‹ Traité de chirurgie clinique v.2 (volume 3)Chapitre 68 sur 107 · AFFECTIONS ORGANIQUES DE LA RÉGION SCAPULO · texte numérisé non relu

AFFECTIONS ORGANIQUES DE LA RÉGION SCAPULO

HUMËRALE.

Je n'aurais pas présenté un chapitre spécial sur les affections organiques de la région scapulo-humérale, si on n'y observait une tumeur offrant des caractères cliniques très particuliers et dont la fréquence est relativement assez grande, puisque j'en ai bien vu pour mon compte une douzaine de cas : je veux parler de V ostéO'Sarcome de la tête de F humérus.

Cette affection est d'autant plus importante à connaître qu*elle donne souvent lieu à des erreurs de diagnostic, et ces erreurs ont ceci de particulièrement grave qu'elles empêchent de pratiquer àrheun» opportune la seule opération capable de sauver la vie du malade.

Le sarcome de la tête humérale est dû à la production primitivf du tissu sarcomateux dans le centre de Tos : il en résulte qu*il se présente à Texamen du praticien à deux périodes distinctes de son évolution : 1"* lorsqu'il est encore emprisonné dans la coque osseuse ; 2"" lorsqu'il a franchi cette barrière.

A sa première période, lorsque le sarcome est contenu dans Tëpaisseur de la tête humérale, le diagnostic en est très difficile. i>o peut dire même impossible. Il ne révèle en effet sa présence que par de la douleur au niveau du moignon de l'épaule avec intt^ grité complète des parties molles.

Or comment distinguer s'il s'agit d'une ostéite centrale deTo* ou d'unostéo-sarcome?

Cela est d'autant plus difficile que l'ostéite de rhumémSi ëtut ordinairement de nature tuberculeuse, se développe de préférence chez les jeunes sujets, et que Tostéo -sarcome est paiement une affection de la jeunesse. Un seul signe peut fournir des présomp* tions au praticien: l'immobilisation de Tépaule soulage en généril beaucoup les sujets atteints d'ostéite et fait même parfois disparaître la douleur, tandis que ce mode de traitement uêmèD** aucun résultat, s'il s'agit d'un sarcome.

Cependant Tembarras peut être très grand, et en voici un exemple. J'avais dans mon service, à l'hôpital Sa)nt-Louî>. un jeune homme atteint d'une douleur vive et localisée à la tète Je l'humérus : je le tins en observation pendant plusieurs semaines et discutai bien des fois à son lit le point de savoir s'il s'agissait d'une ostéite ou d'un sarcome au début. Je finis par conclure à la probabilité de l'ostéite et proposai au malade de pratiquer une sorte d'évidement de la tête humérale. 11 fut endormi et, au cours Je Topération, les parties étant sous nos yeux, il devint évident qu'il s'agissait d'un sarcome. La résection s'imposait donc, mais je n'en avais pas prévenu d'avance le malade. J'attendis qu'il fût bien réveillé et, après l'exposé de la question, il s'en remit à moi pour faire ce qu'il y avait de mieux dans son intérêt. Il fut aussitôt endormi de nouveau, et l'opération se termina sans encombre* J'ai revu longtemps après ce jeune homme, qui exerce la profession de coiffeur.

OSTÉO-SAHCOME DE LA TETE DE L'HUMÉRUS. ^'Jl

Cependant, bien que le néoplasme a'ait pas encore franchi la tète de l'os, il arrive un moment où se produit un signe pathognomonique qui lève tous les doutes. Le sarcome absorbe et détruit peu à peu les tissus, dételle sorte qu'il ne reste plus bientôt qu'une lamelle osseuse périphérique, une coque très mince, que le palper fait aisément reconnaître, car elle se déprime sous le doigt. Explorczdonc avec grand soin tout lepourtour du moignon Je l'épaule et si, dans un point, mOnie très limité, vous percevez

Fig. 03. — Sarcome di

le signe de la crépitation parcheminée, concluez immédiatement à l'existence d'un sarcome. Je dis un sarcome, bien qu'à la rigueur on autre néoplasme, même un kyste hydatîque, puissent produire un phénomène identique, mais la grandeprobabiUtéesten faveur du sarcome, et d'ailleurs vous auriez h suivre la même ligne de conduite.

Le malade se présente k votre examen au moment de la seconde période, c'est-à-dire lorsque le sarcome, ayant débordé l'os de toutes parts, forme une tumeur appréciable à l'œil et au toucher. Le moignon de l'épaute présente alors une déformation tout à fait caractéristique, et il suffit en général de l'avoir bien observée

une seule fois pour établir d'emblée le diagnostic (fig. 63). Cesl une tumeur lisse, régulière, arrondie, nettement limitée au moignon de l'épaule. Cette tumeur ne se continue pas avec le reste do bras par une sorte de plan incliné en fuseau, non, elle se termine brusquement; immédiatement au-dessous d'elle le bras présente sa conformation et sa physionomie normales. L'ensemble de Fépaalf oflfre Tapect d'un gigot.

Les praticiens commettent cependant encore souvent, à cette période, une grosse et funeste erreur de diagnostic. Cela provient de ce que la tumeur est dans tous ses points absolument fluctuarU^, et Ton conclut à une collection de liquide : mais si Ton vient à pratiquer une ponction (et c'est la conduite habituelle), il s'écoule du sang pur et, au lieu de s'affaisser, la tumeur ne fait platùt que s'accroitre. Dans le dernier cas soumis à mon examen, un praticien avait répété (je n ai jamais pu en comprendre la raison un certain nombre de fois cette ponction et avait réduit la malade à un degré extrême d'anémie. La suppression de ce traitement absurde ramena une santé générale relativement bonnes ce qui eut pour résultat de ranimer Tespoir de la malade et de sa &• mille, à ce point que la seule opération rationnelle fut ajournée et la malheureuse jeune femme ne tarda pas à succomber.

Ce genre de tumeur s'accompagne quelquefois d'un développement considérable de vaisseaux à son intérieur, et Ton obsênt* alors un bruit de souffle et des battements pouvant faire croire à un anévrysme; mais l'erreur n'est pas de longue durée, car s'il y a des battements, il n'existe ni soulèvement, ni mouvement d'expansion ; le bruit de souffle est beaucoup moins intense et d'ailleurs la marche de ces deux affections est tont à fait différente.

Au bout d'un certain temps, si la maladie est abandonnée à diem^me, un nouvel accident se produit et d'une manière à peu prH constante : c'est la fracture spontanée de l'humérus dans le point précis où se termine la tumeur. Jusqu'alors les mouvements do bras avaient été relativement faciles. Cette fracture se produit sans occasionner de douleur. D'ailleurs le symptôme douleur, assez violent pendant la première période, s'atténue beaucoup, ce qui fait croire aux malades que leur état tend plutôt à s'améliorer.

Bref, le sarcome continue à s'accroitre ; il devient énorme. quelquefois plus gros que le tronc lui-même; de grosses veines

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