MARCHE DES FRACTURES
une couche épaisse de foin ou de paille; ces derniers moyens atténuent tout aussi bien et souvent mieux que la suspension les cahots et les secousses des véhicules.
Marche des fractures. — La marche des fractures par coups de feu présente plusieurs périodes qui ont été bien établies par Dufouart (1). La première période est celle de l'inflammation, la seconde est celle de la suppuration, la troisième, enfin, celle de la réparation. Ces diverses phases ont une durée variable et peuvent être entravées par différents accidents.
Dans de très-rares circonstances, lorsque la fracture est nette et sans éclats, lorsque les parties molles n'ont pas souffert des dilacérations étendues, que les ouvertures d'entrée et de sortie du projectile sont étroites, les membres charnus et les sujets jeunes et bien portants, ces périodes peuvent manquer. La tuméfaction du membre n'est pas autre que dans les fractures ordinaires; le trajet de la plaie et les orifices suppurent à peine, et la consolidation se fait comme dans une fracture simple. Nous avons vu guérir ainsi une fracture du tiers moyen de la cuisse chez un jeune nègre qui marcha deux mois et demi après sa blessure, et ne présenta même pas de raccourcissement du membre.
Habituellement, l'inflammation se déclare- vers le troisième jour après la blessure; elle est signalée par les symptômes généraux de la fièvre, par un gonflement douloureux qui, partant de la plaie, s'étend quelquefois au loin sur le membre blessé. Bornée à de justes limites, elle disparaît peu à peu du huitième au douzième jour, pour faire place à l'établissement régulier de la suppuration. Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi : les parties molles ne sont pas seules envahies par l'inflammation ; les extrémités osseuses le sont elles-mêmes, et peuvent être frappées de mort dans une certaine étendue. Parvenus à ce point, les accidents inflammatoires rétrogradent encore quelquefois; s'ils progressent, ils prennent le caractère des phlegmons diffus profonds et déterminent souvent l'étranglement et ses fâcheuses conséquences.
La suppuration se montre parfois en même temps que l'inflammation, après avoir été précédée de l'écoulement par la plaie d'un liquide grisâtre et sanguinolent : elle ne s'établit régulièrement que vers le septième jour, époque à laquelle le pus prend un caractère plus louable. Elle dure toujours un temps assez long, pendant lequel se montrent fréquemment des réveils inflammatoires. Lorsque la fracture tend à la guérison, la suppuration commence à diminuer vers le vingtième jour, et disparaît peu à peu : la plaie ne donne plus issue qu'à quelques gouttes de pus de plus
\i) Dufouart, Analyse des blessures d'armes à feu et de leur traitement. Paris, 11801, p. 53.
en plus séreux, et se ferme lentement. Lorsqu'elle reste stationnaire ou fistnleuse, couverte de bourgeons mous et saignant facilement, il est probable qu'elle renferme quelque corps étranger : ce corps étranger est presque toujours une petite esquille, dont la sortie provoque une légère irritation avec gonflement de courte durée et bientôt suivie de la guérison.
Quand l'inflammation a été violente, la suppuration se montre avec beaucoup plus d'abondance; des abcès se forment communément, soit au voisinage, soit à une certaine distance de la fracture; des collections de pus se rassemblent ou des fusées purulentes se creusent un chemin dans le tissu cellulaire de la profondeur ou de la superficie des membres. Les parties s'infiltrent et deviennent œdémateuses; la plaie languit, se décolore, se boursoufle et ne donne plus qu'un liquide séro-purulent et fétide; l'infiltration fait des progrès. Le malade succombe dans le marasme ou est emporté par l'infection purulente. Ces accidents sont presque toujours l'expression de l'inflammation suppurative des os, atteignant tantôt le corps de l'os tout entier, tantôt le périoste, tantôt la moelle. En résumant l'histoire des inflammations osseuses suppuratives et de leurs résultats, nous avons vu que la gravité de ces lésions est moindre dans les cas de fracture complète, que lorsqu'il s'agit d'une contusion de l'os resté dans son entier : le pus trouve, en effet, une voie d'écoulement naturelle par la plaie et par le canal médullaire ; aussi voit-on moins souvent dans ce dernier cas les articulations envahies, et les phénomènes marcher avec une grande rapidité.
Les inflammations suppuratives des os peuvent guérir par l'élimination des séquestres auxquels elles donnent lieu. Tantôt les os nécrosés se détachent après un violent orage inflammatoire, tantôt les accidents prennent une marche chronique. Dans ce dernier cas, les plaies résultant du coup de feu lui-même ou les plaies consécutives à l'ouverture des collections de pus restent fistuleuses, et versent une suppuration fétide plus ou moins abondante: les membres sont œdématiés dans toute leur étendue, indurés dans toute la longueur correspondant à l'os fracturé ; des retours périodiques d'inflammation profonde, des érysipèles ambulants ou localisés apparaissent et se répètent un grand nombre de fois. Ces graves lésions aiguës ou chroniques des os nécessitent très-souvent des opérations sur lesquelles nous aurons à revenir.
La période de réparation, c'est-à-dire de consolidation de la fracture,, commencevers le vingtième jour, et, dans les cas heureux, n'est pas entravée par la suppuration normale de la plaie. Assez souvent, lorsque la fracture a été simplifiée autant que possible et n'a point été le siège d'accidents, le cal est solidement formé en deux ou trois mois : il est presque toujours volumineux et plus ou moins difforme.