PLAIES DE LA MAIN
et l'index. Ce dernier était en grande partie dépouillé, il est vrai, et j'avoue que le résultat immédiat de cette opération n'était pas séduisant. Cependant la cicatrisation se fit peu à peu, l'index se fléchit en forme de crochet et devint tout à fait immobile. Le pouce conserva ses mouvements. Plus tard la femme portait au bout du bras une sorte de pince de homard, qui n'était pas gracieuse sans doute, mais si utile qu'elle reconduisait la machine qui l'avait blessée.
Ne craignez jamais d'être trop conservateur quand il s'agit de la main.
Dans le cas d'une plaie par instrument tranchant, ou même d'une plaie par scie circulaire, généralement nette, si vous constatez que les tendons fléchisseurs sont coupés, pratiquez-en la suture; mais cette opération est inutile dans les plaies contuses, car vous n'obtiendrez pas de réunion.
Il n'y a pas lieu de s'occuper des nerfs, les branches étant trop grêles pour qu'on puisse songer à réunir les deux bouts en cas de division.
La principale préoccupation du praticien dans les plaies de la paumedelamaindoitêtre l'hémorrhagie, bien que cet accident soit beaucoupmoins fréquent de nos jours qu'il ne l'étaitily a quelques années seulement. En efl*et, que redoutions-nous surtout jadis ? ce n'étaitpasrhémorrhagieprimitive,maisrhémorrhagic secondaire.
D'abord il est assez rare qu'une plaie contuse fournisse une hémorrhagie véritable, les artères principales ayant été étirées et oblitérées ; le premier pansement, fait en général avant votre arrivée, suffit à arrêter le sang.
Mais supposons que vous aperceviez dans la plaie, contuse ou non, un jet de sang artériel, Tindicationest toute tracée : agrandissez au besoin la plaie, allez à la recherche du vaisseau qui donne, et après un peu plus ou un peu moins de tâtonnement vous finissez par trouver l'artère, sur laquelle vous mettez un fil avec la précaution de lier les deux bouts, ou même une pince à forciprcssure laissée en place durant vingt-quatre heures. On fait en définitive l'hémostase en suivant une règle applicable à toutes les régions du corps. Peut-être éprouve-t-on parfois ici un peu plus de difficulté, en raison du petit espace et de la texture serrée de la main, mais voilà tout. La véritable difficulté ne commeuce que plus tard.
Il ne s'est pas produit d'hémorrhagie au moment de l*accident, ou bien la compression a suffi pour Tarrèter; la plaie paraît en bonne voie de cicatrisation, lorsque, sans cause connue, vers le huitième ou le dixième jour et quelquefois même plus lard, parait un suintement de sang rutilant qui tache le pansement. Le sai^ s'arrête souvent de lui-même, ou à Taide d*une compressioû légère, mais il reparait bientôt, et ainsi de suite : les hémorrhagies se succèdent et finissent par compromettre^la vie du blesse. Cest une hémorrhagie secondaire.
Que s'est-il donc passé dans la plaie?
Le caillot qui avait d*abord oblitéré l'artère, au lieu de s*organiser, d'adhérer aux parois du vaisseau pour en fermer définitivement la lumière, s'est ramolli, dissocié, et a été chassé par les contractions du cœur. Pourquoi ce travail de désorganisation? parce que la plaie ne se trouvait pas dans les conditions convenables pour produire un travail adhésif, un travail de réunion immédiate, en un mot, parce qu'elle n'était pas aseptique.
Sans doute la disposition des arcades palmaires (Voir Anai(h mie topogr., T éd., fig. 181) expose cette région plus que toute autre peul-ôtre aux hémorrhagies secondaires, en raison des anastomoses si nombreuses des artères; mais la cause réelle, constante, de ces hémorrliagies, est la septicité de la plaie. Dans la paume de la main comme ailleurs, traitez bien la plaie, et vous n'observerez pas d'hémorrhagic secondaire. C'est pourquoi je disais plus haut que ce grave accident nous préoccupait beaucoup moins aujourd'hui, car il en est de lui comme de l'infection purulente, dont nous n'avons plus guère que le souvenir.
Il est cependant une circonstance dans laquelle une hémorrhagie secondaire peut se produire malgré tous les soins apportés au traitement de la plaie, c'est lorsqu'il s'agit d'un coup de feu. Il est possible, en effet, que des eschares aient été produites lorsque le coup est tiré à bout portant et se détachent du quatrième au sixième jour. Mais dans ce cas une compression bien faite peut suffire à arrêter Thémorrhagie, car il n'y a pas de raison pour qu'un caillot ne vienne pas oblitérer Tartère.
Lorsqu'une hémorrhagie secondaire, persistante, se produit dans la paume de la main, que faire?
Le cas est difficile et embarrassant. On n'est plus ici en présence d'une plaie fraîche, qu'il suffit de fouiller plus ou moins pour trouver la source du sang. C'est une plaie étroite, sinueuse»