TUMEURS DU PANCRÉAS
tumeur grosse comme le poing. Il me parait évident que cette tumeur, restée cachée pendant un certain temps derrière le côlon transverse et l'estomac, s'était subitement déplacée et exerçait des tiraillements sur le plexus solaire.
J'estime que Tablation de ces tumeurs présente une gravité telle, qu'il ne faut opérer qu'à la dernière extrémité. La pièce représentée figure 109 provient d'une jeune femme, âgée de vingtdeux ans, qui me força en quelque sorte la main, et que j'opérai, après beaucoup d'hésitation, le 27 mai 1886, à l'Hôtel-Dieu. L'acte opératoire fut certainement moins compliqué que pour certaines tumeurs ovariennes, et, pourtant, la malade succomba après quarante-huit heures, sans être revenue un seul instant du choc, et à l'autopsie je trouvai le champ opératoire exactement dans l'état où je l'avais laissé, comme si la vie eût été interrompue à partir de ce moment.
11 est bien évident que si, au lieu d'une tumeur solide, il s'agissait d'un kyste, on serait autorisé à l'ouvrir et à le suturer à la paroi abdominale.
C'est ici le lieu de signaler les kystes hydatiques multiples de là cavité abdominale. Leur siège primitif est difficile à établir,, mais un certain nombre d'entre eux occupe certainement l'espace rétropéritonéal, au niveau du plexus solaire. Les kystes sont en quantité innombrable, l'abdomen en est farci. Les uns ont le volume d'une bille, les autres celui d'une tête d'adulte. Les uns sont simplement mats à la percussion ; d'autres présentent le frémissement hydatique. Quelquefois indolents, surtout au début, ils peu vent devenir l'occasion de douleurs très violentes et de troubles digestifs intenses, à ce point qu'une opération sïmpose. Attendez que le malade la réclame, car elle est extrêmement grave, et sachez, en outre, que l'opération sera incomplète. Même alors, vous pourrez encore apporter un soulagement à l'état du malade, ainsi que cela m'est arrivé sur une femme que j'opérai, à l'Hôtel-Dieu, dans ces conditions.
4* Tumeurs du pancréas. — Les tumeurs développées dans le pancréas sont fort rares, et les signes cliniques à l'aide desquels elles se révèlent tellement obscurs, que le diagnostic en est à peu près impossible. La profondeur où elles siègent empêche, au début, qu'on s'aperçoive de leur existence, et, lorsqu'elles sont volumineuses, bien peu de caractères les distinguent des tumeurs
i70 AFFECTIONS CHIRURGICALES DE L'ABDOMEN.
du mésentère, de Tarrière -cavité des épiploons, ou de la face inférieure du foie. Comme ces dernières, en effet, les tumeurs du pancréas sont recouvertes par l'intestin ; elles sont à peu près médianes, et donnent lieu à des troubles physiologiques sensiblement identiques.
Cependant, une extrême mobilité de la tumeur dans tous les sens devrait plutôt faire songer à une tumeur du mésentère, car une tumeur du pancréas atteindrait difficilement le même degré de mobilité.
Lorsque l'ampoule de Vater se trouve comprimée, il en peut résulter de l'ictère, des coliques hépatiques, etc., mais les tumeurs du foie donnent lieu aussi aux mêmes phénomènes; cependant, la distension extrême de la vésicule biliaire pourrait plutôt faire croire à un cancer de la tête du pancréas.
11 n'y a guère qu'un signe, lorsqu'il existe, susceptible de faire admettre une tumeur du pancréas. On sait que cette glande a pour principale fonction d'émulsionner les graisses : or, lorsqu'elle n'agit plus, les graisses, n'étant pas émulsionnées, ne sont pas digérées, et il en résulte la production de selles huileuses, de stéarrhée. La graisse sort mélangée aux matières fécales sous forme de gouttes, et l'on aurait même constaté des déjections complètement graisseuses. Mais, une tumeur développée dans le voisinage pourrait, à la rigueur, comprimer, atrophier la glande, et produire les mêmes effets.
Il serait donc très hasardeux de porter le diagnostic : tumeur du pancréas. On en reconnaîtrait plus aisément la nature en se basant sur les signes que nous avons déjà invoqués bien des fois. L'existence de la fluctuation permettrait do dire qu'il s'agit probablement d'un kyste, et d'un kyste hydatique, si Ton constatait le frémissement.
Une tumeur cancéreuse, et c'est celle qu'on a le plus souvent rencontrée dans le pancréas (ordinairement à l'autopsie), se manifesterait par sa dureté, ses bosselures, sa marche rapide^ et l'apparition de phénomènes généraux.
Quant au traitement, je répéterai ce que j'ai dit dans les chapitres précédents : n'intervenez activement que sous la pression d'accidents rendant la vie impossible ou insupportable, et encore à condition que vous ne soyez pas convaincu qu'il s'agit d'un cancer. Si c'est une tumeur bénigne, pratiquez-en de votre mieux l'énucléation, et drainez largement le champ opératoire.