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CHAPITRE

Des blessures faites par chaque espèce d'armes. — ■■ Des blessures par armes piquantes. — Mode d'action des armes et des instruments piquants.

Plaies simples. — Lésions des parties molles; caractère et forme des plaies; mode de guérison et traitement. Lésion des tissus fibreux. Lésion des os. Lésion des cavités splanchniques. Lésion des articulations.

Plaies compliquées. — Présence du corps vulnérant; déchirure et contusion. Accidents des plaies par armes ou instruments piquants : accidents nerveux, accidents inflammatoires, hémorrhagies, anévrysmes.

Les blessures faites par chaque espèce d'armes, soit communes, soit en usage dans l'armée, peuvent, comme les armes elles-mêmes, être divisées en trois classes principales, qui sont :

1° Les blessures par armes piquantes ; 2° Les blessures par armes tranchantes ; 3° Les blessures par armes contondantes ;

Il arrive fort souvent que les blessures appartenant à l'une de ces trois grandes divisions, participent des caractères propres aux blessures d'une classe différente, et quelquefois même les réunissent tous à divers degrés. C'est ainsi que les blessures par armes piquantes 'peuvent présenter, en même temps que leurs phénomènes spéciaux, quelques- uns de ceux des blessures par armes tranchantes et réciproquement; que celles-ci, suivant la manière dont l'arme qui les a produites a été employée, sont accompagnées de contusion ; que les plaies contuses enfin, en raison de leur siège, delà nature et de la forme des instruments vulnérants, ressemblent quelquefois à des plaies par instruments tranchants. Cependant il existe presque toujours dans toutes ces blessures un caractère dominant qui permet de les rattacher à leur classe propre ; les caractères empruntés par une catégorie à une autre, n'étant que concomitants ou constituant une complication.

Les plaies empoisonnées forment une classe complètement distincte et ne nous paraissent pas devoir trouver leur place à côté des blessures de guerre. Les plaies par déchirure, par morsure et par arrachement, assez fréquentes à l'armée, se rangeront à la suite des plaies contuses, avec lesquelles elles ont de nombreuses analogies.

Les armes de guerre n'agissant exclusivement que par la pointe, sont : le fleuret, l'épée, la lance et la baïonnette ; les armes communes sont: les diverses sortes d'épées et de poignards, à lames plates, triangulaires ou diversement configurées. Les instruments ou les ustensiles qui sont employés clans les arts, dans l'industrie ou pour les besoins de la vie domestique, sont tellement nombreux et variés qu'il est à peu près impossible de les énumérer.

Mode d'action des instruments piquants. — Tous les instruments piquants agissent en écartant les tissus pour se frayer un passage : déliés, comme une aiguille à acupuncture, et introduits avec lenteur et ménagement, ils passent entre les fibres qui constituent la trame organique, sans les diviser, et peuvent pénétrer à des profondeurs[considérables, et même à travers les organes les plus importants, sans donner lieu au moindre écoulement de sang et sans déterminer une douleur fort appréciable ; lorsqu'au contraire leur pénétration est brusque et rapide, ils occasionnent une douleur vive et saisissante et quelquefois la sortie de quelques gouttes de sang. Les instruments piquants plus volumineux et les armes de guerre ou autres agissent encore en écartant les fibres de nos tissus sans les diviser; mais par la distension qu'ils leur font subir, ils provoquent de la douleur, déterminent des contusions et des déchirures des bords de la plaie, et peuvent donner lieu à des écoulements de sang plus ou moins considérables, mais en général peu abondants.

Plaies simples. — Les blessures faites par les armes et les instruments piquants sont simples ou compliquées : elles peuvent intéresser les parties molles, les os, les cavités et les organes que celles-ci renferment ; elles présentent dans ces conditions diverses des phénomènes plus ou moins constants et sont quelquefois suivies d'accidents locaux ou d'accidents généraux.

Lésion des parties molles. — Les blessures par ponction des parties molles sont uniques ou multiples; elles sont faites de l'extérieur à l'intérieur, ou de l'intérieur à l'extérieur. Les blessures faites de l'extérieur à l'intérieur

sont en cul-de-sac, c'est-à-dire qu'elles n'ont qu'une seule ouverture, celle de l'entrée de l'instrument ; ou bien elles présentent deux ouvertures, l'une d'entrée, faite de l'extérieur à l'intérieur, l'autre de sortie, faite de l'intérieur à l'extérieur par la pointe de l'instrument traversant les parties de part en part. Parmi les blessures faites de l'intérieur à l'extérieur, il en est qui ne présentent qu'une ouverture visible extérieurement; elles sont habituellement le résultat de l'action de corps étrangers passés dans le tube digestif ou les organes génito-urinaires ; elles se rencontrent surtout chez les aliénés des deux sexes, chez les femmes hystériques, et reconnaissent ordinairement pour cause la présence d'aiguilles, d'épingles, d'arêtes de poisson, de petits os, de couteaux, de fourchettes même, qu'un accident ou plus d'un genre de délire a introduits dans les organes: nous ne croyons pas devoir nous en occuper ici.

Caractères. — L'étroitesse et la profondeur constituent le caractère distinctif de toutes les plaies des parties molles faites de l'extérieur à l'intérieur par dès armes ou des instruments piquants. Non-seulement les instruments exclusivement piquants donnent lieu à des plaies de cette nature, mais les armes munies d'un seul ou de deux tranchants peuvent encore les produire, si ces armes pénètrent à une profondeur assez considérable pour que celle-ci soit plus grande que la largeur de la plaie. Ces blessures ne provoquent qu'une douleur d'intensité médiocre : la pénétration de l'arme écarte et distend les tissus qui reviennent promptement sur euxmêmes dès que l'arme est retirée. Ces phénomènes sont pour ainsi dire instantanés ; ils sont en rapport avec la longueur immergée et le volume de l'instrument vulnérant, avec sa forme, l'état de sa surface et de sa pointe.

Les armes minces et acérées, comme les fleurets aiguisés et les épées ; les armes dont la pointe est supportée par une lame tranchante, comme les sabres, pénètrent avec beaucoup plus de facilité et à des profondeurs plus grandes que la lance et la baïonnette, dont la pointe peu aiguë est supportée par une lame à arêtes mousses et assez épaisses : la pénétration de ces dernières armes est favorisée par l'impulsion considérable que le poids de la hampe ou du fusil permet de leur imprimer. Les blessures qui sont faites par des armes mal polies ou envahies par la rouille, par des armes épaisses, par des pointes émoussées, sont plus douloureuses, moins profondes, présentent un écartement plus grand, ont des bords plus souvent déchirés et contus, et saignent plus communément que celles qui sont faites dans des conditions opposées. Les plaies résultant d'un coup de fleuret démoucheté, ou dont on a simplement cassé le boulon sans en faire la pointe, peuvent avoir néanmoins une assez grande profondeur, en raison

du peu de volume de la lame ; les bords en sont un peu déchirés : elles déterminent une assez vive douleur. Les fleurets démouchetés, glissant sur la peau sans la pénétrer., donnent lieu à des écorchures plus ou moins étendues et plus ou moins profondes, qui sont accompagnées de gonflement, de rougeur, d'ecGhymose dans tout ou partie de leur trajet, et de douleurs brûlantes. Les plaies qui sont faites par la pointe des sabres ou d'instruments analogues ne reviennent que très-peu sur elles-mêmes: elles sont à la fois des plaies par piqûre et des plaies par coupure, leurs bords ayant été divisés en même temps qu'écartés : lorsque la lame a été enfoncée jusqu'à la partie non tranchante de son dos, l'angle de la plaie en rapport avec celte partie mousse se rétracte davantage que l'angle opposé.

Forme. — Les épées plates, ou présentant une double arête peu accusée sur le plan de la lame, font des plaies linéaires; les épées triangulaires, en général très-minces, comme les épées dites de combat, donnent lieu à des plaies triangulaires et comparables, pour la forme, sinon pour la dimension, à des piqûres de sangsues. Les fleurets aiguisés déterminent de petites plaies linéaires, lorsque l'arme a pénétré peu profondément; et, dans le cas contraire, de petites plaies sans régularité : les fleurets démouchetés et sans pointe produisent dans la grande majorité des cas, quelle que soit la profondeur à laquelle ils ont pénétré, de petites plaies à bords déchirés dont la forme est irrégulière. La lance et la baïonnette donnent lieu à des plaies en rapport avec leur forme; les angles des plaies faites par la première de ces armes sont toujours un peu contus ; les plaies faites par la seconde sont généralement plus nettes. Les coups de pointe de sabres à deux tranchants déterminent des plaies linéaires, légèrement entr'ouvertes ; les coups de pointe de sabres à un seul tranchant et à dos plus ou moins épais, des plaies nettement divisées du côté correspondant au tranchant et irrégulièrement déchirées du côté mousse de l'arme.

Ces données générales sur la forme des plaies par armes de guerre s'appliquent à la forme des plaies par les armes communes et par les divers instruments accidentellement transformés en armes ou en agents vulnérants. Il ne faut pas croire, cependant, que la configuration des plaies par ponction réponde toujours exactement à celle des corps qui les ont produites : les expériences de Filhos et de Malgaigne ont démontré qu'un instrument rond, comme un poinçon de médiocre volume, donne lieu à des plaies linéaires dont la direction varie suivant les régions du corps où elles siègent. A la face, ces plaies ont des directions très-variées ; au cou, sur le thorax et sur l'abdomen, elles affectent en général des directions obliques de haut en bas et de dedans en dehors ; sur les bras et sur les avant-bras, sur les cuisses et sur les jambes, elles se dirigent à peu près

suivant l'axe des membres ; dans le voisinage des articulations et du côté de l'extension, elles sont généralement dirigées comme des rayons partant du centre de l'articulation, tandis que du côté de la flexion elles sont parallèles aux plis de locomotion. Les muscles sous-jacents à la peau et les aponévroses d'enveloppe, d'une part, la structure des téguments et le voisinage des articulations, de l'autre, paraissent être les causes delà direction affectée par les plaies produites au moyen d'un poinçon arrondi. Il est incontestable que les mêmes causes apportent dans la forme et dans la direction des plaies résultant de l'action des armes proprement dites, des modifications qui les font différer de la configuration des armes mêmes. Les armes ne pénètrent pas toujours les parties perpendiculairement à leur surface; les téguments et les muscles superficiels sont souvent surpris par les blessures dans des situations variées, dans le relâchement ou la contraction ; la rencontre de corps résistants et les mouvements instinctifs des blessés peuvent faire dévier les instruments vulnérants pendant leur action même: ces conditions constituent autant de causes nouvelles de modifications dans la forme et la direction des plaies, qu'il convient d'ajouter à celles déjà signalées.

La faible quantité de sang qui s'écoule des plaies par armes ou instruments piquants lient au petit nombre de vaisseaux capillaires divisés, et au rapprochement des tissus qui suit immédiatement l'extraction de l'arme. Sans cesser d'être simples, les blessures présentent quelquefois, sous les téguments et dans les parties plus profondes, une exlravasation sanguine dans la trame des tissus qui apparaît immédiatement après l'accident, ou se "révèle seulement après plusieurs jours par une teinte jaune ecchymotique, d'intensité et de dimensions variables.

Mode de guérùon et traitement. — La guérison des plaies par armes et instruments piquants est généralement rapide et spontanée : elle se fait par cicatrisation immédiate, et la réunion est souvent complète du jour au lendemain. Le chirurgien n'a que faire d'intervenir et doit se borner, dans la très-grande majorité des cas, à recouvrir la blessure avec une mouche de sparadrap de diachylon gommé ou de taffetas d'Angleterre, afin de la mettre à l'abri des froissements et de l'air extérieur. Parfois, néanmoins, à la face palmaire des doigts et de la main, à la plante des pieds, dans les parties soumises à des mouvements répétés, elles ont quelque tendance à s'enflammer et restent assez longtemps douloureuses : le repos, des applications émollientes, ou des applications d'eau froide, font justice de ces accidents, trop légers pour qu'on puisse véritablement leur donner le nom de complication.

Lésion des tissus fibreux. — Il est rare qu'une plaie simple, d'une lecouest. — 2e édit. 3

ùll BLESSURES PAR ARMES PIQUANTES.

certaine profondeur, ne rencontre pas dans son trajet des tissus fibreux, des aponévroses et quelquefois des tendons, qui se comportent à l'égard des instruments piquants comme les parties molles. En général, la guérison des plaies n'est point entravée par cette circonstance, à laquelle Dupuytren a attribué certains accidents graves. Ces accidents apparaissent quelques jours après la blessure, et sont précédés de battements et de sensibilité dans le lieu lésé ; ils consistent dans un gonflement plus ou moins considérable, ordinairement circonscrit, accompagné de douleurs profondes, et mettant obstacle, lorsqu'il siège du côté de la flexion d'une articulation, aux mouvements actifs ou communiqués. Ils peuvent disparaître spontanément, mais toujours dans un temps, fort long ; ou bien ils donnent lieu à des abcès chroniques, à des engorgements qui laissent après eux des adhérences profondes et persistantes. Nous pensons que la lésion des tissus fibreux n'est pas la cause immédiate de ces phénomènes, attendu que les tissus fibreux n'ont point de manière propre de sentir et de s'enflammer. Nous considérons les accidents de cette nature comme des complications résultant soit de l'inflammation subaiguë des tissus sous-aponévrotiques, soit de la formation d'un épanchement sanguin qui disparaît lentement, rovoque par sa présence l'irritation des parties voisines ou s'abcède, soit encore de la lésion des séreuses enveloppant les tendons ou doublant les capsules fibreuses. Les phénomènes pathologiques immédiats et consécutifs, observés dans la marche de ces différentes affections, rendent parfaitement compte des accidents signalés comme pouvant être le résultat de la piqûre des tissus fibreux. Dépourvus de nerfs, nourris par la partie séreuse du sang, les tendons et les aponévroses ne sauraient devenir douloureux et s'enflammer primitivement; ils ne s'allèrent qu'à la longue et sous l'influence d'un voisinage morbide. Si la piqûre d'un tendon détermine uu épanchement de lymphe dans sa proximité ou dans son intérieur, c'est par la compression et la gêne que cet épanchement exerce sur les parties environnantes que les douleurs doivent être expliquées.

Lésion des os. — Les piqûres faites aux cartilages et aux os ne peuvent atteindre ces parties profondément situées qu'en traversant une couche plus ou moins épaisse de parties molles ; elles intéressent nécessairement le périchondre et le périoste. La douleur, dans ces cas, est toujours assez vive et s'accompagne quelquefois d'un gonflement qui disparaît en quelques jours sous l'influence du repos de la partie blessée, d'applications émollientes ou de compresses imbibées d'eau froide. La plaie restant à l'état simple, la légère périostite qui eu est la conséquence se termine par résolution, et ne laisse d'autre trace qu'un peu d'induration et de tuméfaction circonscrites au lieu lésé, et une sensibilité à la pression qui persiste assez long-

temps. C'est la lésion du périoste, organe très -vaseuhire en raison de ses fonctions, qui détermine ces phénomènes, beaucoup plus que la piqûre du tissu osseux peu disposé par lui-même à souffrir des causes traumatiques.

Lésion des cavités splanchniques. — Les armes et les instruments piquants agissant sur les cavités splanchniques, le crâne, le thorax, l'abdomen, déterminent des blessures pénétrantes et non pénétrantes. Les plaies non pénétrantes de ces cavités ne diffèrent pas essentiellement des blessures des parties molles; elles prédisposent, cependant, en raison de la constitution anatomique des régions lésées, à quelques accidents dont nous aurons à nous occuper lorsque nous parlerons des blessures suivant les différentes régions elles-mêmes. Elles sont généralement peu profondes et présentent plus souvent que celles des membres deux ouvertures, l'une de l'entrée, l'autre de la sortie de l'arrnjB. Celle-ci, restant tangente à la circonférence de la cavité, ne peut parcourir sous la peau un long trajet, sans ressortir dans un point peu éloigné de son entrée. Les plaies non pénétrantes des cavités sont donc en général superficielles ou sous-cutanées.

Les plaies pénétrantes faites par les instruments piquants peuvent n'intéresser que la membrane séreuse pariétale tapissant les cavités, cas excessivement rare, ou léser les viscères que ces cavités renferment. L'inflammation de la séreuse intéressée isolément ou en même temps que les organes qu'elle enveloppe, peut succéder à ces plaies. Des hémorrhagies internes ou externes, des hernies, des épanchements de gaz, de liquides ou de matières demi-solides, peuvent en être aussi la conséquence. Le lieu de la blessure, la résistance, la mobilité, l'élasticité des parois de la cavité lésée, la disposition anatomique, la physiologie normale et pathologique des organes intéressés, l'état de plénitude ou de vacuité des viscères creux, sont autant d'éléments dont l'influence se fait sentir sur la production et la nature des accidents.

Lésion des articulations. — Les plaies par instruments piquants des cavités articulaires sont quelquefois suivies des résultats les plus simples; d'autres fois, d'accidents de la plus haute gravité.

La membrane synoviale qui double les capsules fibreuses articulaires peut n'éprouver qu'une piqûre simple; elle peut être froissée ou déchirée dans une certaine étendue de sa surface interne ou de ses replis ; violentée par la lame de l'instrument qui la traverse de part en part ou s'arrête sur les os et sur les cartilages.

Toutes les plaies des articulations, si légères qu'elles soient, pouvant donner lieu à de graves accidents, à des hydarthroses^ à des inflammations se terminant par suppuration, doivent être soigneusement observées par le

6 BLESSURES PAR ARMKS PIQUAMES.

chirurgien, surtout lorsqu'elles intéressent des articulations dont les surfaces synoviales ont une étendue considérable. L'inflammation aiguë, phénomène le plus redoutable et constituant presque à lui seul tout le danger de ces plaies, doit être conjurée par le repos, l'immobilisation de l'articulation, les applications froides, et combattue, si néanmoins elle apparaît, par les anlinhlogistiques et les révulsifs locaux et généraux les plus énergiques.

Egaies compliquées. — Présence du corps vulnéro.nt. — La présence du corps vulnérant est une complication fréquente des plaies par instruments piquants.

Toute une classe de ces blessures est nécessairement compliquée de la présence du corps étranger, arme ou instrument, qui les détermine; ce sont celles qui se font de l'intérieur à l'extérieur par la sortie, sur un point quelconque des téguments, des corps plus ou moins agressifs préalablement introduits dans l'économie. Sans parler des accidents généraux ou spéciaux que leur présence peut amener vers le tube digestif, les organes génitourinaires, etc., nous nou^ bornerons à dire que la plupart d'entre eux, notamment les aiguilles et les épingles, présentent cette particularité que tantôt ils restent en place, tantôL ils parcourent dans les organes de trèsgrandes distances, pour aller sortir ou faire saillie dans toutes les régions, mais surtout à l'abdomen et aux membres pelviens. Leur sortie est toujours précédée d'une douleur légère et superficielle, et habituellement suivie d'une cicatrisation rapide. Ils donnent lieu quelquefois à la formation de petits abcès, au milieu desquels on les retrouve. Les épingles et les aiguilles se présentent souvent plusieurs fois de suite sous la peau, dans des lieux différents, sans la percer et sans sortir : en raison de leur mobilité, on ne doit jamais faire d'incision pour les extraire, à moins qu'elles n'aient déterminé un abcès; dans les parties molles et dans les parois des cavités thoraciques et abdominales, elles échappent facilement aux recherches, fuient sous la pression la plus légère et se perdent de nouveau • dans les tissus.

Les instruments vulnérants restent rarement tout entiers dans les plaies faites de l'extérieur à l'intérieur : la plupart du temps, un mouvement brusque du blessé ou de l'agresseur, un coup porté à faux, la rencontre d'un os résistant, font casser l'arme ou l'instrument à une certaine distance de la pointe ; c'est ainsi que se brisent les épées et les fleurets. Les mêmes causes ou la simple résistance des parties molles accompagnée d'un changement dans la direction de l'impulsion, peuvent amener la rupture d'instruments plus déliés, comme les aiguilles.

Lorsque les corps vulnérants font saillie à l'extérieur, rien n'est plus sim-

pie que d'en faire l'extraction. Cette opération, facile lorsque les armes ne sont pas implantées dans les os, doit toujours être pratiquée. Le vulgaire et quelques chirurgiens pensent qu'il est des plaies dans lesquelles il faut respecter la présence des corps vulnérants, dans la crainte de voir leur extraction suivie d'accidents sérieux ou d'une mort plus rapide : en général, il ne peut résulter de cette manière de faire que des inconvénients ; les corps étrangers tombent en l'absence du chirurgien, qui ne peut alors immédiatement parer aux hémorrhagies, à l'introduction de l'air, etc. ; s'ils restent en place, ils donnent lieu, dans le plus grand nombre des cas, à une mort plus prompte, ou à des phénomènes progressivement plus graves. Des circonstances tout à fait exceptionnelles, dont l'appréciation ne peut être faite qu'en présence de cas déterminés, peuvent seules motiver l'abandon du corps vulnérant dans la plaie,

Les corps vulnérants peuvent se rompre dans l'intérieur des plaies, sans qu'il apparaisse rien de leur lige au dehors. On doit toujours s'enquérir auprès des blessés ou des personnes présentes à l'accident, de la direction de l'arme ou de l'instrument, de la profondeur présumée à laquelle ils ont pénétré, de l'état de la lame et de son intégrité après la blessure. Très-souvent ces renseignements sont impossibles à obtenir; il convient alors d'explorer les plaies. Lorsque le corps vulnérant est d'un très-petit volume, comme une portion d'aiguille ou un morceau de verre, il échappe la plupart du temps aux investigations, et il peut, sans inconvénient immédiat, être abandonné dans la plaie. Lorsque l'instrument vulnérant est plus volumineux et que la palpation, la douleur ou la sensation qu'il détermine chez le blessé lui-même, font présumer la présence d'une partie de sa lame dans la plaie, celle-ci doit être sondée : si elle est assez large pour que le corps étranger puisse être extrait sans dilatation préalable, on doit procéder immédiatement à cette opération par la voie même que l'instrument a frayée. Si l'ouverture de la plaie est trop étroite pour permettre l'introduction des instruments propres à l'extraction, deux manières d'opérer peuvent être employées, suivant la situation du corps vulnérant : ou bien l'extrémité brisée de l'arme est voisine de l'orifice de la plaie, et c'est par cet orifice même, suffisamment agrandi par une incision, qu'elle devra être saisie et retirée; ou bien, engagée profondément, la pointe de l'instrument esttrèsrapprochée de la peau du côté opposé à son entrée, et, dans ce cas, on peut presser sur son extrémité brisée à travers les tissus et les téguments, faire agir son extrémité aiguë de l'intérieur à l'extérieur, lui faire percer la peau et l'extraire par cette nouvelle ouverture.

En frappant les os, les instruments piquants se brisent souvent contre eux et y restent quelquefois implantés : il convient dans ces cas de les

extraire par tous les moyens chirurgicaux mis en usage en pareille circonstance, de recourir à des tractions énergiques au moyen de fortes pinces, d'appliquer, au besoin, une couronne de trépan soit à côté d'eux, soit-en les y circonscrivant, après les avoir mis à découvert par des incisions d'une étendue suffisante. Lorsque les corps étrangers n'ont pas été. extraits, la plaie qui les renferme reste, en général, fistuleuse, donne lieu à un écoulement de pus peu abondant, et s'entoure d'induration. Mais la cicatrisation de l'ouverture et de la plus grande partie de la plaie n'est pas toujours empêchée parla présence des corps vulnérants ; elle se fait au-dessus d'eux et les emprisonne dans l'intérieur. Ils déterminent quelquefois, à une période plus ou moins éloignée, un abcès dans le foyer duquel on les retrouve libres, ou au fond duquel ils restent un temps assez prolongé, entretenant, jusqu'à leur mise en liberté, une suppuration de longue durée et des alternatives répétées d'accidents et de guérisons apparentes. D'autres fois, ils restent de longues années ou à jamais inoffensifs ; mais, la plupart du temps, ils occasionnent une certaine gêne dans les parties qui les recèlent. Les corps peu volumineux et faits de matières peu altérables, comme les métaux, jouissent en particulier de ce dernier privilège.

Déchirure et contusion. — Les coupures, les déchirures, lorsqu'elles ont une certaine étendue, sont des complications des plaies par armes ou instruments piquants. Elles allèrent dans une mesure plus ou moins considérable les caractères spéciaux des plaies par ponction, retardent assez souvent leur guérison, et les exposent aux accidents que ces complications elles-mêmes peuvent déterminer. Leur traitement doit varier selon les indications.

Accidents des plaies par armes ou instruments piquants. —

Les accidents des plaies par armes ou instruments piquants sont locaux ou généraux. Ces derniers, outre la fièvre traumatique et les symptômes généraux que peut déterminer la lésion spéciale de quelques organes en particulier, comprennent encore des accidents nerveux. Les premiers sont des accidents inflammatoires, accidents possibles dans toutes les plaies, mais regardés comme plus fréquents dans celles-ci que dans celles d'un autre ordre.

Accidents nerveux . — La douleur dans les plaies par piqûres est en général légère et de peu de durée ; elle est due à la division de filets nerveux très-déliés et en petit nombre. Au lieu de disparaître en peu de temps, la douleur s'accroît au contraire, quelquefois, au point de devenir intolérable, et détermine un ébranlement qui retentit sur tout le système nerveux. La persistance de la douleur, son acuité et ses progrès ont été attribués à la division incomplète ou à la déchirure de cordons nerveux d'un

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