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EXTRACTION DES ESQUILLES ET DES COUPS ÉTRANGERS. Ù

parmi lesquels comptent Guthrie, Roux, Baudens, Bégin et le plus grand nombre des chirurgiens militaires actuels, conseillent, au contraire, de les enlever. Nous nous rangeons entièrement à cette dernière opinion. Si, dans quelques rares circonstances, les esquilles adhérentes se réunissent au corps des os, la plupart du temps elles sont frappées de mort. Ordinairement enveloppées (1) dans des productions osseuses nouvelles formées par le cal, elles constituent au milieu de lui des corps étrangers et de véritables séquestres; elles peuvent mettre obstacle à la consolidation de la fracture; elles entretiennent dans son foyer une irritation sourde s'exaspérant de temps à autre; elles provoquent des abcès avec le pus desquels elles sortent en totalité ou en partie, et nécessitent pour leur extraction une succession d'opérations très-fâcheuses, qui, dans les os volumineux, peut se perpétuer comme le mal pendant des mois et des années.

Hutin, alors qu'il était chirurgien en chef des Invalides , et, par conséquent, si bien placé pour observer les résultats de l'une et de l'autre pratique, a consigné ses recherches sur ce sujet dans un mémoire présenté à l'Académie de médecine (2)., Elles démontrent que l'élimination des esquilles secondaires est toujours douloureuse, souvent dangereuse et quelquefois funeste, tandis que leur extraction immédiate est suivie d'une guérison plus prompte.

Toutes les esquilles appelées secondaires par Dupuytren doivent donc être extraites le plus tôt possible, à un très-petit nombre d'exceptions près. Il est de la dernière évidence que si de violents efforts ou des délabrements étendus sur des membres volumineux étaient nécessaires à leur extraction et devaient amener des accidents plus graves que leur présence même, leur élimination serait remise aux soins de la nature, ou leur enlèvement retardé jusqu'à leur plus grande mobilisation ou leur libération complète. Dans les cas où il est possible de les enlever immédiatement, il faut avoir soin de le faire sans violence, avec la réserve que la prudence commande, en prenant garde de dépouiller les os restants de leur périoste et de préparer des nécroses : l'arrachement , la déchirure , les torsions ne doivent jamais être employés ; c'est avec le bistouri ou les ciseaux que l'on doit couper les tissus qui retiennent les esquilles en place.

Lorsque l'on a jugé prudent de ne pas faire l'extraction immédiate d'esquilles trop considérables ou trop solidement retenues, il faut attendre

(1) Legouest, La Chirurgie militaire contemporaine, in Archives générales de médecine, t. XXIII, 5e série, 1859.

(2) Hutin, Mémoires de l'Académie de médecine, t. XVI. p. 407.

que ces esquilles se présentent pour ainsi dire d'elles-mêmes pour les extraire. Elles s'engagent quelquefois dans le trajet fistuleux que leur présence a entretenu dans les parties molles indurées ; d'autres fois, elles déterminent des poussées inflammatoires donnant lieu à des abcès dont elles occupent le foyer. Dans le premier cas, on peut se contenter de dilater le trajet fistuleux avec de l'éponge préparée pour leur frayer la voie et faciliter leur sortie. Dans le second cas, on les extrait directement par l'incision faite pour ouvrir l'abcès.

Dans les fractures siégeant non loin des extrémités d'os petits et mobiles, comme les os du métacarpe et du métatarse, comme le cubitus à sa partie inférieure, ou le radius à sa partie supérieure, comme la clavicule ou le péroné, la mobilité des fragments peut faire prendre ces fragments mêmes pour des esquilles adhérentes. Nous avons vu des chirurgiens habiles exercer des tractions énergiques sur l'extrémité des fragments des os, croyant agir sur des esquilles. Il suffit de signaler cette circonstance pour mettre en garde contre de semblables erreurs.

Le rajeunissement donné aux travaux de Troja et de Duhamel, par les recherches de Flourens et d'Ollier sur les fonctions du périoste, a fait espérer que la conservation de cette membrane pourrait fournir des éléments à la consolidation des os fracfurés par des coups de feu, et diminuer peut-être le nombre des amputations. Tous les chirurgiens qui ont quelque habitude des plaies par armes à feu penseront avec nous que les espérances de la théorie ne peuvent être , dans la plupart des cas, que des illusions. Et d'abord, en enlevant les esquilles libres ou flottantes, il est complètement impossible de conserver ou d'enlever à son gré le périoste qui souvent est emporté avec le fragment osseux auquel il adhère , et qui, plus rarement, est détaché de l'os et reste dans le foyer de la fracture sans l'intervention du chirurgien. S'il s'agit, au contraire , d'enlever des esquilles adhérentes et de les dépouiller de leur périoste pour le laisser dans ia plaie, quelles difficultés ne renconlrera-t-on pas à détacher cette membrane saine de la surface d'un fragment d'os mobile et fuyant souvent sous les doigts ? quelle lenteur , quelle complication de l'opération ? quelles incisions ne faudra-t-il pas faire si l'on opère sur un membre volumineux comme la cuisse? quels accidents ne menaceront pas les parties qui auront été le siège de pareilles manœuvres entreprises pour obtenir un résultat encore fort problématique ? Si le périoste a été contus et di lacéré par un corps volumineux, il s'enflamme et suppure : est-il donc alors dans des conditions favorables à donner des éléments à la consolidation , à sécréter un nouvel os ?

Les esquilles adhérentes se détachent souvent spontanément après un

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