‹ Traité de chirurgie d'arméeChapitre 10 sur 174 · ACCIDENTS DES PLAIES PAR ARMES PIQUANTES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS DES PLAIES PAR ARMES PIQUANTES

certain volume : les applications narcotiques, les vésicatoires simples ou saupoudrés de morphine restent souvent impuissants à apaiser ces accidents, contre lesquels on a employé avec succès la division complète du filet nerveux lésé. Elle peut provoquer des convulsions cloniques, et devenir le point de départ d'accidents connus sous le nom de spasmes traumatiques qui ont été souvent confondus avec le tétanos.

Caractérisé par une contraction spasmodiqne permanente qui varie depuis une simple roideur jusqu'à la rigidité la plus violente et la plus complète d'une partie ou de la totalité des muscles soumis à l'empire de la volonté, le tétanos peut survenir sans lésion locale appréciable. Il apparaît plus souvent à la suite de blessures quelles qu'elles soient, mais plus souvent encore à la suite de plaies par ponction ou de plaies conluses, qu'après les plaies par instruments tranchants; à la suite de plaies ou d'écrasements des pieds et des mains qu'après la lésion d'autres parties du corps. Nous nous en occuperons en môme temps que des accidents généraux qui peuvent exercer leurs ravages sur les blessés.

Accidents inflammatoires. — Les accidents locaux des plaies par ponction sont : l'inflammation, le phlegmon circonscrit, l'érysipèle, le phlegmon diffus superficiel ou profond, l'étranglement, la périostite et l'ostéite.

Au lieu de se réunir par première intention, les plaies par piqûre, lorsque l'inflammation adhésive nécessaire à la réunion immédiate dépasse de justes limites, se tuméfient et rougissent, en même temps que leurs bords déjà agglutinés se décollent, se renversent en dehors et suppurent. Après être restées quelques jours dans cet état, il arrive souvent, sous l'influence du repos, d'un régime sévère et d'applications émollientes, que les plaies s'affaissent, pâlissent et marchent sans interruption vers une guérison prochaine. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi ; soit que les bords de la plaie restent réunis, soit que l'inflammation plus profonde suive sa marche progressive, un phlegmon circonscrit s'annonçant par des douleurs pulsatives se forme et se termine par suppuration. Aux moyens antiphlogistiques signalés précédemment, on doit ajouter pour combattre le phlegmon circonscrit, les saignées générales, et locales; mais, en général, les inflammations franches et à marche rapide du tissu cellulaire, comme le sont celles-ci, sont rarement enrayées parles antiphlogistiques, et donnent lieu à la formation du pus malgré les applications de sangsues les plus libérales. Ouvert spontanément ou par le chirurgien, l'abcès succédant au phlegmon circonscrit met finaux accidents inflammatoires et ne tarde pas à guérir.

L'érysipèle ne survient guère que dans les plaies par piqûres compli-

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quées de déchirures ou de contusions, à moins que des pansements mat faits, des frottements ou des froissements répétés n'aient irrité une plaie primitivement simple. Cet accident, comme le phlegmon diffus superficiel ou l'inflammation gangreneuse du tissu cellulaire sous- cutané, comme te phlegmon diffus profond ou l'inflammation gangreneuse du tissu cellulaire sous-aponévrotique, paraît être moins sous la dépendance immédiate de la plaie elle-même, qui n'en est que l'occasion, que sous celle d'une prédisposition générale du sujet, ainsi que le démontre son apparition saisonnière et épidômique. L'érysipèle îraumatique et le phlegmon diffus n'affectent pas une forme et une marche différente à la suite des plaies par ponction, que dans les circonstances où ils se développent par toute autre cause ou spontanément.

L'inflammation, au lieu de rester superficielle, s'étend quelquefois aux tissus sous-aponévrotiques ou débute dans ces parties, et donne lieu à l'étranglement. La pénétration d'un instrument peu acéré, des déchirures profondes, un épanchement de sang, la présence du corps vulnérant, sont autant de causes prédisposantes à cet accident. Il se montre néanmoins en l'absence de ces causes, et avec d'autant plus de facilité que les régions lésées sont plus riches en aponévroses et plus abondamment pourvues de brides fibreuses, comme la face palmaire de la main et des doigts, la face plantaire des pieds et des orteils.

L'étranglement dont nous nous occupons ici est donc simplement une conséquence de l'inflammation : il consiste dans la compression exercée par les aponévroses d'enveloppe ou les brides fibreuses sur les tissus sousjacents enflammés, et dont le libre développement empêché réagit et fait effort sur les parties qui lui résistent. Selon que son siège est plus ou moins profond, l'étranglement revêt différents caractères; superficiel, il se traduit par une rougeur érysipélateuse des téguments, par un peu de gonflement et d'œdème résistant des parties malades; profond, il ne provoque aucun changement de couleur à la peau, donne lieu à peu de gonflement et à un œdème superficiel assez étendu, au-dessous duquel les parties présentent une dureté assez considérable.

L'inflammation accompagnée d'étranglement se termine le plus souvent par suppuration. Les moyens antiphlogistiques locaux et généraux réussissent rarement à la maîtriser, et le traitement le plus efficace qu'on puisse lui opposer est le débridement. Le débridement consiste dans l'incision plus ou moins large des aponévroses s'opposant à l'expansion des tissus enflammés.

Les accidents que nous venons de décrire sont beaucoup moins fréquents dans les plaies par piqûres que ne l'ont dit quelques chirurgiens ;

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ils ont été présentés par Dupuytren comme étant la règle, pour ainsi dire, tandis qu'ils ne sont au contraire et fort heureusement que l'exception.

La périoslite et l'ostéite superficielles aiguës ne sauraient être distinguées l'une de l'autre : elles arrivent quelquefois à la suite des plaies par ponction, lorsque l'instrument vulnérant a déchiré le périoste, lorsqu'il a frappé l'os avec violence, ou que sa pointe y est restée engagée. Le décollement du périoste, son inflammation et sa suppuration n'entraînent pas nécessairement la mortification de l'os et la formation de séquestres. Les ostéites aiguës profondes sont plus rares encore que les accidents précédents, tandis que les ostéites chroniques se montrent assez souvent comme résultat de la présence des corps étrangers.

Les accidents aigus qui accompagnent" les lésions des os en font habituellement des affections très-complexes, et dans lesquelles on ne peut que très difficilement distinguer la cause, le siège et les altérations anatomiques qui en sont le point de départ. L'histoire de ces accidents appartient à celle des maladies des os, exposée in extenso dans les traités de pathologie externe.

Hémorrhagies. — Anévrysmcs. — Les hémorrhagies externes, sans être communes., ne sont pas très-rares dans les plaies faites par les armes et instruments piquants, lorsque des vaisseaux d'un certain calibre et peu profondément situés ont été intéressés. Moins fréquentes que les hémorrhagies artérielles, les hémorrhagies veineuses s'arrêtent seules ou sont facilement maîtrisées par une compression directe. Les hémorrhagies artérielles se produisent avec les caractères qui leur sont propres; néanmoins, l'étroitesse du trajet de la plaie rend quelquefois l'écoulement du sang continu ou en diminue la rapidité et les saccades. Elles cessent spontanément par la formation de caillots dans la plaie, ou sont arrêtées par la compression exercée soit directement sur le point blessé., soit sur le vaisseau entre le cœur et la plaie. Leur apparition à l'extérieur peut être ainsi définitivement conjurée; il n'est même pas rare de voir se cicatriser la blessure des téguments par laquelle a eu lieu l'écoulement du sang, tandis que l'ouverture faite à l'artère continuant à donner passage au liquide sans qu'il s'écoule au dehors, celui-ci s'infiltre dans les couches intermusculaires et interaponévrotiques, et un anévrysme diffus succède à l'hémorrhagie externe. Cet accident n'est pas le plus commun ; il est beaucoup plus fréquent de voir se former quelques jours après la blessure, à son lieu même, ou dans son voisinage le plus proche, une tumeur pulsatiie, petite tout d'abord, s'accroissant progressivement, et présentant enfin tous les caractères d'un anévrysme circonscrit.

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Ces deux variétés d'anévrysmes, et la seconde plus que la première, succèdent donc assez souvent aux blessures par ponction avec hémorrhagie; elles peuvent aussi survenir à la suite de blessures qui n'ont donné lieu qu'à un écoulement de sang insignifiant, et même à la suite de blessures sans perte de sang.

Les vaisseaux artériels et veineux, ou très-voisins les uns des autres, ou presque toujours accolés , sont facilement, fréquemment et simultanément lésés par la pointe du même instrument. Il peut en résulter une nouvelle variété d'anévrysme qui semble être l'apanage presque exclusif des plaies par instruments piquants, l'anévrysme artérioso-nerveux sous toutes ses formes.

La compression directe est applicable à cette variété d'anévrysme et en a quelquefois amené la guérison. La compression à distance sur un point plus ou moins élevé du vaisseau n'a jusqu'ici obtenu de succès que dans les cas de lésion isolée des artères : cependant Vanzetti (de Padoue) et Franzolini (de Sacèle) ont relaté (1) le premier deux cas, le second un cas d'anévrysme artérioso-veineux du pli du coude, succédant à des saignées du bras, guéris par la compression digitale à distance de l'artère huméraie, employée simultanément avec la compression directe de la veine lésée.

Ces moyens et tous ceux que comporte le traitement des anévrysmes, aussi bien que l'histoire de ces affections, faisant l'objet de chapitres spéciaux dans les ouvrages de pathologie chirurgicale, ne nous arrêteront pas davantage.

(I) Bulletin de la Société de chirurgie de Paris, année 1865, p. 474, et année 1868, p. 35G.

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