‹ Traité de chirurgie d'arméeChapitre 102 sur 174 · ÉPANCHEMENTS ABDOMINAUX : SANG · texte numérisé non relu

ÉPANCHEMENTS ABDOMINAUX : SANG

vaisseaux d'un faible calibre sont intéressés, le sang s'épanche en quantité médiocre : l'aclion des parois de l'abdomen sur les viscères qu'il renferme et celle des viscères eux-mêmes les uns sur les autres, la pression et la résistance réciproques et uniformes que ces parties s'opposent mutuellement, ont été invoquées par Petit, le fils (1), pour expliquer la cessation de l'hémorrhagie et la réunion du sang en foyer. La cavité abdominale exactement remplie par les organes et n'ayant aucun vide, ne saurait admettre qu'avec difficulté, selon cet auteur, la formation d'un épanchement de quelque nature que ce soit. Garengeot(2) ajoute à celte théorie la pression et la résistance inégale des parois et des viscères de l'abdomen, et, comme conséquence, la tendance des épanchements à se porter vers la partie antérieure et inférieure de la cavité. Quoiqu'il en soit, les faits cliniques et les expériences sur les animaux ont démontré que la collection des épanchements en foyers circonscrits résulte de la quantité minime de sang épanché, et de la formation d'adhérences à son voisinage ; mais lorsque le sang s'échappe d'un gros vaisseau ou d'une artère d'un certain volume qui lui communique une impulsion, lorsqu'il est fourni en abondance par une blessure des organes intérieurs, il peut s'étendre au loin dans la cavité abdominale.

Les théories d'A. Petit et de Garengeot sont donc loin d'être absolues, et le sang épanché se concentre en un foyer unique, se répand en nappe au devant des intestins et. comble les anfractuosités que leurs circonvolutions laissent entre elles, s'étale ou se rassemble entre l'épiplbon et la paroi abdominale, occupe l'arrière-cavité des épiploons et se rencontre le plus souvent à l'hypogastre, dans les fosses iliaques et le petit bassin. Les différents replis du péritoine ne sont pas sans influence sur la localisation des épanchements de sang dans l'abdomen. Beaucoup d'entre eux fusent volontiers vers l'aine droite, comme le fait remarquer Malgaigne (3) : ce sont ceux qui siègent primitivement au côté droit du mésentère dont l'insertion se fait sur le trajet d'une ligne fictive qui descend du corps de la seconde vertèbre lombaire jusqu'à la fosse iliaque droite, et dont le repli offre aux liquides une sorte de gouttière qu'ils parcourent, entraînés par leur propre poids; sur le côté gauche du mésentère, cette disposition n'existant pas, le liquide tombe naturellement dans le petit bassin.

Les épanchements sanguins de l'abdomen présentent des symptôme*

(1) A. Petit, Essai sur les épanchements , et en particulier sur les épanchements de sang {Mémoires de V Académie de chirurgie, t. I, p. 180, et t. II, p. 65, in-S. Paris, 1819).

(2) Garengeot, Même recueil, t. II, p. 81.

(3) Malgaigne, Anatomie chirurgicale, t. II, p. 309.

406 BLESSURES DE L' ABDOMEN PAU ARiMES DE GUERRE,

différents, suivant qu'ils se font avec rapidité ou avec lenteur. Rapides, ils déterminent tous les signes d'une hémorrhagie interne : pâleur du visage et du reste du corps, refroidissement des extrémités, sueurs froides, faiblesse du pouls, défaillances, syncopes, sentiment de chaleur dans le bas-ventre qui devient mou et de plus en plus volumineux. Lents, ils ne donnent lieu qu'à des signes à peine sensibles immédiatement et ils ne révèlent leur présence qu'après une période de quatre à dix jours. Le sang étalé en nappe ou réuni en collection peut se résorber ou déterminer une péritonite rapidement mortelle. Rassemblé en foyer dans quelque endroit de l'abdomen, il provoque autour de lui la formation d'adhérences qui le circonscrivent, et donne lieu à de la douleur et à des troubles fonctionnels en rapport avec son siège; il s'enflamme quelquefois, et lorsque, profondément situé, il échappe aux ressources de l'art, il amène la mort avant la formation du pus, ou, le plus souvent, au moment où le pus rompt la poche qui le renferme et s'épanche dans le péritoine. Cependant le foyer peut se vider dans quelque organe voisin ou même à l'extérieur. Lorsqu'il occupe une région accessible à l'exploration et à l'instrument tranchant, il donne lieu à une tuméfaction plus ou moins limitée, à de la fluctuation, et il doit être ouvert par le bistouri. C'est ainsi que nous avons ouvert un abcès sanguin résultant d'une violente contusion de l'abdomen, situé en avant et un peu à gauche de la vessie. Le malade succomba à une carie consécutive de la branche ascendante du pubis.

Le traitement des épanchements de sang dans l'abdomen varie avec la marche des accidents; on doit, tout d'abord, combattre l'hémorrhagie par l'occlusion de la plaie extérieure, les réfrigérants appliqués sur la région, l'administration de boissons froides et acidulées, le repos absolu, l'apposition de cataplasmes sinapisés aux extrémités : les saignées générales, les ventouses scarifiées que l'on a recommandé d'appliquer en grand nombre sur l'abdomen sont tout au plus indiquées dans les cas où le sujet est jeune, pléthorique et conserve encore toutes ses forces.

Après la cessation de l'écoulement sanguin, on peut espérer que le repos, les saignées générales répétées en petite quantité à plusieurs jours d'intervalle, les ventouses mouchetées appliquées sur le ventre, les fomentations émollientes et, plus tard, les vésicatoires, aidés de légers révulsifs sur le tube digestif, provoqueront l'absorplion du liquide épanché.

Il ne faut ouvrir le foyer de l'épanchement qu'autant que celui-ci donne lieu à des accidents inflammatoires et à une fluctuation manifeste. On procède à cette opération par une incision conduite avec les plus grandes précautions. Les parois des collections sanguines ne sont pas toujours adhérentes au feuillet pariétal du péritoine, et il n'est pas toujours pos-

Page 1