PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX
substance plus ou moins considérable ne permet pas de la réunir ou lorsqu'elle est couverte par les topiques médicamenteux habituellement employés, la membrane pyogénique qui la tapisse, en s'organisant d'une façon plus parfaite, acquiert une propriété rétractile considérable qui attire les bords de la plaie vers son centre. Ce phénomène a pour résultat de rétrécir la plaie : à mesure que celle-ci diminue d'étendue, le pus diminue de quantité, et les bourgeons cellulo-vasculaircs s'affaissent et se nivellent ; ceux de la circonférence se recouvrent d'une pellicule mince, sous forme d'un liséré de couleur livide, qui pâlit en s'organisant davantage, s'avance sur la plaie et finit par la recouvrir dans son entier. C'est à cette mince pellicule qu'on a donné le nom de tissu cicatriciel. La marche de la cicatrisation concentrique est quelquefois insuffisante pour fermer des plaies trèsétendues :' une pellicule cicatricielle se développe alors sur une ou plusieurs granulations centrales, forme un foyer de cicatrisation d'abord isolé, s'étend progressivement, se réunit à d'autres foyers voisins et gagne enfin le liséré cicatriciel de la circonférence de la plaie qui se trouve ainsi fermée. Ce mode de guérison des plaies, qui n'est pas à proprement parler une réunion, est désigné sous le nom de réunion avec interposition de tissu cicatriciel. La diminution de la tuméfaction des bords de la plaie, leur rapprochement parla rétractilité du tissu cicatriciel, le développement de celui-ci dans le centre des plaies, avaient fait croire par les anciens chirurgiens à la régénération des chairs : ce mot et l'idée qu'il exprime sont également inexacts; ils signalent cependant un phénomène qui, jadis, n'avait été qu'entrevu, la production d'un tissu nouveau interposé aux tissus normaux, phénomène désigné de nos jours sous le nom de formation de tissu cicatriciel. Les parties détruites ne se reproduisent pas, sauf les os et les nerfs; le cal des premiers est composé de véritable tissu osseux, et les cicatrices des nerfs, d'après l'histologie moderne, renferment du tissu nerveux de formation nouvelle.
Phénomènes généraux. — Lorsque les plaies se réunissent par première intention, elles ne donnent lieu à aucuns phénomènes généraux, à moins que leur étendue ne soit assez considérable pour provoquer, pendant vingtquatre ou trente-six heures, un léger mouvement fébrile. Mais quand la réunion des plaies ne s'opère pas, quand leur étendue s'oppose à l'affrontement des bords et qu'elles doivent nécessairement suppurer, les phénomènes généraux plus marqués qu'elles déterminent ont reçu le nom de fièvre traumatique. Du deuxième au troisième jour après la blessure, le malade éprouve de légers frissons ; le pouls s'accélère"; la peau devient chaude; la face s'anime; la soif augmente; la langue se recouvre d'un enduit saburral; l'appétit. se perd; la constipation survient; les urines se
LEGOUEST. — 2e édit. Il
chargent et diminuent de quantité; le sommeil est irrégulier, léger, ou manque complètement. Ces phénomènes, considérés par les uns comme une réaction vitale, par les autres comme une intoxication par les produits de la plaie, ont une durée et une intensité variables selon l'étendue de ia plaie même, selon que le blessé est plus ou moins irritable, que sa santé générale est plus ou moins satisfaisante.
Traitement. — Le traitement des plaies est local et général. Le traitement général des plaies simples eonsiste dans le repos de corps et d'esprit et dans tous les moyens propres à conjurer l'inflammation, à modérer sa violence et à en abréger la durée: afin de ne pas nous exposer à des redites, nous renvoyons pour de plus amples détails au chapitre xvi, qui traite du régime des blessés et des opérés, ho, traitement local se compose des soins préliminaires et du pansement proprement dit.
Soins préliminaires. — Lorsque la plaiaf est de peu d'étendue et qu'elle siège sur une partie qui n'obligé pas à coucher le blessé, elle peut être pansée, celui-ci étant debout ou assis ; dans le cas contraire, et notamment pour les plaies du tronc et des membres inférieurs, on procède au pansement, le malade étant préalablement couché. La plaie et ses environs sont lavés du sang qui les recouvre; elle est débarrassée des corps étrangers qui ont pu y pénétrer, purgée des caillots sanguins qui s'y sont formés. L'eau simple, à la température ordinaire ou légèrement tiède, doit être préférée pour cet usage à tous les liquides; employée à une température élevée, elle prolonge quelquefois assez longtemps l'écoulement du sang. L'eau salée ou chargée de teinture d'arnica, de baume de Fioraventi ou d'autres substances dites vulnéraires et jouissant dans le vulgaire d'une réputation au moins usurpée, nous paraissent devoir être plus nuisibles qu'utiles en raison de l'inflammation ou de l'irritation que ces divers mélanges ou solutions peuvent déterminer. On opère le lavage soit directement, soit en laissant tomber l'eau en filet plus ou moins considérable sur les plaies; dès éponges neuves ou convenablement purifiées et, mieux encore, des lambeaux de compresses sont employés à cet usage.
Réunion. — De toutes les solutions de continuité, les plaies par instruments tranchants sont celles qui sont le mieux disposées pour la réunion par première intention. On doit toujours essayer d'obtenir ce résultat lorsque les plaies ne présentent pas de contre-indications spéciales, quand elles peuvent être mises en contact par toute leur surface, quand elles sont nettes, récentes, et qu'elles ne sont restées que peu de temps exposées au contact de l'air. Ces conditions ne sont pas toutes également indispensables à la réunion des plaies : on peut encore tenter la réunion par première in-