AFFECTIONS INFLAMMATOIRES DE LA VESSIE ET DE L'URÈTRE
Les cystites aiguës chez la femme ne présentent rien qui les •distingue de celles que Ton observe chez l'homme. J'en dirai autant du catarrhe, affection beaucoup plus rare toutefois dans le «exe féminin, en raison de l'absence delà prostate dont le développement hypertrophique est l'occasion fréquente des graves accidents étudiés plus haut.
Mais une affection assez commune chez la femme, et sur laquelle il importe d'insister, c'est la cystile chronique du col.
Au point de vue de la pathogénie, nous trouvons les difficultés «que j'ai déjà signalées en étudiant cette maladie chez l'homme. Ajoutons ici l'influence que peut exercer sur le col vésical la déviation de l'utérus. Dans la rétroversion, en effet, le col utérin, porté directement en avant derrière le pubis, vient s'appliquer sur le col de la vessie, ce qui peut donner naissance aux phénomènes propres à la cystite du col.
Je rappellerai que ces phénomènes consistent essentiellement dans les signes suivants : envies fréquentes d'uriner, besoin impérieux de la miction, douleur en finissant d'uriner. On peut imaginer tous les degrés dans l'expression de ces phénomènes, depuis une simple gêne jusqu'à des douleurs incessantes, qui obligent les malades à garder le lit et rendent la vie insupportable.
Je rappellerai aussi que le traitement de la cystite chronique du col de la vessie présente souvent une difficulté désespérante ^tpour le malade et pour le praticien. Aucune médication n'arrive, dans certains cas, ni à guérir, ni même à soulager les malades.
Commencez par vous assurer qu'il n'existe pas d'affection utérine, et surtout pas de rétroversion. Sur une jeune femme atteinte de cystite rebelle du col vésical, je trouvai une rétroversion complète, le col utérin regardant directement en haut; les pessaires, les tampons, avaient échoué. L'utérus étant très mobile, j'eus l'idée de traverser une lèvre du col avec un fil «t (sorte d'opération d'Alexander retournée) de faire basculer le fond en fixant le fil au niveau de la région lombaire, mais je n'obtins aucun résultat.
Donc, VOUS emploierez d'abord le traitement médical, c'està-dire : les pommades belladonées, les tampons belladones dansle vagin, les bains de siège, les tisanes de goudron, de stigmates de maïs, etc., etc. ; les injections de cocaïne dans Turëtre soulagent quelquefois.
Les moyens chirurgicaux sont la cautérisation, la dilatation et,. eniSn, Tincision.
Je suis d'avis de pratiquer, comme chez l'homme, la cautérisation du col avec le porte-caustique chargé de nitrate d'argent solide, qui me parait mieux limiter son action que la solution. Cette petite opération sera renouvelée plusieurs fois, à huit ou dix joi^rs d'intervalle.
La dilatation, difficile à exécuter chez l'homme, se fait, au contraire, très facilement chez la femme. On a imaginé des instruments spéciaux dans ce but et j'en ai moi-même fait construire un, mais je me sers habituellement d'une simple pince à pansement. Les anneaux sont attachés l'un à l'autre par un fil solide, de façon à permettre l'écartement des branches à la distance que l'on désire. La pince étant introduite dans l'urètre, de telle sorte que le point d'entre-croisement des branches corresponde au méat, on écarte rapidement les anneaux l'un de l'autre, d'abord dans le sens transversal, et ensuite dans le sens antéro-postérieur. J'estime que l'on peut porter sans inconvénient la dilatation à 2 centimètres en tous sens.
Ce moyen de traitement est bon et peut guérir les malades.
Lorsque tout a échoué, lorsque la malade n'éprouve aucun répit dans ses soufiTrances et réclame une intervention nouvelle, il faut alors songer à l'incision. M. Sims et son élève Emmet ont imaginé une opération ingénieuse (colpo-cystotomie), qui consiste à créer une fistule vésico-vaginale artificielle. Les douleurs et les envies fréquentes d'uriner étant liées à un état morbide du col, peut-être à une simple névralgie, doivent disparaître du moment où les contractions de cet organe ne sont plus sollicitées par la présence de l'urine. 11 est possible aussi que le passage incessant de l'urine entretienne ou provoque l'état d'irritation, au même titreque les matières fécales ou alimentaires, sur un rétrécissement du rectum ou de l'œsophage : c'est donc une opération parfaitement rationnelle. Voici en quoi elle consiste:
Une sonde étant introduite dans la vessie déprime la paroi vésico-vaginale et sert, en quoique sorte, de conducteur à l'incision;
URÉTRITE CHEZ Lk FEMME. 377
il est, d'ailleurs, facile de sentir par le toucher vaginal le point où siège le col de la vessie. En arrière du col, avec un bistouri, ou mieux avec le thermocautère, puisque Tincision doit rester ouverte, on divise la paroi vésico-vaginale dans le sens antéropostérieur, sur une longueur de 2 centimètres environ. Une sonde est, au besoin, introduite*dans cet orifice pour le maintenir ouvert, car il faut s'opposer à l'occlusion spontanée qui pourrait s'effectuer, comme cela a lieu quelquefois pour la fistule consécutive à l'accouchement.
L'état qui succède à cette opération est pénible, sans doute, mais les malades sont débarrassées de leurs envies incessantes d'uriner, ou c'est, du moins, ce qui parait résulter de la pratique de nos confrères américains, car je n'ai, pour mon compte, aucune expérience personnelle à cet égard.
Lorsque toute douleur a complètement disparu depuis longtemps, après six mois ou une année, par exemple, si l'on estime que la maladie du col est guérie, on ferme la fistule, ainsi que nous le dirons plus loin.
L'urétrite ne joue qu'un faible rôle dans la pathologie urinaire de la femme, car l'affection blennorragique se traduit beaucoup plus souvent chez elle par une vaginite, dont l'inflammation de l'urètre n'est qu'une conséquence. Ce qui demande surtout un examen assez délicat de la part du praticien, c'est l'urétrite chronique. Telle femme est susceptible de communiquer une blennorragie aiguë, alors que les parties génitales paraissent saines à une inspection superficielle, et que, de bonne foi, les femmes ellesmêmes se croient saines : c'est que l'examen a été pratiqué à un moment très rapproché de la miction et que l'agent de contage a été balayé par l'urine. Mais, lorsque la femme est suspecte, arrangez-vous pour que l'examen ait lieu deux heures, par exemple, après la miction, et faites l'exploration suivante : Introduisez un doigt dans le vagin jusqu'au col de la vessie, ramenez le doigt d'arrière en avant en pressant assez fortement sur la paroi inférieure de l'urètre, et vous verrez une goutte de muco-pus s'écouler par le méat. Examinez également avec soin les groupes glanduleux de la vnilve, et recherchez si l'un d'eux ne serait pas le réceptacle du virus blennorragique. Je répète que, cette aflfection étant indolente, la femme peut n'en pas avoir conscience.
Il serait alors indiqué de faire une injection astringente dans
l'urètre ou de mettre à nu le cul-de-sac glandulaire et de le cautériser au nitrate d'argent.