PLAIES DU COU. — TRAUMATISMES
transversales du cou, mais je ne crois pas devoir insister sur ce sujet, en raison du peu de considérations pratiques qui s'y rattachent. Si on apercevait dans la plaie les deux bouts du nerf divisé, il serait indiqué de les réunir par un point de suture en suivant les règles que j'exposerai plus loin à propos des blessures du nerf médian, qui sont de toutes les plus fréquentes.
Un accident commun à toutes les plaies du cou, quels qu'en soient la nature et le siège, est Thémorrhagic. Celle-ci peut résulter de la blessure d'une veine et ne présente alors de gravité qu'autant qu'elle provient d'un tronc volumineux, de la jugulaire interne en particulier. La meilleure conduite à tenir dans ce cas est de mettre une ligature au-dessus et au-dessous de la plaie. La ligature latérale, également conseillée, doit être abandonnée, même en cas de simple piqûre.
Lorsque la plaie porte sur l'une des grosses veines de la racine du cou, je rappelle qu'au danger de l'hémorrhagie se joint celui de l'introduction de l'air, qui peut amener une mort immédiate et contre lequel la thérapeutique est impuissante.
Le sang provient presque toujours de la blessure d'une artère, et cette complication des plaies du cou mérite d'attirer toute l'attention du praticien. Pour bien comprendre les phénomènes qu'elle entraîne et le meilleur mode de traitement à mettre en usage, il est nécessaire de se rappeler la disposition générale des artères du cou. Le schéma n° 43, construit dans ce but, facilitera cette étude.
Il est souvent fort difficile de reconnaître l'artère blessée, remarque déjà faite à propos des plaies de la région parotidienne. Supposez, par exemple, que la plaie du cou siège dans le lieu correspondant au point P ; vous voyez que trois grosses artères sont superposées : le sang provient-il de la carolide primitive, de la thyroïdienne inférieure ou de la vertébrale ? Impossible de le savoir. Supposez môme une plaie du cou légèrement oblique ou occupant la ligne médiane : il sera quelquefois difficile, en raison des nombreuses anastomoses qui existent d'un côté à l'autre, de savoir si la blessure porte à droite ou à gauche ; et comment se rendre maître de Thémorrhagie, si on ne connaît ni Tarière blessée, ni même le côté du cou blessé? On conçoit donc combien le praticien doit être embarrassé dans ces cas obscurs.
iift Aft''ECTIONS CHIRURGICALES DU COU.
11 semblerait à priori qu'eu plaçant une ligature sur le tronc it la carotide primitive on se rendrait maître du sang : oui, si l'b^ morrhagie provient de In blessure de cette artère ou de l'une itt branches qui en naissent, mais supposez que l'artère inUresm soit la vertébrale, ou que celle dernière soit blessée en rn^nt -t^. temps que la carotide, à quoi ttt-
vira la ligature, puisque la verUbrale provient de la sous-clavièTf!
De plus, il est aisé de comprendre, d'après la figure 43, que dans 1 hy* pothèse, par exemple, d'une blessure de la thyroïdienne inrérieuR ou de la carotide elle-même, noc ligature de la carotide primitire placée au-dessous de la plaie trt^ l'icllc n'arrêtera pas rhémoirfaapt d'une manière délinilive, en nîM des nombreuses communïcilioai entre elles des artères de droite d de gauche.
Il résulte de cette courte diïcwsion que, dans toute plaie artériellt du cou, le seul traitement ralioanel est la ligature dans la plaie dn deux bouts du vaisseau divisa.
Le mCmeraisonnementestfl/** lioiè applicable aux hémorrhipH secondaires.
1 faut toutefois reconnaître qw la ligature dans la plaie présa'f souvent de grandes difficullés. urtout dans une région où t'hémo' stase préventive est à pou près impraticable, si ce n'est peal' être sur ta carotide primitive. Ucureusement nous possédas! aujourd'hui un i-xcf'llent moyen hémostatique ii la portée detoP* les praticiens, la furcipressure. Si donc, en présence d'une pl*>* artérielle du cou, la ligature des deux bouts est trop difficile o" impossible, il faut appli(|uer sur le vaisseau une pince hémostatique el la laisser en place pondHnt vingt-quatre ou qw rante-huit lieureji.
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TRAUMATISMES DU COU. 447
B. Fracture et luxation des vertèbres cervicales. — Ces
lésions sont heureusement fort rares, car elles entraînent souvent une mort subite ou rapide par compression du bulbe, de la moelle cervicale, ou le développement d'une myélite consécutive.
Le blessé a été généralement soumis à un violent traumatisme : chute sur la tète qui a été portée dans une flexion ou dans une extension forcée ; choc d'un corps pesant sur la nuqne.
Ce qui frappe tout d'abord le praticien, c'est Tattitudc du blessé : le cou est comme tassé, la tête est immobilisée ; le moindre mouvement spontané ou provoqué occasionne une très vive douleur. On peut déjà d'après ces signes soupçonner une lésion des vertèbres cervicales.
Explorez alors la région postérieure du cou en retournant le blessé tout d'une pièce dans son lit. Si la lésion porte sur les deux ou trois premières vertèbres cette exploration ne vous fournira aucun renseignement, les vertèbres étant trop peu accessibles au toucher; vous pourrez par contre vérifier l'état des apophyses épineuses des quatre dernières et constater si l'une d'elles est déviée ou enfoncée.
Explorez ensuite la face antérieure de la colonne vertébrale en introduisant le doigt dans la bouche. Rappelez-vous que l'arc antérieur de l'atlas fait un relief très appréciable situé exactement sur le prolongement de la voûte palatine ; au dessous du relief Se trouve le corps de Taxis : vous pouvez également toucher le Corps de la troisième vertèbre cervicale et quelquefois môme de 'a quatrième, qui répond à l'orifice supérieur du larynx. Or, lorsque la tête est droite (si elle était en rotation, vous pourriez sentir les masses latérales de l'atlas, ce qui serait une cause d'erreur), la face antérieure de la colonne est lisse et régulière : si donc vous trouvez. une saillie de l'un des corps vertébraux dans Je pharynx, c'est qu'il y a déplacement de la vertèbre en avant. Ce ^igne est en réalité le seul qui permette de reconnaître ime luxation. Lorsqu'il n'est pas appréciable, ce qui a lieu pour 'a luxation des trois dernières vertèbres (et c'est au niveau de la 'dixième que la luxation est le plus fréquente), on ne saurait affir- '^er si l'on a affaire à une fracture ou à une luxation, à plus forte raison est-il impossible de savoir sur quelle partie de la ^'ertèbre porte la fracture.
Le diagnostic devient encore plus vraisemblable, si aux signes
physiques précédents se joignent des symptômes médullaires, des phénomènes paralytiques.
Je ne puis m'empôcher de rappeler ici le cas remarquable de luxation de la sixième vertèbre cervicale que j'observai à Sainl- Antoinc en 1868 et que je communiquai à la Société de chirui^gif. Le blessé, qui faisait avec sa famille une partie de campagne, subit sur la tôte une certaine pression en jouant à saute-mouton et fut immédiatement paralysé des quatre membres. A Tautopsie je constatai que la face supérieure de la septième cervicale, au lieu iïHre horizontale, présentait un plan incliné en bas et en avaul sur lequel avait glissé la sixième. Ce cas parut être d*origine |»athologique à quelques-uns de mes collègues, et cependant le malaJe ne présentait alors et n'avait jamais présenté antérieureraen! aucun signe do mal de Potl, ni d'affection de la colonne vertébrale.
Quel traitement convient-il de faire à ces blessés? Rien ordinairement que d'assurer Timmobilité la plus complète. Faut-il réduire le déplacement? Non certainement, s'il n'y a pas de troubles médullaires. Mais s'il existe une compression de la moelle^ (^4omme en définitive la mort est très probable, je ne verrais pa* d'inconvénient à exercer sur la tcMe une certaine extension pendant qu'un aide maintient les épaules. Si Ton sentait dans le pharjii\ une saillie formée par le corps vertébral déplacé, une pression directe exercée avec le doigt pendant la manœuvre faciliterait sans doute la réduction, mais j'(»n suis réduit sur ce point à des hypothèses.