‹ Traité de chirurgie clinique v.2Chapitre 94 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AFFECTIONS DU VAGIN

Le vagin ne présente qu'un petit nombre d'affections qui lui «oient propres. De même que nous avons étudié la fistule vésico-

vaginale à propos de la vessie, nous étudierons la fistule rectovaginale avec le rectum. Le vagin n'est d'ailleurs, en raison de sa situation, que très exceptionnellement atteint de plaies et de contusions.

J'étudierai donc seulement : les corps étrangers, l'inflamination (vaginite) et les tumeurs du vagin, au nombre desquelles je range la cystocèle et la rectocèle.

1* Corps étrangers du vagin. — Avant que M. Dumontpallier ait eu l'idée ingénieuse d'imaginer son pessaire élastique, nous observions assez fréquemment un véritable corps étranger résultant du séjour prolongé dans le vagin du pessaire dit en gimblette. Les femmes le supportaient sans inconvénient appréciable pendant des mois et des années, puis éprouvaient des accidents qui en exigeaient l'extraction. On observait un écoulement abondant, sanieux, fétide, et même parfois des ulcérations au niveau des parois vésico et recto- vaginales.

En raison des incrustations qui se faisaient à la longue autour de l'instrument, de l'espèce d'enkystement produit par Tinflammation du vagin, et de la rigidité du pessaire, l'extraction présentait souvent de réelles difficultés. Nous n'observerons certainement plus à l'avenir, ce genre d'accident, car peu de femmes^ je suppose, se servent encore du pessaire en gimblette.

On rencontre dans le vagin toute une série de corps étrangers^ introduits par les femmes elles-mêmes dans un but erotique. La variété en est infinie, et le chirurgien doit, dans certains cas, avoir recours à toute son ingéniosité pour en faire l'extraction. La science renferme aussi des observations de corps plus ou moins bizarres introduits dans le vagin par des mains étrangères. Je crois inutile d'insister sur ce sujet, car le diagnostic s'impose de prime abord, et le traitement n^est soumis à aucune règle précise.

2** Vaginite. — La vaginite est chez la femme une maladie analogue à la blennorragie de l'homme. La femme peut, sans doute, être également atteinte d'urétrite, et le plus souvent même il y a coïncidence des deux affections, mais il est aisé de comprendre que la vaginite puisse se présenter isolément.

La vaginite reconnaît des causes multiples ; la seule qui nous intéresse réellement est la vaginite d'origine blennorragique. Je répète ici ce que j'ai déjà dit en étudiant la chaudepisse chez

VAGINITE. 489

rhomme : la vaginite virulente, spécifique, est la seule qui puisse se communiquer à Thomme. Une inflammation du vagin, déterminée par un catarrhe utérin, un cancer du col, le passage de Turine ou des matières fécales, pourra quelquefois, et encore rarement, donner naissance à une urétrite, mais celle-ci, d'un caractère léger et de courte durée, ne sera ni contagieuse ni spécifique. Les signes objectifs ne permettent guère d'établir la différence entre elles, mais on arriverait à ce résultat par la constatation du gonococcus dans le pus de la vaginite blennorragique.

La vaginite est aiguë ou chronique, et la seconde forme succède ordinairement à la première.

La vaginite aiguë est caractérisée par une rougeur intense de la muqueuse vaginale, dont la couche épithéliale est souvent exfoliée. En entr' ouvrant la vulve, on voit du pus verdâtre sourdre de la cavité vaginale. Le toucher est très douloureux, et l'introduction du spéculum cause des douleurs tellement vives que Ton doit presque toujours y renoncer. Les femmes éprouvent un sentiment de cuisson, de la pesanteur dans les aines, dans le bas-ventre, et en général, souffrent en urinant.

On observe parfois une constriction violente des parois du vagin, et c'est sans doute dans ces cas que se forment les brides et les adhérences cicatricielles que Ton constate quelquefois ultérieurement.

La vaginite se propage souvent à la cavité utérine, aux trompes, à l'ovaire, et même au péritoine, d'où résultent des accidents propres à la métrite, à la salpingite, et à la péritonite.

A la période aiguë succède l'état chronique. La muqueuse ne présente plus une coloration rouge vif; elle est plutôt violacée. Le toucher et l'examen au spéculum, qui se pratiquent sans douleur, permettent de constater souvent l'existence de granulations, surtout au niveau de la paroi antérieure. Il s'écoule toujours du pus, plutôt blanc que verdâtre.

La vaginite chronique, au bout d'un certain temps, se limite parfois à une très minime partie de la muqueuse vaginale ou vulvaire ; elle se cantonne dans un cul-de-sac du vagin, dans l'urètre, ou dans une des nombreuses glandes qui entourent la \nilve, de telle sorte qu'en apparence, et même après un examen approfondi, la femme parait saine. J'ai souvenir d'avoir vu deux hommes très compétents différer assez vivement d'opinion

propos d'un cas de ce genre : c'est qu'ils avaient observé la malade dans des conditions différentes. Pratiquez, en effet, l'examen peu de temps après la miction, et après une injection ; les parties présentent un aspect irréprochable et vous affirmez, en toute conscience, que la femme est saine. Faites en sorte, aa contraire, que les précautions précédentes n'aient pu être prises, et vous pourrez alors apercevoir directement ou faire sourdre gpar la pression du doigt une goutte de pus qui a eu le temps de se former. La plupart des blennorragies contractées avec des femmes prétendues saines reconnaissent très probablement cette origine. Indépendamment de la réceptivité spéciale à chaque individu, dont il faut sans doute tenir compte, il me parait logique d'expliquer de la même façon pourquoi un homme est contagionné tandis que l'autre ne l'est pas par la même femme. Je suis certain d'avoir observé des faits venant à l'appui de cette manière de voir.

Si le diagnostic de la vaginite aiguë est facile, celui de la vaginite chronique peut donc être fort obscur, et exiger de la part •du praticien une certaine perspicacité.

Le traitement est à peu près le même que celui de la blennorragie chez l'homme. Tant que persiste l'état aigu, prescrivez les émoUients : grands bains, bains de siège, injections chaudes, boriquées, etc. Si l'état des parties !e permet, introduisez dans le vagin un tampon d'ouate hydrophile, imbibe dune substance calmante, une pommade à la cocaïne, par exemple : vous maintiendrez ainsi les parois isolées l'une de l'autre et guérirez plus rapidement la malade.

Contre l'état chronique, employez les astringents, les tampons alumines, le badigeonnage du vagin avec une solution au cinquantième de nitrate d'argent, ou mieux avec un mélange de glycérine et de tanin (6 grammes de tanin pour 30 grammes de glycérine). Contre la vaginite chronique partielle, employez la cautérisation avec la teinture d'iode, le crayon de nitrate d'argent, et fendez au besoin avec le bistouri l'une des glandes de la vulve pour atteindre le dernier refuge de la virulence.

Il est une question de pratique assez délicate à résoudre. — A quelle époque peut-on permettre aune femme qui a été atteinte de vaginite de reprendre les rapports sexuels? Evidemment lorsque toute trace d'inflammation a disparu ; mais nous avons vu combien il est parfois difficile de l'affirmer, et, d'autre part, on ne saurait

Page 1