CORPS ÉTRANGERS. Z
fracture du fémur par une balle cylindro-conique qui traversa la cuisse droite, pénétra dans la cuisse gauche au milieu de sa face interne et s'aplatit contre l'os qu'elle brisa en restant dans le foyer même de la fracture.
Les projectiles ne sont pas les seuls corps étrangers que l'on rencontre dans le foyer des fractures; ils poussent souvent devant eux des portions de vêtements qu'ils détachent comme à l'emportc-pièce ou qu'ils arrachent, dont ils se coiffent plus ou moins exactement, qu'ils appliquent solidement contre les os ou qu'ils abandonnent en liberté dans la plaie. Il arrive quelquefois que, sans faire de fracture, les balles s'enclavent entre deux os : Belloste a vu une balle prise ainsi entre deux os du métatarse; Bagieu, une autre entre le tibia et le péroné ; Farmer, une troisième entre le cubitus et le radius (1). Hefmann Demmea rencontré plusieurs fois des balles engagées entre le tibia et le péroné, plus rarement entre le radius et le cubitus (2). Nous en avons vu plusieurs enclavées entre les os métacarpiens. Elles occasionnent des distensions très-douloureuses et doivent être enlevées le plus tôt possible.
Diagnostic. — Lorsque la fracture est complète, le diagnostic en est habituellement facile; le siège de la plaie, la douleur, l'impuissance du membre, sa mobilité anormale, sa déformation, la crépitation sont des signes qui ne laissent aucun doute; le dernier phénomène manque quelquefois en raison de la perte de substance faite entre les fragments, ou de l'épanchement de sang qui se produit souvent en abondance dans le foyer de la fracture. L'introduction du doigt dans la plaie permet d'asseoir un diagnostic pour ainsi dire direct. Il est facile de reconnaître avec le doigt les sillons, les perforations et les fractures incomplètes avec esquilles ; mais il est à peu près impossible de reconnaître, tout d'abord, les fentes et les fissures. Ledran (3) pense qu'après quelques jours deux choses peuvent indiquer ce genre de fracture : la première est une rougeur à la peau avec un léger gonflement tout le long de la fente ; la seconde est un commencement de calus qui se forme à l'extrémité de la fente : ce sont là des signes bien incertains. Quand l'os est à découvert, il est possible de voir la fente dont il est atteint, si elle siège au fond de la plaie ; mais l'expérience ayant appris que les fissures sont souvent multiples et peuvent atteindre l'os dans des points où il n'a pas été frappé, il est rare qu'on les ait sous les yeux. Les accidents graves qu'elles déterminent et qui sont les mêmes que ceux de la contusion des os, permettent de croire à leur existence. Dufouart,
(1) Percy, Manuel du chirurgien d'armée, p. 154.
(2) Demme, Militâr-chirurgischc Studien. Wùrtzbourg, 1861, p. 66.
(3) Ledran, Réflexions tirées de la pratique des plaies d'armes à feu, p. 56.
tout en reconnaissant qu'il n'est pas de signes rationnels immédiats des fentes, ne leur attribue pas les accidents consécutifs que nous signalons (1) : il a vu plusieurs exemples où les fentes n'ont été reconnues que par la ligne bien tracée de leur soudure, et il pense que les fêlures sont même quelquefois favorables à la guérison, en permettant aux matières renfermées dans le canal des os longs de s'épancher au dehors. Nous croyons que les fêlures des os peuvent guérir et se consolider, mais que, ne pouvant avoir lieu sans un ébranlement profond de l'os, elles entraînent plus souvent l'inflammation du périoste, l'ostéite, l'ostéo-myélile et leurs funestes conséquences.
Traitement : Premiers soins. — Les fractures des os des membres nécessitent souvent des amputations. Laissant de côté , pour le moment, cette ressource extrême, nous ne parlerons ici que du traitement à mettre en usage dans les cas où la conservation du membre fracturé a été jugée possible.
Extraction des esquilles et des corps étrangers. • — La première indication qui se présente dans les fractures par coups de feu, c'est l'extraction des esquilles et des corps étrangers : cette opération doit être faite le plus tôt possible, avant que le gonflement des parties la' rende plus difficile et plus douloureuse. Après avoir incisé la plaie dans une longueur suffisante et sans crainte de lui donner trop d'étendue, on procède avec le doigt à l'exploration directe de la fracture et à l'extraction des corps étrangers et des esquilles.
Les chirurgiens de tous les pays et de toutes les époques s'accordent généralement pour prescrire l'enlèvement des esquilles mobiles , libres et flottantes, les esquilles primitives de Dupuytren. Jobert (2) nous parait être, de nos jours, le seul dissident sur ce point de chirurgie. Nous ne reviendrons pas sur les raisons que nous avons données pour justifier l'ablation immédiate des corps étrangers et des esquilles libres, non plus que sur les précautions qu'il convient d'observer dans leur extraction.
L'opinion des chirurgiens est moins arrêtée en ce qui touche les esquilles adhérentes, esquilles secondaires de Dupuytren. Les uns, avec Percy, D. J. Larrey et Dupuytren, conseillent de les laisser en place et de les remettre en bonne situation, dans l'espoir qu'elles pourront se consolider, fournir leur contingent à la réparation osseuse, et, par conséquent, prévenir une perte de substance trop considérable de l'os fracturé ; les autres,
(1) Dufouart, Analyse des blessures d'armes à feu et de leur traitement. Paris, 1801, p. 30.
(2) Jobert, Des plaies d'armes à feu. — Communications à l'Académie de médecine. Paris, 1849, p. 167.