CORPS ÉTRANGERS DE LA RÉGION ORBITAIRE
de parapluie, par exemple (observation de Nélaton), soit introduit dans Torbite sans vider l'œil. La raison anatomique en est que si Tceil est absoluinent immobilisé dans le sens antéropostérieur, il est mobile dans le sens latéral, et se laisse reporter du côté opposé à celui où pénètre le corps étranger ; de plus, la surface convexe et lisse de la sclérotique facilite le glissement.
Dès que le corps étranger a pénétré derrière l'œil, et c'est ordinairement par l'angle interne qu'il pénètre, les bords de la plaie conjonctivale se rapprochent aussitôt, du sang s'infiltre audessous de cette membrane, de telle sorte qu'au premier examen rien n'indique la pénétration d'un corps étranger, à moins que l'extrémité n'en soit visible. Les signes que détermine sa présence ne se distinguent pas, au premier abord, de ceux que produit une plaie, de manière que, si le malade ou les assistants ne donnent pas de renseignements spéciaux, le diagnostic est le plus souvent impossible. L'introduction d'un stylet fournirait, sans doute, des données précieuses, mais il faut être extrêmement réservé sur ce genre d'exploration, s'il n'existe pas de symptômes alarmants. De môme que les plaies, le corps étranger peut avoir dépassé les limites de la cavité orbitaire, s'être logé dans le cerveau, dans la fosse temporale, etc. On conçoit combien les symptômes doivent varier suivant le siège qu'il occupe, suivant sa forme, son volume, son action sur le nerf optique, etc. Pendant ce temps, le globe lui-môme peut rester parfaitement intact, et la vision est conservée.
Les accidents disparaissent successivement, la plaie se cicatrise, et des corps étrangers volumineux séjournent en ce lieu pendant de longues années, sans que l'on en puisse soupçonner la présence. D'autres fois, au contraire, des douleurs violentes persistent, un phlegmon de l'orbite se déclare et, ensuite, un abcès. La perte de l'œil et aussi la mort du malade en peuvent être la conséquence.
Il survient, de temps en temps, des poussées inflammatoires qui éveillent l'attention. Quelquefois, un trajet fistuleux s'est établi, comme dans la remarquable observation de Nélaton. L'exploration du trajet permet alors de reconnaître un corps dur; mais ne serait-ce point un séquestre ? C'est dans ce cas que vous aurez recours aux divers explorateurs électriques, au stylet en biscuit de Sèvres, de Nélaton, pour reconnaître un corps métallique; mais, si c'est un morceau de bois, un caillou, etc., vous serez très perplexe, surtout si la vision est conservée, car
il n'est pas indifTérent de faire des recherches de cette nature au fond de Torbite. Si Tœil était depuis longtemps perdu, les recherches n'auraient plus d'inconvénient et seraient singulièrement facilitées : eh bien I même dans ce cas, la recherche peut être vaine. Je sais que, pendant plusieurs années, de Graefe explora inutilement, à plusieurs reprises, un personnage célèbre en proie à de vives douleurs, et dont Torbite contenait un éclat d'obus qui finit par sortir spontanément.
L'existence d'un trajet fistuleux, des poussées inflammatoires à répétition, la persistance des douleurs, quelquefois la déviation du globe de Tceil, certains troubles de la vision produits par des paralysies musculaires, lemyosis, la mydriase, doivent faire songer à la présence d'un corps étranger, mais tous ces signes ne fournissent pas une preuve certaine.
Le traitement consiste à combattre énergiquement les premiers accidents par les antiphlogistiques, la glace, la compression, et à extraire le corps étranger aussitôt que possible.
Je suppose un corps étranger intéressant le globe de l'œil.
Rien de plus commun que les corps étrangers de la conjonctive : poussières, insectes, paillettes métalliques, coques de millet, etc., qui déterminent une sensation très pénible que chacun a éprouvée. Le diagnostic en est généralement facile et fourni par le malade lui-môme ; pas toujours cependant. Un homme avait été envoyé de bien loin à Paris, par son médecin, pour qu'il fût soigné d'une conjonctivite rebelle et de plus en plus douloureuse : je renversai la paupière supérieure, et détachai une coque de millet qui y séjournait depuis un mois; il repartait le soir même. Si le corps n'est pas implanté dans la membrane, les larmes et quelques légères pressions sur la paupière suffisent aie chasser. S'il est implanté, il sera utile de parcourir le cul-de-sac conjonctival avec un stylet mousse, afin de le détacher. Au besoin, on renverserait la paupière. Ces manœuvres sont aujourd'hui rendues extrêmement simples par l'emploi du chlorhydrate de cocaïne, qui insensibilise momentanément la muqueuse.
Lescorps étrangers de la cornée, également très communs, sont^ presque toujours, des petites paillettes d'acier incrustées dans