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PLAIES PAR ARMES BLANCHES

ou avec fracture. La grandeur et l'importance de l'articulation envahie par l'inflammation apportent naturellement des différences dans le pronostic de cet accident qui, néanmoins, reste toujours grave.

Le contact de l'air sur la surface articulaire a particulièrement été invoqué pour expliquer le développement de l'arthrite traumatique. Mais Velpeau (1) a combattu cette opinion présentée d'une manière trop absolue, et n'admet la fâcheuse influence de l'air qu'autant que celui-ci se trouve en contact avec des surfaces déjà enflammées par la cause traumatique. La blessure seule suffit, en effet, pour expliquer le développement d'une inflammation souvent favorisée par des pansements mal faits ou des mouvements intempestifs, et qui emprunte sa gravité à la constitution anatomique des parties qu'elle envahit. Dès que l'inflammation s'est établie, les tissus fibreux et résistants qui environnent l'articulation déterminent l'étranglement avec toutes ses conséquences. L'inflammation légère et de bon aloi, nécessaire à la guérison de toutes les plaies, et la tuméfaction qui en résulte, se trouvent ici comprimées par les tissus aponévrotiques périarliculaires et, par cela même, ont la plus grande tendance à s'étendre et à s'exaspérer.

Des plaies par armes blanches. — Le traitement des plaies des articulations doit donc consister tout d'abord à prévenir les accidents inflammatoires. Dans les plaies par armes blanches, les longues explorations et surtout l'introduction d'une sonde ou d'un stylet sont interdites. Les piqûres sont recouvertes de plusieurs morceaux de sparadrap de diachylon superposés et de plus en plus grands; les coupures simples sont réunies immédiatement soit au moyen de bandelettes agglutinatives, soit à l'aide de la suture, si les agglutinatifs sont insuffisants : quelques compresses imbibées d'eau froide sont appliquées sur les parties, et l'articulation est maintenue dans un repos absolu au moyen d'une gouttière ou d'un bandage immobilisant tout le membre. On rencontre, dans des auteurs, un certain nombre d'observations de plaies simples des articulations les plus considérables, comme celle du genou, guéries ainsi sans accidents.

Lorsque les armes blanches ont intéressé les cartilages ou les os sans les détacher, le même* traitement peut être employé avec succès. Mais si une portion d'os a été séparée, il convient de l'extraire au moyen de débridements convenables, et de panser la plaie comme une plaie qui doit suppurer. D. J. Larrey et Baudens (2) rapportent quelques faits où pareille

(1) Velpeau, Dictionnaire de médecine en 30 vol. Paris, 1833, t. IV, p. 169, art. Articulations.

(2) D. J. Larrey, Clinique chirurgicale, t. III, p. 387 et suivantes. — Baudens, Clinique des plaies d'v.rmes à feu, p. 452.

conduite a été suivie de la guérison des blessés. Nous-même avons vu guérir des plaies de l'articulation du coude par coups de yatagan ayant ouvert l'article et détaché I'olécrâne. Il faut s'attendre, dans ces circonstances, à voir survenir les accidents de l'arthrite traumatique, qui sont d'autant moins graves que l'articulation est plus largement ouverte et qu'elle est moins considérable.

Des plaies par projectiles de guerre. — Le traitement des blessures des articulations par les projectiles de guerre, varie suivant la gravité des lésions, l'importance de l'articulation atteinte, et les circonstances dans lesquelles se trouve le blessé. Les indications qui se présentent peuvent être classées sous trois chefs : conservation du membre avec simple extraction des esquilles; résection des extrémités articulaires ; amputation.

D'une manière générale, on peut dire que toutes les plaies des grandes articulations par les projectiles nécessitent soit la résection, soit l'amputation immédiate. Il n'en est pas de même des plaies des articulations d'un ordre inférieur, qui cependant entraînent souvent des opérations consécutives.

Quand une balle pénètre dans une articulation, il faut chercher par l'exploration à reconnaître les désordres qu'elle a produits. En général, les styJets et les sondes conviennent peu pour pratiquer ces recherches, et le doigt, mieux disposé et plus apte à reconnaître l'état des parties, doit être introduit dans la plaie. L'introduction du doigt est souvent difficile à travers les tissus fibreux qui environnent les articulations : on a donné le conseil de n'élargir la plaie pour faciliter l'introduction du doigt, qu'autant qu'on a lieu de soupçonner que les os ont été atteints, et de toujours pratiquer l'incision suivant l'axe du membre, en s'éloignant de la plaie. C'est une pratique irrationnelle : d'une part, si l'on veut explorer l'article par une incision, il faut nécessairement porter celle-ci sur l'article même; d'autre part, l'incision des tissus périarticulaires, lorsque les os sont intéressés, est un des meilleurs moyens de traitement à mettre en usage.

Lorsque les balles, respectant les os, n'ont fait qu'intéresser la capsule articulaire, on peut espérer la guérison du blessé. La plaie dans ces cas ne doit pas être débridée, dans la crainte de donner à l'air une plus large voie de pénétration : elle est recouverte, au contraire, par un appareil propre- à la protéger, et consistant en un linge cératé et un gâteau de charpie ; le membre est placé dans une immobilité absolue, et l'articulation recouverte de compresses imbibées d'eau froide. On peut prévenir ainsi l'inflammation de la synoviale et ses funestes conséquences : mais nous ne devons pas laisser ignorer que celte heureuse terminaison ne se rencontre guère que dans les blessures des articulations peu considérables; elle est fréquente

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