C« OSTÉOMYÉLITE DE LA CUISSE
La cuisse est assez fréquemment le siège d'une affection grave •qui a reçu des noms différents, suivant l'idée que les auteurs se sont faite de sa pathogénie : phlegmon sous-périostique aigu, ostéite juxtaépiphysaire, etc., mais qui n'est, en réalité, le plus souvent qu'une ostéomyélite. D'ailleurs, elle affecte ici la môme allure que dans les autres parties du squelette et frappe de préférence les adolescents. On peut, néanmoins, l'observer chez les Jeunes gens et même chez les sujets adultes.
Je ne décrirai pas ce cortège de symptômes généraux formidables apparaissant sur un jeune sujet qui, en général, a été surmené ou s'est livré à un travail excessif. On songe, presque toujours, tout d'abord à une fièvre continue grave, à forme adynamique, et l'attention n'est éveillée que par un gonflement qui survient sur un point quelconque de la cuisse. Bientôt, on constate une fluctuation profonde, et lorsque l'on donne issue au pus on s'aperçoit que le périoste est décollé et le fémur dénudé dans une étendue plus ou moins grande.
Dire que cet abcès sous-périostique est toujours symptomatique d'une ostéomyélite centrale me parait exagéré, car tous les chirurgiens ont observé, je pense, des abcès de ce genre <jui ont été suivis d'une guérison complète sans qu'on ait dû ouvrir le canal médullaire : cependant, je me rattache de plus en plus à l'idée d'ostéomyélite primitive, d'autant que, l'abcès extérieur une fois produit, ouvert et disparu, le malade peut paraître guéri alors que l'affection ne fait que sommeiller et donnera, plus tard, lieu à de nouveaux abcès. Lorsqu'un certain nombre d'abcès se produisent successivement à la cuisse, à plusieurs mois d'intervalle, l'origine réelle de ces abcès est certainement le canal médullaire, et la guérison radicale ne sera obtenue que par la trépanation du fémur.
Ces abcès, étant toujours très profonds, doivent être ouverts couche par couche, en s'écartant le plus possible du siège des vaisseaux et nerfs : aussi, le lieu d'élection pour l'ouverture
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cst-il, toutes les fois ijiie cela est possibk', la face aiiti'ro-extei de la cuisse.
Lorsqu'il s'ugil d'un premier abcès, iloil-un d'emblée ouvrir canal médullaire en prévision d'une osléomyélile trôs probable* Je no vois aucun inconvénient k suivre cette pratique; cependant, si l'on constate que la surface de l'os esl absolument normale et ne porte aucune trace d'inflammation (ce qui m'est encore arrive en 1893, à la Pitié), on peut se contenter d'ouvrir l'abc^, quitte à trépaner plus tard si les accidents continuent ou si de nouveaux abct'-s se développent.
Lorsqu'à la suite d'une osir-omyélite il s'est produit une nécrose du fémur, on doit enlever le séquestre aussitôt que possible eu attaquant 1 os par la face externe. (Certaines nécroses du fémur persistent pendant un nombre infini d'années, trente, quarante ans, et l'amputation de la cuisse devient en lin de compte, le plus souvent nécessaire, eu raison de l'étendue des l/'sioDt». C'est ainsi que j'ai dit amputer, h Deaujon, un malade soigné quarante ans auparavant par Lisfranc pour des accidents ostt^imyélitiqnes do la cuisse. 11 esl probable qnc si, à cetle époque, an eiH pratiqué ta trépanation du fémur dans les premiers temps de la maladie, on eût évité h cet bomme une existence très pénible et llnalement la perte du membre.
L'ostéomyélite du féiiiurpeut se présenter dans des conditions différentes de celles que je viens d'indiquer. Les accidents sont moins aigus, moins foudroyants; on n'observe pas l'abeés souspériostique qui fait songer à un plilegmon sous-pérîostîque primitif infectieux. Il peu 1, à la rigueur, ne pas se produire d'abcès ni à l'intérieur, ni à l'extérieur du canal médullaire, au moiu^ dans les premiers temps, même pendant plusieurs années, et cependant un foyer d'osUîomyéUte est la cause de tous Ica accidents.
Voici un exemple qui fera mieux comprendre ce genre d'affcclion .
l'n jeune homme, âgé de vingt-deux ans, jusqu'alors très vigoureux ettrt>9 bien portant, ressentunjour, h la chasse, un froid intense et so plaint les jours suivants d'une douleur dans la cuî»9e droite. Comme il n'y avait rien d'apparent, on considère, avec quelque raison, la douleur comme de nature rhumatismale, ma» cette douleur persiste et la nmrrhe est impossible.