INVERSION DE L'UTËRUS. SOS
surtout lorsque l'inTersion est incomplète, et l'on conçoit que des chirurgiens de grande valeur aient pu s'y tromper. Dans les deux cas, on trouve au toucher une tumeur lisse, régulière, arrondie, polypiforme, remplissant plus ou moins le vagin, circonscrite par le col utérin ou par une gouttière plus ou moins profonde, provoquant des douleurs, ainsi que des hémorragies
Fjg. 141. — Inveraion complète de l'utérus.
abondantes et rebelles. Les polypes utérins étant infiniment plus fréquents que t'inver.sion, on peut ne pas même songer à cette dernière affection, et c'est ïa raison principale de l'erreur de diagnostic.
Il est, en effet, facile, quand on y regarde d'un peu près, de distinguer un polype d'une inversion. Tout d'abord, l'esprit doit être mis en éveil lorsqu'il s'agit d'une femme récemment accouchée. La surface de l'utérus inversé est de couleur rougeâtre, celle du polype est gris blanchâtre; — la consistance de l'utérus est un peu mollasse, celle du polype est ferme (car la i
498 AFFECTIONS [lES ORiiANES GËjNITAUX DK LA FEMME.
(lécliiru pondant laccoucIienieDt, ou qui n'ont pas gnri]i> un repi tiurfisammcnt prolongé pour permettre à l'organe de pppi sa pobilion normale. Aussi, observe-t-on i-ette alTcction siirlc chez les femmes de la classe pauvre et laborieuse. Lt; praticien n saurait donc trop recommander aux accouchées de prolonger 1 séjour au lit tant que l'utérus n'a pas repris un volume : blement normal. On conçoit, en efli-t. qu'un organe plus loun moins bien suspendu par ses ligaments, moins bien soutenu p le vagin relâché et par un périnée moins résistant, s'abaisser peu ù peu jusqu'à la chute complète.
Ce travail pathologique s'accomplit généralement d'une façw lente et dans un certain ordre, ce dont on se rend aisémeol compte en assistant it In production du phénomène après avoi réduit l'organe vl en engageant la femme k faire un elTort. voit d'abord la paroi antérieure du vagin faire saillie (le prolapsus du vagin est donc toujours la première étape du prolapsus uUVrin); te col utérin su présente oosuite h la vulve, et le corps s'échappe, entraînant avec lui la vessie et, en dernier lieu, la cloison recto-vaginulc. Si je signale ces faits, c'est qu'il sora utile d'en tenir compta dans certains cas de réduction difficile, en comment.'aQt par exercer une pression sur la partie sortie ta dernière, c'est-à-din- sur la paroi postérieure du vagin.
Le prolapsus apparaît quelquefois d'une fa^on brusque. Il est vraisemblable qu'ilexistait déjà un degré plus ou moinsprononcé (l'abaissemenl, mais la matrice ne sortait pas du vagin, et tout k coup, sous l'inlluence d'un effort, I'uIltus subit une véritable luxation, se précipite tout entier entre les cuisses do la femme, C'est dans ces conditions principalement que le prolapsus peut être difficile à réduire et même irréductible.
Il est, en gt'-néral, facile de reconnaître un prolapsus de la.l matrice. A la vuIvl- se voit une tumeur arrondie, conoïde, tep-if"! minée à son extrémité par le col utérin. L'orifice du col, pwl lequel sort souvent un peu de mucus, ne permet pas de douter J un seul instant qu'il ne s'agisse de l'utérus. On éprouverait i peu d'embarras si l'orifice était oblitéré, et on aurait alors l cours aux autres signes que je vais indiquer.
La tumeur est donc constituée extérieuremcut par le col i l'utérus i^t la muqueuse du vagin retournée en doigt de gsnt. 1 Celtj> nmqueuse a perdu ses caractères luirmaux: sa couleur a devenue blanchâtre, ses pliiî ont disparu, surtout en avant;
PROLAPSlîS DE L'UTERUS.
s'est en quelque sorte cutanisée. Il ii'esl pas rare d'obsi'i-ver «Ips (^rosions à sa surface.
L» tumeur est circonscrite îi sa base, c'est-à-iliri; au niveau de la vulve, par «ne sorte de gouttière, et en exerçant une lùgère traction on voit aisément te vagin se continuer avec les téguments de la vulve, preuve qu'il est bien retourné et qu'il ne s'agît pas, par exemple, d'une tumeur du col ou du va^tn faisant saillie à la
Flg. laa — Pr.ilipau! de rutéru
vulve. En saisissant la masse à pleine main, on sent qu'elle se compose d'un corps ferme, résîslnnl, qui n'est autre que la matrice, dont il est même souvent possible de délimiter exactement le fond.
Lu sensation n'est toutefois pas la mâme en a^-ant et en arrière, lîn avant, en effet, il est Trinquent de trouver de la tluctuation, due à la présence, eu ce point, de la vessie contenant de l'urine.
Les nouveaux rapports qu'alTccle la vessie dans le prolapsus utérin sont de toute importiince, ot le lecteur peut s'en rendre
normale, surtout à l'aide du toucher rectal. Toutefois, si l'utérns 4tait très élevé, ou la femme très grasse, on conçoit qu'il en résulterait une véritable difficulté d'exploration. L'hyatérométrie rendrait alors grand service en indiquant la véritable situation de J'utérus.
Cette exploration est, d'ailleurs, assez difficile à faire dan?- les
Fig. 14S. — Ant^flexion de l'utérus.
déviations utérines avec un instrument rigide, incapable de se prCter aux diverses courbures de l'organe, surtout dans l'anté' flexion : aussi, est-il préférable alors de se servir d'une sonde flexible, quoique présentant une certaine résistance, telle qu'une sonde en gomme, par exemple.
Beaucoupde femmes ne ressentent que de légers inconvénients de la déviation qui nous occupe, et certaines d'entre elles jouissent marne d'une santé parfaite. On comprend, néanmoins, qu'il en
ANTÉVERSION, ANTÉFLEXION DE L'UTÉRUS. 511
résulte quelques troubles du côté de la vessie, dus à la compression de cet organe, surtout des envies fréquentes d'uriner. L'accident dont se plaignent le plus souvent les femmes est la dysménorrhée, qui se produit surtout dans Tantéflexion.
Pour peu que la femme ne soit pas très féconde, ces déviations utérines sont encore un obstacle sérieux à la fécondation, parce qu'il se produit ce que Pajot appelait des fausses routes vaginales. La grossesse peut cependant avoir lieu, puisque l'on rencontre de temps en temps des femmes enceintes chez lesquelles la conservation de l'hymen prouve que le coït a été très incomplet.
Quel traitement opposer à ces déviations?
II serait d'abord nécessaire d'en reconnaître la cause, et nous touchons ici à cette question, si souvent débattue : La déviation ■est-elle primitive, est-elle la cause occasionnelle des troubles utérins, ou bien n'est-elle que la conséquence d'une affection de l'utérus? On conçoit toute l'influence qu'exerce la solution de ce problème sur la marche à imprimer au traitement. 11 est malheureusement difficile de le dire. Certes, la déviation peut être primitive, puisque nous l'observons de temps en temps sans que la femme en soupçonne même l'existence, et, d'autre part, il est <;ertain que la métrite, qu'un fibrome utérin, qu'une adhérence pelvienne, peuvent entraîner le corps de l'utérus en avant.
Autre question : La femme souffre-t-elle de la déviation ellemême, quelle que soit la cause qui l'a produite, ou bien les troubles utérins résultent-ils de l'affection qui a déterminé la déviation en avant?
La pratique permet de répondre que la déviation, à elle seule, peut être incriminée, puisque nous voyons des femmes soulagées immédiatement par le redressement do l'utérus.
Disons d'abord que nous avons très peu d'action sur l'antéflexion. Celle-ci résulte à peu près toujours d'une modification dans la texture de l'utérus, ce qui la rend permanente. Aussi, ne saurais-je conseiller l'emploi des redresseurs variés qui ont été imaginés dans ce but. Il n'y a aucun inconvénient, au contraire, à essayer les divers pessaires.
Nous pouvons davantage contre l'antéversion. 11 est d'abord facile, en général, à moins d'adhérences, de réduire l'utérus à l'aide d'un mouvement d'arrière en avant imprimé au col, mais le tout est que l'organe reste en place. On y peut réussir à l'aide
502 At-KECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX liE LA KEMNE,
Contre le prolapsus complet il ne faut pas compter sur le» pessaires, ni sur aucun des nombreux Itandnpes inveiit(!<i pour traiter eette affection. Les opérations précédentes sont encortutiles, mais le plus souvent impuissantes, car la pression de l'utérus est telle, que le vagin et l'orilice vulvaire distendus peu à peu se laissent de nouveau franchir.
Plusieurs indications se présentent alors : rétrécir le ^ — fixer lutérus à la paroi abdominale antérieure, — euluvi l'utérus. Les nombreux siiccùs opératoires obtenus de nos jouil par l'hystéreclomie vaginale nous autorisentùposercettederniè indication, ^ laquelle on n'auraitosésougerily a quelques annéei l'eut-étre même deviendra-t-etle l'opération de choix contre le prolapsus complet, s'il est démontré que les autres moyens ne mettent pas h coup sûr à l'abri d'une récidive, ce qui me paraît probable, sinon certain. Une liystérectomie bien a.septique u'oiTriruitpas, d'ailleurs, beaucoup plus de gravité que le cloisonnement, et l'exécution eu serait, pour le moins, aussi facile.
Parmi les divers modes de cloisonnement du vagin proposés contre le prolapsus complet, le meilleur est celui do Le Fort, qui a eu l'idée ingénieuse de suturer entre elles les parois antérieure et postérieure du vagin, de façon à transformer cet organe en deux conduits qui lui donnent l'aspect d'un canon de fusil double.
Voici la description du procédé de Le Fort : *• L'utérus étant tout à fait hors de la vulve, je lis à ciel ouvert, d'abord sur la paroi antérieure, puis sur la paroi postérieure du vagin recouvrant l'utérus prolabi', deux avivoments linéaires longitudinaux dans l'étendue de o à ti cenlimétres. Cela fait, je réduisis l'utérus assez pour mettre en rapport les extrémités de ces deux surfaces d'avivement dans leur partie la plus plus rapprochée de l'utérus, et j'appliquai sur ce bord transversal trois [toints de suture, puis, de proche en proche, je suturai les bords laLéraux, passant sur chacun d'eux le lil, de la paroi vaginale antérieure k la paroi %'nginnle posttjrieure. Au fur et h mesure de l'application des jinints do suture, la réduction de l'utérus dex'enaît do plus en plus oompl6te, et quand les bords des deux surfaces avivées furentsulurés, ta réduction était complète. »
Pour n'avoir pa« à se préoccuper de retirer les lils, on so I virait, avec avantage, du catgut, qui se résorbe sur place.
Plusieurs chirurgiens, et entre autres M. Terrier, ont vu l'idél
BSTROVERSION, RËTROFUXION de L'UTSBUS. St3
nvec le doigt la face postérieure du col, arrivez au coude aigu que forment entre eux le col et le corps et constatez nettement la continuité de ces deux organes : cette constatation, bien faite, est l'un des principaux éléments du diagnostic.
Le palper hypogastrique vous permet de constater l'absence du corps de l'utérus, et vous pouvez arriver à mettre en
Kig. IH. — Rétroversion de l'utcirua.
quelque sorte au contact le doigt vaginal et le doigt placé sur l'abdomen.
Qu'il s'agisse de rétroversion ou de rétronexion, le toucher rectal démontre l'existence d'une tumeur qui déprime la paroi anttVieure du rectum et peut arriver au contact de la paroi postérieure, à ce point de gCner l'introduction du doigt.
Assurez-vous bien que ce n'est pas le col que vous toucbez & travers le rectum, mais bien le corps de la matrice, car on pourrait s'y tromper, le col paraissent toujours très volumineux dans
TiLLAUX. — Chirurgie clinique, II. — 33
su AFFECTIO^S DES ORGANES GËMTAUX DK LA FEHIIE.
cette exploration ; combinez dans ce but le toucher rectal et le toucher vaginal.
Je signalerai plusieurs causes d'erreur dans la recherclie de ces déviations de l'utérus en arrière. La première, et elle est extrêmement fréquente, bien qu'en apparence grossière, consiste à prendre pour le corps de l'utérus rétroversé des matières fécales eodar-
Fig. IIS. — RélroDexion
cies occupant l'ampoule rectale; les débutants tombent presque tous dans cet écueil. Mais, si ce sont des matières fécales, il n'y aura pas de continuité réelle entre le corps et le col : on sentira toujours avec le doigt un certain interstice, si petit qu'il soit. Si ce sont des matières fécales, il sera bien exceptionnel qu'elles soient assez fermes pour ne pas se laisser déprimer, et alors, au lieu de revenir sur elle-même après la pression, comme le ferait l'utérus, la tumeur fécale conservera l'empreinte du doigt à l'égal d'une masse de mastic. Si ce sont des matières fécales,
RÉTROVERSION, RÉTROFLEXION DE L'UTÉRUS. 515
VOUS trouverez le corps de l'utérus en avant à sa place normale, et enfin le toucher rectal vous fournira une certitude absolue.
Autre cause d'erreur. Il se peut que Tutérus renferme dans sa paroi postérieure une tumeur, un fibrome, par exemple, faisant saillie dans le cul-de-sac postérieur du vagin et dans le rectum, sans que, cependant, il y ait déviation, mais alors le col ne sera pas dévié, et ce ne pourrait être qu'une rétroflexion, hypothèse que Ton repoussera en constatant que le corps de l'utérus est en avant.
Un diagnostic beaucoup plus difficile est le suivant: La tumeur que nous sentons du côté du rectum, et qui appartient bien réellement à un utérus rétro versé ou rétrofléchi, est-elle constituée par le corps de l'utérus seul, ou en même temps par une tumeur que cet organe renfermerait dans son épaisseur? Sans doute, si l'on constate une tumeur nettement lobée, il n'y a pas d'hésitation, mais hors ce cas il serait, ce me semble, présomptueux de se prononcer, à moins, bien entendu, que la tumeur ne soit également accessible par la voie hypogastrique.
C'est qu'en elTet, je ne vois guère moyen de distinguer un utérus enflammé et hypertrophié d'un utérus contenant des fibromes interstitiels. Peut-être l'hystérométrie pourrait-elle rendre service en démontrant l'agrandissement de la cavité utérine dans l'hypertrophie, mais le même phénomène peut exister du fait de la présence d'un fibrome. Le praticien est donc obligé, du moins d'après ce que j'ai vu, à rester quelquefois dans le doute, ce qui n'est pas sans importance au point de vue du parti à prendre dans certains cas de rétroflexion très douloureuse.
Il peut encore être assez difficile de distinguer le corps de l'utérus rétrofléchi d'un prolapsus de l'ovaire, d'une hématocèle rétro-utérine, d'une pyo-salpingite. Cependant, on trouve généralement avec le doigt le sillon de séparation situé entre Tutérus et ces diverses tumeurs. Ces dernières sont, du reste^ le plus souvent latérales et occupent de préférence le côté gauche.
Les rétrodéviations entraînent ordinairement à leur suite plus d'accidents que les déviations antérieures. Et d'abord, la rétroflexion peut survenir brusquement, d'une façon en quelque sorte aiguë, et les femmes éprouvent immédiatement une violente douleur dans le ventre avec tendance à la syncope.
Comme dans l'antéflexion, d'ailleurs, il est assez difficile de
faire la part qui revient à la déviation et celle que l'on doit attribuer & rinflammation dans les phénomènes éprouvés par les malades.
Ce sont des douleurs plus ou moins vives dans le bassin, irradiant vers la région lombaire, des pesanteurs qui empêchent les malades de marcher. Elles éprouvent dans le rectum la sensation d'un corps étranger, source d'épreintes et de difficultés pour aller à la garde-robe.
Dans la rétroversion, le col utérin, répondant au col et non au fond de la vessie, irrite la région et provoque parfois des envies très fréquentes d'uriner, accident dont se plaignent les femmes davantage que dans Tantéversion. On observe souvent de la dysménorrhée.
La conception est possible dans ces conditions et l'utérus se redresse parfois spontanément et brusquement vers le quatrième mois, comme un chapeau gibus, selon la comparaison de Pajot. La grossesse est un mode de guérison de la rétroflexion, mais on voit aussi l'utérus reprendre après l'accouchement sa situation anormale.
Le traitement des rétrodéviations utérines présente de réelles difficultés, et c'est une question actuellement à l'ordre du jour.
Il est bien entendu qu'on ne traitera cette déviation que si les malades en éprouvent un inconvénient quelconque.
Il faut tout d'abord se préoccuper des complications, c'està-dire de la métrite, laquelle cause souvent elle-même la déviation et, par conséquent, les accidents. Il est certain, et chacun de nous en a observé des exemples, qu'un traitement heureux appliqué à la métrite peut rendre aux femmes une santé parfaite, bien que l'utérus n'ait pas subi de modification appréciable dans sa direction.
Il conviendra donc de rechercher si lutérus est gros, douloureux au toucher : si la cavité utérine est agrandie. Ne serait-il pas absurde, en effet, d'opérer des tentatives de redressement sur une matrice enflammée?
II faudra également s'assurer, dans la mesure du possible, qu'il n'existe pas de fibrome.
Je suppose donc une rétroflexion franche : posez- vous alors cette question : L'utérus est-il mobile et mobilisable, ou bien est-il
RÉTROVERSION, RÉTROFLEXION DE L'UTÉRUS. 5i7
fix(^ dans sa position vicieuse? C'est surtout à l'aide du toucher rectal que vous arriverez à le reconnaître. Il sera souvent nécessaire de donner du chloroforme, afin d'introduire, au besoin, deux doigts dans le rectum.
11 est rare, en général, que l'on puisse corriger la rétroilexion proprement dite, c'est-à-dire la coudure que forme la matrice à l'union du col et du corps, car en ce point se produisent des modifications de texture qui rendent la déviation permanente, mais on peut reporter le corps en avant, dégager le rectum, et faire cesser les phénomènes de tiraillements douloureux. Toutefois, il faut pour cela que l'utérus ne soit pas fixé par des adhérences et des brides cicatricielles. Dans ce dernier cas, le corps de la matrice est complètement immobilisé. C'est donc là un renseignement indispensable dont a besoin le praticien pour proposer un traitement rationnel et méthodique.
On peut alors faire avec les doigts des tentatives répétées de redressement, un véritable massage destiné à distendre, à allonger les brides cicatricielles. Employez aussi les courants continus et induits.
Essayez toujours d'un pessaire et tâchez de l'adapter au cas particulier, mais on rencontre fréquemment ici les mêmes difficultés que pour l'application d'un bandage herniaire, et il faut toute l'ingéniosité du praticien pour trouver le modèle qui réduit et soulage.
Je suppose que tous les moyens médicaux aient échoué : vous avez tenté inutilement la réduction avec la main, avec les tampons vaginaux, aidés de l'attitude prolongée sur le ventre ; de la position genu-pectorale ; vous avez eu recours au massage, à l'électrisation, aux différents pessaires, et, cependant, la femme souffre toujours, éprouve une fatigue continuelle, et ne peut se livrer à aucun travail.
Opérez alors le redressement de l'utérus à l'aide d'un hystéromètre introduit dans la cavité utérine et revenez, au besoin, à plusieurs reprises à cette manœuvre. La matrice ne garde sans doute pas du premier coup la position que vous lui avez donnée, mais vous pourrez, néanmoins, produire ainsi un grand soulagement, et même la guérison. Deux séances m'ont suffi pour guérir une femme qui souffrait depuis plusieurs années.
S'il s'agissait d'une rétroversion, je ne verrais aucun inconvénient à maintenir pendant quelques semaines l'utérus redressé à
518 AFFEGTIOiNS DES ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME.
Taide d'un fil passé dans le col et fixé en arrière sur la région lombaire.
Toutes les manœuvres précédentes ayant échoué, vous êtes autorisé à proposer une opération. 11 en existe deux fort différentes Tune de l'autre : le raccourcissement des ligaments ronds, opération dite (TAlexander^ et la ventro-fixation^ mieux appelée parTrélat hystéropexie.
La première consiste à fendre le canal inguinal de chaque côté, à chercher les ligaments ronds (ce qui constitue la principale difficulté de l'opération, puisqu'on n'est pas certain de les trouver), à les attirer en avant, et, en même temps, le corps de l'utérus, jusqu'au degré convenable, à les raccourcir et à les fixer dans la plaie à l'anneau inguinal.
Certes, l'opération est ingénieuse, et peut réussir, mais i condition que le diagnostic ait été absolument exact, c'est-à-dire qu'il n'y ait ni métrite, ni fibromes, ni adhérences solides. Dans le cas contraire, il est à peu près certain que les ligaments ronds, même raccourcis, seront impuissants à maintenir en avant le corps de l'utérus, qui ne tardera pas à retomber dans l'excavation du bassin. J'ai peu de confiance dans l'avenir de cette opération.
L'hystéropexie consiste à aller chercher le fond de l'utérus après ouverture du ventre, à l'attirer en avant, et à le fixer par suture à la paroi abdominale. Cette opération est simple, en général facile, à peu près inoffensive, et donne des résultats immédiats très satisfaisants, mais les résultats éloignés sont plus douteux. D'ailleurs, je le répète, le traitement chirurgical des rétrodéviations de l'utérus, actuellement à l'ordre du jour, est l'objet de tentatives nombreuses et variées.
Sous le nom d'hypertrophie de l'utérus il faut entendre l'augmentation de volume de cet organe, sans qu'on puisse invoquer un processus inflammatoire. La métrite détermine, sans doute, très souvent une hypertrophie soit du col, soit du corps, mais ces états sont transitoires et se rattachent aux affections inflammatoires.
Je ne ferai guère que mentionner Yhypertrophie totale de l'utérus ; les observations en sont si rares que le fait présente un intérêt pratique très secondaire. J'en ai observé, en 1868, un cas
remarquable, et la pièce a été déposée à l'Amphithéâtre d'anatomie des hôpitaux. Il est aisé de voir qu'il ne s'agit pas de fibrome interstitiel, mais bien d'un tissu utérin ne différant du tissu normal que par l'abondance et le volume des vaisseaux. C'est un utérus démesurément agrandi ; il est vraisemblable qu'il en faut chercher la cause dans un petit fibrome qui occupait la cavité du col.
Il est très difficile, impossible même, de distinguer une hypertrophie simple d'un fibrome interstitiel ou sous-muqueux, d'autant plus que. dans ce cas, le tissu propre de l'utérus est lui-même presque toujours hypertrophié. Il ma semblé que les oscillations considérables qui se produisaient dans le volume de la tumeur plaidaient en faveur de l'hypertrophie, bien que l'on voie également des fibromes varier sensiblement dans leur volume d'un moment à l'autre.
Si des troubles sérieux menaçaient la vie de la femme, et que le traitement médical habituel eût échoué, il serait indiqué de pratiquer Thystérectomie. Il semble alors que la castration convienne particulièrement.
L'hypertrophie partielle de l'utérus est beaucoup plus fréquente et elle porte sur le col. Tantôt elle occupe la portion intra vaginale du col et tantôt la portion sus-vaginale.
Hypertrophie de la portion intravaginale du col. — Certaines femmes présentent depuis Tenfance un allongement hypertrophique du museau de tanche. Le col descend plus ou moins bas, peut arriver jusqu'à la vulve et la déborder même sans que le fond de Torgane ait changé de rapports. La plus légère attention suffit à démontrer qu'il ne s'agit pas d'un prolapsus utérin, car on sent Torifice du col, les culs-de-sac sont à leur place normale, et il n'y a pas de prolapsus du vagin.
On comprend aisément les troubles qu'apporte cette malformation dans les rapports sexuels et l'infécondité qui l'accompagne le plus ordinairement. 11 est donc presque toujours nécessaire de retrancher la portion excédente du col. Ayant vu jadis, pendant mon internat, une jeune fille, du reste bien portante, succombera la suite de cette opération, j'étais disposé à ne jamais la pratiquer, à moins d'accidents graves, mais aujourd'hui, grâce à Tantisepsie, j'estime que nous ne faisons courir à la femme aucun danger.
AFFECTIONS [lES DilCiANES GÉNITAUX DE LA FBHME.
L'opération est, d'ailleurs, dos plus simples : attirez K'gi^reiuonl le col hors de la vulve ci déterminez le poiat où devra porter la section. Divisez les parties avec le bistouri ou des ciseaux, petits coups, eu faisant l'hémostase au fur et à mesure, si < est nécessaire.
Pour t^vifer latrésie ullérietire de l'orihi^e, il est bon de Taî
l'ul (Ucssiitâe d'apri* i
avec de la soie «[uelques points de suture ijui rL-uuisseiit queuse utérine h celle qui recouvre le col,
Hyprrlrophie dr la portion sm-vaginale du col. — Cette affectl Hinguli^re. décrite pour la première fois par lluguier, est loÎJH d'offrir des carocléros cliniques aussi faciles h apprécier que I préct'dunle. Rlle consista en un allongement hypertrophique { la portion du col ul«irin située au-dessus de l'insertion vagin&lK4 Le museau de tanche s'abaisse donc d'autant, et peut arriverai 1
■ÉTRITES.
BSI
aflleurcretà déborder la vulve, si lliypertroplik' est considérable; les culs-de-sac desccndenl, la pnroi aiitiirieure du vagin se présente à l'état de prolapsus, et il survient de la cystocôle. Il est donc aisé de comprendre pourquoi cette maladie avait été, jusqu'à nos jours, confondue avec une chute de matrice, car c'est, en effet, la première idée que la vue et le toucher suggèrent au praticien.
Voua la reconnaître/ aux signes suivants ; si vous essayez de réduire la tumeur, celle-ci rentre, sans doute, un peu dans le vagin, mais elle ne se réduit pas complètement et les parties ne reprennent pas leur aspect normal, ainsi que cela a lieu pour la chute de l'utérus. Si vous insistez pour repousser le col à sa place habituelle, vous éprouvez une certaine résistance, et les femmes accusent de la douleur, au lieu du soulagement qui suit la réduction de la matrice. A peine avez-vons retiré le doigt, que le col redescend à la place qu'il occupait. C'est dire aussi que les pessalres ne produisent aucun résultat, ou même que, s'ils sont capables de s'oiiposer à la descente de Torfrane, ils augmentent les douleurs au lieu de les diminuer.
Le palper hypogustrique et le toucher rectal permettent de reconnaître que le fond de l'utérus n'est pas abaissé, ainsi que cela a nécessairement lieu dans le prolapsus utérin.
Hnlîn, le cathétérisme démontre que la cavité utérine, au lieu de G ù 8 centimètres, en présente de 12 à 13 et même davantage, ce qui ne saurait laisser de doute dans l'esprit.'
Le seul traitement rationnel est celui qu'a proposé Huguier, h savoir l'excision conoïde de lu partie hypertrophiée. Attirez l'utérus, autant que possible, hors de la vulve; pratiquez sur le col une incision circulaire un peu au-dessous des insertions ^-aginales; remontez obliquement vers le corps de l'utérus aussi haut que possible, en le creusant de manière à retrancher une portion présentant la forme d'un coin. Un doigt introduit dans le rectum vous guidera pour éviter la blessure du péritoine, seul accident à craindre au cours de cette opération.
L'opération de Huguiur ressemble beaucoup à celle dont nous parlerons plus loin h propos du cancer du col utérin.