‹ Traité de chirurgie d'arméeChapitre 100 sur 174 · BLESSURES DU FOIE ET DE LA VÉSICULE BILIAIRE · texte numérisé non relu

BLESSURES DU FOIE ET DE LA VÉSICULE BILIAIRE

Plus graves encore que les plaies par armes blanches, les plaies du foie par coups de feu guérissent néanmoins, et quelquefois même d'une manière assez simple. Cependant elles déterminent, dans la majorité des cas, une inflammation assez vive, accompagnée d'un ictère plus ou moins prononcé et de troubles gastriques et intestinaux. La plupart du temps elles suppurent en abondance et versent à l'extérieur un pus de bonne nature, coloré en jaune par la bile.

Une hémorrhagie souvent très-abondante se montre dans les plaies du foie par coups de feu, comme dans les blessures par armes blanches.

Les balles, en pénétrant dans le foie, le traversent de part en part, ou y restent logées; elles peuvent entraîner avec elles, enfoncer et abandonner dans le tissu de l'organe, des portions de vêtements ou d'équipement, des esquilles provenant des côtes fracturées sur leur passage. Lorsque le foie est traversé de part en part, il est inutile de sonder la plaie, à moins qu'on ne constate la fracture des côies, auquel cas il faut chercher les esquilles et les extraire en agrandissant au besoin la blessure. L'accident est moins grave que lorsque la balle n'est point sortie : les deux ouvertures donnent une issue facile au pus, au sang, aux eschares ou aux fragments d'os qui n'ont pu être enlevés; elles doivent être élargies si les produits liquides ou solides ne peuvent sortir avec facilité. Quand une balle pénètre dans le foie sans le traverser, elle s'arrête à une plus ou moins grande profondeur. Une sonde introduite parla plaie recherche le projectile qui est extrait par l'ouverture qu'il a faite et que l'on dilate par une incision si cela est nécessaire. On rencontre quelquefois le projectile formant tumeur dans un point de la région : une incision permet de le mettre à découvert et d'en faire l'extraction; nous avons ainsi enlevé une balle qui avait pénétré à la hauteur de l'appendice xiphoïde et était venue faire saillie au-dessous de la dernière fausse côte après avoir traversé le foie. Les projectiles abandonnés et non retrouvés cheminent quelquefois rapidement dans l'organe par leur propre poids et, favorisés par le décubitus dorsal du blessé, viennent se présenter en arrière dans la région lombaire où ils donnent lieu à un abcès dans le foyer duquel on les rencontre accompagnés de sang, de détritus gangreneux et de fragments d'os. Un cas semblable s'est présenté à notre observation : le malade guérit de sa blessure, mais succomba, peu de temps après, à des accidents inflammatoires réveillés par un excès de boisson.

La plaie reste quelquefois fistuleuse, et c'est par elle que s'échappent après un certain temps les corps étrangers. D'autres fois, elle se ferme complètement et un abcès renfermant les corps étrangers se forme dans la région longtemps après l'accident. Mais, le plus souvent, les corps étrangers logés dans le foie déterminent la mort.

LEGOUEST. — 2e édit. 26

Zi02 BLESSURES DE L ABDOMEN PAR ARMLS DE GUERRE.

L'hépatite, la péritonite, des épanchemenls dans l'abdomen, des abcè* dans l'épaisseur de l'organe et tous les accidents qui en découlent, sont les résultats ordinaires des coups de feu du foie. Le traitement des accidents consiste surtout dans les antiphlogistiques locaux et généraux : lorsque les malades ont échappé aux premiers accidents, ils doivent observer le régime le plus régulier et s'abstenir de tous les mouvements qui peuvent déterminer la secousse ou la compression de l'organe.

Les blessures de la vésicule et des canaux biliaires sont heureusement fort rares : elles déterminent immédiatement, dans la cavité péritonéale, un épanchement de bile rapidement suivi d'une péritonite mortelle. Malgré quelques terminaisons heureuses de blessures ou de déchirures de la vésicule biliaire, les malades atteints de ces accidents sont voués à une mort à peu près certaine, et la chirurgie reste désarmée contre de pareilles lésions.

La proposition faite par quelques chirurgiens de pratiquer une suture ou d'appliquer le fer rouge pour fermer une plaie de la vésicule biliaire, est inadmissible et impraticable chez l'homme : tous les efforts de l'art doivent être dirigés contre la péritonite et, dans la plupart des cas, ils sont frappés d'impuissance.

Blessures «le la rate. — La rate est moins exposée que le foie à l'action des violences extérieures, en raison de son moindre volume. Cependant les coups, les chutes, les pressions violentes peuvent la confondre ou la déchirer; les armes blanches et les coups de feu peuvent l'atteindre.

Les signes des blessures de la rate sont fort obscurs, et les fonctions encore inconnues de cet organe ne permettent pas d'apprécier le trouble que sa lésion peut provoquer dans l'économie. La situation, la direction et la profondeur du trajet du corps vulnérant servent à établir des inductions plus ou moins plausibles ; une hémorrhagie externe, ou les symptômes d'un épanchement sanguin dans le péritoine, quelquefois une large ecchymose s'élendant dans le flanc et jusque dans la fosse iliaque, donnent plus de certitude au diagnostic.

Les lésions de la rate ne déterminent pas immédiatement des accidents bien graves; il est même très-présumable qu'un grand nombre guérissent heureusement lorsqu'elles sont peu étendues. Quand elles sont plus considérables, la rate peut être plus ou moins désorganisée, un épanchement de sang rapide et abondant peut se faire dans la cavité du péritoine et entre les feuillets de l'épiploon, et le sujet atteint, au bout de quelques jours, de péritonite, ne tarde pas à succomber. Il est plus que douteux que ce& blessures soient toujours accompagnées, ainsi qu'on l'a dit, d'une hémor-

Page 1