‹ Traité de chirurgie clinique v.2 (volume 2)Chapitre 89 sur 105 · LÉSIONS ORGANIQUES DES DOIGTS · texte numérisé non relu

LÉSIONS ORGANIQUES DES DOIGTS

général, les phénomènes suivants : après une première période de douleur excessive, un abcès s ouvre à Textérieur dans un point quelconque du doigt, faces latérale, antérieure ou postérieure, et amène une certaine détente ; de nouveaux abcès s ouvrent à distance, quelquefois jusque dans la paume de la main. Il se forme une sorte de cratère duquel sort du tissu sphacélé, et, dans le fond, on aperçoit le tendon fléchisseur; celui-ci finit par s'éliminer, et dès lors la cicatrisation commence à se faire. Quelquefois, la peau se décolle tout autour du doigt, se sphacèle, les articulations sont ouvertes, les os nécrosés, et l'amputation peut devenir nécessaire.

Le seul traitement rationnel du panaris est une. large et profonde incision pratiquée aussitôt que possible : vous calmez ainsi presque immédiatement d'atroces douleurs ; vous arrêtez la marche de la maladie, sa propagation à la gaine, à la paume de la main; vous sauvez le doigt. Malheureusement, le panaris est, je ne sais pourquoi, l'afTection qui compte le plus de guérisseurs empiriques. Ordonnez au malade des baius phéniqués prolongés, et enveloppez la main de compresses phéniquées.

Je viens de dire que l'amputation du doigt peut devenir nécessaire dans certains cas de panaris. Il se présente, à cet égard, une intéressante question de pratique sur laquelle je désire appeler un instant l'attention.

Je suppose que les tendons d'un doigt, soit extenseurs, soit fléchisseurs, sont détruits, quelle qu'en soit du reste la cause, traumatisme ou inflammation : quelle conduite faut-il tenir? conserver le doigt ou lamputer? (Je mets ici hors de cause le pouce, qui doit toujours être conservé.)

Dans les pages précédentes, à propos des plaies contuses de la main et des doigts, nous avons formulé ce précepte : N'amputez jamais primitivement, parce que vous ne savez pas au juste les portions du doigt qui pourront être conservées. Mais votre conviction est faite, les tendons sont irrémédiablement perdus; le doigt, après guérison, restera raide et immobile, soit dans l'extension, soit dans la flexion : devez-vous néanmoins le conserver?

Voici ce que démontre à cet égard la pratique. Il s'agit, je suppose, d*un ouvrier ; les tendons de l'un de ses doigts ont été arrachés dans un traumatisme, ou bien se sont exfoliés à la suite d'un panaris, et vous lui proposez l'amputation du doigt. Il refuse.

et VOUS supplie de faire tout pour le conserver. Après plusieurs mois de traitement, le doigt est guéri, mais il reste raide, et, lorsque l'ouvrier reprend son travail, il s'aperçoit alors qu'après beaucoup de temps et de patience il a conservé un doigt non seulement inutile, mais nuisible ; il vient demander de Ten débarrasser. Votre devoir estdonc, dans ce cas particulier, d'éclairer le blessé sur lavenir de son doigt et de proposer Tamputation.

Mais s'il s'agit d'un malade dont la profession n'est pas exclusivement manuelle, je crois qu'il est préférable de conserver le doigt, parce que la difformité sera moins choquante encore qu'après une amputation. C'est, du moins, le conseil que je donnai à un jeune confrère dont le doigt était compromis à la suite d'un panaris.

Les lésions organiques des doigts ne sont pas très rares, et quelques-unes même d'entre elles présentent un intérêt particulier, sur lesquelles, cependant, je ne crois pas devoir insister longuement. Je citerai spécialement les kystes, le lipome, le chondrome, l'angiome, le libro-sarcome à myéloplaxes, et une affection singulière, que Nélaton appela le doigta ressort.

Les kystes des doigts résultent, comme ceux du poignet, de la distension d'un diverticulum provenant des séreuses articulaires ou tendineuses. Je signale spécialement ceux qui siègent assez souvent sur la face dorsale, au niveau de la troisième phalange. On y appliquera le même trait^^ment, l'écrasement, sïls sont petits ; l'incision ou mieux l'excision, s'ils sont volumineux.

Les lipomes se développent sur la face antérieure des doigts aux dépens de la couche graisseuse. En raison de la densité de cette couche, ils sont très circonscrits, et, de plus, paraissent transparents à la lumière : aussi les confond-on facilement avec un kyste, ce qui n'a, d'ailleurs, que peu d'inconvénient. On doit enlever les lipomes.

La main est un siège de prédilection pour le chondrome. Cette tumeur envahit, le plus souvent, le métacarpe, mais il se développe aussi aux dépens des phalanges et peut même atteindre un volume considérable, ainsi que le prouve la figure 86.

Comme dans les autres régions, le chondrome présente une marche très lente et une configuration toute particulière. Le seul

Usions organiques des doigts. toi

raitement consiste dans l'amputation du ou des doigts affectés, linsi que je l'ai fait, avec succès, pour le malade dont je représente ici la main(1).

n. L'angtome des doigts revfit la forme caverneuse et constitue ■une tumeur molle, brunâtre, qui m'a paru siéger de préférence

Hg. 86. — Chondromes de I ludet et du midius remaniuables par leur volume.

sur'la'phalangette. Dans un cas, j'ai \u le tissu érectile user peu à peu la phalangette, puis la pbalangine, et nécessiter l'amputation du doigt (2).

(1) Le chondrouii^ de l'index pesait 600 grammes et celui du médius 400 grammes. Ils avaient mis treule-trol» ans à acquérir ce volume. Le malade était en mfme temps atteint d'un chondro-myxome de la tête du tibia, développé en trois ans et demi, ayant le volume d'une tfte d'adulte et qui nécessita l'amputation de la cuisse, pratiquée, avec surct'S, dans la m^^me séance que celle des doigts.

(2) J'avais coiurais une erreur de dingaoslic. La malade à laquelle je faisais allu-

702 AFfECTIO.\S CHIRUBGICALES DU MEMBRE SUPEHIEUR.

On peut rencniitrcraux doigts uin; tumeur, qui (5vo!ue lentement comme un lipome, et (jue l'histologie a démontré fiire un ,

ni/élopltu

. (Voir Lrçoiis df cliniqui- chirurgicale.

■Iitrtiifj Le doigt à ressort est une atTection signalée pour la preniit*ro fois par M. Nolta. et l'expression <]ui la désign(>, proposi*e p»ar Nélaton, indique bien en quoi elle consiste. Lorsque le doigt ust fléchi, il éprouve un temps d'arnH dans son redressement, lequel s'opfre eusuife d'une façon brusf]uo, comme si un ressort s'ouvrait tout à coup. Ce mouvement de ressort se produit, en gùnérui, au niveau de l'arliculation do la première et de la seconde plinlangi^. Ces deux chirurgiens avaient supposé que la cause était une nodosîl*^ siégeant soit sur la gaine fibreuse, soit sur le tendon luï-m^me; mais cette hypothèse, toute rationnelle qu'elle soit, n'était pas exacte. Les faits, rapportés dans sa thèse par M. Cartier, démontrent qu'il n'existe alors de nodosité ni sur la gaine ni sur le tendon. L'affection devrait ôtre rattachée, d'après lui. A un spasmr fonctionnel des muscles fléchisseurs de lavant-bras, spasme dont la cause elle-mPme reste fort obscure. M. Poirier pense, ce qui est plus vraisemblable, qu'il s'agit d'une déformation des surfaces articulaires. Le doigt à ressort se rencontre, d'ailleurs, très rarement, et constitue plutôt une curiosité pathologique.

Difformités des doigts. — Les difformités des doigts sont nombreuses, et l'on en trouvera partout une énumèration et une di-scription très détaillées. Je ne dois m'occuper ici que de celles qui présentent un intérêt pratique, c'est-ft-dire devant lesquelles se pose la question d'intervention.

Ce sont la rétraction des doigts, la mégulodnctylio, la syodactylie, et les doigts surnuméraires.

Sous le nom de rétraction des doigts, j'entends la rétroclion congénitale, et non celle qui succède h la perto du tendon extenseur, dont je me suis occupé plus haut.

Faul-il tenter de redresser un doigt rétracté? D'une fni,-on générale, je ne le crois pas; les sujets en sont modérément gênés, ot l'opération présente peu de chances de succès. En effet, les surfaces articulaires sont ordinairement déformées de telle sorte, que la section dfs brides ou tendons est inipuissunt» k rendre

lion liant la première ^dilioii cl« cet ouvrii);e vtait en r^llté aUciute d'nn caiu«r iD«laniquii. D«ui aiii aprti l'&blalion du doi|;(, lei gaugliotis di- l'aÎMeUe odI été cnvtlu*, et In luort n'a pu tardé i (UTTeiiir. Aucune récidive locale.

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