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PÉRITONITE TRAUMATIQUE

Ces faits sont plus curieux qu'instructifs, et celle pratique est d'accord avec celle qui interdit l'exploration des plaies de la cavité abdominale, et qui laisse aux efforts de la nature le soin de la guérison des solutions de continuité de l'intestin ne faisant pas issue au dehors. Nous sommes d'avis néanmoins, avec Ba-udens (1), que, contrairement à ces préceptes, et malgré les observations que nous venons de citer, il faut aller à la recherché des balles perdues dans l'abdomen : nous pensons que l'introduction du doigt dans une blessure pénétrante de l'abdomen par coup de fou n'ajoute rien à la gravité de l'accident, alors même qu'elle n'a pas pour résultat de reconnaître la nature de la lésion ou la présence de la balle. Nous ne croyons pas qu'on soit autorisé à faire une incision à la région inguinale, comme on l'a proposé, dans l'espoir de rencontrer le projectile dans la fosse iliaque ou de jui préparer une issue ; mais nous croyons qu'on doit rechercher la balle par la blessure ou par l'incision pratiquée dans le but de traiter la lésion de l'intestin, soit avec le doigt, soit avec une sonde métallique portée avec précaution dans différentes directions. On a bien vu quelquefois des balles perdues dans le ventre ne déterminer que peu d'accidents, ou se présenter extérieurement sur quelque point des parois ou du plancher de l'abdomen dans le foyer d'un abcès dont l'ouverture a amené la guérison ; mais, dans l'immense majorité des cas, les corps étrangers déterminent une péritonite rapidement mortelle, ou bien des suppurations abondantes et de longue durée qui épuisent et entraînent les blessés : ici, comme dans beaucoup d'autres circonstances, quelques rares succès obtenus par l'expectation ont fait oublier le grand nombre des mécomptes qu'elle a fait éprouver.

Péritonite traumatique. — La péritonite traumatique est l'accident le plus fréquent des plaies pénétrantes de la cavité abdominale. Dans la plupart des cas, elle est déterminée par un épanchement. Cependant l'ouverture, même très-large, de la séreuse péritonéale et la lésion des viscères ne la provoquent pas aussi souvent qu'on l'a pensé, comme le prouvent de nombreuses observations ; et la mort survient quelquefois en un temps très-court à la suite des plaies pénétrantes de l'abdomen, avec ou sans lésion des viscères, mais surtout après les blessures de l'intestin et de l'estomac, sans qu'on rencontre à l'autopsie aucune Irace d'épanchement ou de péritonite. Il est peu de chirurgiens qui n'aient élé à même de constater de pareils faits, dont un exemple a récemment encore passé sous nos yeux , et qui jusqu'ici sont restés sans explication.

La péritonite traumatique se déclare immédiatement après la blessure ,

(1) Baudens, Clinique des ploies d'armes à feu, p. 312.

ou ne se montre qu'un certain temps après l'accident : elle est générale ou partielle.

Lorsqu'elle est partielle, elle est limitée au voisinage de la plaie et s'annonce par une douleur circonscrite, des hoquets, des envies de vomir et des vomissements plus ou moins fréquents. Elle peut se terminer par la résolution ou par un abcès entouré d'adhérences qui se fait jour spontanément à l'extérieur, ou qui, dans certains cas assez rares, se vide dans l'intestin, s'il n'est pas ouvert par l'art. Quand la péritonite est plus étendue, elle envahit une partie de la cavité abdominale ou la cavité tout entière : son apparition est signalée par un frisson ; par des hoquets, des nausées et des vomissements opiniâtres de matières porracées ; par le ballonnement du ventre et des douleurs que la moindre pression des parois abdominales exaspère ; par la prostration des forces, la petitesse et la fréquence du pouls ; par une soif vive, la rougeur et la sécheresse de la langue ; par la constipation et par la rareté ou la rétention des urines ; par l'amaigrissement rapide de la face, l'altération profonde et la contraction des traits exprimant au plus haut degré la souffrance et l'anxiété. La maladie est généralement de courte durée et se termine le plus souvent par la mort , soit avant, soit après la formation du pus.

Les moyens thérapeutiques les plus énergiques doivent être employés contre la péritonite traumalique ; ils consistent surtout clans les antiphlogistiques locaux et généraux : une large saignée du bras pratiquée et répétée au besoin plusieurs fois dans les vingt-quatre heures; des sangsues en très-grand nombre appliquées sur l'abdomen, soit en une ou plusieurs fois, soit en permanence. Le ventre est couvert d'une flanelle trempée dans une décoction émolliente ou narcotique, et maintenue humide parla superposition d'une pièce de toile gommée. On peut mettre le malade dans un bain , s'il supporte sans beaucoup de douleur les mouvements et la station assise. Lorsque la faiblesse du sujet ne permet plus d'avoir recours aux évacuations sanguines, des onctions mercuriclles sont faites sur le ventre plusieurs fois dans la journée et recouvertes de fomentations, ou bien un large vésicatoire couvre toutes les parois abdominales.

A l'intérieur, des boissons fraîches et acidulées sont administrées : il arv rive souvent que les malades refusent de boire, dans la crainte de provoquer des vomissements; de petits morceaux de glace sont alors placés dans la bouche. On provoque les évacuations alvines au moyen de lavements émollients ou laxatifs, et l'on a soin de veiller à l'état de vacuité ou de plénitude de la vessie, pour la vider au besoin par le cathétérisme.

L'opium pris à haute dose paraît être le moyen le plus efficace qui puisse concourir, avec les antiphlogistiques, à prévenir et à traiter la péritonite

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iraumalique. I). J. Larrey (1) rapporte un fait des plus probants en faveur de l'heureuse action de ce médicament. Un jeune soldat qui avait eu les parois abdominales divisées par un boulet jusqu'au péritoine exclusivement, et dont les intestins étaient en évidence sous cette membrane, avala en cachette deux ou trois gros de laudanum , dans le but de calmer ses douleurs. Il fut plongé dans un sommeil profond et paisible jusqu'au lendemain : à son réveil, ses douleurs ne se faisaient plus sentir, et il alla toujours de mieux en mieux, jusqu'à son parfait rétablissement, qui néanmoins se fit attendre plusieurs mois.

L'opium calme le malade et modère la douleur : s'il est porté à dose narcotique , il éteint la sensibilité, diminue l'afflux du sang vers le point phlogosé et peut prévenir l'épanchement en suspendant les contractions de l'intestin. Il faut donc l'administrer immédiatement, en même temps qu'on emploie les moyens précédemment indiqués, et le continuer ou le supprimer selon les effets qu'il produit : dans une affection aussi grave que la péritonite traumatique , on doit recourir à tout moyen qui peut être utile, alors même que son heureuse influence n'a pas toujours été démontrée.

La péritonite qui n'envahit pas complètement le péritoine s'arrête quelquefois dans sa marche aiguë, et passe à l'état chronique dont nous n'avons pas à nous occuper.

Les malades qui échappent à ce redoutable accident, sont presque tous sujets à des douleurs dans le ventre, que la pression, la marche ou les écarts de régime exaspèrent, et qui paraissent dues à des adhérences partielles de la séreuse péritonéale.

(1) D. J Larrey, Clinique chirurgicale, t. Il, p. 361.

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