CHAPITRE VI
La main se divise en deux portions : la portion métacarpienne •et la portion digitale ; nous en étudierons successivement les affections.
i* AFFECTIONS DE LA PORTION MÉTACARPIENNE DE LA MAIN.
La main, dans sa portion métacarpienne, est très fréquemment atteinte de traumatismes divers, d'inflammations variées et de quelques lésions organiques.
Traumatismes de la main. — On observe à la main des' plaies, des fractures, et des luxations.
Les plaies de la main sont difl'érentes, suivant qu'elles atteignent la face dorsale ou la face palmaire.
Les premières n ont d'intérêt qu'en raison de la blessurede l'un des tendons extenseurs, et nous avons déjà vu , à propos du poignet, la conduite qu'il convient de suivre dans ces circonstances.
£n raison des nombreux organes qui occupent la face pcdmaire, les secondes présentent un intérêt tout particulier^ et sont désignées, en général, sous le nom de plaies de la paume de la main.
Un instrument piquant ou tranchant peut, sans doute, traverser la main, mais les plaies les plus fréquentes sont les plaies contuses produites par la pression d'une roue de voiture, la chute d'une pierre, par une machine industrielle, etc., ou par une arme à feu. L^habitude assez commune d'appliquer la main sur le bout du canon d'un fusil explique pourquoi ces dernières occupent presque toujours le même siège, le centre de la main, et présentent la même physionomie.
Les désordres que produisent ces plaies sont parfois si considérables, que l'on peut tout de suite songer à une amputation, mais retenez bien qu'à part les cas où la main est séparée à peu près complètement de l'avant-bras, Une faut jamais amputer primitivement. Du moment où l'amputation n'est pas en quelque sorte faite d'avance, il faut s*abstenir. Ce précepte domine l'histoire
des plaies contuses de la main, surtout aujourd'hui que la méthode antiseptique nous permet d'éviter les graves complications, si communes jadis à la suite de ces plaies. Songez que la conservation du pouce seul avec un petit moignon de main sera plus utile au blessé que le meilleur de tous les appareils prothétiques.
J'en rapporterai un seul exemple parmi beaucoup d'autres. Une femme venait d'avoir la main droite prise dans un engrenage et se présentait à l'hôpital dans les conditions suivantes : le médius, lannulaire et le petit doigt étaient hachés, ainsi que le métacarpe et le carpe correspondants à ces doigts. L*index était dépouillé à sa face interne; seul, le pouce était intact. La première idée en voyant cette main était de pratiquer une amputation du poignet ou de l'avant-bras, mais l'état du pouce me fit agir autrement. J'amputai dans le poignet, mais seulement la partie correspondante aux trois derniers doigts, et conser^'ai le pouce et l'index. Ce dernier était en grande partie dépouillé, il est vrai, et j'avoue que le résultat immédiat de cette opération n'était pas séduisant. Cependant, la cicatrisation se fit peu à peu, l'index se fléchit en forme de crochet et devint tout à fait immobile. Le pouce conserva ses mouvements. Plus tard, la femme portait au bout du bras une sorte de pince de homard, qui n'était pas gracieuse sans doute, mais si utile, qu'elle reconduisait la machine qui l'avait blessée.
Ne craignez jamais d'être trop conservateur quand il s'agit de la main.
Dans le cas d'une plaie par instrument tranchant, ou même d'une plaie par scie circulaire, généralement nette, si vous constatez que les tendons fléchisseurs sont coupés, pratiquez-en la suture; mais cette opération est inutile dans les plaies contuses, car vous n'obtiendrez pas de réunion.
Il n'y a pas lieu de s'occuper des nerfs, les branches étant trop grêles pour qu'on puisse songer à réunir les deux bouts en cas de division.
La principale préoccupation du praticien dans les plaies de la paume de la main doit être l'hémorragie, bien que cet accident soit beaucoup moins fréquent de nos jours qu'il ne l'était il y a quelques années seulement. En eff'et, que redoutions-nous surtout jadis? ce n'était pas l'hémorragie primitive, mais l'hémorragie secondaire.
D'abord, il est assez rare qu'une plaie contuse fournisse une