AFFECTIONS DE LA PROSTATE
Parmi les affections de la prostate, les unes sont extrêmement rares : ainsi, par exemple, les calculs et les kystes ; d'autres sont assez communes : tels la prostatite et les abcès qui souvent en résultent; d'autres, enfin, se rencontrent très fréquemment: les tubercules et, surtout, l'bypertropbîe.
Je mentionnerai seulement les premières, que le praticien n'aura sans doute pas occasion d'observer dans sa carrière, et d'ailleurs, les calculs, par exemple, n'atteignant jamais qu'un petit volume, ne présentent aucun signe qui permette de les reconnaître sur le vivant.
Les plaies et contusions de la prostate ne méritent pas non plus une description spéciale, car on ne conçoit pas bien ces lésions limitées seulement à la glande.
La prostate peut, sans doute, être affectée de tumeurs diverses : fibromes, sarcomes, cancer, mais je ne suis pas partisan de l'extirpation de ces tumeurs, bien que quelques chirurgiens aient eu le courage de l'entreprendre ; d'autre part, les troubles fonctionnels qu'elles provoquent étant sensiblement les mêmes que ceux de l'hypertrophie, il me paraît également inutile d'y insister.
J'étudierai donc successivement : la prostatite aiguë et les abcès de la prostate — la prostatite chronique — les tubercules de la prostate — enfin l'hypertrophie.
A. Prostatite algu6 et abcès de la prostate. — La prostatite aiguë est une affection qui ne se rencontre guère que dans la période d'activité des organes génitaux; c'est dire qu'on ne l observe ni chez les enfants, ni chez les vieillards, à moins de circonstances tout à fait spéciales : une fausse route prostatique, par exemple, pourra être suivie d'inflammation, de fonte purulente de la prostate.
La prostatite aiguë est ordinairement la conséquence d'une ' blennorragie qui gagne de proche en proche les parties profondes de l'urètre. Une urétrite accompagnant un rétrécissement, les excès de coït, de masturbation, peuvent encore la déterminer. , On a signalé des prostatites métastatiques. Quelle que soit la
cause, les signes qui décèlent raffection sont d'abord une sensation de pesanteur très pénible au périnée et dans le rectum, suivie bientôt d'une vive douleur. La marche et surtout la position assise deviennent de plus en plus gênantes et souvent impossibles. La miction est légèrement douloureuse, se fait avec peine, mais elle est peu fréquente, et le sujet est même parfois atteint de rétention d'urine, il existe du ténesme rectal et le passage des matières exagère encore les douleurs. Le malade a de la fièvre.
L'ensemble de ces symptômes survenant assez brusquement sur un sujet atteint de blennorragie indiquera à peu près certainement l'existence d'une prostatite que l'on ne pourrait guère confondre qu'avec une cystite aiguë du col survenant également dans les mêmes conditions. Mais le malade n'éprouve pas, comme dans ce dernier cas, le ténesme vésical, les envies incessantes d'uriner et la douleur souvent atroce de la miction. D'ailleurs, les doutes, s'il en existait, seraient levés par le toucher rectal : on trouve la prostate tuméfiée, douloureuse à la pression, et le sujet indique, à ne s'y pas méprendre, que c'est bien là le siège de son mal.
Je signale seulement pour mémoire l'inflammation des glandes de Méry, qui ne pourrait tromper qu'un observateur peu attentif, puisque dans ce cas la légion siège au périnée, qu'elle est superficielle, et située sur les côtés de la ligne médiane. D'ailleurs, le toucher rectal fournirait des renseignements positifs en démontrant que la prostate est saine.
A cette période de la maladie, ayez recours aux antiphlogistiques locaux; appliquez douze ou quinze sangsues au périnée — bains de siège — grands bains — suppositoires opiacés — lavements laudanisés — purgatifs répétés.
Dans le cas de rétention d'urine, sondez le malade avec une sonde molle, très doucement, et abstenez-vous de toute autre exploration de l'urètre. Si le gonflement de la prostate était tel que vous ne pussiez franchir la région sans effort, il serait préférable d'y renoncer et de pratiquer la ponction de la vessie avec un aspirateur et une aiguille fine, opération absolumentinoffensive.
A l'aide de ces moyens, il est possible que l'affection rétrocède peu à peu et se termine par résolution, mais il est plus commun de voir apparaître la suppuration. Celle-ci s'annonce, comme partout en général, par l'acuité de plus en plus grande des symptômes locaux, par les douleurs lancinantes, lesquelles arrivent, dans le cas particulier, à une intensité extrême ; par l'apparition