CHAPITRE III
Mode d'action des armes et des instruments tranchants. — Caractères communs et variétés des blessures par armes tranchantes. — Phénomènes locaux primitifs : écoulement du sang, douleur, écartement des lèvres de la plaie. — Diagnostic et pronostic. — Phénomènes locaux consécutifs : réunion immédiate, réunion médiate, formation d'un tissu cicatriciel. — Phénomènes généraux.
Traitement : Soins préliminaires, réunion.
Plaies à lambeaux avec perte de substance. — Des pansements. — Des causes qui peuvent retarder la cicatrisation des plaies. — Complications des plaies par armes ranchantes. — Lésion des nerfs. Lésion des vaisseaux : hémorrhagies> traumatiques, capillaires, veineuses, artérielles. Hémostase chirurgicale.
Les armes tranchantes en usage dans l'armée sont les sabres, la baïonnette-sabre et les haches. Un très-grand nombre d'instruments employés dans les arts, dans l'industrie et pour les besoins de la vie domestique, présentent une configuration analogue à celle de ces armes, c'est-à-dire un tranchant plus ou moins affilé, supporté par une lame plus ou moins épaisse,
IHode d'action des armes- et des instruments tranchants. - — Les
armes tranchantes ont différents modes d'action. Tantôt perpendiculairement appliquées sur les tissus avec plus ou moins de force, elles les divisent par pression seulement; tantôt présentées obliquement et promenées plus ou moins rapidement à la surface des parties, elles les divisent en sciant; tantôt enfin, et le plus souvent, elles reçoivent une impulsion qui leur communique ce double mode d'action.
Les sabres droits de la grosse cavalerie ne sont guère employés que pour pointer; quelquefois cependant, employés par le tranchant pour sabrei\ ils ont un mode d'action qui n'est autre qu'une percussion accompagnée d'un mouvement plus ou moins prononcé, dirigé de la poignée de l'arme vers la pointe ou dans le sens opposé.
Les haches agissent de la même manière.
Les blessures faites par ces armes sont toutes plus ou moins contuses.
Les sabres de cavalerie légère et les sabres d'artillerie, plus courbés que les sabres de la grosse cavalerie et de la cavalerie de ligne, présentent tou-
hh BLESSURES PAR ARMES TRANCHANTES.
jouis leur tranchant aux parties sous un angle plus aigu que ces derniers. Qu'ils agissent par percussion, ils donnent lieu à des blessures moins contuses que les sabres droits; qu'ils agissent en glissant sur les parties, de la poignée vers la pointe clans le mouvement de sabrer, ou de la pointe vers la poignée clans le mouvement de pointer, ils déterminent des blessures parfaitement nettes et présentant dans leur pureté la plus grande les caractères des plaies par coupure.
La baïonnette- sabre, lorsqu'elle est employée par le tranchant, agit d'une manière analogue, et plus sûrement encore, en raison de sa double courbure.
Caractères communs et variétés tBcs blessures par armés ou instruments tranchants. — Le type fondamental des blessures faites aux parties molles par les armes et les instruments tranchants, consiste en une solution de continuité d'une certaine étendue, plus longue que profonde, d'une largeur médiocre, à bords saignants, réguliers et légèrement curvilignes, dont chacune des extrémités se termine par un angle aigu. Les causes de variétés clans la forme, que nous avons signalées en traitant des plaies par piqûre, peuvent apporter au type primitif des plaies par instruments tranchants quelques modifications de peu d'importance.
Ces plaies affectent différentes directions relativement à l'axe du corps et relativement à l'axe même des parties qu'elles atteignent. Elles sont dites transversales, longitudinales on obliques, suivant qu'elles sont perpendiculaires, parallèles ou obliques à la direction générale du tronc ou des membres.
Elles sont plus ou moins superficielles et plus ou moins profondes : elles peuvent présenter des lambeaux retenus en place ou non loin de leur siège normal par une base ou un pédicule plus ou moins considérable; ces lambeaux sont quelquefois renversés : elles peuvent présenter enfin une perte de substance, lorsqu'une partie ou la totalité de la région blessée a été complètement enlevée.
Phénomènes locaux primitifs. — Les phénomènes locaux primitifs des blessures par coupure sont : l'écoulement du sang, la douleur et I'écarlement des bords de la plaie.
Ecoulement du sang. — C'est aux plaies par armes tranchantes que peut justement s'appliquer la définition générale anciennement donnée des plaies, à savoir : qu'elles consistent en une division récente et sanglante. L'écoulement du sang, en effet, est inséparable de ce genre de lésions soudainement produites : il est causé par la division des vaisseaux capillaires ou de vaisseaux plus volumineux. Dans le premier cas, la perte de sang est peu considérable et cesse presque toujours spontanément ou sous l'in-