COUPS ÉTRANGERS
minant presque toujours la maladie qui lui donne naissance ; la péritonite suraiguë, des abcès des viscères ou des parois de l'abdomen font succomber le malade, avant que l'épanchement de pus ait eu le temps de se réunir en solution. Cet accident doit être traité de la même manière que les épancbements sanguins.
Corps étrangers. — Les blessures par armes blanches de la cavité abdominale se compliquent rarement de la présence de corps étrangers. L'instrument vulnéranl peut seul rester dans la plaie , lorsque, agissant par la pointe, il s'est brisé contre la colonne vertébrale. Rompu à une distance plus ou moins grande de son extrémité, il peut faire saillie à l'extérieur ou se cacher profondément dans le ventre. Dans le premier cas, il est facile de le reconnaître et il est indiqué de l'extraire. Dans le second, il peut échapper aux investigations et faire confondre les accidents déterminés par sa présence avec ceux de la lésion des viscères : si, par la palpation de l'abdomen, par l'examen de l'arme, on reconnaît sa présence, on procède à son extraction en élargissant la plaie extérieure. Le siège occupé par les portions rompues des armes blanches est indiqué par la direction même de l'instrument vulnérant, qui a pu rester implanté dans les vertèbres ou qui s'est peu écarté du point sur lequel il a frappé et il s'est brisé. Quant aux dangers d'épanchements que petit faire naître son extraction, ils ne sont pas plus redoutables que les dangers provoqués par sa présence même, et ils peuvent être immédiatement combattus.
Les plaies pénétrantes de l'abdomen par coups de feu se compliquent fréquemment de la présence des projectiles ou de corps étrangers entraînés par eux. Lorsque la balle n'a fait qu'une seule ouverture, on a la certitude qu'elle est restée dans la plaie ; mais on ne saurait préciser si elle est tombée dans le péritoine, si elle a pénétré dans la cavité de l'estomac ou de l'intestin, ou si elle s'est logée dans les parois opposées à son entrée. Quand le projectile a traversé l'abdomen de part en part, il est évidemment sorti de la plaie, mais il a pu y laisser soit un de ses fragments s'il s'est divisé, soit des corps étrangers, des portions d'os ou de vêtements chassées au devant de lui. Tous les chirurgiens qui ont écrit sur les plaies d'armes à feu, si l'on en exceple'Baudens, conseillent de ne faire aucune perquisition pour découvrir une balle perdue dans l'abdomen , et fondent cette opinion sur le danger des recherches et sur la possibilité de la guérison malgré la présence de la balle. 11 ne faut pas s'amuser, dit Ledran (1), à chercher la balle si elle est perdue dans la capacité; et Percy (2) , après
(1) Ledran, Des plais d'armes à feu, p. 205.
(2) Percy, Manuel du chirurgien d'armée, p. 130.
avoir cité un certain nombre de cas empruntés à Botal, Bellosle, Ravaton, Bilguer et autres auteurs, où des balles abandonnées dans l'abdomen n'ont point occasionné d'accidents ou ont été rendues par les selles , en conclut qu'il ne faut pas vouloir à toute force les extraire dans les premiers temps d'une blessure. Le docteur Ducochet a rapporté trois cas de plaies de l'abdomen par armes à feu, avec rejet de la balle par le rectum (1).
I. H..., âgé de vingt-deux ans, lieutenant au 14e régiment Indiana, entre à Georgetown-Seminary-Hospital le 6 mai dernier. Il avait été blessé par une balle conique qui était entrée à trois centimètres au-dessous de l'ombilic, et à un centimètre à gauche de la ligne médiane. Le malade dit avoir peu souffert de sa blessure, excepté de nausées et d'une rétention d'urine. Pendant deux jours il n'eut pas de garderobes, et le troisième après son accident, le chirurgien du bateau qui le transportait à "Washington lui donna un purgatif qui agit naturellement. Le 8 mai, cinq jours après la blessure, il éprouva quelques douleurs abdominales, et le soir il rendit avec les selles une balle Minié très-déformée. Depuis cette époque jusqu'au 20 mai, il eut deux évacuations alvines par jour, et quelques vomissements ; mais la plaie guérit, la santé revint, et le 12 juin il put retourner chez lui en congé.
IL C. B..., caporal au 2e régiment de cavalerie de New-York, âgé de vingt ans, fut blessé près de Rockville, le 28 juillet 1863, par une balle conique de pistolet, laquelle l'atteignit par derrière et, passant entre les apophyses transverses des troisième et quatrième vertèbres lombaires, se logea dans la cavité abdominale. Le lendemain soir, il entra à Georgetown-Hospital, ayant beaucoup de fièvre, de sensibilité et de ballonnement du ventre. Un léger purgatif fut administré: il y eut deux selles le lendemain. Le U août, sept jours après la blessure, la balle fut expulsée avec les selles. Le 6, l'amélioration commença ; le 27, le malade fut transporté dans un autre hôpital qu'il quitta depuis, guéri, pour retourner chez lui en congé.
III. Le 29 mars 1863, dit M. F. Hamilton, je vis, à l'hôpital n° 8 de Louisville, le caporal John J..., delà 5e batterie d'Indiana, atteint, à Wurfreesboro, le 31 décembre 1862, d'une balle conique qui était entrée au niveau de l'épine iliaque supérieure et antérieure gauche. Le quatorzième jour, la balle fut rendue par le rectum. Quand je vis le malade, il était encore au lit, la plaie était guérie ; mais il y avait des selles purulentes. La santé s'améliorait rapidement, et je n'ai aucune raison de douter 4e la guérison complète du blessé.
(1) American médical Times, septembre et octobre 1863. — Gazette hebdoma- ■dairC) 25 décembre 1863.