ÊPANCHEMENTS ABDOMINAUX : SANG, BILE
sible d'arriver dans leur intérieur sans ouvrir la cavité péritonéale et sans s'exposera y faire pénétrer le liquide de l'épanchement. La tuméfaction et la rougeur des parois abdominales, l'empâtement profond de la région sont des phénomènes qui militent en faveur de l'existence des adhérences des parois du foyer avec le péritoine pariétal : l'absence de ces phénomènes laisse le chirurgien dans l'incertitude. On incise donc les parois abdominales couche par couche. Si l'on arrive jusque dans la collection sans ouvrir la grande cavité péritonéale, on donne à l'incision des parois du foyer sanguin une longueur suffisante pour permettre le libre écoulement des liquides au dehors, mais toujours proportionnée aux rapports du foyer avec les viscères ou les vaisseaux de l'abdomen et à l'étendue des adhérences établies. Si l'on pénètre dans le péritoine avant de rencontrer la collection, on arrête là l'opération (1). La plaie est pansée à plat, et l'on attend que des adhérences se soient formées entre les bords de l'incision et les parois du kyste; après trois ou quatre jours, un bistouri est plongé dans le foyer. Après l'évacuation du liquide on introduit dans l'ouverture une mèche de linge effilée, que l'on y maintient pendant quelque temps pour prévenir la réunion trop prompte de ses bords.
Bile. — Les épanebements de bile déterminent presque constamment une péritonite générale rapidement mortelle. Ils succèdent à la lésion de la vésicule ou des canaux biliaires; leur volume est en général peu considérable, et leur gravité tient non-seulement aux qualités irritantes, mais encore à la sécrétion continue du liquide épanché. De vives douleurs dans l'abdomen et la rétraction de ses parois, de violents efforts de vomissements, la rétention des matières fécales et de l'urine, l'ictère, la faiblesse <lu pouls, l'abattement général, sont les symptômes de cet accident, qui peut devenir funeste en quelques heures. La marche rapide de cette affection met généralement à néant les ressources de la thérapeutique.
Urine. — Les plaies et la rupture de la portion de la vessie en rapport direct avec le péritoine donnent lieu à des épanebements d'urine. Des douleurs excessives se font immédiatement sentir dans l'abdomen, principalement à la partie inférieure, et les symptômes d'une péritonite suraiguë se déclarent. La miction n'a pas lieu, et la vessie est vide ou ne renferme qu'une petite quantité d'urine sanguinolente. Ces lésions se terminent très-souvent par la gangrène avec emphysème gazeux du tissu cellulaire sous-péritonéal.
(I) Bégiti, Mémoire sur l'ouverture des collections purulentes et autres développées dans l'abdomen [Journal universel hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1830, t. I, p. 417).
Lorsque la plaie extérieure est large et l'épanchement peu considérable, l'accident n'est pas nécessairement mortel. Quand la plaie de la vessie communique avec l'extérieur, elle doit être agrandie pour favoriser la sortie de l'urine au dehors. On a conseillé de plonger, par la plaie extérieure, jusqu'au fond de la vessie, une mèche de linge effilée et de placer une sonde à demeure dans l'urèthre pour conduire l'urine au dehors à mesure qu'elle arrive dans l'organe ; mais la mèche n'atteint pas son but et la sonde est loin d'être toujours supportée. Après l'élargissement de la plaie, il convient de faire dans la vessie d'abondantes injections d'eau tiède afin de diluer l'urine et de diminuer ses propriétés irritantes; au moyen d'une seringue on tente d'aspirer le liquide épanché, et l'on pousse dans le péritoine des injections qui sont reprises par le même moyen. Dans les cas de rupture de la vessie ne communiquant pas à l'exlérieur, on peut ouvrir l'abdomen par une incision analogue à colle du premier temps de l'opération de la taille sus-pubienne, et se conduire comme précédemment. Ce traitement , pour ainsi dire local, est accompagné de tous les moyens propres à combattre la péritonite.
Matières alimentaires ou stercorales. — Les matières contenues dans les diverses parties. du tube digestif, en s'épanchant dans le péritoine, donnent lieu a une inflammation d'autant plus rapide et plus violente de cette séreuse qu'elles sont plus irritantes. Le seul remède à cet accident consiste à élargir la plaie extérieure, à rechercher la solution de continuité de l'organe qui a donné lieu à l'épanchement, pour la réunir par la suture,.et à débarrasser le péritoine des matières épanchées au moyen de lavages à l'eau tiède. Les moyens anliphlogistiques les plus énergiques sont en même temps dirigés contre la péritonite.
Il arrive quelquefois que des épanchements peu considérables se circonscrivent et restent dans l'abdomen, ou se vident en partie par la plaie extérieure et en partie par l'intestin. Ils entretiennent souvent une irritation chronique du péritoine qui les avoisine : les premiers doivent être ouverts le plus tôt possible ; les seconds, traités comme les fistules intestinales.
Gaz. — A l'épanchement des matières contenues dans le tube digestif se joint le plus souvent l'épanchement de gaz. Le traitement du premier accident implique nécessairement celui du second. Quand celui-ci existe seul, il peut disparaître par l'issue des gaz à travers la plaie ou par résorption, sans occasionner de phénomènes fâcheux ; si l'épanchement ne disparaît pas et détermine l'apparition de symptômes inflammatoires, il faut l'évacuer par l'opération de la paracentèse.
Pus. — L'épanchement de pus dans l'abdomen est rare, la mort ter-