RUPTURES DE L*URÈTRE. 31 S
que nous allons le voir, mais les signes par lesquels se révèle la rupture sont identiques dans les deux cas, et il me paraît absolument impossible, au moment de l'accident, de dire si la rupture est complète ou incomplète.
Le blessé a éprouvé au moment du choc une douleur extrêmement violente, qui peut aller jusqu'à la syncope, puis les signes caractéristiques apparaissent : urétrorragie, impossibilité d'uriner, et tumeur au périnée. Cette dernière devient rapidement noirâtre, et, tout autour, on aperçoit une vaste ecchymose. La tumeur est tout d'abord constituée par un épanchement sanguin, mais pour peu que l'intervention ne soit pas rapide, l'urine ne tarde pas à se mêler au sang, et de graves accidents inflammatoires sont imminents.
Le sujet est donc exposé, à la suite de cette blessure, aux accidents propres à la rétention d'urine et, de plus, à ceux de l'infiltration de ce liquide à travers le périnée. Le praticien doit, en conséquence, se hâter d'agir dans ces graves circonstances.
La conduite à tenir à la suite des ruptures de l'urètre a fait l'objet d'un grand nombre de discussions ; voici ce que je conseille: l'indication pressante est de donner issue à l'urine, et, autant que possible, par les voies naturelles. Commencez donc par introduire une sonde molle dans l'urètre, mais avec une prudence extrême, de façon à ne pas détacher de caillots et à ne pas produire une nouvelle hémorragie. Vous pourrez quelquefois réussir, si la rupture du canal est incomplète, peu étendue, en suivant avec la sonde la paroi supérieure, mais ce sera exceptionnel ; à plus forte raison échouerez-vous lorsque, la rupture étant complète, les deux bouts sont séparés l'un de l'autre par un foyer sanguin. C'est pour cela qu'on a pu contester l'utilité du cathétérisme dans ces conditions. Il réussit rarement sans doute, mais, en somme, il peut réussir et, dans l'incertitude où le praticien se trouve sur l'étendue de la lésion urétrale, je le crois autorisé k faire une tentative prudente. Inutile d'ajouter que la sonde serait fix(^e à demeure.
Vous ne pouvez arriver dans la vessie : mettez alors immédiatement le sujet dans la position de la taille, et pratiquez une boutonnière périnéale. Incisez couche par couche jusqu'au foyer sanguin et, par conséquent, jusqu'à l'urètre. Déblayez le foyer des caillots qu'il renferme et essayez de vous rendre compte de l'état
du canal, ce qui n'est pas encore facile, même lorsque les parties sont sous VOS yeux. Dans tous les cas, à Taide de cette incision profonde, vous avez satisfait aux deux principales indications : le blessé pourra vider sa vessie par la plaie périnéale et Tinfiltration n'est plus possible.
Que faire ensuite? G*est encore un point de pratique discutable : faut-il laisser le blessé en cet état et attendre les événements, ou doit-on essayer de reconstituer tout de suite Turètre en passant une sonde du bout antérieur dans le bout postérieur? Théoriquement, cette dernière pratique est évidemment préférable, mais Texpérience a démontré maintes fois qu'elle est souvent impossible à réaliser, même après des tentatives prolongées : aussi, conçoit-on que des chirurgiens aient conseillé de se contenter de donner issue à l'urine sans faire pour le moment aucune tentative de réparation, et c'est la conduite à laquelle je me rattache d'une façon générale. Toutefois, si, après avoir bien nettoyé la plaie, vous apercevez nettement la paroi supérieure de Turètre intacte, ou bien le bout inférieur, introduisez une sonde en gomme par le méat et, lorsqu'elle est arrivée dans la plaie, essayez, à Taide d'une pince, de la diriger dans ce bout; cette manœuvre n'aggrave en rien la situation du blessé et n'a que le seul inconvénient de pouvoir échouer. Mais, si vous n'apercevez dans la plaie que des parties déchirées, si rien ne vous guide dans la recherche du bout postérieur, n'insistez pas pour y introduire une sonde. Le hasard pourrait, à la rigueur, vous y conduire finalement, mais c'est peu probable, et par des recherches prolongées vous pouvez aggraver le traumatisme.
Ya-t-il, d'ailleurs, un inconvénient quelconque à laisser le sujet dans cet état? Aucun. L'urine ne tarde pas à s'écouler par la plaie, et celle-ci, se détergeant peu à peu, devient bientôt granuleuse; c'est à ce moment, c'est-à-dire six ou huit jours après l'accident, qu'il convient de reconstituer l'urètre. Mettez de nouveau le blessé dans la position de la taille, après lui avoir recommandé de garder le plus possible l'urine dans la vessie, et engagez-le à uriner dans cette position. Vous voyez alors nettement le liquide sortir par le bout postérieur, et il est quelquefois très facile d'y introduire l'extrémité d'une sonde préalablement passée dans le bout antérieur. La sonde est laissée à demeure et Turètre se reconstitue de toutes pièces à sa surface : aussi, l'instrument doit-il posséder le plus grand diamètre possible.