l'on peut confondre l'otite labyrinthique, confusion qui, d'ailleurs, a été faite jusqu'à ces dernières années. Dans les deux cas, en effet, la surdité marche lentement, il existe des bourdonnements ; les malades n'accusent jamais de douleurs ; le pharynx et la trompe sont normaux.
Avec le tableau que j'ai tracé précédemment de la sclérose de la caisse, je pense qu'il sera très facile d'établir le diagnostic : dans l'otite labyrinthique, il n'existe aucune des lésions constantes dans la sclérose (tympan blanchâtre, épaissi, privé de vaisseaux, marteau en forme d'haltère); la membrane du tympan est absolument normale. De plus, dans la sclérose, les vibrations du diapason appliqué sur le front sont très nettement perçues par Toreille malade ; elles sont peu ou pas perçues dans l'otite labyrinthique. Dans la première, le malade entend très bien à l'aide d'un cornet acoustique; dans la seconde, le cornet n'apporte
aucune amélioration. Enfin, nous avons vu que, dans le cas de surdité unilatérale due à la sclérose, c'est du côté sourd que le malade entend les vibrations frontales du diapason; ce phénomène n'a pas lieu si Totite est d'origine labyrinthique, le malade ne perçoit alors que du côté sain.
On arrivera donc facilement au diagnostic d'otite labyrinthique, ou otite nerveuse.
Est-il possible d'aller plus loin dans cette voie et de dire s'il s'agit du vestibule, des canaux demi-circulaires, ou du limaçon? il n'y a pas de certitude, mais il existe de fortes présomptions tirées des signes subjectifs. Nous savons déjà que les vertiges, l'instabilité dans la marche, les mouvements giratoires, etc., indiquent d'une façon à peu près certaine, d'après Ménière et Flourens, que la lésion a pour siège les canaux demi-circulaires. Rappelons aussi les observations suivantes de Helmholtz : les fibres nerveuses qui se répandent dans le vestibule ont pour fonction de percevoir les vibrations non périodiques, c'est-à-dire les bruits ; les fibres nerveuses qui vont dans le limaçon perçoivent les vibrations périodiques, ou sons musicaux.
Or, si cette théorie est vraie, et elle n'a pas été contredite, que je sache* nous en pouvons tirer en pathologie la conclusion rigoureuse suivante : les bourdonnements ayant le caractère de bruit (et ils sont extrêmement variés) indiquent une lésion (laquelle?) siégeant dans le vestibule ; les bourdonnements ayant le caractère de sons musicaux indiquent que la lésion (laquelle?) siège dans le limaçon.
Le conduit auditif interne est le siège de lésions variées : ostéite, ostéopériostite, tumeurs diverses, etc., dont le diagnostic est assez obscur. On peut, cependant, les reconnaître, et je suis certain d'avoir observé un cas d'ostéopériostite syphilitique du conduit auditif interne sur un jeune homme qui était en puissance d'accidents secondaires. Il fut pris un jour de douleurs violentes dans la tète, et, peu après, survinrent de la surdité et une paralysie faciale du même côté. Je rappellerai que le nerf facial affecte en deux points des connexions intimes avec l'organe de louïe : dans le conduit auditif interne, qu'il occupe en commun avec le nerf auditif , dans la caisse du tympan, dont il n'est séparé que par une lame osseuse très mince et, parfois, perforée. La coïncidence dé la surdité avec la paralysie faciale, sans aucun trouble cérébral,
ToLAVX. '^ Chintrgie clinique. I. — 10
indique évidemment une affection de ToreiHe. La douleur et la rapidité avec laquelle se produisent les accidents sont, de plus, la preuve d'une affection inflammatoire. Or, si l'examen vous montre que la caisse est saine, il en faut bien conclure que le siège de Taffection est dans le conduit auditif interne.
C'est par un raisonnement analogue, et en tenant compte de la inarche des accidents, que Ton diagnostiquerait les néoplasmes développés au niveau de ce conduit.